mardi 7 avril 2020

Servir ou trahir



PDF ici

Jean 13, 21-33 & 36-38
21  Ayant ainsi parlé, Jésus fut troublé intérieurement et il déclara solennellement : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un d'entre vous va me livrer. »
22  Les disciples se regardaient les uns les autres, se demandant de qui il parlait.
23  Un des disciples, celui-là même que Jésus aimait, se trouvait à côté de lui.
24  Simon-Pierre lui fit signe : « Demande de qui il parle. »
25  Se penchant alors vers la poitrine de Jésus, le disciple lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? »
26  Jésus répondit : « C'est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. » Sur ce, Jésus prit la bouchée qu'il avait trempée et il la donna à Judas Iscariote, fils de Simon.
27  C'est à ce moment, alors qu'il lui avait offert cette bouchée, que Satan entra en Judas. Jésus lui dit alors : « Ce que tu as à faire, fais-le vite. »
28  Aucun de ceux qui se trouvaient là ne comprit pourquoi il avait dit cela.
29  Comme Judas tenait la bourse, quelques-uns pensèrent que Jésus lui avait dit d'acheter ce qui était nécessaire pour la fête, ou encore de donner quelque chose aux pauvres.
30  Quant à Judas, ayant pris la bouchée, il sortit immédiatement : il faisait nuit.
31  Dès que Judas fut sorti, Jésus dit : « Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié par lui ;
32  Dieu le glorifiera en lui-même, et c'est bientôt qu'il le glorifiera.
33  Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour peu de temps. Vous me chercherez et comme j'ai dit aux Judéens : “Là où je vais, vous ne pouvez venir”, à vous aussi maintenant je le dis.
[…]
36  Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Là où je vais, tu ne peux me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard. »
37  « Seigneur, lui répondit Pierre, pourquoi ne puis-je te suivre tout de suite ? Je me dessaisirai de ma vie pour toi ! »
38  Jésus répondit : « Te dessaisir de ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te le dis, trois fois tu m'auras renié avant qu'un coq ne se mette à chanter. »

*


« Ce que je fais, tu ne peux le savoir à présent, mais par la suite tu comprendras » (Jn 13, 7) vient de dire Jésus à Simon Pierre, lui ayant lavé les pieds.

Judas, lui, a déjà arrêté la pensée de livrer Jésus, dévoilant l’alternative : trahir ou servir. Jésus a insisté pour laver les pieds de ses disciples, en exemple de ce que tous sont appelés à servir. Judas a arrêté sa pensée : livrer Jésus. Pierre trahira aussi, en le reniant. Judas le livre, Pierre le renie, tous l’abandonnent, puisqu’il échappe à tous — jusqu’à la croix, où peu à peu on se retrouve ; quand on retrouve, au pied de la croix, des femmes avec sa mère et un disciple.

Jusque là, tous l’abandonnent, tout disciples qu’ils puissent être, tout disciples que nous puissions être. Auparavant, comme pour un signe, Jésus leur a lavé les pieds.

« Là où je vais, vous ne pouvez venir » (v. 33). On lit par ailleurs dans les autres Évangiles : « C’est impossible aux hommes, mais à Dieu tout est possible » (Mt 19, 26 ; Mc 10, 27 ; Lc 18, 27), propos auquel Pierre répondait avec l’assurance que lui connaissent les Évangiles. « Impossible aux hommes », tel pourrait être le résumé de la leçon reçue pour tous par Pierre. Homme courageux, croyant être prêt à tout, Simon Pierre découvrira ses limites au chant du coq, volatile symbolisant à merveille les capacités du courage des hommes face aux limites de l’impossible signifié par la Croix — où comme dans un silence de Dieu, nous est dit qu’ « à Dieu, tout est possible ».

Dieu qui nous a rejoints en Jésus servant… Jésus servant que l’on rejoint en servant.

Telle est la Cène dans ce chapitre de l’Évangile de Jean, qui ne nous en donne pas l’institution, comme pour dire que la communion n’est pas un phénomène mécanique institué de partage d’un repas — Judas y a participé ! y recevant pour sa part le signe de sa trahison — la communion est dans le service hors duquel il n’y a que trahison, service par lequel Dieu nous rejoint jusqu’à la mort.


