lundi 14 septembre 2026

"Aucune juridiction internationale n’a reconnu la commission d’un "génocide" ("en cours" ou pas) contre les Gazaouis"


LICRA : Parution du nouveau Droit de Vivre / Le DDV : « Génocide. De la définition à la qualification »

CLIC sur l'image pour agrandir


Présentation du numéro :

" Après le 7 octobre 2023, Israël a immédiatement été accusé de commettre un « génocide » à Gaza. Aucune juridiction internationale n’a pourtant, plus de deux ans et demi après le début de la guerre Israël/Hamas, reconnu la commission d’un tel crime contre les Gazaouis, et plus généralement contre les Palestiniens.

Le terme « génocide » a été forgé et théorisé en 1944 par le juriste Raphael Lemkin, juif polonais ayant émigré aux États-Unis en 1941. L’adoption à Paris, le 9 décembre 1948, par l’assemblée générale de l’ONU, de la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », l’a fait entrer dans le lexique juridique.

Sans omettre de poser la question des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis pendant la guerre, ce numéro du Droit de Vivre, qui mobilise l’histoire, le droit, la philosophie ou encore la science politique, s’intéresse à la tournure obsessionnelle prise par l’accusation de génocide. Il s’interroge sur le succès qu’elle rencontre dans une partie de l’opinion – et notamment auprès de la jeunesse –, relayée par des intellectuels, des juristes, des institutions internationales mais également des responsables politiques.

L’accusation de génocide, qui charrie celle de « génocidaire » et de « négationniste », constitue un défi pour l’enseignement de ces questions et le rapport à la vérité. "

vendredi 11 septembre 2026

Chana Tova !




« Dans un monde assailli par la plus atroce barbarie, la généreuse tradition des prophètes hébreux, que le christianisme, en ce qu'il eut de plus pur, reprit pour l'élargir, ne demeure-t-elle pas l'une de nos meilleures raisons de vivre, de croire et de lutter ? » (Testament de Marc Bloch, Clermont-Ferrand, le 18 mars 1941. Reproduit dans L'étrange défaite, 1946)

Éditorial de J.-D. Durand, Président de l’AJCF, septembre 2026



Boy George - We Will Dance Again
Lyrics / en français
(Merci à Boy George d'être cet homme)


samedi 5 septembre 2026

Être têtu




Deux façons d’être têtu

La première, légitime et nécessaire, en un sens où j’espère être têtu : refuser obstinément d’être catégorisé et de catégoriser autrui, s’inscrire fermement dans la vocation humaine rappelée par l'Épître aux Colossiens (ch. 3, v. 3) : votre vie est cachée avec le Christ en Dieu”, reprise et application à l’humain, fait à l'image de Dieu, de la leçon d’Exode 3 sur la révélation du nom de Dieu comme inaccessible et imprononçable : je suis inconnu à moi-même, a fortiori à autrui. D’où : “il est incroyable que la perspective d’avoir un biographe n’ait fait renoncer personne à avoir une vie” (Cioran). Persévérance dans l’être inaccessible — malgré tout : refus d’être catégorisé et de catégoriser comme fondement de toute résistance, se traduisant en refus d’être instrumentalisé.

Et puis, comme toute chose engendre sa dérive, apparaît une seconde façon, parfaitement illégitime celle-là, d’être têtu : refuser le réel, les faits avérés et advenus, leur préférer ses convictions. Ici, être têtu se fonde sur la mauvaise foi, et source la mauvaise foi dans la volonté de se sauver soi-même… Mais “qui veut sauvegarder sa vie la perdra” (Mt 16, 25).

RP


PS : Comme en écho, je lis après-coup cet article de Jean-Paul Sanfourche : « Un monde d’après qui est déjà le nôtre »


dimanche 30 août 2026

L’impasse ?




