samedi 5 septembre 2026

Être têtu




Deux façons d’être têtu

La première, légitime et nécessaire, en un sens où j’espère être têtu : refuser obstinément d’être catégorisé et de catégoriser autrui, s’inscrire fermement dans la vocation humaine rappelée par l'Épître aux Colossiens (ch. 3, v. 3) : “votre vie est cachée avec le Christ en Dieu”, reprise et application à l’humain, fait à l'image de Dieu, de la leçon d’Exode 3 sur la révélation du nom de Dieu comme inaccessible et imprononçable : je suis inconnu à moi-même, a fortiori à autrui. D’où : “il est incroyable que la perspective d’avoir un biographe n’ait fait renoncer personne à avoir une vie” (Cioran). Persévérance dans l’être inaccessible — malgré tout : refus d’être catégorisé et de catégoriser comme fondement de toute résistance, se traduisant en refus d’être instrumentalisé.

Et puis, comme toute chose engendre sa dérive, apparaît une seconde façon, parfaitement illégitime celle-là, d’être têtu : refuser le réel, les faits avérés et advenus, leur préférer ses convictions. Ici, être têtu se fonde sur la mauvaise foi, et source la mauvaise foi dans la volonté de se sauver soi-même… Mais “qui veut sauvegarder sa vie la perdra” (Mt 16, 25).

RP


PS : Comme en écho, je lis après-coup cet article de Jean-Paul Sanfourche : « Un monde d’après qui est déjà le nôtre »…
Cf. H.-G. Wells, First and last things (Choses premières et dernières) (1908) : « tout terme logique a des contours estompés ; la logique impitoyable […] n’est qu’une forme de la bêtise, une sorte d’obstination intellectuelle. »

PS 2 : « Exister, c’est se renier. Que suis-je aujourd’hui, moi qui vis aujourd’hui, sinon le reniement de ce que j’étais hier, de celui que j’étais hier ? Exister, c’est se démentir. Rien n’est plus symptomatique de la vie que ces articles de journaux venant démentir ce que ces mêmes journaux ont dit la veille. » (Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité, Autobiographie sans événements, trad. Françoise Laye, éd. Christian Bourgois, 1999, § 392, p. 405)

PS 3 : « Des convictions profondes, seuls en ont les êtres superficiels. » (Fernando Pessoa, Chronique de la vie qui passe, 1915)
« N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi. » (Emil Cioran, De l'inconvénient d'être né, 1973)


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire