dimanche 30 août 2026

L’impasse ?




Yeshayahou Leibowitz en 1985

« Si l’on me demandait de définir l’idéologie sioniste, je répondrais qu’il existe seulement une idéologie antisioniste : celle qui prétend que les juifs ne sont pas un peuple. Le sionisme, quant à lui, n’est pas une idéologie, mais volonté et action : la volonté de juifs qui refusent que le peuple juif continue à être dominé par les Gentils [sachant où ça mène : soumission/dhimma, expulsions, pogroms, Shoah…]. L’action sioniste historique est l’ensemble des activités accomplies en vue de restituer l’indépendance du peuple d’Israël sur sa terre […]. À partir de cette conception du sionisme, on peut affirmer que celui-ci a rendu au peuple juif son indépendance et qu’il maintient et assure cette indépendance, mais il n’offre pas de solution au problème du peuple juif : la signification et les contenus culturels et spirituels dans leur continuité historique, la pérennité du judaïsme [cf. 7‑octobre…]. » (Yeshayahou Leibowitz, Judaïsme, peuple juif et État d’Israël (trad. de l’hébreu par Gabriel Roth), éd. J.-C. Lattès, 1985, p. 131.)

« Le conflit judéo-arabe n’est pas le fait d’une tactique erronée, ni même d’une mauvaise politique ; il est l’expression du tragique même de l’histoire du peuple juif : le fait qu’Eretz-Israël, qui est notre patrie et notre terre, soit devenu la patrie et la terre d’un autre peuple ; et aucune des deux parties ne peut et ne pourra — et pour chacune d’elles, n’a pas le droit (*) — de renoncer à sa revendication sur cette terre. » (Yeshayahou Leibowitz, Ibid., p. 136-137.)


--- > Suite de des lendemains qui déchantent 


(*) Cf. Hakim El Karoui, Israël-Palestine, une idée de paix, éd. de l'Observatoire, 2025 :

Hakim El Karoui propose une sortie de crise pragmatique et réaliste face à l'impasse politique du conflit.

Résumé des axes principaux :

— Rupture avec le statu quo : El Karoui dresse d'abord un constat sans concession : la solution à deux États sous sa forme classique (telle que pensée depuis les accords d'Oslo) est moribonde en raison de la colonisation, du morcellement du territoire palestinien et de la paralysie de l'Autorité palestinienne.

— Réalisme géopolitique : il soutient que les Palestiniens ne disparaîtront pas et que les Israéliens ne repartiront pas. Toute solution durable doit obligatoirement garantir deux impératifs fondamentaux : la sécurité d'Israël et les droits politiques, civils et territoriaux des Palestiniens.

— Une confédération comme voie médiane : plutôt qu'un État binational (qui mènerait selon lui à une guerre civile) ou deux États complètement hermétiques, le livre explore la piste d'une structure confédérale ou fédérale. Cette approche permet de maintenir deux entités nationales distinctes tout en gérant en commun les ressources (eau), la sécurité, et la libre circulation sous conditions.

— El Karoui insiste sur l'importance des dynamiques régionales (notamment la suite des accords d'Abraham) pour peser sur la politique israélienne, tout en appelant la France et l'Europe à retrouver un rôle diplomatique actif et indépendant.

Sortir de l'impasse :

Hakim El Karoui propose de dissocier le territoire (la géographie) de la souveraineté politique (la nationalité).

Pour sortir de l'impasse de la solution classique à deux États (qui exige un découpage territorial devenu quasi impossible — a-t-il jamais été possible ?), il suggère de dépasser le modèle traditionnel westphalien (« un État, un peuple, un territoire »).

Sa proposition repose sur deux piliers :

— Une souveraineté personnalisée plutôt que territoriale : les citoyens israéliens et palestiniens se verraient rattachés à leur État respectif par leur nationalité et leurs droits politiques, peu importe où ils résident physiquement sur l'espace compris entre la mer et le Jourdain.

— Un espace géographique partagé : plutôt que de morceler la terre par des frontières rigides, la géographie resterait en grande partie ouverte et commune pour la circulation et la vie quotidienne, gérée conjointement par des institutions bi-nationales.

Cette approche vise à préserver les identités et droits politiques de chaque peuple (« les peuples plutôt que les territoires ») sans se heurter au blocage des frontières physiques.

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