RP, 07.04.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm


lundi 6 avril 2020

"En vue de mon ensevelissement"



PDF ici

Jean 12, 1-11
1 Six jours avant la Pâque, Jésus arriva à Béthanie où se trouvait Lazare qu’il avait relevé d’entre les morts.
2 On y offrit un dîner en son honneur : Marthe servait tandis que Lazare se trouvait parmi les convives.
3 Marie prit alors une livre d’un parfum de nard pur de grand prix ; elle oignit les pieds de Jésus, les essuya avec ses cheveux et la maison fut remplie de ce parfum.
4 Alors Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui-là même qui allait le livrer, dit :
5 « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres ? »
6 Il parla ainsi, non qu’il eût souci des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, chargé de la bourse, il dérobait ce qu’on y déposait.
7 Jésus dit alors : « Laisse-la ! Elle observe cet usage en vue de mon ensevelissement.
8 Des pauvres, vous en avez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. »
9 Cependant une grande foule de Judéens avaient appris que Jésus était là, et ils arrivèrent non seulement à cause de Jésus lui-même, mais aussi pour voir ce Lazare qu’il avait relevé d’entre les morts.
10 Les grands prêtres dès lors décidèrent de faire mourir aussi Lazare,
11 puisque c’était à cause de lui qu’un grand nombre de Juifs les quittaient et croyaient en Jésus.

*


Si Jésus trouve beaucoup d’ennemis en Judée, notamment au sein du pouvoir, il trouve aussi chez des Judéens ses amis parmi les plus proches : Marthe, Marie et Lazare de Béthanie dont l’Évangile de Jean dit que « Jésus l’aimait » particulièrement (Jn 11, v. 3, 5 et 36), et qu’il l’a relevé d’entre les morts.

On retrouve ici ce Lazare ressuscité, parmi les convives d’un repas préfigurant celui du Royaume qui, pour la foi, s’approche avec la Pâque, et qui verra bientôt les disciples partager la nourriture avec le Christ ressuscité (au lac de Galilée, ch. 21 de ce même Évangile). Lazare peut-il mourir encore comme le pensent les grands prêtres dont la peur de la menace romaine projette de le faire mourir (Jn 12, v. 10) ? Ou est-il entré définitivement dans la vie selon que « ceux qui ont part à la première résurrection, la seconde mort n'a point de pouvoir sur eux » (Apocalypse 20, 6) ? La réponse à cette question est donnée à la foi seule.

Cette foi qui inspire à Marie ce geste, oindre Jésus, dont il dit qu’elle le fait « en vue de mon ensevelissement » (v. 7)… Marie devenant figure centrale parmi les trois Marie des Évangiles : Marie de Nazareth, par laquelle la Parole éternelle devient chair, Marie de Magdala, témoin première de la résurrection, devenue par son annonce apôtre des apôtres, et aujourd’hui, Marie de Béthanie, oignant les pieds de Jésus de parfum et les essuyant de ses cheveux, geste aussi célèbre que mystérieux, qui dit à la foi qui le reçoit le mystère de la mort où va Jésus. Trois femmes au cœur de la parole que seule la foi reçoit.

Parole que Judas ne reçoit pas (« des pauvres, vous en aurez toujours avec vous », v. 8, répond Jésus à ce prétexte de Judas pour refuser le geste de Marie) — comme les grands prêtres ne reçoivent pas la foi de l’au-delà de la mort où est passé Lazare.

Au-delà de la mort, au lac de Galilée avec le Christ ressuscité, ch. 21 (v. 20-23), on retrouve un disciple qui reçoit le même titre que Lazare : « celui que Jésus aimait » (Jn 21, v. 7 et 20). À la question de la mort de ce disciple posée par Pierre, Jésus n’a pas répondu, dit le texte, qui précise que Jésus a juste dit : « si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. »

Lazare, relevé d’entre les morts par Jésus, est-il entré définitivement dans la vie ? La réponse n’est donnée qu’à notre foi, par Jésus, invitant chacune et chacun à entendre la parole adressée plus tard à Pierre : « que t’importe ? Toi, suis-moi. » À chacune et chacun de nous : suis-moi dans la vie d’éternité qui s’ouvre à présent par ma victoire sur la mort qu’annonce le geste de Marie de Béthanie.


RP, 06.04.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm


samedi 4 avril 2020

"Qu’un seul homme meure pour le peuple"


Natural Methods on How to Get Rid of Dandelions in Your Lawn

PDF ici

Jean 11, 45-57
45 Beaucoup de ces Judéens qui étaient venus auprès de Marie et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
46 Mais d’autres s’en allèrent trouver les Pharisiens et leur racontèrent ce que Jésus avait fait.
47 Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil et dirent : « Que faisons-nous ? Cet homme opère beaucoup de signes.
48 Si nous le laissons continuer ainsi, tous croiront en lui, les Romains interviendront et ils détruiront et notre saint Lieu et notre nation. »
49 L’un d’entre eux, Caïphe, qui était Grand Prêtre en cette année-là, dit : « Vous n’y comprenez rien
50 et vous ne percevez même pas que c’est votre avantage qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. »
51 Ce n’est pas de lui-même qu’il prononça ces paroles, mais, comme il était Grand Prêtre en cette année-là, il fit cette prophétie qu’il fallait que Jésus meure pour la nation
52 et non seulement pour elle, mais pour réunir dans l’unité les enfants de Dieu qui sont dispersés.
53 C’est ce jour-là donc qu’ils décidèrent de le faire périr.
54 De son côté, Jésus ne circulait plus ouvertement à portée des autorités judéennes : il se retira dans la région proche du désert, dans une ville nommée Ephraïm, où il séjourna avec ses disciples.
55 Or c’était bientôt la Pâque juive. A la veille de cette Pâque, beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem pour se purifier.
56 Ils cherchaient Jésus et, dans le temple où ils se tenaient, ils se disaient entre eux : « Qu’en pensez-vous ? Jamais il ne viendra à la fête ! »
57 Les grands prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres : quiconque saurait où il était devait le dénoncer afin qu’on se saisisse de lui.

*


Jésus vient de relever Lazare d’entre les morts. Mais comme la résurrection de Lazare est un acte de création, la foi en est un aussi. Et plusieurs ne peuvent pas voir ce qui vient de se passer. Ils ne voient là qu'un inconvénient ! « Si nous le laissons continuer ainsi, tous croiront en lui, les Romains interviendront et ils détruiront et notre saint Lieu et notre nation. » (Jn 11, 48).

Cette inquiétude explique tout. Comme toute inquiétude, elle est légitime. Face à toute inquiétude le seul recours est la foi. Tous ne l'ont pas. Cette inquiétude explique tout, depuis la remise de Jésus aux Romains jusqu'à la persécution des premiers chrétiens par Paul. Encore une fois elle est légitime. « Vous me cherchez non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez eu à manger » disait Jésus (Jn 6), qui se méfie de sa popularité — « il savait ce qui est dans le cœur de l'homme », rappelait le texte.

Notre épisode, qui suit la résurrection de Lazare, précède immédiatement la procession de Rameaux et permet de comprendre l'état d’esprit de Jésus à Rameaux, face à une popularité qui lui vaudra la mort.

« C'est votre avantage qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière, dit alors Caïphe. Caïphe fit cette prophétie qu’il fallait que Jésus meure pour la nation et non seulement pour elle, mais pour réunir dans l’unité les enfants de Dieu qui sont dispersés. » — Écho au Psaume : « Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils Et les princes se liguent-ils avec eux Contre l’Éternel et contre son messie ? » (Ps 2, 2)

Tous : les autorités judéennes : « Si nous le laissons continuer ainsi, tous croiront en lui, les Romains interviendront et ils détruiront et notre saint Lieu et notre nation » ; les proches de Jésus, bientôt, à Rameaux, ceux auprès de qui il est populaire, mais qui ne comprennent pas vraiment — voir la confession de Pierre… qui voudra le défendre par l'épée —, des proches le fêtant à Rameaux, mais qui ne supporteront pas qu'il leur échappe, au fond ; et plus tard, au vendredi saint : les Romains, éliminant un improbable rebelle se prenant pour un nouveau roi des Judéens ! Ce qu'il est en réalité échappe à tous !


