samedi 17 février 2018

Relectures d’une promesse




Au cœur de la prière de Daniel, ch. 9, c’est bien d’une promesse qu’il est question, celle de la fidélité de Dieu qui mène à son terme le projet auquel il s’est engagé dans l’Alliance, quoiqu’il en soit de l’infidélité des hommes : lui demeure fidèle.

Reprise : Le relecture qui est faite par Daniel de Jérémie 25, et des 70 années symboliques d’exil annoncées par Jérémie comme « rattrapage » des 70 années d’années sabbatiques non-observées, renvoie aux 70 semaines d’années correspondantes, au termes desquelles apparaît 70 fois l’année sabbatique, soit, pour 70 années sabbatiques, 70 semaines d’années (Dn 9, 24), ce qui fait 490 ans. Si les 70 années sabbatiques non observées renvoient au passé, il est vraisemblable que les 490 années y renvoient aussi. Or, c’est bien de la destruction de Jérusalem et de son Temple qu’il est question au bout de ces 490 ans (Dn 9, 26-27). D’où il est conséquent de voir dans tout cela ce qui concerne Jérusalem comme capitale davidique. Dès lors la « parole surgie », parole de « retour », « conversion » et « édification » de Jérusalem (Dn 9, 25), peut renvoyer simplement à la prophétie de Nathan (2 Samuel 7) d’édification, par Dieu lui-même, de la maison promise, sur les lieux de l’ancienne Jérusalem idolâtre conquise par David ; les sept premières semaines (soit 49 ans), renvoyant à la durée symbolique du règne du messie-chef (David) ; et les 62 semaines suivantes au temps de Jérusalem édifiée, mais dans la détresse des temps que vient de confesser Daniel ; et la dernière semaine, référant à l’occupation babylonienne, avec « l’oint/messie retranché pas pour lui-même / i.e. sans successeur », à savoir Sédécias (cf. 2 Rois 25, 1-22), dernier roi de Juda, et remplacé dans une « solide alliance » par un gouverneur à la solde de Babylone (Guedalia – cf. 2 Rois 25, 22 sq.), cela débouchant sur la destruction de la ville (Dn 9, 26) et la profanation du Temple (Dn 9, 26-27).

Cette vision, intervenant pendant la prière de Daniel, est affirmation de la maîtrise de la situation par Dieu et donc promesse d’exaucement de la prière de Daniel (ch, 9, 4-19) :

« 4 […] Ah ! Seigneur, toi, le Dieu grand et redoutable qui garde l’alliance et la fidélité envers ceux qui l’aiment et gardent ses commandements ! 5 Nous avons péché, nous avons commis des fautes, nous avons été impies et rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes décisions. 6 Nous n’avons pas écouté tes serviteurs les prophètes qui ont parlé en ton nom à nos rois, nos princes, nos pères et tout le peuple du pays. 7 A toi, Seigneur, la justice, et à nous la honte sur la face en ce jour, aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem, à tout Israël, ceux qui sont proches et ceux qui sont au loin, dans tous les pays où tu les as chassés à cause de la forfaiture qu’ils ont commise envers toi ! 8 SEIGNEUR, à nous la honte sur la face, à nos rois, nos princes et nos pères parce que nous avons péché contre toi. 9 Au Seigneur notre Dieu appartiennent la miséricorde et le pardon, car nous avons été rebelles envers lui, 10 et nous n’avons pas écouté la voix du SEIGNEUR notre Dieu pour marcher selon ses instructions, qu’il nous avait présentées par l’intermédiaire de ses serviteurs les prophètes. 11 Tout Israël a transgressé ta Loi et s’est détourné sans écouter ta voix. Alors ont fondu sur nous la malédiction et l’imprécation inscrites dans la Loi de Moïse, serviteur de Dieu, car nous avions péché contre lui : 12 Dieu a accompli les paroles qu’il avait prononcées contre nous et contre les gouvernants qui nous ont gouvernés, en amenant contre nous un malheur si grand qu’il ne s’en était pas produit sous tous les cieux comme il s’en est produit à Jérusalem. 13 Selon qu’il est écrit dans la Loi de Moïse, tout ce malheur est venu sur nous ; mais nous n’avons pas apaisé la face du SEIGNEUR notre Dieu en nous détournant de nos fautes et en étant attentifs à ta vérité. 14 Le SEIGNEUR a veillé sur ce malheur et l’a fait venir sur nous ; car le SEIGNEUR notre Dieu est juste dans toutes les œuvres qu’il a faites, mais nous n’avons pas écouté sa voix. 15 Et maintenant, Seigneur notre Dieu, toi qui as fait sortir ton peuple du pays d’Égypte par une main puissante et qui t’es fait une renommée comme celle que tu as aujourd’hui, nous avons été pécheurs et impies. 16 Seigneur, selon tes actes de justice, que ta colère et ta fureur se détournent de Jérusalem, ta ville, ta sainte montagne ! Car, à cause de nos péchés et des fautes de nos pères, Jérusalem et ton peuple sont objet d’insulte pour tous ceux qui nous entourent. 17 Maintenant donc, écoute, ô notre Dieu, la prière de ton serviteur et ses supplications ! Fais briller ta face sur ton sanctuaire dévasté, à cause du Seigneur ! 18 O mon Dieu, tends l’oreille et écoute ! Ouvre tes yeux et vois nos dévastations et la ville sur laquelle ton nom est invoqué ! Car ce n’est pas à cause de nos actes de justice que nous déposons devant toi nos supplications ; c’est à cause de ta grande miséricorde. 19 Seigneur écoute ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif et agis, ne tarde pas ! A cause de toi-même, ô mon Dieu, car ton nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple. »

Prière dont l’exaucement est perçu comme imminent, en termes de jours : « 2300 soirs et matin et le sanctuaire sera rétabli dans ses droits » (Dn 8, 14) – 2300, soit approximativement une semaine d’années, au milieu de laquelle le sanctuaire a été profané (Dn 9, 27). Donc 3 ans et demi approximativement/symboliquement pour la destruction du temple, plus 3 ans et demi approximativement/symboliquement pour sa restauration.

Promesse et imminence qui débouche sur une série de relectures, concernant la construction, suite au décret de Cyrus, du second temple ; puis la profanation et ré-consécration du Temple au temps de Grecs suite à la résistance de Macchabées ; puis relectures chrétiennes dans le Nouveau Testament concernant la catastrophe de 70 (L’Apocalypse) ; et enfin nombre de relectures modernes.


RP
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5) 20 & 22 février – Relectures d’une promesse (PDF ici)


dimanche 11 février 2018

Relecture du temps d’exil




Daniel 9. Où il est question de sabbats, d’années sabbatiques qui n’ont pas été respectées. Du Shabbath initial promis à la fin du récit de la Création dans la Genèse jusqu’à l’entrée en Terre promise et à l’exil, des sabbats manquants de Jérémie, devenant des septenaires d’années en Daniel – tant l’exil loin du repos promis s’avère être une réalité plus profonde et tragique qu’un déplacement géographique, fût-ce celui du pourtant tragique exil à Babylone. Les sabbats d’années deviennent autant de signes d’exil… et promesses du Règne bientôt inauguré par un solennel Jubilé. Mais on n’en et pas là. Pour l’heure, c’est la nuit de l’exil… Qui culmine avec la présence du dévastateur, que l’on trouve en Dn 9 et 12 – repris dans les Évangiles par Jésus annonçant la destruction du Temple et de Jérusalem (Mt 24, Mc 13, Lc 21).

Daniel 9
2 […], moi Daniel je considérai dans les Livres le nombre des années qui, selon la parole du SEIGNEUR au prophète Jérémie, doivent s’accomplir sur les ruines de Jérusalem : soixante-dix ans.
3 Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu en quête de prière et de supplications, avec jeûne, sac et cendre.
4 Je priai le SEIGNEUR mon Dieu et je fis cette confession :
« Ah ! Seigneur, toi, le Dieu grand et redoutable qui garde l’alliance et la fidélité envers ceux qui l’aiment et gardent ses commandements !
5 Nous avons péché, nous avons commis des fautes, nous avons été impies et rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes décisions.
6 Nous n’avons pas écouté tes serviteurs les prophètes qui ont parlé en ton nom à nos rois, nos princes, nos pères et tout le peuple du pays. […]. »

20 Je parlais encore, priant et confessant mon péché et le péché de mon peuple Israël, déposant ma supplication devant le SEIGNEUR mon Dieu, au sujet de la montagne sainte de mon Dieu ;
21 je parlais encore en prière, quand Gabriel, cet homme que j’avais vu précédemment dans la vision, s’approcha de moi d’un vol rapide au moment de l’oblation du soir.
22 Il m’instruisit et me dit : « Daniel, maintenant je suis sorti pour te conférer l’intelligence. 23 Au début de tes supplications a surgi une parole et je suis venu te l’annoncer, car tu es l’homme des prédilections ! Comprends la parole et aie l’intelligence de la vision !
24 Il a été fixé soixante-dix septénaires
sur ton peuple et sur ta ville sainte,
pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché,
pour absoudre la faute et amener la justice éternelle,
pour sceller vision et prophète et pour oindre un Saint des Saints.
25 « Sache donc et comprends : Depuis le surgissement d’une parole en vue de la reconstruction de Jérusalem, jusqu’à un messie-chef, il y aura sept septénaires. Pendant soixante-deux septénaires, places et fossés seront rebâtis, mais dans la détresse des temps.
26 Et après soixante-deux septénaires, un oint sera retranché, mais non pas pour lui-même. Quant à la ville et au sanctuaire, le peuple d’un chef à venir les détruira ; mais sa fin viendra dans un déferlement, et jusqu’à la fin de la guerre seront décrétées des dévastations.
27 Il imposera une alliance à une multitude pendant un septénaire, et pendant la moitié du septénaire, il fera cesser sacrifice et oblation ; sur l’aile des abominations, il y aura un dévastateur et cela, jusqu’à ce que l’anéantissement décrété fonde sur le dévastateur. »

L’institution des années sabbatiques et du Jubilé au livre du Lévitique :

Lévitique 25, 1-7
1 Sur le mont Sinaï, le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse :
2 « Parle aux fils d’Israël ; tu leur diras : Quand vous serez entrés dans le pays que je vous donne, la terre observera un repos sabbatique pour le SEIGNEUR :
3 pendant six ans, tu sèmeras ton champ ; pendant six ans, tu tailleras ta vigne et tu en ramasseras la récolte ;
4 la septième année sera un sabbat, une année de repos pour la terre, un sabbat pour le SEIGNEUR : tu ne sèmeras pas ton champ, tu ne tailleras pas ta vigne,
5 tu ne moissonneras pas ce qui aura poussé tout seul depuis la dernière moisson, tu ne vendangeras pas les grappes de ta vigne en broussaille, ce sera une année sabbatique pour la terre.
6 Vous vous nourrirez de ce que la terre aura fait pousser pendant ce sabbat, toi, ton serviteur, ta servante, le salarié ou l’hôte que tu héberges, bref, ceux qui sont installés chez toi.
7 Quant à ton bétail et aux animaux sauvages de ton pays, ils se nourriront de tout ce que la terre produira.
8 « Tu compteras sept semaines d’années, c’est-à-dire sept fois sept ans ; cette période de sept semaines d’années représentera donc quarante-neuf ans.
9 Le septième mois, le dix du mois, tu feras retentir le cor pour une acclamation ; au jour du Grand Pardon vous ferez retentir le cor dans tout votre pays […].