Yeshayahou Leibowitz en 1985

« Si l’on me demandait de définir l’idéologie sioniste, je répondrais qu’il existe seulement une idéologie antisioniste : celle qui prétend que les juifs ne sont pas un peuple. Le sionisme, quant à lui, n’est pas une idéologie, mais volonté et action : la volonté de juifs qui refusent que le peuple juif continue à être dominé par les Gentils [sachant où ça mène : soumission/dhimma, expulsions, pogroms, Shoah…]. L’action sioniste historique est l’ensemble des activités accomplies en vue de restituer l’indépendance du peuple d’Israël sur sa terre […].
À partir de cette conception du sionisme, on peut affirmer que celui-ci a rendu au peuple juif son indépendance et qu’il maintient et assure cette indépendance, mais il n’offre pas de solution au problème du peuple juif : la signification et les contenus culturels et spirituels dans leur continuité historique, la pérennité du judaïsme [cf. 7‑octobre…]. » (Yeshayahou Leibowitz, Judaïsme, peuple juif et État d’Israël, trad. de l’hébreu par Gabriel Roth, éd. J.-C. Lattès, 1985, p. 131)

« Le conflit judéo-arabe n’est pas le fait d’une tactique erronée, ni même d’une mauvaise politique ; il est l’expression du tragique même de l’histoire du peuple juif : le fait qu’Eretz-Israël, qui est notre patrie et notre terre, soit devenu la patrie et la terre d’un autre peuple ; et aucune des deux parties ne peut et ne pourra — et pour chacune d’elles, n’a pas le droit (*) — de renoncer à sa revendication sur cette terre. » (Yeshayahou Leibowitz, Ibid., p. 136)


--- > Suite de des lendemains qui déchantent 


__________________


(*) Cf. Hakim El Karoui, Israël-Palestine, une idée de paix, éd. de l'Observatoire, 2025 :

Il y a déjà quarante ans, Leibowitz posait un constat, celui d’une impasse (phrase surlignée). Ci‑dessous, la proposition de Hakim El Karoui (2025), donnée comme une idée, laquelle a le simple mérite d’exister. El Karoui reste humble, et ne prétend pas avoir des idées sur tout, ni résoudre tout ! Simple idée pour sortir de l’impasse, ou donner à « l’impasse » un point d’interrogation, simple idée, mais qui vaut au moins d’être entendue…

Hakim El Karoui propose une sortie de crise pragmatique et réaliste face à l'impasse politique du conflit.

Résumé des axes principaux :

— Rupture avec le statu quo : El Karoui dresse d'abord un constat sans concession : la solution à deux États sous sa forme classique (telle que pensée depuis les accords d'Oslo) est moribonde en raison de la colonisation, du morcellement du territoire palestinien et de la paralysie de l'Autorité palestinienne.
— Réalisme géopolitique : il soutient que les Palestiniens ne disparaîtront pas et que les Israéliens ne repartiront pas. Toute solution durable doit obligatoirement garantir deux impératifs fondamentaux : la sécurité d'Israël et les droits politiques, civils et territoriaux des Palestiniens.
— Une confédération comme voie médiane : plutôt qu'un État binational (qui mènerait selon lui à une guerre civile) ou deux États complètement hermétiques, le livre explore la piste d'une structure confédérale ou fédérale. Cette approche permet de maintenir deux entités nationales distinctes tout en gérant en commun les ressources (eau), la sécurité, et la libre circulation sous conditions.
— El Karoui insiste sur l'importance des dynamiques régionales (notamment la suite des accords d'Abraham) tout en appelant la France et l'Europe à retrouver un rôle diplomatique actif et indépendant.

Sortir de l'impasse (?) :

Hakim El Karoui propose de dissocier le territoire (la géographie) de la souveraineté politique (la nationalité).
Pour sortir de l'impasse de la solution classique à deux États (qui exige un découpage territorial devenu quasi impossible — a-t-il jamais été possible ?), il suggère de dépasser le modèle traditionnel westphalien (« un État, un peuple, un territoire »).

Sa proposition repose sur deux piliers :
— Une souveraineté personnalisée plutôt que territoriale : les citoyens israéliens et palestiniens se verraient rattachés à leur État respectif par leur nationalité et leurs droits politiques, peu importe où ils résident physiquement sur l'espace compris entre la mer et le Jourdain.
— Un espace géographique partagé : plutôt que de morceler la terre par des frontières rigides, la géographie resterait en grande partie ouverte et commune pour la circulation et la vie quotidienne, gérée conjointement par des institutions bi-nationales.

Cette approche vise à préserver les identités et droits politiques de chaque peuple (« les peuples plutôt que les territoires ») sans se heurter au blocage des frontières physiques.


Articles marqués « 7 octobre » : ICI, ICI et ICI

vendredi 21 août 2026

Du "progressisme" au bouc émissaire




Le philosophe américain Francis Fukuyama n'a jamais été le prophète béat qu'une caricature superficielle a dépeint ! Dès son article originel de 1989, et de manière centrale dans son livre de 1992 (La Fin de l'Histoire et le Dernier Homme), Fukuyama exprime précisément un doute fondamental. Il ne promet pas une « pacification définitive » idyllique : il met en garde contre l'instabilité intrinsèque de cette Fin de l'Histoire, précisément à cause de la menace du « Dernier Homme ».

La thèse de Fukuyama repose sur une anthropologie hégélienne (relue par Alexandre Kojève) : l'être humain n'est pas mû uniquement par le Désir (les besoins matériels, la consommation), mais aussi par le Thymos : le besoin de reconnaissance, d'estime de soi et de dignité.

Fukuyama divise le thymos en deux formes :
- L'Isothymia : Le désir d'être reconnu comme l'égal des autres (satisfait par la démocratie et les droits fondamentaux).
- La Megalothymia : Le désir d'être reconnu comme supérieur aux autres, de s'imposer, de prendre des risques mortels, de vivre le tragique et la grandeur (la passion des conquérants, des artistes, des révolutionnaires).

L'inquiétude majeure de Fukuyama est la suivante : la démocratie libérale et le marché satisfont peut-être le Désir et l'Isothymia, mais ils embouteillent et étouffent la Megalothymia.

En réduisant l'existence à la recherche (de plus, souvent insatisfaite) du confort, du soin de santé et de la consommation passive, le système fabrique le Dernier Homme de Nietzsche : un être sans ardeur, incapable de grands sacrifices ou de grands desseins.

C'est là que l'idée de « pacification » révèle son piège :
- L'ennui : Privés de grandes causes politiques ou religieuses pour lesquelles lutter, les hommes risquent de s'ennuyer dans l'insatisfaction et la paix libérale.
- Le retour de la violence gratuite : Fukuyama écrit explicitement que si les hommes ne peuvent plus lutter pour des causes justes, ils finiront par lutter contre la paix elle-même, simplement par besoin d'éprouver leur force et de raviver leur megalothymia.

Loin d'avoir manqué cette limite, Fukuyama avait anticipé que l'insatisfaction du thymos provoquerait la résurgence :
- Du nationalisme agressif.
- Des intégrismes religieux.
- Des politiques identitaires et des rivalités tribales.

Le « Dernier Homme », avide de confort mais vide de sens, finit par chercher de nouvelles arènes pour exprimer sa megalothymia contrariée.

Fukuyama n'a donc pas promis l'Éden libéral : il a posé un dilemme.

La démocratie libérale est la fin de l'Histoire au sens où elle est le dernier système politiquement légitime à l'échelle globale (il n'y a pas d'alternative théorique supérieure pour organiser le droit et la prospérité et surtout satisfaire Désir et Thymos inscrits dans la psyché humaine). Mais elle contient son propre poison psychologique : en créant le Dernier Homme, elle sécrète le vide spirituel qui pousse les individus à détruire la pacification même qu'elle a construite.

C'est précisément cette faille — cette megalothymia en manque d'objet dans un monde de Derniers Hommes — qui ouvre la voie au retour du conflit mimétique et du bouc émissaire de René Girard.

Le postulat de départ de Fukuyama (hérité de Hegel) est que le désir d'égalitarisme et de reconnaissance individuelle (Isothymia) n'est pas un biais culturel occidental, mais une composante universelle de la psyché humaine.

Même lorsqu'un régime (qu'il soit une théocratie islamique, une autocratie militaire ou un capitalisme d'État hyper-autoritaire) rejette formellement le modèle libéral :
- Il peut tenter de supprimer les institutions démocratiques, mais il ne peut pas supprimer la structure du désir humain.
- Les individus soumis à ces régimes finissent inévitablement par réclamer ce droit à l'existence propre, à la dignité et à la maîtrise de leur corps (le slogan « Femme, Vie, Liberté » ou le refus du diktat économique et moral en sont l'incarnation pure).

Aucune dictature ne peut être totalement imperméable à cette aspiration : l'illibéralisme porte donc en lui-même le germe de sa propre instabilité.

Lorsque le Thymos des citoyens (l'aspiration à la dignité et à la liberté) se heurte à la structure autoritaire, le régime se retrouve face à un dilemme existentiel.