RP, 04.04.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm

Et demain dimanche, culte ici

vendredi 3 avril 2020

"Si je fais les œuvres de mon Père, croyez en ces œuvres"


Dandelion

PDF ici

Jean 10, 31-42
31 Ces Judéens, à nouveau, ramassèrent des pierres pour le lapider.
32 Mais Jésus reprit : « Je vous ai fait voir tant d’œuvres belles qui venaient du Père. Pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider ? »
33 Les Judéens lui répondirent : « Ce n’est pas pour une belle œuvre que nous voulons te lapider, mais pour un blasphème, parce que toi qui es un homme tu te fais Dieu. »
34 Jésus leur répondit : « N’a-t-il pas été écrit dans votre Loi : J’ai dit : vous êtes des dieux ?
35 Il arrive donc à la Loi d’appeler dieux ceux auxquels la parole de Dieu fut adressée. Or nul ne peut abolir l’Écriture.
36 A celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous dites : “Tu blasphèmes”, parce que j’ai affirmé que je suis le Fils de Dieu.
37 Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas !
38 Mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres, afin que vous connaissiez et que vous sachiez bien que le Père est en moi comme je suis dans le Père. »
39 Alors, une fois de plus, ils cherchèrent à l’arrêter, mais il échappa de leurs mains.
40 Jésus s’en retourna au-delà du Jourdain, à l’endroit où Jean avait commencé à baptiser, et il y demeura.
41 Beaucoup vinrent à lui et ils disaient : « Jean, certes, n’a opéré aucun signe, mais tout ce qu’il a dit de cet homme était vrai. »

*


« Nul ne peut abolir l’Écriture » (v. 35). Propos parallèle, avec d’autres termes, à celui que l’on trouve chez Matthieu (ch. 5, v. 17) : « je ne suis pas venir abolir la Loi ou les Prophètes, mais les pratiquer pleinement ».

La Loi, la Torah — et, s’adressant à des Judéens, précisément « votre Loi » (v. 34), puisque « la Loi sort de Sion et la Parole de Dieu de Jérusalem », selon le prophète Ésaïe (ch. 2, v. 3), c’est-à-dire du cœur de la Judée.

Marque de reconnaissance à l’égard de ces témoins privilégiés de la Parole divine reçue dans la Torah de Moïse que ce « votre Loi », qu’il s’agit donc d’entendre et d’observer — par « tant d’œuvres belles venant du Père », que Jésus accomplit (v. 32). « Croyez en ces œuvres, afin que vous connaissiez et que vous sachiez bien que le Père est en moi comme je suis dans le Père » (v. 38).

Marque de communion intime avec Dieu…, qui devient motif de menace d’exclusion (gestes mimant une lapidation, pourtant interdite par le pouvoir réel, celui de Rome, seul dépositaire de la peine de mort) — réalisme du pouvoir judéen face à ce que provoque cette intimité de Jésus avec le Père dans cette belle observance qui séduit le peuple, mais inquiète les autorités, puisque sa fidélité à Dieu et à sa Loi fait placer en Jésus une espérance messianique qui ne peut qu’inquiéter le pouvoir romain.

Face à cela, encore et toujours l’appel de Jésus à la foi, la confiance en Dieu, plus fiable que les fragiles politiques de ce monde. Alors, venez-en à la Loi de Dieu, « votre Loi », qui confère à celles et ceux qui l’ont reçue une position royale, ici citation des Psaumes (Ps 86, v. 2) : « j’ai dit : vous êtes des dieux ». Position royale, de fils et filles du Très-Haut, pour poursuivre la citation du Psaume, octroi d’une autorité qui procède de l’observance, de la pratique de l’enseignement biblique. Pas seulement de son écoute, mais de sa pratique. Appel adressé à tous, reçu et mis en œuvre par Jésus. De sorte que « beaucoup vinrent à lui et ils disaient : "tout ce que Jean le Baptiste a dit de cet homme était vrai" » (v. 41).

