samedi 5 septembre 2026

Être têtu




Deux façons d’être têtu

La première, légitime et nécessaire, en un sens où j’espère être têtu : refuser obstinément d’être catégorisé, s’inscrire fermement dans la vocation humaine rappelée par l'Épître aux Colossiens (ch. 3, v. 3) : “votre vie est cachée avec le Christ en Dieu”, reprise et application à l’humain, à l'image de Dieu, de la leçon d’Exode 3 sur la révélation du nom de Dieu comme inaccessible et imprononçable : je suis inconnu à moi-même, a fortiori à autrui. D’où : “il est incroyable que la perspective d’avoir un biographe n’ait fait renoncer personne à avoir une vie” (Cioran). Persévérance dans l’être inaccessible — malgré tout : refus d’être catégorisé comme fondement de toute résistance, se traduisant en refus d’être instrumentalisé.

Et puis, comme toute chose engendre sa dérive, apparaît une seconde façon, parfaitement illégitime celle-là, d’être têtu : refuser le réel, les faits avérés et advenus, leur préférer ses convictions. Ici, être têtu se fonde sur la mauvaise foi, et source la mauvaise foi dans la volonté de se sauver soi-même… Mais “qui veut sauvegarder sa vie la perdra” (Mt 16, 25).

RP