L’exil de 70 ans (70 années sabbatiques transgressées) au livre de Jérémie et au livre des Chroniques :

Jérémie 25, 10-12

10 Je fais s’éteindre chez eux cris d’allégresse et joyeux propos, chant de l’époux et jubilation de la mariée, grincements de la meule et lumière de la lampe.
11 Ce pays tout entier deviendra un champ de ruines, une étendue désolée, et toutes ces nations serviront le roi de Babylone pendant soixante-dix ans.
12 Mais quand les soixante-dix ans seront révolus, je sévirai contre le roi de Babylone et contre cette nation-là – oracle du SEIGNEUR –, contre leurs crimes, contre le pays des Chaldéens : je le transformerai pour toujours en étendue désolée.

2 Chroniques 36, 19-21
19 Ils incendièrent la Maison de Dieu, ils démolirent le rempart de Jérusalem, ils mirent le feu à tous ses palais et tous les objets précieux furent voués à la destruction.
20 Puis il déporta à Babylone ceux que l’épée avait épargnés, pour qu’ils deviennent pour lui et ses fils des esclaves, jusqu’à l’avènement de la royauté des Perses.
21 Ainsi fut accomplie la parole du SEIGNEUR transmise par la bouche de Jérémie : « Jusqu’à ce que le pays ait accompli ses sabbats,
qu’il ait pratiqué le sabbat pendant tous ses jours de désolation,
pour un total de soixante-dix ans. »

Exil de 70 années symboliques (devenues 70 semaines d’années chez Daniel). Puis annonce du retour via le décret de Cyrus (2 Chroniques 36, 22 sq.). Ainsi se termine le dernier livre de la Bible hébraïque (2 Chr.) en écho à la Genèse et au récit de la Création qui se clôt sur le Shabbath.


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5) 13 & 15 février – Relecture du temps d’exil – Daniel 9 (PDF ici)


lundi 15 janvier 2018

D’exode en exil et retour




Jérémie 20, 7-18 –
v. 18 : Pourquoi suis-je sorti du sein maternel Pour voir la souffrance et la douleur, Et pour consumer mes jours dans la honte ?

Cf. Jérémie 1, 5 :
Avant que je t’eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t’avais consacré, je t’avais établi prophète des nations.

*

En arrière-plan de l’exil à Babylone, l’Exode hors d’Égypte comme sortie du sein maternel – Égypte ; ou plutôt Mitsraïm, comme lieu matriciel d’enfermement, dont l’Exode est la sortie, mais sortie pour quoi ?, sinon pour le désert puis une entrée dans un inaccompli, débouchant sur un nouvel exil, à Babylone, concrétisation de cet inaccomplissement de la promesse. L’exil fait alors espérer un retour comme signe d’un vrai repos, d’un salut enfin vécu.

Une prophétie comme celle de Jérémie, concernant l’exil et sa douleur, vécue dans sa chair par le prophète, devient clef de relecture d’événements de l’histoire, de prophètes en prophètes, une lignée dans laquelle s’inscrivent aussi les auteurs du Nouveau Testament. Les uns comme les autres relisent l’exil comme celui de nos vies, et l’espérance du retour comme délivrance universelle.

Hébreux 3, 7-9 :
7 Dieu fixe de nouveau un jour – aujourd’hui – en disant dans David si longtemps après, comme il est dit plus haut : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs.
8 Car, si Josué leur eût donné le repos, il ne parlerait pas après cela d’un autre jour.
9 Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu.


Romains 8, 18-24 :
18 J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous.
19 Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.
20 Car la création a été soumise à la vanité, – non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise, avec l’espérance
21 qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
22 Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement.
23 Et ce n’est pas elle seulement ; mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps.
24 Car c’est en espérance que nous sommes sauvés.


*

Jérémie 1, 5 :
Avant que je t’eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t’avais consacré, je t’avais établi prophète des nations.

Romains 8, 29-30 :
29 Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères.
30 Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.


Éphésiens 1, 3-5 :
3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ !
4 En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui,
5 nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus-Christ.


*

Où Babylone devient symbole – à l’instar de Mitsraïm – de tous nos exils historiques et géographiques ou spirituels, appelant à un retour à une Jérusalem transfigurée, comme image d’une Jérusalem céleste précédant exil comme exode.


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4) 16 & 18 janvier 2018 – D’exode en exil et retour (PDF ici)


dimanche 7 janvier 2018

Jérémie, ou dire la réalité de la menace babylonienne




Jérémie 20, 7-18
7 Tu m’as séduit, Éternel, et je me suis laissé séduire ; Tu m’as saisi, tu m’as vaincu. Et je suis chaque jour un objet de raillerie, Tout le monde se moque de moi.
8 Car toutes les fois que je parle, il faut que je crie, Que je crie à la violence et à l’oppression ! Et la parole de l’Éternel est pour moi Un sujet d’opprobre et de risée chaque jour.
9 Si je dis : Je ne ferai plus mention de lui, Je ne parlerai plus en son nom, Il y a dans mon cœur comme un feu dévorant Qui est renfermé dans mes os. Je m’efforce de le contenir, et je ne le puis.
10 Car j’apprends les mauvais propos de plusieurs, L’épouvante qui règne à l’entour : Accusez-le, et nous l’accuserons ! Tous ceux qui étaient en paix avec moi Observent si je chancelle : Peut-être se laissera-t-il surprendre, Et nous serons maîtres de lui, Nous tirerons vengeance de lui !
11 Mais l’Éternel est avec moi comme un héros puissant ; C’est pourquoi mes persécuteurs chancellent et n’auront pas le dessus ; Ils seront remplis de confusion pour n’avoir pas réussi : Ce sera une honte éternelle qui ne s’oubliera pas.
12 L’Éternel des armées éprouve le juste, Il pénètre les reins et les cœurs. Je verrai ta vengeance s’exercer contre eux, Car c’est à toi que je confie ma cause.
13 Chantez à l’Éternel, louez l’Éternel ! Car il délivre l’âme du malheureux de la main des méchants.
14 Maudit soit le jour où je suis né ! Que le jour où ma mère m’a enfanté Ne soit pas béni !
15 Maudit soit l’homme qui porta cette nouvelle à mon père : Il t’est né un enfant mâle, Et qui le combla de joie !
16 Que cet homme soit comme les villes Que l’Éternel a détruites sans miséricorde ! Qu’il entende des gémissements le matin, Et des cris de guerre à midi !
17 Que ne m’a-t-on fait mourir dans le sein de ma mère ! Que ne m’a-t-elle servi de tombeau ! Que n’est-elle restée éternellement enceinte !
18 Pourquoi suis-je sorti du sein maternel Pour voir la souffrance et la douleur, Et pour consumer mes jours dans la honte ?

*

Tout le malheur du prophète vient de ce qu'il a été, à son propre dire, séduit par Dieu (v. 7). De tous les pores de la Création, de chaque lettre de la Loi, la beauté de Dieu, sa sainteté, a transpiré à ses yeux. Séduit par Dieu ! C'en est fini de Jérémie, c'en est fini de sa paix ; c'en sera à terme fini, pour lui, de la saveur de sa vie. C'est face à cette splendeur dévorante, la sainteté de Dieu, que le prophète perçoit désormais de façon incontournable la malédiction qu’est l'inéluctable douleur de sa propre existence ; le manque qui est le sien et que rien en ce monde sans sainteté, impur, ne peut combler. « Malheur à moi, car je suis un homme aux lèvres impures, au milieu d'un peuple aux lèvres impures », dira Ésaïe face à une expérience similaire (És 6).

C’est là le fondement de la parole que Jérémie sera voué à adresser à Jérusalem : c’est dans le miroir de la sainteté divine qu’apparaît la condamnation de Jérusalem et l’exil prochain vers Babylone.

La misère de Jérusalem n'éclate que dans le miroir de la sainteté divine qui a séduit le prophète. Car le péché vient par la loi, selon Paul aux Romains (ch. 5), la loi, ce reflet du Dieu saint. Le péché nous entraîne en effet par le désir de combler le manque de sainteté que la loi de Dieu a révélé en nous. Le prophète l'a su, la séduction de Dieu est aussi la révélation d'un manque. Le péché vient du refus de ce manque ; il naît dans la poursuite effrénée de toutes les nourritures frelatées, de toutes les sources polluées dont on voudrait étancher sa faim et sa soif. Les idoles, les fausses spiritualités et autres mensonges. À propos des idoles, des faux dieux, des dieux et modèles qu’on s’invente, Jérémie parle de citernes crevassées où le peuple s’empoisonne au lieu de se de désaltérer à la parole pure du vrai Dieu, cette parole que porte Jérémie pour son malheur. Jérémie le vit jusqu'en son cri de révolte : « qu'a-t-il fallu que je naisse ! »

Mais il sait aussi que face à Dieu, le monde qui n'est pas à la mesure de Dieu, est insipide, vidé de goût. Un monde de faux-semblants et de masques, qui n’arrivent pas à cacher son manque. Dieu seul peut combler ce manque. La poursuite au mauvais endroit de ce qui ne peut pas le combler ne fait que produire une frustration de plus en plus irrémédiable. Alors Jérémie doit parler, il ne peut pas se taire.

*

De là naît la malédiction de la vocation de Jérémie, le bien nommé « prophète de malheur ». Car comment Jérusalem à laquelle il prêche, qui, comme la plupart des vivants, n'a pas perçu la source éternelle de ses joies passagères, comment pourrait-elle accueillir de telles jérémiades ? Comment pourrait-elle accepter la parole de son malheur ?

Alors tout plutôt que cela : jusqu'à payer des faux prophètes ; mais surtout faire taire ce rabat-joie. Et la suite du livre rappelle qu’on l’a bien fait : on a payé des faux prophètes pour qu’ils donnent des paroles rassurantes, mais creuses, fausses, pour remplacer la parole du prophète qui dérange parce qu’elle est vraie. Remarquez que lui aussi serait le premier à vouloir se taire, à voir cesser sa honte, le mépris qu’on lui porte. Car c’est à cause de sa vocation qu’on le méprise. Pensez : il dit la vérité.

Mais comment accepter cette parole qui nous dérange tant ? On veut être flatté. Or la vérité ne sait pas flatter ! Alors, à moins de se rendre à l'acceptation de la douleur qui tenaille le prophète, on préférera s’illusionner : j'ai faim, je veux des citernes crevassées, je veux des courges et des cailles, je préfère l’Égypte et l'infantilisme de son esclavage, plutôt que le désert de la Vérité.

Mais pour Jérémie, Dieu l'a saisi, et il ne pourra pas se taire. Il se trouve pris et tiraillé entre les contradictions de sa vocation. Entre la Splendeur dont il sait qu'il ne l'atteint pas, et que le péché et la laideur demeurent, et la paix qui serait dans cette impossible atteinte.

*

Mais le comble du désespoir de Jérémie est en ce que sa justice est au cœur même de ses tiraillements, dans les paroles épouvantables de sa honte, dont le tout Jérusalem voudrait qu'il les étouffe — comme lui aussi, d'ailleurs, le voudrait bien (v. 10-11).

Puis, pourtant, c'est au cœur de sa détresse d'être au monde que Jérémie reçoit de Dieu la parole de sa justice. C'est pour celui qui a l'outrance de dire le malaise infini que creuse la sainteté de Dieu entre le désir inassouvi qu'elle a suscité et un vécu blafard — c'est pour celui qui dit ce malaise, et en quels termes, — que Dieu prend parti ; et point pour les désespérés joyeux dont le sommeil aveugle voudrait sceller la bouche qui menace leur trop sotte paix. C'est alors que Jérémie invoque contre Lui-même le Dieu qui le voit autrement (v.11-13).

*

Ici, le malheur de Jérémie se transfigure : quelle que soit l'incongruité de la parole qu'il a à porter, elle est la parole du relèvement de Jérusalem, au cœur de son malheur. Dans cette certitude d'un manque que rien ne peut assouvir, perce alors le regard de Dieu.


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4) 9 janvier 2018, 14h 30 et 20h 30 - Menace babylonienne – Jérémie 20, 7-18 (PDF ici)


dimanche 24 décembre 2017

Les trois pains et l’origine de la crèche de Bethléem




Vous savez tous que Jésus est né dans une crèche. Vous savez ce qu’est une crèche : c’est une mangeoire pour les animaux : bœufs, ânes, moutons… Une mangeoire dans une étable, avec de la paille : c’est le premier berceau de Jésus. Jésus a trouvé ce berceau-là parce qu’il n’y avait pas de meilleure place pour lui. Pas de maternité, pas de place à l’hôtel, rien… Mais que d’honneur pour les gens de la ferme qui ont ouvert cette étable !

Mais, connaissez-vous l’origine de cette ferme avec son étable et sa crèche ?…

*

Sous le règne du sage roi Salomon, vivait dans une petite maison au bord de la mer, une pauvre veuve. Son mari était mort depuis longtemps, ses enfants s’étaient dispersés dans le monde, elle vivait seule. Du matin au soir, pour vivre, elle réparait les filets des pêcheurs. Elle ne gagnait pas beaucoup, juste assez pour n’avoir pas faim et mettre de côté un peu de farine pour l’hiver, lorsque la pluie et le vent empêchaient les pêcheurs de prendre la mer.

Une année, l’hiver fut plus long que d’habitude. D’immenses vagues agitaient la mer et les pêcheurs ne pouvaient s’embarquer. Aucun n’ayant donc besoin de faire recoudre ses filets, la réserve de farine de la pauvre femme diminuait de jour en jour. Lorsqu’il ne lui resta même plus assez pour se faire une galette, elle alla chez l’homme le plus riche du village.

– Que veux-tu ? demanda-t-il.
– J’ai faim, répondit la femme. Donne-moi s’il te plaît un peu de farine, pour que je survive à ce rude hiver.
– J’aimerais t’aider, fit le riche, mais je viens de vendre tous mes sacs. J’ai gardé juste ce dont j’ai besoin pour moi et pour ma famille. Mais si la farine qui reste sur le plancher du grenier peut te contenter, prends-la sans te gêner…

La femme le remercia, balaya soigneusement le grenier et, tout heureuse, rapporta chez elle un petit sac de farine. Elle alluma tout de suite le feu dans le four, elle pétrit la pâte, qu’elle mit au four, et en ressortit bientôt trois belles miches de pain bien dorées. Le jour s’achevait et, comme la femme n’avait pas mangé depuis le matin, elle avait grand faim.

Elle prit un pain, et allait le bénir et s’en couper une bonne tranche, lorsqu’un inconnu frappa à sa porte. Il était habillé de vieux vêtements troués et parlait avec peine, semblant épuisé.
– Brave femme, dit-il, donne-moi quelque chose à manger. Je suis un marchand, mais des brigands m’ont attaqué sur la route et m’ont pris toute ma fortune ; ce n’est que de justesse que j’ai pu sauver ma vie. Je n’ai pas mangé depuis longtemps, je suis à bout de forces.
À peine l’étranger eut-il fini de parler que la femme lui offrit son premier pain :
– Prends cette miche, lui dit-elle, et que Dieu soit avec toi.
L’homme la remercia et sortit. « Il avait plus besoin de pain que moi », pensa la femme. « D’ailleurs, il m’en reste encore deux. »

Elle alla chercher la seconde miche, mais à ce moment, quelqu’un frappa à la porte de nouveau. En ouvrant, la femme aperçut sur le seuil un autre voyageur encore plus pitoyable.
– Brave femme, dit l’étranger avec difficulté, ma maison vient de brûler entièrement. En une nuit, je suis devenu pauvre. J’ai échappé aux flammes, mais je meurs de faim. Comme tu le vois, je peux à peine marcher. Je t’en prie, ne me laisse pas partir sans nourriture.
Cette fois encore, la femme n’hésita pas. Elle donna à l’étranger le second pain, en lui souhaitant bonne chance, et retourna à la table pour se mettre elle-même à manger. « Ce pauvre aussi était plus affamé que moi », pensa-t-elle. « Heureusement que j’ai cuit trois miches. »

Sans plus attendre, elle prit le dernier pain, mais n’eut pas le temps de le bénir, qu’un vent violent se levait derrière les fenêtres. Il fit le tour de la maison, renversa brusquement la porte et, avant que la femme ait pu réagir, lui arracha le pain des mains, et l’emporta vers le large dans un tourbillon.

La malheureuse fondit en larmes : – Pourquoi, vilain vent, es-tu si cruel ? fit-elle pleine d’amertume. J’ai donné deux pains aux pauvres, et quand je veux manger moi-même, tu me prends le dernier morceau. Que veux-tu que la mer fasse de mon pain ?

La femme ne ferma pas l’œil de la nuit. Elle essayait de se rappeler si elle n’avait pas fait de tort à quelqu’un, mais sa conscience ne lui reprochait rien et, quoiqu’elle réfléchît, elle ne trouvait pas la raison de ce châtiment. Lorsqu’à l’aube le soleil se leva, elle décida d’aller porter plainte contre le vent auprès du roi Salomon. « Salomon est l’homme le plus sage au monde, se dit-elle, nul autre ne peut juger cette querelle avec le vent. »

Salomon écouta la femme attentivement, réfléchit, puis, se laissant la journée pour prononcer son jugement, lui dit :
– Si tu veux demander justice au vent, il te faut patienter jusqu’au soir, où je l’appellerai. Il doit être présent au tribunal et je ne peux le déranger en ce moment, quand il enfle les voiles des navires marchands. Reste ici en attendant son retour, je vous jugerai ensuite.

Trois commerçants virent alors s’agenouiller devant le trône royal:
– Roi d’Israël, dirent-ils, permets-nous de te demander un geste de miséricorde. Accepte de nous sept mille pièces d’or et donne-les à un pauvre.
– Qu’est-ce qui vous amène à une telle action ? demanda Salomon.
– L’amour de Dieu pour nous et notre reconnaissance pour Ses bienfaits, répondit le marchand le plus âgé. Un instant, mon roi. Je vais t’expliquer.

Il se tourna vers un coffre plein d’or et dit :
– Les sept mille pièces d’or que voici représentent exactement le dixième de la valeur de notre cargaison. Alors que nous approchions de la côte de ton royaume, une tempête se déchaîna. Les vagues jetaient notre bateau de tout côté comme un petit morceau de bois, et nous perdîmes notre cap. Puis une fissure se fit sur le flanc du navire. Bien qu’elle ne fût pas grande, celui-ci prenait l’eau de plus en plus, et c’est sans résultat que nous cherchâmes, au milieu de ce cataclysme, quelque chose pour boucher le trou. Dans notre désespoir, nous priâmes Dieu en faisant le serment de donner aux pauvres un dixième de la valeur de notre chargement, si nous sortions vivants du danger. Et bientôt l’orage s’apaisa. Les vagues se calmèrent et nous abordâmes en toute sécurité. Lorsque nous fîmes le calcul du dixième de la valeur de notre cargaison, nous trouvâmes exactement sept mille pièces d’or. Voilà cette somme : partage-la entre les pauvres, comme tu le jugeras bon.

– Je ferai volontiers ce que vous demandez, répondit Salomon ; mais une chose n’est pas claire. Vous avez dit qu’une fissure était apparue sur le flanc de votre bateau. Or un navire qui fait eau coule à pic, même sur la mer la plus calme, alors que vous, vous n’avez pas sombré. Quelle explication donnez-vous à cela ?

À ces mots, le marchand fouilla dans son manteau et en ressortit un pain déformé, tout gonflé d’eau.
– Cet objet fut soudain apporté par un tourbillon de vent qui, d’un coup violent, le colla sur le flanc du bateau, bouchant la fissure : c’est cela qui nous a sauvés, expliqua-t-il.
Salomon sourit :
– Il me semble que ce pain qui vous a tant aidés vient de retrouver son propriétaire, fit-il. Et, se tournant vers la femme, il ajouta :
– Reconnais-tu cette miche de pain ?
Étonnée, elle répondit :
– Mais oui, c’est justement la miche que le vent m’a arrachée.
– Dans ce cas, les sept mille pièces d’or t’appartiennent, reprit Salomon. Dieu n’a pas oublié sa servante et il a ordonné au vent de ne plus te laisser dans la misère. Tu voulais accuser le vent, parce qu’il t’avait fait du tort, mais ce qui te semblait être un malheur est à présent une joie. Désormais, tu ne manqueras plus de rien.
La nouvelle de cette histoire se répandit dans tout le royaume, et chacun loua la justice de Dieu et la sagesse de Salomon, roi d’Israël. (D’après Contes juifs, éditions Gründ)

*

Mais… savez-vous ce que fit cette femme de ses sept mille pièces d’or ? Elle ne resta pas dans sa cabane au bord de la mer. Enrichie du fait de la sagesse de Salomon, elle se souvint que le père de Salomon, le roi David, de qui viendrait le Messie, venait du village de Bethléem, ce qui veut dire « la maison du pain ». Elle décida donc d’y acheter une ferme, où elle puisse élever des animaux, cultiver du blé pour faire du pain, en faire une auberge où accueillir tous ceux qui en manqueraient… Cette ferme subsista avec son étable, jusqu’au jour où Joseph et Marie y trouvèrent abri, au chaud, de sorte que c’est là que naquit Jésus, arrière arrière arrière… petit fils de Salomon.


RP, Veillée de Noël, Poitiers 24/12/17


lundi 18 décembre 2017

Esclavage et promesse de liberté




L'Exode d’Israël s'ancre et débouche sur une conception inédite des relations avec le divin : le divin est irreprésentable (cf. Ex 3), sans garant humain de sa présence (il la garantit lui-même ! « Je serai ») comme l'est alors le monarque  ; le monarque n’est donc pas non plus source de la loi, ni les dieux représentés.

Voilà donc dès lors une loi, exprimée dans la Torah, qui n'a pas d'auteur qui en serait le garant connu, qui serait donc potentiellement ou actuellement supérieur à la loi. Moïse n'est pas donné comme un nouveau Pharaon ou un nouvel Hammourabi. La loi dont il témoigne ne procède pas de lui ni de dieux représentables : il est lui-même soumis à la loi ! Cela restera vrai même après l'institution de la monarchie, avec la dynastie davidique qui se caractérise par l'exigence de soumission du roi à la loi.

C'est à cette tradition que, bien plus tard, se référeront les révolutionnaires puritains anglais posant la supériorité de la loi par rapport à tous : personnes privées, rois, et même Églises ; la loi reçue dans une convention (Covenant) de tous, en analogie avec la loi biblique. C'est, mutatis mutandis, ce modèle que reprendront les révolutions américaine et française. Pour la révolution américaine, voir aussi l’anticipation décrite par Jean Baubérot (« Les protestants ont-ils inventé la laïcité ? », L’Obs, oct. 2017) dès les années 1630 au Rhode Island fondé par le pasteur baptiste Roger Williams.

En commun, un « plus jamais ça » – plus jamais l’esclavage dont libère « celui qui est et sera » –, que l'on retrouve en arrière-plan dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (« Être suprême »), ou plus tard dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Plus jamais l'esclavage, plus jamais l’arbitraire absolutiste, plus jamais les idéologies comme le racisme… Les rédacteurs des textes modernes sont conscients de cet enracinement (des droits « tenus pour acquis » – Déclaration d’Indépendance américaine, 1776) : la liberté est donnée après la captivité ou l'oppression quelle qu'elle soit. Elle met fin à une situation devenue insupportable, l’esclavage, l'oppression, l'arbitraire. La loi qui accompagne l’acquisition de la liberté a pour fonction d’éviter au peuple de retomber dans l’esclavage ou toute autre situation catastrophique. La liberté est garantie par le fait que la loi est donnée comme n’ayant pas d’auteur qui puisse en réclamer la paternité, pas de pouvoir qui en serait la source, comme celui qui s’est avéré esclavagiste.

Le peuple français de l'Ancien Régime connaissait une situation d’oppression et d’arbitraire sous une royauté absolue. En 1789, la situation devient insupportable. Un sursaut y met fin. Pour garantir la liberté reçue, une loi est proclamée, un fondement, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Proclamée « sous les auspices de l’Être suprême », elle est présentée sur l’image de tables semblables à celles qui représentent le Décalogue. Ce n’est pas par hasard : don de liberté, suivi d’une loi pour que l’acquis ne se perde pas. Là encore « sous les auspices de l’Être suprême », contre tout arbitraire comme celui auquel on vient d’échapper, celui d’une monarchie absolue.

Au XXe siècle, l’Europe, et, à travers elle, le monde, ont failli s’autodétruire. On a tenté d’exterminer des populations – principalement les juifs, et d'autres. Le chaos semble avoir atteint un point de non-retour. Mais comme dans un sursaut, le monde reçoit à nouveau la liberté. Une loi est proclamée, une nouvelle Déclaration de droits humains, universelle – c’est à dire valable pour tous les êtres humains. Même modèle que dans les deux cas précédents : chaos – libération – loi. Avec des éléments nouveaux soulignés face à de nouvelles menaces.


RP
Les choses de la fin

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2017-2018
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
3) 19 & 21 décembre — Esclavage et promesse de liberté (PDF ici)


dimanche 10 décembre 2017

Sortir d’Égypte




Alors que la Genèse se termine avec un récit d’exil à l’autre terme du récit de la création, le livre de l’Exode se présente comme récit de libération de cet exil, récit d’un exode dont le maître d’œuvre est Dieu, appelant pour cela Moïse – au ch. 3. Fin du monde de la captivité, de l’exiguïté (Mitsraïm). Promesse de liberté… Apparaît un Dieu qui rejoint le peuple, qui est avec le peuple au cœur de sa détresse, qui promet qu’il sera avec lui au cœur de l’épreuve – pour le conduire à la vie nouvelle, cachée en Lui. Cette présence inconditionnelle est révélée avec son Nom…

Ainsi dans le commentaire de Rachi :
« La montagne de ha-Eloqim. Le texte [Exode 3, 1] anticipe sur l’avenir (Deutéronome 22).
Dans une flamme (belavath) de feu. Dans le cœur (lév) du feu, comme dans : « au cœur du ciel » (Deutéronome 4, 11) ; « au cœur du chêne » (2 Samuel 18, 14).
Du milieu du buisson. Et non d’un autre arbre plus imposant, comme le suggère (Psaume 91, 15) : « Je suis avec lui dans la détresse [c’est-à-dire dans l’humiliation] » (Midrach tan‘houma 14).
Car j’ai su ses douleurs. Comme dans : « Eloqim sut » (supra 2, 25). C’est-à-dire : Car j’ai appliqué mon cœur à comprendre et à connaître ses souffrances. Je ne me suis pas caché les yeux, je ne me suis pas bouché les oreilles pour ne pas entendre leur cri.
Et maintenant, va, et je t’enverrai vers Pharaon. Et si tu m’objectes : « A quoi cela servira-t-il ? »… Et fais sortir mon peuple – Les paroles que tu prononceras produiront leur effet, et tu les feras sortir de là.
Qui suis-je. Quelle importance possédé-je, pour parler aux rois ?
Et que que je fasse sortir les fils d’Israël. Et même si je possédais de l’importance, en quoi Israël a-t-il mérité que Tu accomplisses pour lui un miracle et que je les fasse sortir de l’Égypte ?
Il dit : Parce que je serai avec toi. Il commence par répondre à la première question, puis à la seconde : « Pour ce que tu as dit : “ Qui suis-je, pour que j’aille chez Pharaon ?”, ce n’est pas de toi qu’il s’agit, mais de moi : “Parce que je serai avec toi”, et “ceci”, à savoir l’apparition à laquelle tu as assisté au buisson, “te sera le signe que c’est moi qui t’ai envoyé” que tu mèneras à bien la mission que je te confie. De même que tu as vu le buisson exécuter sans se consumer la mission que je lui ai confiée, de même rempliras-tu ma mission sans dommage pour toi. Quant à ta seconde question : “En quoi Israël a-t-il mérité de pouvoir sortir d’Égypte ?”, cette sortie a pour moi une grande importance, car ils recevront la Tora sur cette montagne trois mois après leur sortie d’Égypte ». Autre explication de : « parce que je serai avec toi, et ceci…” : « Ce fait même » que tu réussiras ta mission “sera pour toi le signe” annonciateur [de l’accomplissement] d’une autre promesse. Car je te promets que, lorsque tu les auras fait sortir d’Égypte, “vous adorerez Eloqim sur cette montagne-ci” et y recevrez la Tora. Voilà le mérite que possède Israël. » Nous trouvons un autre exemple du même style dans : « Et ceci “sera pour toi le signe” que vous mangerez cette année le regain… » (Ésaïe 37, 30), à savoir que la chute de Sénnachérib sera pour toi le signe [de l’accomplissement] d’une autre promesse : votre terre, actuellement stérile et improductive, j’en bénirai le regain.
Je serai qui serai. Moi qui suis avec eux dans la détresse présente, je serai avec eux dans leur asservissement par d’autres empires. Mochè a dit à Hachem : « Maître de l’univers ! Pourquoi faut-il que je leur parle d’une autre souffrance ? Ils ont bien assez de celle-ci ! » Hachem a répondu : « Tu as raison ! “Ainsi parleras-tu aux enfants d’Israël… « Je serai » [sans : « qui serai », allusion à leurs souffrances futures] m’a envoyé auprès de vous ” » (Berakhoth 9b).
Cela est mon Nom pour toujours (le‘olam). Le mot le‘olam [= pour toujours] est écrit sans la lettre waw, pour qu’on puisse le lire : le‘além [« tel est mon Nom destiné à être “caché” »], à ne pas prononcer comme il est écrit (Pessa‘him 50a ; Chemoth raba). »

*

Cf. Maimonide, Guide des Égarés I, 63 : « […] "Et s’ils me disent: Quel est son nom, que leur dirai-je ?" (Exode 3, 13). Jusqu'où cette question, anticipée par Moïse, était-elle appropriée, et jusqu'où était-il justifié de chercher à se préparer à la réponse ? Moïse avait raison de dire : "Mais voici, ils ne me croiront pas, car ils diront: Le Seigneur ne t'est pas apparu" (ibid., 1) ; car n'importe quel homme réclamant l'autorité d'un prophète doit s'attendre à rencontrer une telle objection tant qu'il n'a pas donné une preuve de sa mission. Encore une fois, si la question, à première vue, se rapportait seulement au nom, comme une simple expression des lèvres, le dilemme suivant se présenterait : soit les Israélites connaissaient le nom, soit ils ne l'avaient jamais entendu : si le nom leur était connu, ils n'y percevraient aucun argument en faveur de la mission de Moïse, sa connaissance et leur connaissance du nom divin étant les mêmes. Si, d'autre part, ils ne l'avaient jamais entendu mentionné, et si la connaissance de celle-ci devait prouver la mission de Moïse, quelle preuve auraient-ils que c'était vraiment le nom de Dieu ? De plus, après que Dieu eut fait connaître ce nom à Moïse et lui eut dit : "Va rassembler les anciens d'Israël... et ils écouteront ta voix" (ibid., 16-18) […]. La question "Quel est Son nom" signifie "Qui est cet Être qui, d'après ta croyance, t'a envoyé ?" La phrase, "Quel est son nom" […] veut dire, quelle idée doit être exprimée par le nom ? […] - Le nom Shadday signifie "celui qui suffit" ; c'est-à-dire qu'il n'a besoin d'aucun autre être pour effectuer l'existence de ce qu'il a créé, ou sa conservation: Son existence est suffisante pour cela. D'une manière similaire, le nom Hasin implique "force" […]. Il en va de même pour le «roc», qui est un homonyme […]. Il est donc clair que tous ces noms de Dieu sont des appellatifs, ou sont appliqués à Dieu par voie d'homonymie […], la seule exception étant le Tétragrammaton, le Shem ha-meforash (le nomen proprium de Dieu), qui n'est pas un appellatif ; il ne dénote aucun attribut de Dieu et n'implique rien sauf Son existence. L'existence absolue inclut l'idée de l'éternité, c'est-à-dire la nécessité de l'existence. »

*

Rachi :
« Ils écouteront ta voix. Dès lors que tu leur tiendras ce langage : « Je me suis souvenu de vous » [du verset 16, comportant la répétition (« souvenir, je me suis souvenu »)]. Car ils savent que c’est par ce signe, qui remonte à l’époque de Jacob et de Joseph, qu’ils seront délivrés (Chemoth raba). Jacob leur avait fait dire : « Eloqim vous visitera et vous fera monter de ce pays » (Genèse 50, 24), et Joseph leur avait dit : « Eloqim manifester se manifestera, et vous ferez monter mes ossements d’ici ! » (Gn 50, 25).
Le roi d’Égypte ne vous donnera pas la permission d’aller. Si je ne lui montre pas « une main forte », c’est-à-dire : aussi longtemps que je ne lui aurai pas fait connaître ma main puissante, il ne vous permettra pas de partir.
Il ne vous donnera pas. Comme le rend le Targoum Onqelos : « il ne laissera pas », comme dans : « c’est pourquoi je ne t’ai pas laissé approcher d’elle » (Genèse 20, 6) ; « mais Eloqim n’a pas permis qu’il me fît du tort » (Genèse 31, 7). Le verbe « donner », dans ces exemples, signifie : « procurer la possibilité ». Selon d’autres commentateurs, l’expression : « et pas d’une main forte » signifie : « ce n’est pas parce que Sa main est puissante ». Car dès que « j’aurai étendu ma main et frappé l’Égypte… après cela on vous renverra ». Le Targoum Onqelos le rend aussi par : « et non pas parce que Sa force est puissante ». Cette explication m’a été donnée par rabi Ya‘aqov fils de rabi Mena‘hem. »

S’annonce la fin de l’épreuve, la fin de la détresse, par la présence de celui qui est et qui sera (avec toi).


RP
Textes de fin du monde

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique 2017-2018
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
3) 12 & 14 décembre - Sortir d’Égypte – Genèse 50, 15-21 / Exode 3 (PDF ici)