C'est là qu'intervient la démesure de la répression :
- Le Thymos des gouvernants (Megalothymia) : pour la caste au pouvoir, céder du terrain ne signifie pas seulement négocier un compromis politique, cela équivaut à la ruine de sa propre prétention à la vérité absolue (religieuse ou idéologique).
- La panique du vide : l'autoritarisme sait qu'il ne dispose plus de l'adhésion idéologique réelle des masses (la « foi » s'est dissipée). Il ne lui reste plus que la force brute.
- Le massacre comme réponse systémique : n'ayant plus d'arguments pour satisfaire le besoin de reconnaissance de sa population, le régime n'a d'autre choix pour survivre que d'élever le coût de la contestation à un niveau terrifiant. La violence inouïe des régimes en décomposition (comme les tueries et massacres d'État observés en Iran) est la preuve empirique que le régime n'a plus aucune hégémonie culturelle : il ne règne plus que sur des corps apeurés.

La thèse globale prend alors une forme cyclique tragique :
- L'inévitabilité de la contestation : la quête de dignité humaine fait craquer les dictatures de l'intérieur.
- Le paroxysme de la brutalité : le régime réprime avec une férocité désespérée parce qu'il sait que l'aspiration qui lui fait face est universelle et irréversible.
- Le risque du vide : si le régime s'effondre sous le poids de sa propre violence, la société libérée — traumatisée, désorganisée et privée de repères — court le risque immédiat de retomber dans la rivalité mimétique (Girard) ou de voir émerger de nouveaux illibéralismes opportunistes.

La Fin de l'Histoire n'est donc pas un fleuve tranquille, c'est une succession de convulsions. Le modèle libéral attire par sa capacité à satisfaire le Thymos, mais l'incapacité des régimes autoritaires à satisfaire ce besoin fondamental les condamne soit à l'effondrement, soit à une hyper-violence préventive et convulsive. Les massacres perpétrés par les régimes aux abois ne sont pas les signes de leur force, mais la manifestation sanglante de leur défaite théorique face à la nature même du désir humain.

Lorsque le marché offre à tous les mêmes objets de désir (statut, visibilité, moralité) tout en créant une égalité abstraite, les individus entrent dans une rivalité mimétique généralisée. On ne veut plus la chose pour elle-même, on veut ce que l'autre possède ou incarne.

Faute d'institutions fortes ou de transcendance pour canaliser cette violence intestine, le système social menace d'imploser. La seule échappatoire archaïque que la psyché collective trouve pour rétablir une forme d'unité brisée par l'ennui et la rivalité, c'est le mécanisme du bouc émissaire girardien.

Ce mécanisme explique le glissement du progressisme au bouc émissaire, qui apparaît aussi bien en France (LFI) qu'aux USA avec la gauche radicale (Social Justice Warriors, franges dites « woke »), révélant une dérive structurelle, qui l'empêche de dénoncer clairement les dictatures réelles :
- La panne du logiciel marxiste classique : n'ayant plus la capacité (ou la volonté) de renverser les structures réelles du capitalisme financier — puisque le militant lui-même est un consommateur intégré au système —, cette gauche a glissé de la lutte des classes vers la politique des identités et la concurrence des victimisations.
- Le choix du bouc émissaire : dans la grille girardienne, le bouc émissaire doit cumuler deux caractéristiques : être perçu comme « ultra-puissant » (pour justifier la haine) et être « minoritaire/isolé » (pour pouvoir être sacrifié sans risque systémique majeur).

La dérive vers l'antisémitisme est ainsi la pente glissante avérée. Dans l'imaginaire d'une partie de cette gauche, la figure du « Sioniste », i.e. du « Juif », réactive le fantasme archaïque de la domination occulte, du capitalisme incarné et du privilégié absolu. En désignant Israël ou le « lobby » comme la source unique du mal du monde, on offre à des masses désorientées et en crise d'identité la panacée girardienne : une unanimité retrouvée par la haine d'un tiers désigné.

Le projet démocratique libéral pensait avoir éradiqué la violence archaïque en créant le Dernier Homme. En réalité, il n'a fait que supprimer le sens, laissant l'homme contemporain livré à l'ennui et à la rivalité mimétique.

Faute de pouvoir inventer le Surhomme (la création de ses propres valeurs), la gauche radicale — prise au piège de l'impuissance politique face au marché — retombe dans le plus vieux réflexe de l'humanité : désigner le bouc émissaire pour ressouder le groupe. L'antisémitisme n'est pas un accident de parcours dans ce dispositif : c'est la forme historique la plus rodée du mécanisme sacrificiel.

--- > cf. l'impasse…

RP

Articles marqués « 7 octobre » : ICI, ICI et ICI

jeudi 6 août 2026

L’antisionisme et le mythe des Envahisseurs



« Les Envahisseurs : ces êtres étranges venus d’une autre planète. Leur destination : la Terre. Leur objectif : en faire leur univers. David Vincent les a vus… Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva… »

Les plus âgés se souviennent de la série culte Les Envahisseurs créée en 1967 par Larry Cohen (portée par Roy Thinnes dans le rôle de David Vincent, dans les années 1960-1070)…
De l’architecte à l’anti-système : David Vincent est un architecte. Son métier est de bâtir la cité, de représenter l’ordre social. Mais parce qu’il a “vu” l’ovni un soir de fatigue, il devient un marginal, un homme traqué que la société prend pour un fou.
L’Infiltration des structures de pouvoir : Les extraterrestres de 1967 ne cherchent pas à faire sauter le Pentagone. Ils achètent des entreprises, corrompent la police, infiltrent les médias et le sénat. L’invasion est une bureaucratisation rampante.
L’incognito parfait : Ils n’ont pas de sang et se désintègrent en une lueur rouge à leur mort (ne laissant aucune preuve matérielle). Leur seule faille est physiologique et infime : l’auriculaire raide (l’impossibilité de plier le petit doigt).
La transposition de la Guerre froide : David Vincent n’est plus face aux Martiens de Wells (cf. infra) ; il est coincé dans un état de suspicion permanente (cf. maccarthysme) qui rappelle la peur de la subversion communiste (“les rouges sous le lit”)… ou la méfiance naissante envers le complexe militaro-industriel américain.

En arrière-plan :

1) H.G. Wells, La Guerre des Mondes (1898). L’invasion militaire. Des tripodes géants, la force brute et la guerre ouverte. L’ennemi est visible et monstrueux.
Wells ne crée pas le Martien à partir de rien ; il prend le portrait du colonisateur européen (froid, hyper-technologique, scientiste, convaincu de sa supériorité raciale/évolutive, traitant les indigènes comme du bétail) et le transporte sur Mars. Le Martien est le Britannique poussé au bout de sa propre logique.
Le choc du miroir : Wells dit à ses compatriotes : “Regardez le Martien. Ce monstre cruel, c’est VOUS. C’est ce que vous faites subir au reste du monde.” Le Martien est le double monstrueux et autocritique de l’Occident impérialiste.

2) Jack Finney / Don Siegel, Body Snatchers / L’invasion des Profanateurs (1955-1956). La perte d’humanité. Des cosses spatiales remplacent les humains pendant leur sommeil. Métaphore à la fois du conformisme et de la peur du communisme.

3) Larry Cohen, Les Envahisseurs / David Vincent (1967). La paranoïa systémique. L’extraterrestre s’habille en costume-cravate, infiltre les institutions et efface ses traces.

Le point de départ : Wells comme autocritique de l’Occident
En 1898, H.G. Wells accomplit une opération psychologique d’une audace inouïe. La Grande-Bretagne est au sommet de son empire. Elle s’auto-persuade d’apporter la civilisation au monde, alors qu’elle pratique l’extermination (notamment en Tasmanie).

Le glissement : Du « miroir de soi » au « bouc émissaire externe »
Dans la fiction de Wells, le message est l’auto-accusation : nous sommes les colons.
Mais la psyché collective (et en particulier la pensée complotiste) supporte très mal la culpabilité. Elle va donc opérer une torsion fondamentale du mythe wellsien : au lieu de voir dans le monstre technologique un miroir de nos propres travers, elle va exporter ce monstre sur un “Autre” accusé de tous les maux.

C’est ici que s’opère le glissement vers le discours antisémite et antisioniste :

Le moteur de la propagande contemporaine consiste à retirer le costume de colonisateur à l’antisioniste occidental (qui s’auto-extrait d’un colonialisme passé qu’il dénonce) pour en revêtir exclusivement la figure du “Sioniste”. Le juif/sioniste n’est plus vu comme une victime de l’histoire, mais réinventé sous les traits du super-colonisateur, du dominateur technologique et de l’oppresseur froid. On lui applique exactement les caractéristiques du Martien de Wells :
— Une supériorité technologique et militaire écrasante.
— L’insensibilité présumée face à la destruction des populations dominées.
— L’idée d’un plan méthodique et glacial (“génocidaire”) d’appropriation du territoire.

L’Infiltration et le contrôle de l’Ombre (le pont avec Les Envahisseurs)
À ce vernis de “colonisateur d’acier” (Wells) s’ajoute la dimension de l’infiltré invisible (Les Envahisseurs de David Vincent). Dans le fantasme conspirationniste, le “Sioniste” n’est pas seulement l’agresseur militaire direct en Orient ; il est l’“Alien” qui a infiltré les centres de pouvoir de l’Occident (médias, banques, gouvernements), transformant les nations occidentales en exécutantes de sa propre volonté. Ce qui permet à des groupes aux idéologies pourtant irréconciliables (extrême droite classique, intégrismes religieux musulmans comme chrétiens, ultra-gauche complotiste) de trouver un point de convergence et d’alliance !
Dans la série Les Envahisseurs, les extraterrestres ne portent pas de masque monstrueux : ils portent des costumes de banquiers, de sénateurs ou de journalistes. Le mythe moderne du « sionisme international » (qui rejoue en réalité les vieux stéréotypes des Protocoles des Sages de Sion sous un vocabulaire actualisé) lui attribue exactement les mêmes propriétés :
— Une présence invisible mais omniprésente.
— L’idée d’un marionnettiste tirant les ficelles des guerres, des crises économiques ou des transformations sociales à l’échelle globale.

Avec Wells (1898) l’Européen prenait conscience qu’IL est le Martien génocidaire. Mais le refus de la culpabilité finira par déboucher sur le besoin d’expulsion !…
Vers le conspirationnisme contemporain :
L’Occident culpabilisé (suivi par le “Sud global”) désigne le “Sioniste” comme le SEUL vrai Martien/Génocidaire, se déchargeant ainsi de toute responsabilité historique.
L’effacement de la culpabilité occidentale : en faisant du “sioniste” l’unique incarnation moderne du colonialisme et du génocide, l’antisioniste d’Occident (et d’autres nations) s’auto-situant dans le camp du bien, de ceux qui savent (comme David Vincent), se dédouane de son propre passé collectif impérialiste et antisémite.
La série Les Envahisseurs avait pour fonction de déplacer nos craintes et phobies vers un objet mythique, extraterrestre. On assite à une véritable subversion/inversion du mythe : l’“extraterrestre” devient l’illustration du bouc émissaire d’une société, la nôtre, ravagée par sa propore culpabilité.

La diabolisation absolue : Parce que le Martien chez Wells est une force cosmique contre laquelle on ne négocie pas (il faut le détruire ou mourir), faire du “sioniste” le Martien contemporain (et désormais “infiltré” comme dans la série Les Envahisseurs) permet d’inciter à sa destruction (de la rivère à la mer pour commencer), à son effacement total, débarrassé de tout cadre diplomatique ou politique rationnel contre ce qui devient le mal absolu !

Wells avait créé le Martien pour forcer l’Occident à regarder son propre monstre dans le miroir. La pensée complotiste contemporaine a brisé ce miroir : elle a pris la figure du Martien (le colon dominateur et génocidaire) et l’a projetée sur le “Sioniste” (en plus “infiltré”). Ce glissement permet à l’humanité de rejouer le drame du bouc émissaire : désigner un « Alien » parmi nous pour nous auto-persuader de notre propre innocence.

RP

--- > Cela nourri de mauvaise foi (cf. ICI)




dimanche 26 juillet 2026

L’expression “génocide en cours” et l’antisémitisme




Le droit international caractérise un génocide par la démonstration de l’intention spécifique (dolus specialis) de détruire tout ou partie d’un groupe. Des juristes sud-africains ont porté cette accusation contre Israël devant la cour internationale de justice (CIJ), sur la base d’“informations” portées par des médias au bout du compte pro-Hamas relayés par nombre de voix médiatiques internationales, s’appuyant sur les provocations délirantes de tel ministre (voix qui s’étaient abstenues, dès le 8 octobre 2023, de dénoncer le pogrom du 7-octobre, quand elles ne l’avaient pas carrément approuvé !).

Alors que le procès n’a fait que commencer, l’accusation maximale permanente de “génocide en cours” est reprise en boucle par les ennemis d’Israël (revendiqués “antisionistes”) et sacralisée sans jugement définitif, tandis que, par ex., la donnée démographique (la population de Gaza en croissance) est rejetée comme non pertinente (à l’appui de ce qu’effectivement, le droit international ne caractérise pas un génocide par l’évolution de la courbe démographique : le taux de fécondité baisse drastiquement en Europe, entre autres, sans qu’il n’y ait de génocide…).

La justice internationale (la CIJ) exigeant 3 à 5 ans de procédures pour analyser les preuves, les accusations politiques et les demandes de délais (comme celui obtenu récemment par les accusateurs sud-africains d’Israël, qui ne retiennent donc pas l’“urgence” supposée) étirent le calendrier, maintenant une présomption de culpabilité indéfinie sur l’accusé dans l’opinion.

La réserve du Rwanda, qui sait ce qu’est un génocide, est en soi éloquente. De même que la prudence de l’actuel pouvoir burkinabè, quand l’ancien pouvoir soutenait la rébellion qui cherchait à déstabiliser la Côte d’Ivoire. Car on est bien fondé à se méfier, sachant le précédent Gbagbo : l’histoire judiciaire a montré qu’une “alerte” médiatique et politique (portée alors par ladite rébellion et ses soutiens internationaux, médiatiques, politiques et militaires, sous le vocabulaire “Gbagbo génocidaire”, “criminel contre l’humanité”) a imposé à l’ancien président ivoirien un stigmate moral débouchant (devant la CPI) sur une décennie d’emprisonnement pour “crime contre l’humanité”, avant de s’effondrer devant la justice faute de preuves : des accusations de Gbagbo, tout était faux. Le stigmate, lui, demeure…

Qu’en sera-t-il pour Israël ? Le déchaînement mondial d’antisémitisme produit par un vocabulaire aussi terrible que non-prouvé ne peut, hélas, que subsister.

Présomption de culpabilité comme caution de la haine : l’usage permanent de l’expression “génocide en cours” produit un retournement symbolique absolu. En associant l’État juif au “crime des crimes”, elle offre une caution morale qui alimente l’explosion des actes antisémites à l'égard des juifs de la diaspora… Une haine vertueuse, selon l’expression d’Eva Illouz.

La défaite médiatique d’Israël accusé sans que la CIJ n’ait prouvé quoi que ce soit, et son débouché antisémite mondial, entraîne ce qui s’avèrera, au regard des faits, une impasse intellectuelle : les propositions visant à renoncer au sionisme pour réinventer un “judaïsme de diaspora” moralement neutre (cf. Omer Bartov, reprenant pour cela les accusations non-prouvées jusque là des ennemis du sionisme). Ces propositions reposent sur une illusion : l’histoire a démontré à satiété que la diabolisation d’Israël ne protège pas les juifs de la diaspora, mais dégrade au contraire leur sécurité en les privant de leur garantie existentielle.

Ceux qui usent en permanence, sans preuve juridique, de l’expression “génocide en cours”, portent, malgré leur déni, une responsabilité morale indubitable dans l’explosion actuelle de l’antisémitisme comme “devoir moral”. Leur volonté de s’auto-disculper de toute responsabilité sous prétexte qu’ils ne se réclament pas de l’antisémitisme du XXe s. n’y changera rien. La responsabilité morale dans la montée de l’antisémitisme des tenants de l’accusation sans jugement de “génocide en cours” est dès à présent énorme…

RP


--- > Arrière-plan incontournable

--- > Illustration ici

--- > Mauvaise foi

--- > Cf. l'article "The Genocide Claim in Gaza Has Collapsed. Hamas Supplied the Evidence / L'accusation de génocide à Gaza s'est effondrée. Le Hamas a fourni les preuves" <br><br> --- > Cf. aussi <a href="https://www.lepoint.fr/societe/je-reprends-ma-liberte-car-elle-est-mon-bien-le-plus-precieux-jean-quatremer-quitte-liberation-EXJNF4FXXBGHLOLMCESC3JEHWU/" target="_blank"><b>ICI</b>, la lettre de démission d&#8217;un journaliste de &#8220;Libé&#8221;</a>