Un appel qui nous est encore adressé aujourd’hui. Venir à la suite de Jésus dans la lumière de la Parole divine dont il est le témoin et l’incarnation.


RP, 03.04.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm


jeudi 2 avril 2020

"Avant qu’Abraham fût, Moi Je Suis"


Royalty Free Dandelion Seed Pictures, Images and Stock ...

PDF ici

Jean 8, 51-59
51 « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. »
52 Ces mêmes Judéens lui dirent alors : « Nous savons maintenant que tu as un démon ! Abraham est mort, et les prophètes aussi, et toi, tu viens dire : “Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.”
53 Serais-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort ? Et les prophètes aussi sont morts ! Pour qui te prends-tu donc ? »
54 Jésus leur répondit : « Si je me glorifiais moi-même, ma gloire ne signifierait rien. C’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous affirmez qu’il est votre Dieu.
55 Vous ne l’avez pas connu, tandis que moi, je le connais. Si je disais que je ne le connais pas, je serais, tout comme vous, un menteur ; mais je le connais et je garde sa parole.
56 Abraham, votre père, a exulté à la pensée de voir mon Jour : il l’a vu et il a été transporté de joie. »
57 Sur quoi les Judéens lui dirent : « Tu n’as même pas cinquante ans et tu as vu Abraham ! »
58 Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Moi Je Suis. »
59 Alors, ils ramassèrent des pierres pour les lancer contre lui, mais Jésus se déroba et sortit du temple.

*


En Judée, où se déroule la scène, on assimile volontiers la périphérie, Galilée et Samarie, comme ayant en commun un héritage religieux moins authentiquement biblique que celui des Judéens. Ainsi, si au ch. 7 (v. 41 et 52), les paroles de Jésus sont mises en doute du fait de son origine galiléenne, au ch. 8 on le voit considéré comme Samaritain, et animé, comme tel, par une divinité locale (selon le sens du mot grec « daimon », le monothéisme samaritain étant réputé moins pur) : c’est ainsi qu’au v. 52, « ces mêmes Judéens lui dirent alors : "nous savons maintenant que tu as un démon" », après lui avoir dit plus haut : « n’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain, et que tu as un démon ? » (v, 48).

On est bien dans un conflit d’obédiences géographiques diverses, où les autorités judéennes, au cœur de la Judée, à Jérusalem, et au cœur de Jérusalem, dans le Temple (v. 59), se perçoivent comme la référence finale.

Et voilà que Jésus renvoie à un au-delà de toute obédience, à Dieu même, à la source éternelle de la parole donnée dans la Torah, à la parole éternelle même, dont Jésus se présente comme en étant la manifestation — parole d’éternité ancrée au-delà même du temps, et donc au-delà même de la mort : « qui garde ma parole ne verra jamais la mort » (v. 51). Parole ancrée au-delà du temps, par laquelle Jésus affirme à tout enfant d’Abraham, et en premier lieu aux Judéens qui en sont les héritiers les plus incontestables, être la Parole-même de la vocation d’Abraham : « avant qu’Abraham fût, Moi Je Suis. »

Parole certes choquante, comme l’exprime le texte, au point qu’on n’a de choix que de l’expulser — le texte l’exprime en ces termes : lui jeter des pierres (v. 59) — où de nous y rendre en reconnaissant que la vérité éternelle n’est pas en notre possession : « Jésus se déroba et sortit du temple. »

Nous voilà tous confrontés à la Parole qui nous fonde et nous appelle à elle, parole qui résonne de tout temps comme provenant d’au-delà du temps, parole en laquelle le père des origines, Abraham lui-même, a espéré, en laquelle il s’est réjoui, à laquelle il s’est rendu comme nous sommes à présent tous appelés, avec les Judéens de notre texte, à nous rendre pour en recevoir la vie d’éternité.


RP, 02.04.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm


mercredi 1 avril 2020

"La vérité vous rendra libres"



PDF ici

Jean 8, 31-42
31 Jésus donc dit à ces Judéens qui avaient cru en lui : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples,
32 vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. »
33 Ils lui répliquèrent : « Nous sommes la descendance d’Abraham et jamais personne ne nous a réduits en esclavage : comment peux-tu prétendre que nous allons devenir des hommes libres ? »
34 Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui commet le péché est esclave du péché.
35 L’esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; le fils, lui, y demeure pour toujours.
36 Dès lors, si c’est le Fils qui vous affranchit, vous serez réellement des hommes libres.
37 Vous êtes la descendance d’Abraham, je le sais ; mais parce que ma parole ne pénètre pas en vous, vous cherchez à me faire mourir.
38 Moi, je dis ce que j’ai vu auprès de mon Père, tandis que vous, vous faites ce que vous avez entendu auprès de votre père ! »
39 Ils ripostèrent : « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous êtes enfants d’Abraham, faites donc les œuvres d’Abraham.
40 Or, vous cherchez maintenant à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue auprès de Dieu ; cela Abraham ne l’a pas fait.
41 Mais vous, vous faites les œuvres de votre père. » Ils lui répliquèrent : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n’avons qu’un seul père, Dieu ! »
42 Jésus leur dit : « Si Dieu était votre père, vous m’auriez aimé, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de mon propre chef, c’est Lui qui m’a envoyé.


*


D’entrée, v. 31 du ch. 8 de cet Évangile selon Jean, on lit que la controverse relatée ici a lieu entre Jésus et certains de ses disciples, certains de ceux qui « avaient cru en lui », dit le texte. Si l’on devait utiliser un vocabulaire alors anachronique, les interlocuteurs de Jésus dans ce passage seraient donc à ranger comme chrétiens.

Rangement anachronique toutefois, car l’Évangile de Jean ne met pas en scène un conflit entre juifs et chrétiens, deux religions dont la seconde n’existe pas encore !

Jésus et ceux à qui il s’adresse sont juifs les uns comme les autres. Mais l’un, Jésus, est Galiléen, les autres sont Judéens. Des Judéens qui ont cru en lui et qu’il invite à demeurer dans son enseignement pour connaître la liberté.

Cela heurte ces disciples de Jésus, comme cela heurterait quiconque est reconnaissant, voire fier, de son héritage spirituel. Comme un Français du XXIe siècle qui aurait l’impression que l’on remet en question sa conviction d’être l’héritier d’une histoire de liberté.

En cette Judée, terre de prophètes, ces disciples de Jésus sont fiers et reconnaissants de leur héritage spirituel, originé en Abraham, héritage de liberté renouvelée à maintes reprises, à commencer par l’Exode. Et voilà que Jésus leur promet la liberté. Nous voilà à nouveau avec les double-sens permanents des propos de celui qui parle de ce qu’il sait de son Père. « Moi qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue auprès de Dieu » (v. 40). La liberté dont il parle est libération du péché et de la mort qui en est le fruit : « qui commet le péché est esclave du péché » (v. 34).

Et le débat de s’envenimer lorsque Jésus leur affirme que leur réaction n’est pas dans la ligne de la foi d’Abraham, ces disciples commençant à y voir une mise en cause de la légitimité de leur filiation !…

La distance pourtant est infime entre Jésus et ses interlocuteurs : la tradition juive enseigne elle aussi que la libération des enfants d’Abraham devenus esclaves, octroyée lors de la Pâque aux jours de l’Exode, reçoit son sens de ce qu’elle a lieu aujourd’hui dans les vies de chacune et chacun.

Et c’est une autre Pâque que Jésus annonce, celle qui s’approche et par laquelle la victoire contre le péché qui rend captif est remportée jusque sur son fruit, jusque sur la mort même.


RP, 1.04.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm


mardi 31 mars 2020

"Moi je suis"



PDF ici

Jean 8, 21-30
21 Jésus leur dit encore : « Je vais partir ; vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Vous ne pouvez pas aller là où je vais. »
22 Les Judéens se demandaient : « Va-t-il se suicider, puisqu'il dit : “Vous ne pouvez pas aller là où je vais” ? »
23 Jésus leur répondit : « Vous, vous êtes d'en bas, moi je suis d'en haut. Vous appartenez à ce monde, moi je n'appartiens pas à ce monde.
24 C'est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que “moi, je suis”, vous mourrez dans vos péchés. »
25 « Qui es-tu ? » lui demandèrent-ils. Jésus leur répondit : « Ce que je vous dis depuis le commencement.
26 J'ai beaucoup à dire et à juger à votre sujet. Mais celui qui m'a envoyé dit la vérité et ce que j'ai entendu auprès de lui, voilà ce que je dis au monde. »
27 Ils ne comprirent pas qu'il leur parlait du Père.
28 Jésus ajouta : « Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous reconnaîtrez que “moi, je suis” et que je ne fais rien par moi-même. Je dis seulement ce que le Père m'a enseigné.
29 Celui qui m'a envoyé est avec moi ; il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. »
30 Tandis que Jésus parlait ainsi, beaucoup crurent en lui.

*


Depuis le ch. 7 de cet évangile selon Jean, nous sommes en Judée ou aux alentours. Jésus y est monté pour participer à Jérusalem à la fête juive des tentes, ou tabernacles — des cabanes, en hébreu Souccoth.

Là se lèvent des controverses, avec les Judéens — traduction du terme grec plus adéquate que par le mot « juifs », mot religieux : si c’est le même mot en grec, c’est bien avec des Judéens, notamment les responsables du pouvoir de la Judée et de sa capitale, Jérusalem, qu’ont lieu ces débats. Dans notre texte, Jésus leur annonce son départ, précisant qu’ils ne pourront pas le suivre, comme il le dira plus tard à ses disciples (Jn 13, 33). L’allusion à sa mort n’échappe pas à ces responsables judéens, à qui l’inquiétude quant à la réaction romaine face à la subversion potentielle que représente Jésus fait qu’ils ont déjà envisagé cette mort (cf. ch. 7)… idée déjà conçue qu’ils préfèrent à présent éviter en parlant de « suicide » !

Idée sous-jacente que cette future mise à mort, fruit d’un réalisme politique dont Jésus souligne qu’il est le fait de « ce monde », ce monde commun au pouvoir romain et au pouvoir judéen. Tous à la manœuvre d’une politique à court terme.

Jésus n’est pas de ce monde-là, son règne n’est pas de ce monde, son règne se reçoit du Père seul. Qui peut le comprendre ? Qui de ces autorités judéennes, sans parler des Romains, quand ses disciples eux-mêmes ne le comprennent pas : ne les a-t-on pas vus se disputer à propos des meilleurs postes à espérer dans le Royaume futur ? Qui peut le comprendre quand ses plus proches, sa famille même, ne le comprennent pas, le sommant de rentrer à la maison quand les incompréhensions deviennent trop vives ?

A fortiori les Judéens au pouvoir, en cette Jérusalem compromise avec Rome. Alors Jésus précise ce qu’il en est de n’être pas de ce monde, ce qu’il en est d’être dans l’intimité du Père. Parole qui se reçoit dans la foi : « tandis que Jésus parlait ainsi, beaucoup crurent en lui », précise le texte (v. 30). Cela va être dévoilé dans l’élévation à la croix qui se profile et que Jésus va annoncer comme élévation à la gloire. C’est de cette façon qu’il devra entrer dans son règne qui n’est pas de ce monde.

Au moment où les hommes vont l’élever sur la croix, son Père, d’une façon mystérieuse qui ne peut que leur échapper, l’élève à la gloire de son règne. Crucifié dans l’histoire, il est glorifié dans l’éternité pour un règne qui n’est pas de ce monde, recevant le nom qui est au-dessus de tout nom : « Moi, je suis » !


RP, 31.03.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm