vendredi 4 mai 2018

Nouveaux cieux & nouvelle terre




Nouveaux cieux nouvelle terre – Apocalypse 20-22

Quelques éléments bibliques de lecture d’Apoc. 20-22 selon l’analogie de la foi…


1) Mille ans

Psaume 90:4 Car mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d’hier, quand il n’est plus, et comme une veille de la nuit.
2 Pierre 3:8 Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c’est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour.

Ecclésiaste 6:6 Et quand celui-ci vivrait deux fois mille ans, sans jouir du bonheur, tout ne va-t-il pas dans un même lieu ?

Ésaïe 40:8 L’herbe sèche, la fleur tombe ; mais la parole de notre Dieu subsiste éternellement.
Cf. Marc 13:31 // Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.


2) Nouveaux cieux & nouvelle terre

Ésaïe 51:16 Je mets mes paroles dans ta bouche, et je te couvre de l’ombre de ma main, pour étendre de nouveaux cieux et fonder une nouvelle terre, et pour dire à Sion : tu es mon peuple !
Ésaïe 65:17 Car je vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre ; on ne se rappellera plus les choses passées, elles ne reviendront plus à l’esprit.
Ésaïe 66:22 Car, comme les nouveaux cieux et la nouvelle terre que je vais créer Subsisteront devant moi, dit l’Éternel, ainsi subsisteront votre postérité et votre nom.
2 Pierre 3:13 Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera.


3) Pas fait de main d’homme

Hébreux 11:10 Car il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur.
13 C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre.
14 Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie.
15 S’ils avaient eu en vue celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner.
16 Mais maintenant ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité.

Marc 14:58 Nous l’avons entendu dire: Je détruirai ce temple fait de main d’homme, et en trois jours j’en bâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.
Actes 7:48 Mais le Très-Haut n’habite pas dans ce qui est fait de main d’homme, comme dit le prophète:
Actes 17:24 Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples faits de main d’homme ;
Actes 19:26 et vous voyez et entendez que, non seulement à Éphèse, mais dans presque toute l’Asie, ce Paul a persuadé et détourné une foule de gens, en disant que les dieux faits de main d’homme ne sont pas des dieux.
2 Corinthiens 5:1 Nous savons, en effet, que, si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l’ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n’a pas été faite de main d’homme.
Hébreux 9:11 Mais Christ est venu comme souverain sacrificateur des biens à venir ; il a traversé le tabernacle plus grand et plus parfait, qui n’est pas construit de main d’homme, c’est-à-dire, qui n’est pas de cette création ;
Hébreux 9:24 Car Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, en imitation du véritable, mais il est entré dans le ciel même, afin de comparaître maintenant pour nous devant la face de Dieu.


4) L’arbre de vie

Genèse 3:22 L’Éternel Dieu dit : Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d’avancer sa main, de prendre de l’arbre de vie, d’en manger, et de vivre éternellement.
Genèse 3:24 C’est ainsi qu’il chassa Adam ; et il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie.

Proverbes 3:18 Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent, et ceux qui la possèdent sont heureux. 19 C’est par la sagesse que l’Éternel a fondé la terre, c’est par l’intelligence qu’il a affermi les cieux ; 20 C’est par sa science que les abîmes se sont ouverts, et que les nuages distillent la rosée.

Proverbes 11:30 Le fruit du juste est un arbre de vie, et le sage s’empare des âmes.
Proverbes 13:12 Un espoir différé rend le cœur malade, mais un désir accompli est un arbre de vie.
Proverbes 15:4 La langue douce est un arbre de vie, mais la langue perverse brise l’âme.
Apocalypse 2:7 Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises : à celui qui vaincra je donnerai à manger de l’arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu.

Cf. Jean 15:1-17 / Proverbes 11:30 Le fruit du juste est un arbre de vie
Jean 15, 5 Je suis la vigne, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
(Apoc 21:12 Elle [la nouvelle Jérusalem] avait douze portes, et sur les portes douze anges, et des noms écrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël : 13 à l’orient trois portes, au nord trois portes, au midi trois portes, et à l’occident trois portes. 14 La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l’agneau.
Apoc 22:2 Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations.)

Jean 15:8 Ce qui glorifie mon Père, c’est que vous portiez du fruit en abondance et que vous soyez pour moi des disciples. 9 Comme le Père m'a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. 10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour. 11 Je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.


RP
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8) 8 & 10 mai — Nouveaux cieux nouvelle terre – Apocalypse 20-22 (PDF ici)

samedi 14 avril 2018

Destruction et espérance




On a vu comment Matthieu 24 parle de la menace de destruction sur Jérusalem, sur laquelle Jésus pleure au moment même où il lui annonce cette menace, avant d’avertir :

1 Alors il en sera du Royaume des cieux comme de dix jeunes filles qui prirent leurs lampes et sortirent à la rencontre de l’époux.
2 Cinq d’entre elles étaient insensées et cinq étaient avisées.
3 En prenant leurs lampes, les filles insensées n’avaient pas emporté d’huile ;
4 les filles avisées, elles, avaient pris, avec leurs lampes, de l’huile dans des fioles.
5 Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
6 Au milieu de la nuit, un cri retentit : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
7 Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes.
8 Les insensées dirent aux avisées : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.”
9 Les avisées répondirent : “Certes pas, il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous ! Allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous.”
10 Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et l’on ferma la porte.
11 Finalement, arrivent à leur tour les autres jeunes filles, qui disent : “Seigneur, seigneur, ouvre-nous !”
12 Mais il répondit : “En vérité, je vous le déclare, je ne vous connais pas.”
13 Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.
(Matthieu 25:1-13 - trad. TOB 2010)

*

Ce texte de l’Évangile de Matthieu parle de l'exil et du Royaume — le Royaume, c'est-à-dire la fin annoncée de l'exil : « en ce jour-là, le Royaume des cieux sera semblable à… » Avec son côté tragique, ce texte parle de vigilance nécessaire, face à un jour espéré, jour espéré où pourtant l'espérance cesse ; elle prend fin, en parallèle avec la célébration annoncée des noces de l'époux céleste, le mariage spirituel qui marque la fin de l'exil.

Lecture spirituelle du thème de l'exil — où le sens littéral renvoie, au-delà de lui-même, aux réalités célestes. En raccourci, dans cette perspective, à travers le retour à Jérusalem depuis Babylone, nous sommes appelés à revenir à Dieu depuis l'exil dans le temps où nous sommes. De façon symbolique, la Bible parle de ce qui est donc exil métaphysique, en termes de Jérusalem, pour la vie idéelle, la vie avec Dieu, et de Babylone pour l'exil dans le malheur, la culpabilité, la douleur.

On a vu cela à travers les prophètes : le thème de l'exil en général est récurrent dans la Bible depuis l'exode d’Égypte jusqu'au retour de l'exil babylonien. Et il acquiert très tôt une portée symbolique. Cela, donc, dès les temps prophétiques, on l’a vu à plusieurs reprises — de Jérémie à Daniel (cf. Mt 24, 15) et Jean le Baptiste.

Ce modèle de lecture dévoile finalement dans toute son intensité le drame réel de l'exil dont la dimension géographique s'avère alors être expression temporelle d'une réalité trans-historique.

*

La nuit s'est épaissie. L'espérance de la lumière a-t-elle disparu ? Et si le cri du milieu de la nuit de veille des dix jeunes femmes : « voici l'époux sortez à sa rencontre », n'avait retenti que pour nous laisser à notre désespoir et à notre manque définitif de cette huile, avec nos volontés dérisoires d'en acheter, l'huile et sa flamme, l'Esprit ?

Si les signes de l'histoire ultérieure de nos malheurs, ne faisant qu'amplifier toujours plus la chaîne indéfinie des malheurs d’antan, n'étaient là que pour confirmer que ce dernier cri annonçant l'époux, annonçant les noces spirituelles — a bien retenti ?

« Je ne vous connais pas », seule parole tragique qui lui succède. Seul écho infini dans un désespoir infini…

*

Il reste à espérer que ce cri définitif n'ait pas retenti en ce temps-là, et qu'alors l'autre parole : « veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour ni l'heure » nous concerne encore.


RP
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7) 17 & 19 avril — Destruction et espérance — Cf. Matthieu 24-25, 13 (PDF ici)


vendredi 6 avril 2018

Menace sur Jérusalem




Matthieu 24. « Soyez prêts dit Jésus à ses disciples, car le Fils de l'Homme viendra à l'heure où vous n'y penserez pas » (Mt 24, 44). Veillez, soyez prêts à ouvrir à votre Maître, qui viendra comme un voleur. Voilà qui est troublant : le Seigneur viendra comme un voleur, il viendra à l'heure où nous n'y penserons pas.

*

Ces paroles de Jésus rapportées par Matthieu prennent place à la fin de la prophétie qu'il donne à ses disciples en réponse à leur question sur le temps de la fin de Jérusalem, et de façon concomitante, sur le signe de son avènement.

Jésus vient d'annoncer une suite d'événements terribles, avec à leur terme la ruine de Jérusalem et la profanation du Temple. On sait qu'il en a été comme Jésus l'annonçait, avec au comble la profanation du Temple, lors de l'attaque de Jérusalem, qui aura lieu en 70. La génération à laquelle il s'adressait n'est point passée qu'elle n'ait vu cela ; une détresse incomparable : Jésus discernait bien la menace — … sans que pour autant il n'en connaisse le jour (ou la nuit), ni la saison (v. 36).

*

Car la prophétie n'est point prédiction, elle est plutôt lecture inspirée du temps et des événements — et par là peut éventuellement être annonce. Mais elle se rapporte à des données. Rappelons quelques unes de ces données : après une brève période d'indépendance au temps des Maccabées, la région est sous domination romaine depuis 63 av. J.C. La Judée a cessé d'être un royaume juif depuis la mort d'Hérode le Grand, en 4 av. J.C. Si son fils Archélaüs hérite la Judée, il n'a pas le titre royal, et lorsque César Auguste le dépose, en 6 ap. J.C., il nomme a sa place un procurateur romain. À l'époque où Jésus donne cette prophétie, le procurateur de Judée est le fameux Ponce-Pilate, qui quelques heures plus tard participera au jeu des dirigeants de la région (avec le grand prêtre et Hérode Antipas, tétrarque de Galilée) refusant à tour de rôle leur responsabilité dans le procès de Jésus.

C'est dans ce contexte, souveraineté en peau de chagrin, que Jésus prophétise. Il invite à la lucidité sur la continuation probable de l'évolution de la situation, jusqu'à la ruine de Jérusalem. Le prophète, inspiré, lit le sens de ce qui advient inévitablement, de ce qui advient en fonction de ce sens même : Dieu est las de notre état (Mt 23, 37-39). L'épée de Damoclès ne tardera plus à tomber comme l'évolution de la situation n'en laisse que peu de doutes.

Et voilà que les responsables de la nation — Jésus en pleure — refusent cette nouvelle « main tendue de Dieu » (Mt 23, 37), sûrs de leur bonne relation avec lui ! Voilà qui ressemble fort au récit du déluge dans la Genèse (Mt 24, 36 sq.).

*

Les disciples ne peuvent pas ne pas savoir que la détresse qui menace va les affecter aussi — peut-être personnellement — et de toute façon au plus profond de leur amour pour ceux de leurs proches et amis qui préfèrent nourrir leur optimisme comme au temps de Noé plutôt que de fuir vers les montagnes qui entourent Jérusalem, comme y invite Jésus.

Car c'est concrètement de cette façon qu'ils pourront éventuellement éviter le massacre dont Jésus les avertit qu'il sera bientôt perpétré par les Romains. C'est là précisément que doit prendre place la vigilance à laquelle Jésus appelle. Comme aux jours de Noé : que ceux qui écoutent le prophète de malheur se mettent à l'abri de l'inévitable. Ceux qui ont la bonne idée de célébrer leurs mariage sous un ciel d'orage risquent de se mouiller,… dans les eaux du déluge les emportant ; ou de subir les coups des légionnaires frappant au hasard : l'un des deux hommes dans le champ, l'une des deux femmes à la meule, seront pris par leurs bourreaux. Aussi (cf. v. 17-18), que celui qui est au champ ne rentre pas dans Jérusalem, mais fuie, et que celui ou celle qui, dans Jérusalem, est sur le toit de sa maison, c'est-à-dire sur la terrasse, cherche à s'y cacher plutôt que de descendre se faire prendre dans la violence des troupes romaines.

*

On le voit donc : avertissement très concret face à une menace très concrète. Avec un encouragement vigoureux à tenir ferme, fondés en l'inespéré. Mais ces menaces concrètes, historiquement situées, ont une portée beaucoup plus large. La détresse et la douleur sont le fait de tout un chacun, de façon plus ou moins prégnante, plus ou moins atroce, en cette vie de pèlerins. Et ses effets sont d'autant moins destructeurs qu'on a vécu dans la conscience de notre exil. Quel n'est pas le choc de celui qui ignore avec superbe le malheur qui ne cesse de l'entourer, au jour où il le frappe ! C'est lui aussi, chacun donc, que Jésus invite à ouvrir les yeux sur le fait incontournable de sa non-éternité. Non pas pour le plaisir de jouer les rabat-joie, mais pour nous éviter de trop douloureuses désillusions et nous inviter à bâtir une espérance contre toutes les espérances.

Alors seulement s'ouvre une possibilité de vivre, dans la conscience de leur vanité — et dans la reconnaissance —, les joies d'un quotidien fragile et en passe de se faner.

Dans un temps de détresse, recevoir les délicates fleurs du quotidien et des fêtes du temps, comme autant de signes du jour éternel de la Présence du Christ — dans la certitude que le Temple éternel, le corps du Christ ressuscité, prend place au milieu des humains dans la Jérusalem qui vient.

*

Car c'est dans le cadre de la menace concrète que Jésus enseigne ses disciples à percevoir, du cœur de la douleur, le signe de l'inespéré, le signe de sa venue en gloire ; et enseigne parallèlement aux optimistes, aux adeptes du « tout va bien » — du moins à ceux qui voudraient bien entendre sa voix à travers les musiques de leurs fêtes, — que les temps ne sont pas précisément à la fête, pas plus qu’aux jours de Noé.

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (Mt 5, 4). Cette consolation est, dans la perception de l'inespéré, le signe de la délivrance, au point que la détresse elle-même en devient signe de délivrance, comme les pousses du figuier sont le signe de l'été qui vient (selon cette autre image que donne Jésus dans cette même prophétie).

La menace qu’annonce Jésus sur ceux qui rient n'est pas pour autant un encouragement au ressentiment de ceux qui, pleurant, croiraient devoir espérer une contrepartie céleste de ce qui ne serait que leurs frustrations. Il s’agit, à l’inverse du ressentiment, de reconnaissance. Jésus invite ses disciples, au contraire du ressentiment, à se placer dans l’espérance de l'inespéré, même, et particulièrement, au cœur de la détresse qui menace.


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7) 10 & 12 avril — Menace sur Jérusalem – Matthieu 24-25, 13 (PDF ici)


vendredi 16 mars 2018

Quel retour d’exil ?




« C’est ici la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers. » (Mt 3, 3 / Es 40)

« Il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu » (Mt 3, 11)… « recueillant le blé dans son grenier ; mais la bale, il la brûlera » (Mt 3, 12). Tout comme « l'herbe sèche, la fleur se fane quand le souffle du Seigneur vient sur elles... Oui, le peuple, c'est de l'herbe : l'herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu subsistera toujours ! » (Es 40)

Mt 3, 13-14 : « Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean s’y opposait, en disant : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi ! »

Car quel besoin de repentir, de baptême de repentir, pour un homme sans péché ?

Mt 3,15 : « Jésus lui répondit: Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. Et Jean ne lui résista plus. »

C'est là un geste de solidarité avec le peuple exilé. Partage de l'exil du peuple, afin de l'en ramener. Il est un baptême dont Jésus doit être baptisé (Luc 12, 50), qui s'annonce en ce jour : son engloutissement dans les eaux sombres de la mort où il rejoindra — on ne peut plus totalement — le peuple qu'il rachète… Il le rejoint jusqu'à la douleur de l’exil, jusqu’à sa mort, jusqu'aux sinuosités de ses égarements, par quoi il le garantit que rien ne peut le séparer de l'amour de Dieu (cf. Es 54, 10 ; Romains 8, 38-39), pas même ses propres tortuosités. Il l’a rejoint, devant Jean, « baptisant en vue du repentir/retour/techouva », jusqu'à ses repentirs et jusqu'à ses prières. Le Christ a fait siennes les prières d'hommes chargés de faiblesses, de désirs de vengeance et d'auto-justifications. Il a fait siens les Psaumes, ces Psaumes qui nous ressemblent. Rejoignant les exilés dans les faiblesses qui sont les leurs, il élève par sa mort, dans les eaux de cet autre baptême, qui « lui viennent jusqu'à la gorge » (Ps 69 ; cf. Ps 22), ces prières de notre humanité jusqu'à la gloire de la filiation éternelle.

*

Au-delà des rappels de la Loi en vue du repentir que portait Jean, il y a donc la consolation du peuple exilé loin de Dieu, consolation que le Baptiste annonce selon Ésaïe 40, et la miséricorde de Dieu, dont l'éminent signe public est ce baptême du Christ.

Lorsque avec l'Esprit venu comme une colombe, la voix déclare ainsi Jésus Fils de Dieu, c'est, en vertu de la solidarité qu'il montre lui en se faisant baptiser, l’adoption du peuple comme fils et filles à leur tour qui est aussi prononcée (Ez 36, 26-28). Le baptême, qui est en premier lieu un geste d'humilité, un geste de repentir, de retour/techouva, devient aussi le signe d'une régénération (Ez, ibid., « Je mettrai en eux mon Esprit »).

*

On connaît le reste de la prédication de Jean, qui baptise Jésus, les fameuses exhortations avec lesquelles il accompagne la Bonne Nouvelle : comblez les abîmes, abaissez les montagnes, redressez ce qui est tordu. Il sera emprisonné pour cela, par le roi Hérode, qui n'aime pas qu'on lui rappelle trop publiquement qu'il est un pécheur public.

Cet appel de Jean à la justice, Jésus vient l'assumer par son baptême, l'assumer pour l'accomplir par solidarité. Car la solidarité n'est pas un vain mot. Il s'agit d'être concret. Jésus l'est. Ce que le Baptiste appelle tous à faire, il le fait. L'Esprit l'investit pour cela.

*

Le temps annoncé par les prophètes, dont le prophète Jean le Baptiste, s’est approché ; le temps de combler les fossés creusés par la richesse et la corruption. Un temps toujours actuel bien sûr, tant que dure le temps — « vous aurez toujours les pauvres avec vous », rappellera Jésus. Face à l'énormité du déséquilibre, on est pris d'un sentiment de malaise, et d'impuissance. Et dès lors, à terme, de culpabilité. Ce qui est inutile, comme toute impuissance ou culpabilité, mais le Christ libère de la culpabilité en donnant du même coup la force qui est dans la liberté qu'il octroie.

Car être libéré de la culpabilité suppose recevoir aussi la parole qui fait se lever, et la force de se lever.

Le Christ est apparu au baptême de Jean pour se solidariser avec les exilés de Babylone — enfants d’Abraham à qui Dieu suscite des enfants depuis des pierres, selon ce même Jean le Baptiste (Mt 3, 9).


RP
Les choses de la fin

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6) 20 & 23 mars — Quel retour d’exil ? (PDF ici)


vendredi 9 mars 2018

Jean le Baptiste et l’annonce de la fin




Jean le Baptiste se réfère explicitement au message de ses prédécesseurs du temps de l'exil babylonien. La mission du Baptiste se situe, selon le prophète lui-même citant Ésaïe 40, en relation avec la consolation du peuple, puisque la voix dans le désert — à laquelle Jean Baptiste entend s'identifier — cette voix crie, selon Ésaïe 40, la consolation prochaine du peuple.

Matthieu 3, 1-3
1 En ces jours-là paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée :
2 « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché ! »
3 C’est lui dont avait parlé le prophète Ésaïe quand il disait : « Une voix crie dans le désert : “Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.” »


Consolation, et pourtant il est essentiellement question dans la prédication du Baptiste, de repentir. Quel est donc le rapport entre repentir et consolation ? C'est que le repentir est d'abord le mouvement par lequel Dieu fait revenir le peuple, le mouvement par lequel la faveur de Dieu le fait revenir, techouva en hébreu. Car pour « repentir », on pourrait aussi traduire « retour ». Et historiquement, il s'agit fondamentalement du retour d'exil.

Mt 3, 4 : Jean avait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Le v. 4 fait référence à Élie (cf. 2 Rois, ch. 1). Les références bibliques abondent. Ésaïe, Élie, Ézéchiel… Cf. Ézéchiel, ch. 36, annonçant le retour du peuple exilé à Babylone. Ici, il est important de remarquer que la grâce de Dieu précède le retour du peuple. On y lit que c'est Dieu qui prend l'initiative : Dieu fait revenir le peuple d'exil en le purifiant par une « aspersion d'eau pure » et une effusion de son Esprit.

Mt 3, 5-12
5 Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui ;
6 ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés.
7 Comme il voyait beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ?
8 Produisez donc du fruit qui témoigne de votre conversion ;
9 et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : “Nous avons pour père Abraham.” Car je vous le dis, des pierres que voici, Dieu peut susciter des enfants à Abraham.
10 Déjà la hache est prête à attaquer la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu.
11 « Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi : je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
12 Il a sa pelle à vanner à la main, il va nettoyer son aire et recueillir son blé dans le grenier ; mais la balle, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »


On retrouve bien l'œuvre qu'entend accomplir Jean, relative au repentir et au baptême, ainsi que l'annonce que le prophète fait de l'œuvre immédiatement postérieure à la sienne, celle du Messie qui lui, dit-il, « baptisera d'Esprit saint ».

Dieu précède tout mouvement. Dieu est lui-même l'auteur du mouvement de retour, de repentir, dont le peuple serait autrement incapable. Le mouvement en question étant le repentir, il faut rappeler le sens profond de l'exil dont le peuple est appelé à revenir. Au-delà de sa dimension géographique, l'exil de Terre Sainte à la terre de Babylone — dont apparemment on aurait le pouvoir de revenir, le pouvoir de se déplacer et d'en prendre la décision, — au-delà de cet exil géographique, il est au fond question d'une dimension spirituelle : l'exil dans le péché et les malheurs de l'existence, que l'exil à Babylone ne fait que signifier et sceller dans la géographie — exil métaphysique dont, du coup, on n'a pas le pouvoir de revenir. Cela est souligné encore par le fait qu'au temps du Baptiste, l'exil babylonien a pris fin depuis longtemps. Certes au plan politique la liberté du peuple est bien compromise par la domination romaine : nul ne s'y trompe. Mais cette captivité ne s'exprime plus par une déportation, par un déplacement géographique. Aussi, plusieurs, dont Jean, ne cessent de rappeler que l'exil ou la captivité sont le signe d'un exil plus fondamental : l'exil dans le malheur, le péché et la culpabilité.

Si le peuple se retrouve en exil, même donc sans déplacement géographique, c'est, selon ce que disait le prophète Ésaïe, que la Terre Sainte, avec son Temple, signe de la présence de Dieu, le rejette, à cause de ses fautes : « ce sont vos péchés qui vous éloignent de moi » disait Dieu par Ésaïe (59, 2). C'est ainsi, qu'en son cœur spirituel, le retour géographique du peuple exilé, son exode, signifie un retour spirituel vers Dieu, un repentir. Déjà au temps de Moïse, l'exode d’Égypte était une montée vers Dieu. Il n'est pas indifférent que pour la tradition rabbinique, l’Égypte — ou plutôt Mitsraïm selon le terme hébraïque — est devenue l'expression-symbole pour le péché.

Or le temps définitif de ce retour d'exil, de cet exode hors du péché, est le temps du Messie, le temps du Royaume. C'est ce temps qu'annonce et prépare le Baptiste, et qu'accomplit Jésus dans la suite du texte. On remarque, pour se pencher sur ce point, que la prédication de Jean, promesse du Royaume, est accompagnée de menaces : la venue du Royaume est aussi le temps d'un jugement. Le Messie qui vient répand l'Esprit promis sur le peuple qu'il engrange dans les greniers du Royaume, mais aussi il brûle la paille devenue indésirable.

Le prophète se situe dans la perspective où chacun constate que la situation du peuple que Dieu est en train de racheter n'est pas brillante : cette situation étant celle de l'exil dans le péché, la douleur, la culpabilité. Et le rachat est sortie de cet exil. Si cette sortie est le fait de la seule faveur de Dieu, reçue dans la seule confiance en la promesse selon laquelle Dieu va remédier à cette situation, cette confiance, cette foi en la promesse, est fonction d'une conscience de la dimension tragique de la situation. La foi qui reçoit gratuitement la faveur de Dieu est recours face à la désespérance de la situation.

Et ainsi, elle est reconnaissance par le peuple de sa propre situation d'exil dans la culpabilité, et donc détournement de soi-même ; ou, en termes religieux, confession de péché et repentir/techouva. Ainsi le repentir n'est pas condition pour le salut qui viendrait s'ajouter à la foi qui reçoit seule cette grâce qui seule sauve, mais il est l'aspect négatif de cette foi, détournement de soi-même et de ses propres satisfactions immédiates et autres auto-justifications pour se tourner vers Dieu, dont la promesse de sa faveur est le seul recours.


RP
Textes de fin du monde

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique 2017-2018
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6) 13 & 15 mars – Jean le Baptiste et l’annonce de la fin – Matthieu 3 (PDF ici)


samedi 17 février 2018

Relectures d’une promesse




Au cœur de la prière de Daniel, ch. 9, c’est bien d’une promesse qu’il est question, celle de la fidélité de Dieu qui mène à son terme le projet auquel il s’est engagé dans l’Alliance, quoiqu’il en soit de l’infidélité des hommes : lui demeure fidèle.

Reprise : Le relecture qui est faite par Daniel de Jérémie 25, et des 70 années symboliques d’exil annoncées par Jérémie comme « rattrapage » des 70 années d’années sabbatiques non-observées, renvoie aux 70 semaines d’années correspondantes, au termes desquelles apparaît 70 fois l’année sabbatique, soit, pour 70 années sabbatiques, 70 semaines d’années (Dn 9, 24), ce qui fait 490 ans. Si les 70 années sabbatiques non observées renvoient au passé, il est vraisemblable que les 490 années y renvoient aussi. Or, c’est bien de la destruction de Jérusalem et de son Temple qu’il est question au bout de ces 490 ans (Dn 9, 26-27). D’où il est conséquent de voir dans tout cela ce qui concerne Jérusalem comme capitale davidique. Dès lors la « parole surgie », parole de « retour », « conversion » et « édification » de Jérusalem (Dn 9, 25), peut renvoyer simplement à la prophétie de Nathan (2 Samuel 7) d’édification, par Dieu lui-même, de la maison promise, sur les lieux de l’ancienne Jérusalem idolâtre conquise par David ; les sept premières semaines (soit 49 ans), renvoyant à la durée symbolique du règne du messie-chef (David) ; et les 62 semaines suivantes au temps de Jérusalem édifiée, mais dans la détresse des temps que vient de confesser Daniel ; et la dernière semaine, référant à l’occupation babylonienne, avec « l’oint/messie retranché pas pour lui-même / i.e. sans successeur », à savoir Sédécias (cf. 2 Rois 25, 1-22), dernier roi de Juda, et remplacé dans une « solide alliance » par un gouverneur à la solde de Babylone (Guedalia – cf. 2 Rois 25, 22 sq.), cela débouchant sur la destruction de la ville (Dn 9, 26) et la profanation du Temple (Dn 9, 26-27).

Cette vision, intervenant pendant la prière de Daniel, est affirmation de la maîtrise de la situation par Dieu et donc promesse d’exaucement de la prière de Daniel (ch, 9, 4-19) :

« 4 […] Ah ! Seigneur, toi, le Dieu grand et redoutable qui garde l’alliance et la fidélité envers ceux qui l’aiment et gardent ses commandements ! 5 Nous avons péché, nous avons commis des fautes, nous avons été impies et rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes décisions. 6 Nous n’avons pas écouté tes serviteurs les prophètes qui ont parlé en ton nom à nos rois, nos princes, nos pères et tout le peuple du pays. 7 A toi, Seigneur, la justice, et à nous la honte sur la face en ce jour, aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem, à tout Israël, ceux qui sont proches et ceux qui sont au loin, dans tous les pays où tu les as chassés à cause de la forfaiture qu’ils ont commise envers toi ! 8 SEIGNEUR, à nous la honte sur la face, à nos rois, nos princes et nos pères parce que nous avons péché contre toi. 9 Au Seigneur notre Dieu appartiennent la miséricorde et le pardon, car nous avons été rebelles envers lui, 10 et nous n’avons pas écouté la voix du SEIGNEUR notre Dieu pour marcher selon ses instructions, qu’il nous avait présentées par l’intermédiaire de ses serviteurs les prophètes. 11 Tout Israël a transgressé ta Loi et s’est détourné sans écouter ta voix. Alors ont fondu sur nous la malédiction et l’imprécation inscrites dans la Loi de Moïse, serviteur de Dieu, car nous avions péché contre lui : 12 Dieu a accompli les paroles qu’il avait prononcées contre nous et contre les gouvernants qui nous ont gouvernés, en amenant contre nous un malheur si grand qu’il ne s’en était pas produit sous tous les cieux comme il s’en est produit à Jérusalem. 13 Selon qu’il est écrit dans la Loi de Moïse, tout ce malheur est venu sur nous ; mais nous n’avons pas apaisé la face du SEIGNEUR notre Dieu en nous détournant de nos fautes et en étant attentifs à ta vérité. 14 Le SEIGNEUR a veillé sur ce malheur et l’a fait venir sur nous ; car le SEIGNEUR notre Dieu est juste dans toutes les œuvres qu’il a faites, mais nous n’avons pas écouté sa voix. 15 Et maintenant, Seigneur notre Dieu, toi qui as fait sortir ton peuple du pays d’Égypte par une main puissante et qui t’es fait une renommée comme celle que tu as aujourd’hui, nous avons été pécheurs et impies. 16 Seigneur, selon tes actes de justice, que ta colère et ta fureur se détournent de Jérusalem, ta ville, ta sainte montagne ! Car, à cause de nos péchés et des fautes de nos pères, Jérusalem et ton peuple sont objet d’insulte pour tous ceux qui nous entourent. 17 Maintenant donc, écoute, ô notre Dieu, la prière de ton serviteur et ses supplications ! Fais briller ta face sur ton sanctuaire dévasté, à cause du Seigneur ! 18 O mon Dieu, tends l’oreille et écoute ! Ouvre tes yeux et vois nos dévastations et la ville sur laquelle ton nom est invoqué ! Car ce n’est pas à cause de nos actes de justice que nous déposons devant toi nos supplications ; c’est à cause de ta grande miséricorde. 19 Seigneur écoute ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif et agis, ne tarde pas ! A cause de toi-même, ô mon Dieu, car ton nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple. »

Prière dont l’exaucement est perçu comme imminent, en termes de jours : « 2300 soirs et matin et le sanctuaire sera rétabli dans ses droits » (Dn 8, 14) – 2300, soit approximativement une semaine d’années, au milieu de laquelle le sanctuaire a été profané (Dn 9, 27). Donc 3 ans et demi approximativement/symboliquement pour la destruction du temple, plus 3 ans et demi approximativement/symboliquement pour sa restauration.

Promesse et imminence qui débouche sur une série de relectures, concernant la construction, suite au décret de Cyrus, du second temple ; puis la profanation et ré-consécration du Temple au temps de Grecs suite à la résistance de Macchabées ; puis relectures chrétiennes dans le Nouveau Testament concernant la catastrophe de 70 (L’Apocalypse) ; et enfin nombre de relectures modernes.


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Les choses de la fin

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5) 20 & 22 février – Relectures d’une promesse (PDF ici)


dimanche 11 février 2018

Relecture du temps d’exil




Daniel 9. Où il est question de sabbats, d’années sabbatiques qui n’ont pas été respectées. Du Shabbath initial promis à la fin du récit de la Création dans la Genèse jusqu’à l’entrée en Terre promise et à l’exil, des sabbats manquants de Jérémie, devenant des septenaires d’années en Daniel – tant l’exil loin du repos promis s’avère être une réalité plus profonde et tragique qu’un déplacement géographique, fût-ce celui du pourtant tragique exil à Babylone. Les sabbats d’années deviennent autant de signes d’exil… et promesses du Règne bientôt inauguré par un solennel Jubilé. Mais on n’en et pas là. Pour l’heure, c’est la nuit de l’exil… Qui culmine avec la présence du dévastateur, que l’on trouve en Dn 9 et 12 – repris dans les Évangiles par Jésus annonçant la destruction du Temple et de Jérusalem (Mt 24, Mc 13, Lc 21).

Daniel 9
2 […], moi Daniel je considérai dans les Livres le nombre des années qui, selon la parole du SEIGNEUR au prophète Jérémie, doivent s’accomplir sur les ruines de Jérusalem : soixante-dix ans.
3 Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu en quête de prière et de supplications, avec jeûne, sac et cendre.
4 Je priai le SEIGNEUR mon Dieu et je fis cette confession :
« Ah ! Seigneur, toi, le Dieu grand et redoutable qui garde l’alliance et la fidélité envers ceux qui l’aiment et gardent ses commandements !
5 Nous avons péché, nous avons commis des fautes, nous avons été impies et rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes décisions.
6 Nous n’avons pas écouté tes serviteurs les prophètes qui ont parlé en ton nom à nos rois, nos princes, nos pères et tout le peuple du pays. […]. »

20 Je parlais encore, priant et confessant mon péché et le péché de mon peuple Israël, déposant ma supplication devant le SEIGNEUR mon Dieu, au sujet de la montagne sainte de mon Dieu ;
21 je parlais encore en prière, quand Gabriel, cet homme que j’avais vu précédemment dans la vision, s’approcha de moi d’un vol rapide au moment de l’oblation du soir.
22 Il m’instruisit et me dit : « Daniel, maintenant je suis sorti pour te conférer l’intelligence. 23 Au début de tes supplications a surgi une parole et je suis venu te l’annoncer, car tu es l’homme des prédilections ! Comprends la parole et aie l’intelligence de la vision !
24 Il a été fixé soixante-dix septénaires
sur ton peuple et sur ta ville sainte,
pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché,
pour absoudre la faute et amener la justice éternelle,
pour sceller vision et prophète et pour oindre un Saint des Saints.
25 « Sache donc et comprends : Depuis le surgissement d’une parole en vue de la reconstruction de Jérusalem, jusqu’à un messie-chef, il y aura sept septénaires. Pendant soixante-deux septénaires, places et fossés seront rebâtis, mais dans la détresse des temps.
26 Et après soixante-deux septénaires, un oint sera retranché, mais non pas pour lui-même. Quant à la ville et au sanctuaire, le peuple d’un chef à venir les détruira ; mais sa fin viendra dans un déferlement, et jusqu’à la fin de la guerre seront décrétées des dévastations.
27 Il imposera une alliance à une multitude pendant un septénaire, et pendant la moitié du septénaire, il fera cesser sacrifice et oblation ; sur l’aile des abominations, il y aura un dévastateur et cela, jusqu’à ce que l’anéantissement décrété fonde sur le dévastateur. »

L’institution des années sabbatiques et du Jubilé au livre du Lévitique :

Lévitique 25, 1-7
1 Sur le mont Sinaï, le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse :
2 « Parle aux fils d’Israël ; tu leur diras : Quand vous serez entrés dans le pays que je vous donne, la terre observera un repos sabbatique pour le SEIGNEUR :
3 pendant six ans, tu sèmeras ton champ ; pendant six ans, tu tailleras ta vigne et tu en ramasseras la récolte ;
4 la septième année sera un sabbat, une année de repos pour la terre, un sabbat pour le SEIGNEUR : tu ne sèmeras pas ton champ, tu ne tailleras pas ta vigne,
5 tu ne moissonneras pas ce qui aura poussé tout seul depuis la dernière moisson, tu ne vendangeras pas les grappes de ta vigne en broussaille, ce sera une année sabbatique pour la terre.
6 Vous vous nourrirez de ce que la terre aura fait pousser pendant ce sabbat, toi, ton serviteur, ta servante, le salarié ou l’hôte que tu héberges, bref, ceux qui sont installés chez toi.
7 Quant à ton bétail et aux animaux sauvages de ton pays, ils se nourriront de tout ce que la terre produira.
8 « Tu compteras sept semaines d’années, c’est-à-dire sept fois sept ans ; cette période de sept semaines d’années représentera donc quarante-neuf ans.
9 Le septième mois, le dix du mois, tu feras retentir le cor pour une acclamation ; au jour du Grand Pardon vous ferez retentir le cor dans tout votre pays […].

L’exil de 70 ans (70 années sabbatiques transgressées) au livre de Jérémie et au livre des Chroniques :

Jérémie 25, 10-12

10 Je fais s’éteindre chez eux cris d’allégresse et joyeux propos, chant de l’époux et jubilation de la mariée, grincements de la meule et lumière de la lampe.
11 Ce pays tout entier deviendra un champ de ruines, une étendue désolée, et toutes ces nations serviront le roi de Babylone pendant soixante-dix ans.
12 Mais quand les soixante-dix ans seront révolus, je sévirai contre le roi de Babylone et contre cette nation-là – oracle du SEIGNEUR –, contre leurs crimes, contre le pays des Chaldéens : je le transformerai pour toujours en étendue désolée.

2 Chroniques 36, 19-21
19 Ils incendièrent la Maison de Dieu, ils démolirent le rempart de Jérusalem, ils mirent le feu à tous ses palais et tous les objets précieux furent voués à la destruction.
20 Puis il déporta à Babylone ceux que l’épée avait épargnés, pour qu’ils deviennent pour lui et ses fils des esclaves, jusqu’à l’avènement de la royauté des Perses.
21 Ainsi fut accomplie la parole du SEIGNEUR transmise par la bouche de Jérémie : « Jusqu’à ce que le pays ait accompli ses sabbats,
qu’il ait pratiqué le sabbat pendant tous ses jours de désolation,
pour un total de soixante-dix ans. »

Exil de 70 années symboliques (devenues 70 semaines d’années chez Daniel). Puis annonce du retour via le décret de Cyrus (2 Chroniques 36, 22 sq.). Ainsi se termine le dernier livre de la Bible hébraïque (2 Chr.) en écho à la Genèse et au récit de la Création qui se clôt sur le Shabbath.


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5) 13 & 15 février – Relecture du temps d’exil – Daniel 9 (PDF ici)