vendredi 16 juin 2017

Reprise de Matthieu 6, 14-15 sur le pardon



Matthieu 6, 14-15
14 Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ;
15 mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses.


Cf. Marc 11, 25-26
25 Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses.
26 Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses.


Matthieu 5, 21-26
21 Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges.
22 Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère: Raca ! mérite d’être puni par le sanhédrin ; et que celui qui lui dira: Insensé ! mérite d’être puni par le feu de la géhenne.
23 Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi,
24 laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter ton offrande.
25 Accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu’il ne te livre au juge, que le juge ne te livre à l’officier de justice, et que tu ne sois mis en prison.
26 Je te le dis en vérité, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies payé le dernier quadrant.


L’idée d’un rapport entre notre pardon des offenses et le pardon de Dieu est commune à Matthieu et à Marc, et correspond à un enseignement juif concernant Yom Kippour / Yom HaKippourim (pluriel originel – Lévitique 16).


Pardon des offenses et Yom Kippour

À Yom Kippour, on demande à Dieu de pardonner ses propres fautes et celles de la communauté, mais seulement celles commises à l’encontre de Dieu Lui-même – cela en rapport avec la remise des dettes diverses (cf. années sabbatiques et Jubilé) : cf. la prière appelée Kol Nidre (judéo-araméen: כָּל נִדְרֵי « Tous les vœux »), qui est une prière d’annulation publique des vœux. Déclamée trois fois en présence de trois notables à la synagogue, elle ouvre l’office du soir de Yom Kippour et a, pour beaucoup, fini par le désigner.

Si à Kippour, l’on demande à Dieu de pardonner ses propres fautes et celles de la communauté commises à l’encontre de Dieu, les offenses commises à l’encontre du prochain (considérées comme plus graves que celles commises envers Dieu) doivent être individuellement réparées, de préférence avant Yom Kippour.

Car « Yom HaKippourim absout des péchés envers Dieu, mais pas des péchés envers son prochain à moins que le pardon de l’offensé ne soit obtenu. » (Mishna Yoma 8:9)

Pour cette raison, il est de coutume de résoudre les conflits et disputes au plus tard la veille du jeûne. Le processus commence lors de la période de dix jours entre Rosh Hashana et Yom Kippour. Les âmes des disparus sont comprises dans la communauté de ceux auxquels on pardonne à Yom Kippour.

Or quelques manuscrits de Matthieu disent : « pardonne-nous comme nous avons pardonné ». Le passé est attesté dans peu de manuscrits, parmi lesquels tout de même le Vaticanus, qui est la base du texte imprimé du Nouveau Testament, depuis la fin du 19e siècle (1881).

On a donc, dans ce qui se vit à Kippour – cf. les idées similaires que l’on retrouve dans Matthieu et Marc –, un enracinement de la relation directe entre le pardon accordé par Dieu et notre comportement concernant le pardon et les dettes.

Ce rapport entre notre pardon d’autrui et celui que Dieu donne parle aussi de la non-évidence du pardon, du prix du pardon et de la grâce. Exprimé dans le pardon de Joseph à ses frères (dans la Genèse), ou dans la question du pardon par Jésus au paralytique (Mt 9 ; Mc 2 ; Lc 5) : « afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés » (Mt 9, 6 ; Mc 2, 10 ; Lc 5, 24). Tout est-il pardonnable ?…

Non plus qu’il faille lire ce rapport comme un rapport conditionnel, où notre pardon conditionnerait celui de Dieu, mais comme signifiant que la question du pardon n’est pas seulement théorique. Le pardon fonde un vivre ensemble qui ouvre sur l’éternité – les cieux – où se source le Règne de Dieu.


RP
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9) 20 & 22 juin — Reprise de Matthieu 6, 14-15 sur le pardon (PDF ici)


samedi 10 juin 2017

1 Corinthiens ch. 16 - derniers mots




Pour ce qui concerne la collecte en faveur des saints, agissez, vous aussi, comme je l’ai ordonné aux Églises de la Galatie. (1 Corinthiens 16, 1) Etc.
Cf. 2 Corinthiens 8, 20 : Nous agissons ainsi, afin que personne ne nous blâme au sujet de cette abondante collecte, à laquelle nous donnons nos soins.

Cf. Romains 15, 25 sq. :
25 Présentement je vais à Jérusalem, pour le service des saints.
26 Car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu s’imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem.
27 Elles l’ont bien voulu, et elles le leur devaient ; car si les païens ont eu part à leurs avantages spirituels, ils doivent aussi les assister dans les choses temporelles.
28 Dès que j’aurai terminé cette affaire et que je leur aurai remis ces dons, je partirai pour l’Espagne et passerai chez vous.
29 Je sais qu’en allant vers vous, c’est avec une pleine bénédiction de Christ que j’irai.



Remarques en forme de questions :

L’universalité de la collecte en faveur des saints, les disciples à Jérusalem, qui ouvre les derniers mots de l’épître, est frappante. Cela dit sans doute beaucoup quant à la perception qu’a Paul de l’Église répandue dans l’espace méditerranéen et la centralité symbolique de l’Église mère, à Jérusalem.

Faut-il remarquer l’analogie via l’étymologie entre collecte (logias) et parole, dans l’entre-deux de « recueillir », qui est aussi dans l’étymologie de « religion » ? N’en reste par moins, quoi qu’il en soit, quelque chose de l’ordre de l’universalité d’une parole concrétisée par la collecte dans son lien de communion…

Ramener à Jérusalem, Église première, cette collecte, semble, dans les Églises où Paul l’évoque, être pour lui prioritaire, avant même qu’il ne puisse venir chez elles comme il le souhaite.

Il est possible aussi d’y voir un parallèle avec la structure d’évocation du pacte de Jérusalem (cf. Actes 15), concernant le rapport à la Loi de Moïse (via la relation loi mosaïque / loi noachide), structure d’évocation qui traverse la 1ère épître aux Corinthiens (de la relation à la loi civile, aux cultes traditionnels et à la cacherout, en passant par la question de la sexualité), mais aussi l’épître aux Romains.

Mention de figures connues par ailleurs, déjà célèbres dans l’Église d’alors à travers plusieurs de ses communautés – Timothée, Apollos, Priscille et Aquilas, Stéphanas… Autant de noms qui font prémisses d’une structure ecclésiale en gestation outre sa dimension charismatique (1 Co 12-14) ; cela dans une perspective provisoire, tout orientée vers la venue du Règne, dejà là dans l’invocation / déclaration de foi : Maranatha – « le Seigneur vient », ou « Seigneur, viens ».


RP
Première épître de Paul aux Corinthiens

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9. 13 & 15 juin | Chapitre 16: Conclusion de l’Épître. Conclusion générale (PDF ici)


vendredi 12 mai 2017

Notre Père - doxologie




Doxologie (Matthieu 6, 13) : « Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles. Amen. »

Avec la doxologie finale, on sort de la prière proprement dite, pour la clore par une déclaration de foi : il n’y a pas de demande dans la doxologie, mais la confession croyante de la réalité de que l’on vient de demander, à savoir la venue du règne de Dieu.

Apparemment en porte-à-faux avec la deuxième demande — « que ton règne vienne » — la doxologie finale peut apparaître aussi comme répondant à l’esprit de la deuxième partie de cette deuxième demande — « que ta volonté soit faite, comme au ciel aussi sur la terre » : la doxologie peut alors se recevoir comme affirmation de la foi à la venue espérée du règne de Dieu sur la terre.

Un combat, la prière, dont le résumé, le Notre Père, nous conduit au cœur de la prière d’Israël dans la traversée du désert, en lutte pour la fin de l’exil et de l’adversité, combat de prière exprimé aux cinq livres des Psaumes, priant les cinq livres de la libération, la Torah. Cette libération se trouve dans l’observance de la volonté de Dieu exprimée dans cette même Torah. Un combat dont la victoire est confessée dans la foi exprimée dans la doxologie qui suit la demande de la délivrance du malin : « c'est à toi qu'appartiennent le règne (que l’on demande), la puissance et la gloire aux siècles des siècles. »

*

Selon les historiens des textes, on trouve la doxologie pour la première fois dans la Didachè (dans une formulation plus courte — « car à toi sont la puissance et la gloire, pour les siècles » — que celle donnée par ceux des manuscrits de Matthieu qui la retiennent).

Un développement récent d’un de ces historiens des textes — C.-B. Amphoux. Cf. son développement —, parcourant l’histoire du Notre Père à travers les trois livres où on le trouve : la Didachè, Matthieu, Luc, donne un éclairage intéressant. La Didachè, qu’il considère en premier, découpe, selon sa démonstration, le Notre Père en dix termes (sept demandes et trois formules dont la doxologie), en référence au Décalogue (outre un parallèle avec la symbolique pythagoricienne — remarque : 10 égale aussi 2 x 5 / 5 livres de la Torah + 5 livres des Psaumes) : la version longue (les sept demandes de la formule liturgique commune et de Matthieu) correspond alors à ce cadre symbolique voulu dans la Didachè, et déployé aussi (sans la doxologie) dans les plus anciens manuscrits de Matthieu et Luc.

La version courte (les cinq demandes sans le redoublement de la seconde et de la cinquième) serait due, à l’appui d’une affirmation de Tertullien, à Marcion (IIe siècle), avant d’être retenue pour Luc par l’Église égyptienne puis par nos Bibles. Des remarques intéressantes quand on sait que Marcion rejetait le Dieu de la Bible hébraïque, et donc sa loi — « que ta volonté soit faite » n’est pas retenu — ; ainsi que son pouvoir sur la terre — « mais délivre-nous du malin » n’est pas retenu, tandis que « ne nous induis pas en épreuve » devient : « ne nous laisse pas être conduits à l’épreuve » ! Luc, version courte retenue suite à l’Église égyptienne, n’a pas fait sienne cette version de la cinquième demande. Il a repris : « ne nous induis pas en épreuve », où l’on retrouve le Dieu qui règne, que Luc reçoit donc, et que souligne la deuxième partie, retenue par Matthieu, de la dernière demande : « mais délivre-nous du malin », qui donc se complète par la confession de la foi au règne de Dieu dans tous les mondes/siècles (éons), y compris le siècle présent ! Où son règne se réalise sur la terre par l’accomplissement de sa volonté/loi.

Où l’on voit que la nouvelle traduction liturgique de la demande du Notre Père sur la tentation choisit de suivre Marcion !

… Sauf que non seulement la demande de délivrance qui suit, à savoir la deuxième partie de cette demande, mais surtout la doxologie qui vient à la suite de la prière, confessent nettement la puissance de Dieu et son règne, mystère caché — la doxologie est bien une affirmation de foi ! — ; règne, puissance et gloire dans le siècle/monde (éon) à venir, dans les siècles supérieurs, mais aussi, et déjà, en ce siècle/monde-ci. Où le Dieu confessé après avoir été prié est bien le Dieu de la Bible hébraïque, de la Torah et de ses cinq livres, et donc des Psaumes, dont les cinq livres sont l’expression priante et liturgique.


RP
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8) 16 mai — Doxologie :
« Car c'est à toi qu'appartiennent Le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles. Amen » (PDF ici)



vendredi 5 mai 2017

La résurrection - 1 Corinthiens 15




« S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité, et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide, et vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 13-14)

Ce texte (dans une des épîtres les plus anciennes parlant de la résurrection dans le NT, outre 1 Thessaloniciens – selon ce qu’en disent les exégètes), affirme un enseignement sur la résurrection qui précède l’événement du dimanche de Pâques, et pas l’inverse ! Ce n’est pas la résurrection du Christ qui induit la réalité de la résurrection, c’est l’inverse : « s’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité ». Cela est essentiel pour la compréhension de la deuxième partie de la phrase (« si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide »), que l’on retient en général seule.

La notion de résurrection est admise au préalable dans un pan du judaïsme de l’époque que le christianisme naissant rallie sur ce point. L’argumentation est philosophique, notamment dans notre chapitre, 1 Co 15. L’événement du dimanche de Pâques vient alors corroborer cette conviction argumentée au préalable (cf. aussi Luc 20, 27-38 et l’argumentation pharisienne de Jésus contre le point de vue différent des Sadducéens).

L’argumentation rejoint celle des mazdéens de Perse, avec lesquels le judaïsme est en dialogue, argumentation qui se sépare de celle des Grecs, qui contre la notion de résurrection parlent seulement d’immortalité de l’âme. Si l’on comprend cela, on comprend mieux le débat d’Actes 17, 16-34, véritable dialogue philosophique de Paul avec les Athéniens et non pas postulat de foi contre réflexion rationnelle.

Un philosophe du XXe siècle, Henry Corbin, décrit très bien la différence de ces deux approches, philosophiques l’une comme l’autre : « Il faut se garder de réduire le contraste [du mazdéisme zoroastrien entre monde céleste (pehlevi : mênôk) et monde terrestre (pehlevi : gêtîk)] à un schéma platonicien tout court. Il ne s'agit exactement ni d'une opposition entre Idée et Matière, ni entre universel et sensible [mais entre un] état céleste, invisible, subtil, spirituel, mais parfaitement concret [et] un état terrestre, visible, matériel certes, mais d'une matière qui en soi est toute lumineuse, matière immatérielle par rapport à ce que nous connaissons en fait. Car […] le transfert à [cet état terrestre] ne signifie nullement par soi-même une déchéance, mais achèvement et plénitude. L'état d'infirmité, de moins d'être et de ténèbres que représente la condition actuelle du monde matériel, tient non pas à sa condition matérielle comme telle, mais au fait qu'il soit la zone d'invasion des Contre-Puissances démoniaques, le théâtre et l'enjeu de la lutte. L’étranger à cette Création n'est pas ici le Dieu de Lumière, mais le Principe de Ténèbres. La rédemption fera éclore […] le "corps à venir", corpus resurrectionis […]. » (Henry Corbin, Temps cyclique et gnose ismaélienne, Berg, p. 12-13.)

On ne peut que reconnaître là l’argumentation de Paul, qui se poursuit dans la distinction qu’il fait entre corps psychique et corps spirituel, corps terrestres et corps stellaires, etc. (1 Co 15, 35-47), que l’on retrouve aussi dans la philosophie perse.

Aussi, il est insuffisant de dire que le dimanche de Pâques est une réponse au vendredi saint. Il est plus insuffisant encore de réduire l’événement du dimanche de Pâques à une façon imagée de dire l’espérance plus forte que la mort ! Bien plus que cela, l’événement du dimanche de Pâques est la manifestation dans le temps de cet aspect essentiel de la structure de l’univers, et l’avènement de la résolution de la fracture de l’univers, qui passe au cœur de nos vies scindées en un corps terrestre qui se corrompt (1 Co 15, 43-44) et un corps tout aussi réel, mais qui fonde le premier, réalité incorruptible et éternelle manifestée dans le temps par la résurrection du Christ (1 Co 15, 47-54) !

Fondement de l’univers dont la manifestation à venir, la Parousie, se symbolise comme éclat de trompette, shofar, où 1 Co (v. 52) ne dit rien d’autre que 1 Thess. 4, 13-18, et enchaîne sur 1 Co 14 (c’est là le lien d’enchaînement nécessaire des chapitres 14 et 15 de 1 Co), référant à la trompette (1 Co 14, 8) et à sa nécessaire clarté ; enchaînement où la musique (1 Co 14, 7-8) renvoie au fondement infra-verbal de la parole exprimée dont témoignent et le silence et la glossolalie, semblables à la musique, signe sonore du fondement de l’univers déployé comme résurrection à venir ! Où la musique, comme liturgie, témoigne de l’avènement de la résurrection ! Ici aussi, on retrouve le parallèle dans l’enseignement perse sur la résurrection : « Alors Ohrmazd [Dieu] chante […] l'incantation sonore […]. L'œuvre de la Création et l'œuvre de la Rédemption constituent d'un terme à l'autre une Liturgie cosmique. C'est en célébrant la liturgie céleste qu'Ohrmazd et ses Archanges instaurent la Création tout entière, et notamment éveillent à l'individualité, à la conscience différenciée de leur moi perdurable, les Fravartis, à la fois prototypes célestes et Anges tutélaires des humains. Et c'est par la célébration des […] liturgies […] que le dernier Saoshyant [Sauveur] accomplira la Résurrection. » (Henry Corbin, Temps cyclique et gnose ismaélienne, p. 18-19.)

La notion de résurrection relève bien de la réflexion philosophique, la réception de l’événement du dimanche de Pâques relève de la foi en ce que proclament les Apôtres : « Christ est ressuscité ». C’est ainsi que (v. 13-14) si les morts ne ressuscitent pas, Christ n’étant donc pas non plus ressuscité !, les Apôtres parlent pour ne rien dire, et notre foi est vide, vaine, porte sur rien !

En revanche, dans l’avènement du monde de la résurrection déjà advenu par la résurrection du Christ et reçu par la foi, pointe le jour de la promesse (1 Co 15, 54-55) : « Quand donc cet être corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture (cf. Osée 13, 14) : La mort a été engloutie dans la victoire. Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ? »


RP
Première épître de Paul aux Corinthiens

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8. 9 & 11 mai – Chapitre 15 | La résurrection (PDF ici)


lundi 17 avril 2017

"Ne nous induis pas en tentation, mais délivre nous du Malin"




Essai de littéralité :
Et ne nous amène pas pour l'épreuve (Mt 6, 13a ; Lc 11, 4) / mais (pour) que tu nous délivres du mauvais — mauvais litt. plutôt que mal (Mt 6, 13b). Ou : Et ne nous expose pas dans l'épreuve / mais délivre nous du mauvais.

La nouvelle traduction française est désormais adoptée par plusieurs Églises francophones, à l’ordre du jour comme traduction liturgique œcuménique pour le prochain premier dimanche de l’Avent : « ne nous soumets pas à la tentation » devient : « ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Un choix de traduction qui cependant ne convainc pas tout le monde : voir par exemple Hans-Christoph Askani : « Une tentation demi-écrémée ». À propos de la nouvelle traduction du Notre Père, ETR 2014/02).

Parmi les difficultés, le choix de traduire l’ex « ne nous induis pas » (conformément à la Vulgate latine) par « ne nous laisse pas » à la place de « ne nous soumets pas » quand le mot grec signifie littéralement « amener », « apporter », « présenter »… (difficile à traduire donc ; cf. l’article de H.-C. Askani) ; et le choix de traduire par « tentation », là où le mot signifie aussi « épreuve ».

Une épreuve, comme tentation de succomber, de sombrer que, du Gethsémané à la croix, Jésus a traversée pour nous — cf. 1 Corinthiens 5, 21 : « Celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a, pour nous, identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu. »

Où l’on retrouve le cri de Jésus sur la croix (Mc 15, 34 ; Mt 27, 46), reprenant le Ps 22.

Psaume 22 (21) / TOB 2010 :

[1 Du chef de chœur, sur « Biche de l’aurore ».
Psaume de David.]
2 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? J’ai beau rugir, mon salut reste loin.
3 Le jour, j’appelle, et tu ne réponds pas, mon Dieu ; la nuit, et je ne trouve pas le repos.
4 Pourtant tu es le Saint : tu trônes, toi la louange d’Israël !
5 Nos pères comptaient sur toi ; ils comptaient sur toi, et tu les libérais.
6 Ils criaient vers toi, et ils étaient délivrés ; ils comptaient sur toi, et ils n’étaient pas déçus.
7 Mais moi, je suis un ver et non plus un homme, injurié par les gens, rejeté par le peuple.
8 Tous ceux qui me voient me raillent ; ils ricanent et hochent la tête :
9 « Tourne-toi vers le SEIGNEUR ! Qu’il le libère, qu’il le délivre, puisqu’il l’aime ! »
10 Toi, tu m’as fait surgir du ventre de ma mère et tu m’as mis en sécurité sur sa poitrine.
11 Dès la sortie du sein, je fus remis à toi ; dès le ventre de ma mère, mon Dieu, c’est toi !
12 Ne reste pas si loin, car le danger est proche et il n’y a pas d’aide.
13 De nombreux taureaux me cernent, des bêtes du Bashân m’encerclent.
14 Ils ouvrent la gueule contre moi, ces lions déchirant et rugissant.
15 Comme l’eau je m’écoule ; tous mes membres se disloquent.
Mon cœur est pareil à la cire, il fond dans mes entrailles.
16 Ma vigueur est devenue sèche comme un tesson, la langue me colle aux mâchoires.
Tu me déposes dans la poussière de la mort.
17 Des chiens me cernent ; une bande de malfaiteurs m’entoure :
ils m’ont percé les mains et les pieds.
18 Je peux compter tous mes os ; des gens me voient, ils me regardent.
19 Ils se partagent mes vêtements et tirent au sort mes habits.
20 Mais toi, SEIGNEUR, ne reste pas si loin ! O ma force, à l’aide ! Fais vite !
21 Sauve ma vie de l’épée et ma personne des pattes du chien ;
22 arrache-moi à la gueule du lion, et aux cornes des buffles… Tu m’as répondu !
23 je vais redire ton nom à mes frères et te louer en pleine assemblée :
24 Vous qui craignez le SEIGNEUR, louez-le ! Vous tous, race de Jacob, glorifiez-le !
Vous tous, race d’Israël, redoutez-le !
25 Il n’a pas rejeté ni réprouvé un malheureux dans la misère ;
il ne lui a pas caché sa face ; il a écouté quand il criait vers lui.
26 De toi vient ma louange ! Dans la grande assemblée,
j’accomplis mes vœux devant ceux qui le craignent :
27 Les humbles mangent à satiété ; ils louent le SEIGNEUR, ceux qui cherchent le SEIGNEUR :
« A vous, longue et heureuse vie ! »
28 La terre tout entière se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR ;
toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face :
29 Au SEIGNEUR, la royauté ! Il domine les nations.
30 Tous les heureux de la terre ont mangé : les voici prosternés !
Devant sa face, se courbent tous les moribonds : il ne les a pas laissé vivre.
31 Une descendance servira le SEIGNEUR ; on parlera de lui à cette génération ;
32 elle viendra proclamer sa justice, et dire au peuple qui va naître ce que Dieu a fait.



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7) 18 & 20 avril — cinquième demande — « Et ne nous laisse pas entrer en / ne nous soumets pas à la / tentation mais délivre nous du mal. » (PDF ici)


vendredi 14 avril 2017

"La foi unit l’âme à Christ comme l’épouse est unie à l’époux"



« La foi unit l’âme à Christ comme l’épouse est unie à l’époux. Par ce mystère, dit l’apôtre Paul, Christ et l’âme deviennent une seule chair. Une seule chair : s’il en est ainsi et s’il s’agit entre eux d’un vrai mariage, et, plus encore, d’un mariage consommé infiniment plus parfait que tous les autres – les mariages entre humains ne sont que de pâles images de cet exemple unique – il s’ensuit que tout ce qui leur appartient constitue désormais une possession commune, tant les biens que les maux. Ainsi, tout ce que Christ possède, l’âme fidèle peut s’en prévaloir et s’en glorifier comme de son bien propre, et tout ce qui est à l’âme, Christ se l’arroge et le fait sien. Christ est plénitude de grâce, de vie et de salut : l’âme ne possède que ses péchés, la mort et la condamnation. Qu’intervienne la foi et, voici, Christ prend à lui les péchés, la mort et l’enfer ; à l’âme en revanche sont donnés la grâce, la vie et le salut. Car il faut bien que Christ, s’il est l’époux, accepte tout ce qui appartient à l’épouse et, tout à la fois, qu’il fasse part à l’épouse de tout ce qu’il possède lui-même. Qui donne son propre corps et se donne lui-même, comment ne donnerait-il pas en même temps tout ce qui lui appartient ? Et comment celui qui prend le corps de l’épouse ne prendrait-il pas tout ce qui appartient à l’épouse ?

Mais voici déjà que se présente à nous le plus émouvant des spectacles. Il ne s’agit plus seulement de communion mais d’un combat salutaire, de victoire, de salut et de rédemption. Dieu et homme tout à la fois et, comme tel, au-dessus du péché, de la mort et de la damnation, Christ est invincible, éternel et tout-puissant, et, avec lui, sa justice, sa vie et son pouvoir de salut. Or, c’est lui qui, en vertu des noces de la foi, prend sa part des péchés, de la mort et de l’enfer de l’épouse. Que dis-je ? Il les fait entièrement siens, comme s’ils étaient vraiment à lui et qu’il avait péché. Il souffre, il meurt, il descend en enfer : mais c’est pour tout surmonter. Car ni le péché, ni la mort ni l’enfer ne pouvaient l’engloutir et c’est lui qui, dans un prodigieux combat, devait les anéantir. Car sa justice est plus haute que les péchés du monde entier, sa vie est plus puissante que toute la mort et son salut est plus invincible que les profondeurs de l’enfer. Ainsi, par les arrhes de la foi en Christ, son époux, l’âme fidèle est affranchie de tout péché, à l’abri de la mort et assurée contre l’enfer, gratifiée de la justice éternelle, de la vie et du salut de Christ, son époux. »


