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mercredi 22 février 2012

Psaumes - La force du précaire



… La force du priant : selon une étymologie de prière — précaire !



Ou : Relectures individuelles de piété…
… À travers une entrée dans le Psaume 40. Cf. aussi Ps 110 ; Ps 137 ; Ps 37.

Comment le priant s’approprie à juste titre le cri du Psalmiste, sa confession de péché et ses protestations de justice… En parallèle avec Job.

Quelle prière du juste ? Où rejoint-elle ma prière ? Une prière sanctifiante.


Psaume 40 (TOB)

1 Du chef de chœur. De David, psaume.
2 J'ai attendu, attendu le SEIGNEUR :
il s'est penché vers moi, il a entendu mon cri,
3 il m'a tiré du gouffre tumultueux,
de la vase des grands fonds.
Il m'a (re)mis debout, les pieds sur le rocher,
il a assuré mes pas.
4 Il a mis dans ma bouche un chant nouveau,
une louange pour notre Dieu.
Beaucoup verront, ils craindront
et compteront sur le SEIGNEUR :
5 Heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le SEIGNEUR,
et ne s'est pas tourné vers les hommes de Rahav (ou hautains)
ni vers les suppôts du mensonge !
6 Qu'ils sont grands, SEIGNEUR mon Dieu,
les projets et les miracles que tu as faits pour nous !
Tu n'as pas d'égal.
Je voudrais l'annoncer, le répéter,
mais il y en a trop à dire.
7 Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande,
— tu m'as creusé des oreilles pour entendre — (cf. Hé 10, 5 / LXX)
tu n'as demandé ni holocauste ni expiation.
8 Alors j'ai dit : « Voici, je viens
avec le rouleau d'un livre écrit pour moi.
9 Mon Dieu, je veux faire ce qui te plaît,
et ta loi est tout au fond de moi. »
10 Dans la grande assemblée, j'ai annoncé ta justice ;
non, je ne retiens pas mes lèvres,
SEIGNEUR, tu le sais !
11 Je n'ai pas caché ta justice au fond de mon cœur,
j'ai parlé de ta loyauté et de ton salut,
je n'ai pas dissimulé ta fidélité et ta vérité
à la grande assemblée.
12 Toi, SEIGNEUR, tu ne retiendras pas loin de moi ta miséricorde,
ta fidélité et ta vérité me préserveront toujours.
13 Des malheurs sans nombre allaient me submerger,
mes fautes m'ont assailli, et j'en ai perdu la vue ;
j'en ai plus que de cheveux sur la tête, et le cœur me manque.
14 SEIGNEUR, daigne me délivrer !
SEIGNEUR, viens vite à mon aide !
15 Qu'ensemble ils rougissent de honte,
Ceux qui cherchent à m'ôter la vie !
Qu'ils reculent déshonorés,
ceux qui désirent mon malheur !
16 Qu'ils soient ravagés, talonnés par la honte,
ceux qui font « Ah ! ah ! »
17 Qu'ils exultent de joie à cause de toi,
tous ceux qui te cherchent !
Qu'ils ne cessent de dire : « Le SEIGNEUR est grand »,
ceux qui aiment ton salut !
18 Je suis pauvre et humilié,
le Seigneur pense à moi.
Tu es mon aide et mon libérateur ;
mon Dieu, ne tarde pas !


Le même mouvement qui est passage du Dieu caché au Dieu personnel, et qui fondera la lecture christologique, fonde une relation personnelle avec Dieu via la figure de celui qui personnalise le règne de Dieu, le Messie David :

Ps 100 :

4 Le SEIGNEUR l'a juré, il ne le regrettera pas : Tu es prêtre pour toujours, à la manière de Malki-Tsédeq.
5 Le Seigneur est à ta droite, il brise des rois au jour de sa colère.
6 Il exerce le jugement parmi les nations : tout est plein de cadavres ; il brise le chef d'un vaste pays.
7 En chemin il boit au torrent : c'est pourquoi il relève la tête.

Ps 137 :

8 Babylone la belle, toi qui vas être ravagée, heureux qui te paiera de retour pour le mal que tu nous as fait !
9 Heureux qui saisira et dispersera ta progéniture face au roc !

*

L’exaucement est inéluctable, viendrait-il sous une autre forme que celle escomptée, sachant que Dieu même devient la demande du priant !

Psaume 37:4 : Fais du SEIGNEUR tes délices, Et il te donnera ce que ton cœur désire.


Lutte avec Dieu et combat contre le mal
« Ce n’est pas contre la chair et le sang
que nous avons à lutter » (Ep 6, 12)

Les Psaumes – Louanges
Livre de prières communes et de lutte avec Dieu

(4) 23 février 2012 - Relectures individuelles de piété (version imprimable pdf ICI)

R.P., KT Adultes, Antibes 2011-2012




Pink Floyd - Wish you were here


mercredi 25 janvier 2012

Psaumes - Relecture christologique




Hébreux 1
"1 Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé autrefois aux pères dans les prophètes, Dieu, 2 en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous en un Fils qu'il a établi héritier de tout, par qui aussi il a créé les mondes. 3 Ce Fils est resplendissement de sa gloire et expression de son être et il porte l'univers par la puissance de sa parole. Après avoir accompli la purification des péchés, il s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, 4 devenu d'autant supérieur aux anges qu'il a hérité d'un nom bien différent du leur.

5 Auquel des anges, en effet, a-t-il jamais dit :
Tu es mon fils,
moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ?
(Ps 2, 7)
et encore :
Moi, je serai pour lui un père
et lui sera pour moi un fils ?
(2 S 7, 14 ; 1 Ch 7, 13 //)
6 Par contre, lorsqu'il introduit le premier-né dans le monde, il dit :
Et que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu. (LXX : Ps 96, 7 — cf. Ps 97, 7)
7 Pour les anges, il a cette parole :
Celui qui fait de ses anges des esprits
et de ses serviteurs une flamme de feu.
(Ps 104, 4 — LXX 103, 4)
8 Mais pour le Fils, celle-ci :
Ton trône, Dieu, est établi à tout jamais ! et :
Le sceptre de la droiture est sceptre de ton règne.
(Ps 45, 6 — LXX 44, 7)
9 Tu aimas la justice et détestas l'iniquité,
c'est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu te donna l'onction
d'une huile d'allégresse, de préférence à tes compagnons.
(Ps 45, 7 — LXX 44, 8)
10 Et encore :
C'est toi qui, aux origines, Seigneur, fondas la terre,
et les cieux sont l'œuvre de tes mains.

11 Eux périront, mais toi, tu demeures.
Oui, tous comme un vêtement vieilliront

12 et comme on fait d'un manteau, tu les enrouleras,
comme un vêtement, oui, ils seront changés,
mais toi, tu es le même et tes années ne tourneront pas court.
(Ps 102, 25-27 — LXX 101, 25-27)
13 Et auquel des anges a-t-il jamais dit :
Siège à ma droite,
de tes ennemis, je vais faire ton marchepied ?
" (Ps 110, 1 — LXX 109, 1)

De même dans l’Évangile de Marc (12, 36) :
Le Seigneur a dit à mon Seigneur
Siège à ma droite,
de tes ennemis, je vais faire ton marchepied


*

Serions-nous entre le « Deus absconditus » (le Dieu caché) et le « Deus revelatus », le « Dieu personnel » — « mon Seigneur » ?


Que dire d’un Dieu infini — et qui existe ? C’est un aspect de la question que pose le pasteur Klaas Hendrikse, devenu rapidement célèbre (cf. son livre Croire en un Dieu qui n'existe pas. Manifeste d'un pasteur athée) :

« Peut-on être pasteur et athée ? Klaas Hendrikse revendique avec éclat ce paradoxe. Il en fait une condition pour parler avec honnêteté de la foi chrétienne. Son livre est une démonstration qui veut convaincre nombre de déçus des Eglises. [...] Renvoyant dos à dos chrétiens traditionnels et athées, ce pasteur propose [...] de nourrir le débat autour de l’avenir de la foi dans un monde en pleine mutation. »

Or, au fond, la question que pose Klaas Hendrikse est celle que pose déjà dans l’Antiquité et au Moyen Age la théologie négative, d’une façon bien plus sérieuse et précise qu’il ne le concède (son livre « règle » la question de la théologie négative en deux pages).

La théologie classique posait le questionnement de son propre discours. Son discours théologique s'articulait en termes de théologie "cataphatique" d'une part et de théologie "apophatique" d'autre part. La théologie cataphatique, ou positive, affirmative, donnait une série de propositions sur Dieu, le dotait d'attributs. Ce faisant, la théologie posait la rupture de ses propres affirmations, rupture par laquelle elle s'obligeait à se déposséder - voire contre ses propres tendances - de ses propres affirmations. Cette rupture était dans le moment apophatique, ou négatif, de sa parole autour du divin. Chacune de ses affirmations n'avait de sens qu'en relation avec la négation qui l'accompagnait, la serrant rigoureusement. Or la rigueur de la négation apophatique peut concerner, en ses extrémités, jusques et y compris l'affirmation de l'existence de Dieu, conçue (nécessairement) comme l’existence des… existants, les créatures (de Dieu).


Ce questionnement qui vaut depuis l’Antiquité est très connu chez le moine du VIe siècle Denys l’Aréopagite, se retrouve dans la mystique de l’islam comme du Moyen Âge chrétien, et s’enracine dans la tradition juive.

Ibn ‘Arabi (soufi musulman du XIIIe siècle), selon Henry Corbin, dans Le paradoxe du monothéisme :
Sa pensée « est axée sur cette différenciation entre l’Absolu indéterminé et inconnaissable, l’Absconditum, et […] le seigneur personnel, le Deus revelatus, le seul dont l’homme puisse parler, parce qu’il en est le terme corrélatif. »

Ou, toujours selon Corbin, Maître Eckhart (dominicain du XIVe siècle) :
« Pour un Maître Eckhart, la Deitas transcende le Dieu personnel, et c’est celui-ci qu’il faut dépasser, parce qu’il est corrélatif de l’âme humaine, du monde, de la créature. […] L’âme eckhartienne cherche donc à… s’échapper à elle-même pour se plonger dans l’abîme de la divinité, un Abgrund dont par essence elle ne pourra jamais atteindre le fond. »

Cf. Matthieu 18 :
10 Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux.
11 Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu.



Cf. M.-A. Ouaknin, Tsimtsoum – Introduction à la méditation hébraïque : « Tsimtsoum signifie originellement « concentration » ou « contraction ». Dans le langage cabaliste, il est mieux traduit par « retrait » ou « rétraction ». Rabbi Isaac Louria [XVIe siècle] se posa les questions suivantes : Comment peut-il y avoir un monde si Dieu est partout ? Si Dieu est « tout en tout », comment peut-il y avoir des choses qui ne soient pas Dieu ? Comment Dieu peut-il créer le monde, s’il n’y a pas de néant ? Rabbi Isaac Louria répondit en formulant la théorie du Tsimtsoum ou « retrait ». Selon cette théorie, le premier acte du Créateur ne fut pas de se révéler lui-même à quelque chose d’extérieur. Loin d’être un mouvement sur le dehors ou une sortie de son identité cachée, la première étape fut un repli, un retrait ; Dieu « se retira de Lui-même en lui-même » et, par cet acte, abandonna au vide une place en son sein, créa un espace pour le monde à venir. (…) Dieu ne put se manifester que parce qu’au préalable il se retira. » (p. 32.)

On peut rappeler ici les paraboles évangéliques du maître absent :

Marc 13, 34-35 // :
34 Il en sera comme d’un homme qui, partant pour un voyage, laisse sa maison, remet l’autorité à ses serviteurs, indique à chacun sa tâche, et ordonne au portier de veiller.
35 Veillez donc, car vous ne savez quand viendra le maître de la maison, ou le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin ;
36 craignez qu’il ne vous trouve endormis, à son arrivée soudaine.


Autant de mises à distance qui renvoient au Dieu caché, inaccessible.


Or les Psaumes parlent aussi d’un Dieu personnel, on y prie un Dieu personnel, qui se dessine pour David comme « archétype » parfait de sa propre figure messianique, imparfaite, elle, à ses propres yeux — combien de fois ne se repend-il pas ?

Apparaît donc un figure archétypique, l’image éternelle et divine de lui-même, le Seigneur personnel de sa propre existence, et de là, de toute existence, l’Ange de l’Eternel, manifestation personnelle du Dieu qui est au-delà de toute compréhension.

C’est là l’image éternelle de Dieu dont les premiers disciples du Ressuscité ont reconnu l’Incarnation et l’avènement en Jésus. D’où la lecture donnée par l’Épître aux Hébreux, qui permet de reprendre non seulement toutes les applications christologiques des Psaumes, — comme le Psaume 22 (entre autres) prononcé du haut de la croix —, mais d’autres textes prophétiques où Jésus ratifie lui-même cette lecture christologique.


Avec comme débouché une piété annoncée par ex. dans Actes 7.55-59 : « Etienne, rempli du Saint-Esprit, et fixant les regards vers le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. […] 59 Et ils lapidaient Etienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! »

On a là une prière à Jésus, où le « Dieu personnel » prend la figure concrète de celui qui est reçu comme son Incarnation, fondement des lectures christologiques des prières que sont les Psaumes.


Lutte avec Dieu et combat contre le mal
« Ce n’est pas contre la chair et le sang
que nous avons à lutter » (Ep 6, 12)

Les Psaumes – Louanges
Livre de prières communes et de lutte avec Dieu

(3) 26 janvier 2012 - Relecture christologique (version imprimable pdf ICI)

R.P., KT Adultes, Antibes 2011-2012



dimanche 1 janvier 2012

Pour 2012






« Les bergers s’en retournèrent en glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu » (Luc 2, 20)…

Que ce chemin des bergers soit celui qui s’ouvre dès à présent pour chacun de vous et de ceux qui vous sont chers…



samedi 24 décembre 2011

Noël...



Et la lumière est... (Genèse 1, 3)




samedi 26 novembre 2011

Sacrés portraits



Que ce soit le Christ, tel ou tel prophète, ou a fortiori Dieu, le commandement biblique interdisant de les représenter fait précisément, et de celui qui s’en prend à des images et de celui qui s’en offusque, un idolâtre lui-même, que ces images soient caricaturales, souillantes ou tout ce qu’on voudra.



« Tu ne te feras point d’image, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, en bas sur la terre, et dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces choses-là et tu ne les serviras pas ; je suis le Seigneur ton Dieu » (Exode 20, 4-5).

Le Christ, Dieu, ou quelque personnage religieux que ce soit n’est en aucun cas atteint par la caricature : ce n’est là jamais qu’un bout de papier, un bout de bois, une figure virtuelle, ou que sais-je...

Ésaïe se moquant des idolâtres l’avait bien compris. Gageons qu’aujourd’hui, il risquerait toujours sa peau ! « Blasphème » ! pour avoir dit que l'objet de vénération de l’idolâtre est un morceau de bois. « Il brûle au feu la moitié de son morceau de bois, avec cette moitié il cuit de la viande, Il apprête un rôti, et se rassasie ; il se chauffe aussi, et dit : Ha ! Ha ! Je me chauffe, je vois la flamme ! Et avec le reste il fait un dieu, son idole, il se prosterne devant elle, il l’adore, il l’invoque, Et s’écrie : Sauve-moi ! Car tu es mon dieu ! Ils n’ont ni intelligence, ni entendement » (Ésaïe 44, 16-18).

Après, il y a une marge entre se ridiculiser par une manifestation inutile à propos d’images profanées et l’acte violent, la menace physique ou son exécution !… Passage où l’idolâtre devient meurtrier…

RP



jeudi 24 novembre 2011

Psaumes. Relectures et transpositions




I

Entre joie et silence


D’abord, il y a la sortie d’Égypte. Et un chant de triomphe à la gloire de Dieu…

Exode 15
1 Alors, avec les fils d'Israël, Moïse chanta ce cantique au SEIGNEUR. Ils dirent :
« Je veux chanter le SEIGNEUR,
il a fait un coup d'éclat.
Cheval et cavalier,
en mer il les jeta.
2 Ma force et mon chant, c'est le SEIGNEUR.
Il a été pour moi le salut.
C'est lui mon Dieu, je le louerai ;
le Dieu de mon père, je l'exalterai.
3 Le SEIGNEUR est un guerrier.
Le SEIGNEUR, c'est son nom.
4 Chars et forces du Pharaon,
à la mer il les lança.
La fleur de ses écuyers
sombra dans la mer des Joncs.
5 Les abîmes les recouvrent,
ils descendirent au gouffre comme une pierre.
6 Ta droite, SEIGNEUR,
éclatante de puissance,
ta droite, SEIGNEUR,
fracasse l'ennemi.

[…]


Un Psaume d’Exode — à l’inverse des Psaumes d’exil (cf. Ps 137).

Aucune institution des chantres au livre de l’Exode.


L’institution des chantres, parmi les lévites — relève du temps de la royauté :

1 Chroniques 6
31 Voici ceux que David établit pour la direction du chant dans la maison de l’Eternel, depuis que l’arche eut un lieu de repos:
32 ils remplirent les fonctions de chantres devant le tabernacle, devant la tente d’assignation, jusqu’à ce que Salomon eût bâti la maison de l’Eternel à Jérusalem, et ils faisaient leur service d’après la règle qui leur était prescrite.


1 Chroniques 15:16 Et David dit aux chefs des Lévites de disposer leurs frères les chantres avec des instruments de musique, des luths, des harpes et des cymbales, qu’ils devaient faire retentir de sons éclatants en signe de réjouissance.


En revanche, l’exil est d’abord le temps du deuil : s’il y a des chants, ce sont des complaintes… Cf. Ps 137 :

1 Auprès des fleuves de Babylone,
Là nous étions assis et nous pleurions En nous souvenant de Sion.
2 Aux saules de la contrée
Nous avions suspendu nos harpes.
3 Là, nos vainqueurs nous demandaient des cantiques, Et nos bourreaux de la joie :
Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion !
4 Comment chanterions-nous le cantique du SEIGNEUR
Sur un sol étranger ?
5 Si je t'oublie, Jérusalem, Que ma droite m'oublie !

[…]


Selon la tradition juive, le chant de triomphe de la sortie d’Egypte (Exode 15) est mal venu : Dieu le déplore : mes créatures viennent d’être englouties et vous chantez !

S’il y a musique, elle est portée à être aussi empreinte de nostalgie.

Aux temps modernes, cela se traduit du gospel au blues et inversement…


II

Royauté messianique et nostalgie


Si l’institution des chantres et le recueil des Psaumes relève de la royauté — les Psaumes de David —, on se trouve avec une royauté chargée d’une visée eschatologique — messianique.

Le roi est messie/oint et vise un roi à la fois juste et incontesté. Le Messie attendu. Où les Psaumes royaux sont aussi empreints de nostalgie.

Apparaît un autre sens des chants guerriers, des chants de triomphe, où du cœur de la faiblesse du roi jaillit la marque nostalgique d’un autre combat, d’autres victoires que celle qui engloutit les Égyptiens…


Lutte avec Dieu et combat contre le mal
« Ce n’est pas contre la chair et le sang
que nous avons à lutter » (Ep 6, 12)

Les Psaumes – Louanges
Livre de prières communes et de lutte avec Dieu

(2) 24 novembre 2011 - Relectures et transpositions

R.P., KT Adultes, Antibes 2011-2012



lundi 21 novembre 2011

Communion luthérienne et réformée



Extrait du rapport du synode Sud-Ouest 2011 de l'Eglise réformée de France...

L’un des événements-clés de l’histoire contemporaine ayant abouti, en 1973, au texte fondamental de la Concorde de Leuenberg sur lequel s’appuie largement les justifications théologiques et ecclésiologiques du processus d’union entre nos deux Églises actuelles :

"Face à la montée du nazisme, en 1933 et la mise en place, par le régime hitlérien des « chrétiens allemands », une Église nationale qui lui est inféodée...


... plusieurs pasteurs et laïcs protestants s’organisent en une « Église confessante ». Des séminaires clandestins ont lieu pour contrer l’enseignement théologique officiel, et, le 29 mai 1934, le synode adopte ce qui sera appelé la « confession de Barmen » pour servir de base doctrinale à l’Église confessante. Ses principales orientations se retrouveront en France en 1941 dans « les thèses de Pomeyrol ». C’est donc dans ces circonstances sociopolitiques tragiques que l’unité entre luthériens et réformés s’est imposée comme un impératif, reléguant au second plan les désaccords théologiques jugés non comme dépassés, mais secondaires, eu égard à la mission de l’Église de proclamer l’Évangile dans le monde. Ainsi, l’un des principes majeurs énoncés dans la Confession de Barmen est de reconnaître « la souveraineté de son seul Seigneur, l’Église une, et l’unité fondamentale de sa foi… nonobstant ses origines luthériennes, réformées ou unies ». L’idée majeure énoncée ici, et qui nous concerne encore directement quelques quatre-vingts ans plus tard, consiste à affirmer qu’il peut légitimement y avoir une communion entre les Églises malgré une expression de la foi différente, médiatisée par des confessions de foi différentes, principalement la Confession d’Augsbourg pour les luthériens et la Confession de La Rochelle pour les réformés.

Après la Seconde Guerre mondiale, ce principe ne sera pas mis en cause, même si d’autres questions, notamment le lien entre communion ecclésiale et communion eucharistique continueront, jusqu’à nos jours, de susciter le débat. C’est sur cette base de la communion ecclésiale que la Communion de Leuenberg peut postuler la pleine reconnaissance des ministères entre nos Églises aujourd’hui avec, en corollaire, la nécessité pour elles de traduire ces avancées théologiques sur le plan institutionnel."