
Le droit international caractérise un génocide par la démonstration de l’intention spécifique (dolus specialis) de détruire tout ou partie d’un groupe. Des juristes sud-africains ont porté cette accusation devant la cour internationale de justice (CIJ), sur la base d’“informations” portées par des médias au bout du compte pro-Hamas relayés par nombre de voix médiatiques internationales.
Alors que le procès n’a fait que commencer, l’accusation maximale permanente de “génocide en cours” est reprise en boucle par les ennemis d’Israël (revendiqués “antisionistes”) et sacralisée sans jugement définitif, tandis que, par ex., la donnée démographique (la population de Gaza en croissance) est rejetée comme non pertinente (à l’appui de ce qu’effectivement, le droit international ne caractérise pas un génocide par l’évolution de la courbe démographique).
La justice internationale (la CIJ) exigeant 3 à 5 ans de procédures pour analyser les preuves, les accusations politiques et les demandes de délais (comme celui obtenu récemment par les accusateurs sud-africains d’Israël) étirent le calendrier, maintenant une présomption de culpabilité indéfinie sur l’accusé dans l’opinion.
La réserve du Rwanda, qui sait ce qu’est un génocide, est en soi éloquente. De même que la prudence de l’actuel pouvoir burkinabè, quand l’ancien pouvoir soutenait la rébellion qui cherchait à déstabiliser la Côte d’Ivoire. Car on est bien fondé à se méfier : le précédent Gbagbo : l’histoire judiciaire a montré qu’une “alerte” médiatique et politique (portée alors par ladite rébellion et ses soutiens internationaux, médiatiques, politiques et militaires, sous le vocabulaire “Gbagbo génocidaire”, “criminel contre l’humanité”) a imposé à l’ancien président ivoirien un stigmate moral débouchant sur une décennie d’emprisonnement pour “crime contre l’humanité”, avant de s’effondrer devant la justice faute de preuves : des accusations de Gbagbo, tout était faux. Le stigmate, lui, demeure…
Qu’en sera-t-il pour Israël ? Le déchaînement mondial d’antisémitisme produit par un vocabulaire aussi terrible que non-prouvé ne peut, hélas, que subsister.
Présomption de culpabilité comme caution de la haine : l’usage permanent de l’expression “génocide en cours” produit un retournement symbolique absolu. En associant l’État juif au “crime des crimes”, elle offre une caution morale qui alimente l’explosion des actes antisémites à l'égard des juifs de la diaspora… Une haine vertueuse, selon l’expression d’Eva Illouz.
La défaite médiatique d’Israël accusé sans que la CIJ n’ait prouvé quoi que ce soit, et son débouché antisémite mondial, entraîne ce qui s’avèrera, au regard des faits, une impasse intellectuelle : les propositions visant à renoncer au sionisme pour réinventer un “judaïsme de diaspora” moralement neutre (cf. Omer Bartov, reprenant pour cela les accusations non-prouvées jusque là des ennemis du sionisme). Ces propositions reposent sur une illusion : l’histoire a démontré à satiété que la diabolisation d’Israël ne protège pas les juifs de la diaspora, mais dégrade au contraire leur sécurité en les privant de leur garantie existentielle.
Ceux qui usent en permanence, sans preuve juridique, de l’expression “génocide en cours”, portent, malgré leur déni, une responsabilité morale indubitable dans l’explosion actuelle de l’antisémitisme comme “devoir moral”. Leur volonté de s’auto-disculper de toute responsabilité sous prétexte qu’ils ne se réclament pas de l’antisémitisme du XXe s. n’y changera rien. La responsabilité morale dans la montée de l’antisémitisme des tenants de l’accusation sans jugement de “génocide en cours” est dès à présent énorme…
RP
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