Martin Luther, Traité de la liberté chrétienne

mardi 4 avril 2017

Charismes et agapè - 1 Corinthiens 12-14




Ces chapitres (12 à 14) de 1 Corinthiens suivent un constat d'échec concernant… au fond… la charité, qui ne trouve pas sa place lors des repas d’Église (cf. 1 Co 11, 20 sq.), où les différences, notamment sociales, éclatent au point que l'Apôtre requiert de ses destinataires qu'ils cessent la pratique de ces repas, puisque l'utopie de la mise en commun (dont témoignera le livre des Actes — cf. Ac 4, 34), est un échec. La Cène se réduira à un rite d'espérance eschatologique, annonçant, jusqu'à ce qu'il vienne, la mort du Seigneur (1 Co 11, 26) !

Suit ce passage sur les charismes, dans lequel s'insère le ch. 13 sur la charité, qui fait manifestement défaut aussi dans l'exercice des charismes !… et notamment concernant le lien entre l'usage de la glossolalie, connue avant même le christianisme en Grèce (pouvant éventuellement recouper la lecture qu'en fera Actes 2), et une parole qui ait souci d’autrui (d'édifier autrui — cf. 1 Co 14, 4 & 17). Paul, alors, recadre l'usage des « choses de l'esprit » (1 Co 12, 1), d’opérations en charismes, non sans appliquer à l’Église la métaphore stoïcienne des membres du corps qu'est, pour le stoïcisme, le monde.

Apparaît en priorité une structure fondée sur la parole énoncée — apôtres, prophètes, docteurs (cf. Ep 4, 11) —, parole prioritairement intelligible… Même si, comme toute parole, son fondement précède l'intelligibilité et la rationalité (cf. ch. 14)… Fondement antécédent à tout, qui s'enracine et qui est appelé à s'enraciner dans la charité — l'agapè — en laquelle s'origine le monde et qui subsiste au-delà du monde (1 Co 13, 8).

Problème du mot amour/charité — agapè : le mot français amour est la transcription d’un mot latin, amor, qui traduit le désir, en grec « éros », non pas tant au seul sens littéraire moderne, comme fondement d’une « érotique », mais en un sens plus vaste, disons religieux, voire mystique ; pouvant concerner le désir de Dieu, le désir de la perfection — qui me manque.

C’est cette notion-là que rend le mot amour ; bien plus passionnante que la froide « charité » en son sens usé. Or cette usure est sans doute fatale dans la confusion/opposition que l’on entretient entre désir de ce qui manque d’un côté — éros — et don de soi de l’autre — agapè.

Si les choses sont bien ainsi — prendre opposé à donner — l’usure de « charité », c’est-à-dire, ne nous y trompons pas, l’usure d’agapè, est fatale. Rien de plus triste que ce devoir du don face à la passion de ce qui est — au moins momentanément — infiniment désirable.

« La charité, M’sieur dames ! » Ou, en d’autres termes : « vous devez me donner ». L’amour, le vrai, est don ! Et tant va le don à l’eau qu’à la fin il s’use et devient plus ou moins synonyme de pitié ! On sait qu’on en est là. La cause n’est pas à chercher ailleurs que dans cette opposition entre le désir d’un côté, dont on perçoit bien qu’il est passionnant, ayant sa source dans l’infiniment désirable et le don de soi de l’autre côté, dont on ne voit pas la raison…

D'où on perçoit une certaine légitimité du glissement vers « pitié » du sens du mot « charité », en lien avec l'impossibilité, l'inaccessibilité d'une telle exigence d'amour du prochain — sauf à s'exercer à ce que le romancier Albert Cohen a appelé « tendresse de pitié » : « si tu sais que l'autre ne peut être que ce qu'il est, comment lui en vouloir, comment ne pas lui pardonner ? […] Tu considéreras alors cet innocent avec une tendresse de pitié, et tu n'y auras nul mérite » (Albert Cohen, Carnets 1978, p. 174).

Ce qui permet évidemment de mettre en doute la pertinence de la traduction « moderne », par « amour » donc, de ce mot qui était antan traduit par « charité », devenu insupportable.

… Sauf à découvrir que l’agapè n’est pas tant le « don de soi » que le fondement qui le permet : ce n’est rien d’autre que ce qu’écrit Paul : si je me donne et que je n’ai pas la charité, l’agapè, je ne suis rien… L’agapè est donc autre chose, ou plutôt quelque chose en dessous — quelque chose qui est « invisible pour les yeux » mais qui donne son prix, qui ouvre sur le don, qui sinon est non seulement triste, mais, en termes modernes, psychanalytiquement douteux. Quel est en effet le moteur de ce « don de soi », prétendu gratuit, que serait l’agapè ? Ce qui est en dessous est décisif.

Eh bien, en fait, l’agapè est quelque chose en dessous. C’est là ce qui explique que le mot est aussi employé pour Dieu : tu aimeras le Seigneur ton Dieu. A-t-on quelque chose à donner à Dieu de qui viennent toutes choses ?

La réponse est dans la question ! C’est même carrément la trace de Dieu en laquelle se source le chérissement qui ne périt jamais. Et qui permet d’approcher le paradoxe qui veut que « Dieu est amour — agapè ».

Signe d’infini que cet agapè. Il n’est donc pas si étranger que cela à l’éros de Platon auquel il est peut-être mal venu de l’opposer tout comme il est mal venu d’y opposer la philia d’Aristote. Pour Aristote (voir son Éthique à Nicomaque), la philia, l’amitié, trouve plusieurs fondements pour être ce qu’elle est, partage : partage de ce que j’ai, mais que l’autre n’a pas, dans un échange avec ce qu’il a, mais que je n’ai pas (ici on rejoint l’éros). Ou partage de goûts communs, de ce que l’on a en commun, et qui ne manque donc pas. Le mot philia est, dans le Nouveau Testament, employé par Jésus pour parler du cœur de sa relation avec ses disciples. Il y a là quelque chose qui relève de l’accomplissement de l’agapè en partage (Jean 20 et les trois questions de Jésus à Pierre : m’aimes-tu — deux agapè et un philia — pour une réciprocité octroyée par Jésus pour la confiance de Pierre).

Il n’y a pas lieu d’opposer tous ces termes, mais de se demander pourquoi ces deux derniers, et plus souvent agapè, ont été choisis par les auteurs du Nouveau Testament pour traduire l’amour de Dieu selon la Torah. « Tu aimeras Dieu et ton prochain ». Le choix de agapè en grec du Nouveau Testament n’est pas indifférent pour rendre cette notion, qui signifie au plus près « chérir ». Cela en un sens qui est très englobant, puisqu’il inclut jusqu’à l’amour au sens de éros : agapè en effet est utilisé par la traduction grecque des LXX du Cantique des Cantiques.

Paul aux Corinthiens, 1 Co 13, nous donne sans doute un élément de la raison du choix de ce mot grec. Ce chérissement est comme le frémissement qui est dans la matricialité originelle de Dieu préparant la venue de la création tandis que l’Esprit, matriciel, planait à la face des eaux.

Agapè, chérissement, comme fondement, sous-jacent, avant même éros, le désir, ou l’amour, qu’il suscite, et qui se rencontre dans l’amitié, philia, qui en est le partage. Mais l’agapè est avant tout, qui ne périra jamais, comme la substance qui sous-tend le monde : « l’essentiel est invisible pour les yeux » !

Alors apparaît pourquoi ce développement sur la charité est donnée au cœur d'un enseignement de Paul sur les « charismes » et sur le mystère de la langue, du langage, comme phénomène infra-rationnel — comme l'agapè — ; langage dont pourtant l'usage est relationnel, parlant à la raison, l'intelligence commune.


RP
Première épître de Paul aux Corinthiens

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique 2016-2017
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
7. 11 & 6 avril (exceptionnellement le 6 avril, le 13 étant le jeudi saint) Chapitres 12-14 | Charismes et agapè (PDF ici)