lundi 11 avril 2016

Islam(s)


Le Taj Mahal (Inde), mausolée construit par l'empereur moghol Shâh Jahân en mémoire de son épouse Arjumand Bânu Begam (ceci n'est pas une mosquée !)


Développement ICI


Deux liens pour aller plus loin :
Adrien Candiard, op - Comprendre l’Islam (ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien) ;
Ousmane Timera - Le djihad dans le Coran.


RP
Traditions religieuses et spiritualités

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
7) 12 & 14 avril - Islams (PDF) 


https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjJOhtE_C7vQ_VKPt6zZMc5aRQ9FlrWOvNpli3ICrmhWDD5hQ7zNXMSLPm1hP0-MbW-Z0V7Qb7FkrPVmAD-1rbHBRKRE068_Y-4v4mP1fIZKtjrFKJwv9OAt1EeQvfPPlpMNwjuWWKA0qE/s640/Taj+Mahal%252C+Agra.+FP+on+the+English+Wikipedia.png

samedi 2 avril 2016

Le Qohéleth — Le temps de la joie




Ecclésiaste 9, 10-12
7 Va, mange ton pain avec joie, et bois ton vin le cœur content :
déjà Dieu a agréé tes œuvres.
8 Qu'en tout temps tes vêtements soient blancs,
et que l'huile ne manque pas sur ta tête.
9 Jouis de la vie avec la femme que tu aimes,
pendant tous les jours de la vie futile que Dieu t'a donnée sous le soleil,
pendant tous tes jours futiles ;
car c'est ta part dans la vie et dans le travail que tu fais sous le soleil.
10 Tout ce que ta main trouve à faire, avec ta force, fais-le ;
car il n'y a ni activité, ni raison, ni connaissance, ni sagesse
dans le séjour des morts, où tu vas.
11 J'ai encore vu sous le soleil
que la course n'appartient pas aux rapides,
ni la guerre aux vaillants,
ni le pain aux sages,
ni la richesse aux intelligents,
ni la faveur à ceux qui savent,
car tous sont à la merci des temps et des circonstances.
12 L'être humain ne connaît pas plus son temps
que les poissons qui sont pris au filet, pour leur malheur,
ou que les oiseaux qui sont pris au piège ;
comme eux, les humains sont attrapés à l'heure néfaste qui s'abat sur eux à l'improviste.



Cf.

Luc 12, 16-20a
16 Il leur dit une parabole : La terre d'un homme riche avait beaucoup rapporté.
17 Il raisonnait, se disant : Que vais-je faire ? car je n'ai pas assez de place pour recueillir mes récoltes.
18 Voici, dit-il, ce que je vais faire : je vais démolir mes granges, j'en construirai de plus grandes, j'y recueillerai tout mon blé et mes biens,
19 et alors je pourrai me dire : « Tu as beaucoup de biens en réserve, pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois et fais la fête. »
20 Mais Dieu lui dit : Homme déraisonnable, cette nuit même ta vie te sera redemandée !


Matthieu 6, 19-21 & 25-34
19 Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les vers et la rouille détruisent et où les voleurs fracturent pour voler.
20 Amassez-vous plutôt des trésors dans le ciel, là où ni vers ni rouille ne détruisent et où les voleurs ne fracturent ni ne volent.
21 Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
[…]
25 C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni, pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils ne recueillent rien dans des granges, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?
27 Qui de vous peut, par ses inquiétudes, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ?
28 Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas ;
29 et pourtant je vous dis que pas même Salomon, dans toute sa gloire, n'a été vêtu comme l'un d'eux.
30 Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs qui est là aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne le fera-t-il pas à bien plus forte raison pour vous, gens de peu de foi ?
31 Ne vous inquiétez donc pas, en disant : « Qu'allons-nous manger ? » Ou bien : « Qu'allons-nous boire ? » Ou bien : « De quoi allons-nous nous vêtir ? »
32 — tout cela, c'est ce que les gens de toutes les nations recherchent sans relâche — car votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
33 Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain s'inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine.

*

Il est manifeste, à la lecture parallèle de ces textes, que la sagesse, la philosophie de vie de Jésus est inscrite dans la lignée de l’Ecclésiaste.

Voilà qui nous permet d’entendre ce qu’il entend par « ciel » — « Amassez-vous des trésors dans le ciel… Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »

La clef de lecture de la philosophie de vie des évangiles serait donc à chercher dans la lignée biblique telle que rapportée ici par l’Ecclésiaste, plutôt que dans des envolées vers les arrières-mondes dénoncés par Nietzsche ; et initiées dans une compréhension un peu courte d’enseignements platoniciens — qui eux-mêmes n’invitent pas à ne pas vivre ici-bas, en ce temps-ci… Lectures erronées de « Platon », que l’on introduit dans la Bible au risque d’en faire un « opium du peuple » ou de déclencher là-contre les ires des désespérés joyeux se réclamant à cet appui de leur défiance à l’égard de la liberté de Jésus et des sages bibliques...

*

Et aussi…

« Si tu sais que l'autre […] ne peut être que ce qu'il est, comment lui en vouloir, comment ne pas lui pardonner ? […] Tu considéreras alors cet innocent avec une tendresse de pitié, et tu n'y auras nul mérite. » (Albert Cohen, Carnets 1978)

« Vis de telle sorte que tu doives souhaiter de revivre, c'est le devoir — car tu revivras, en tout cas ! Celui dont l'effort est la joie suprême, qu'il s'efforce ! Celui qui aime avant tout le repos, qu'il se repose ! Celui qui aime avant tout se soumettre, obéir et suivre, qu'il obéisse ! Mais qu'il sache bien où va sa préférence et qu'il ne recule devant aucun moyen ! Il y va de l'éternité ! » (Nietzsche, La Volonté de puissance, II, § 243)

« … Si notre âme a, comme une corde, une seule fois tressailli et résonné de bonheur […,] l'éternité tout entière était, dans cet instant unique de notre acquiescement, saluée, rachetée, justifiée et affirmée. » (Nietzsche, La Volonté de puissance, § 1032)

Mais « […] des milliers d’hommes auraient vécu dans le bonheur et la volupté, que les angoisses et les tortures d’un seul n’en seraient pas supprimées ; et mon bonheur présent n’empêche pas plus mes souffrances passées de s’être produites. Y aurait-il donc sur terre cent fois moins de mal qu’il n’y en a [… que] nous avons bien moins à nous réjouir qu’à nous affliger de l’existence du monde » ! (Schopenhauer, Le monde comme volonté et représentation, PUF, p. 1338)


RP
L'Ecclésiaste

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique 2015-2016
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
7. 5 & 7 avril (ch. 9 &. 10) - Le temps de la joie - (PDF ici)


lundi 14 mars 2016

Christianismes des origines




Développement ICI


RP
Traditions religieuses et spiritualités

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
6) 15 & 17 mars – Christianismes des origines (PDF) 


lundi 7 mars 2016

Le cœur tortueux




« Dieu a fait les hommes droits ; mais ils ont cherché beaucoup de détours. » (Ecclésiaste 7, 29)

*

Une citation — Cioran, Syllogismes de l'amertume, Œuvres, p. 760 :
« On rencontre la Subtilité :
chez les théologiens. Ne pouvant prouver ce qu'ils avancent, ils sont tenus de pratiquer tant de distinctions qu'elles égarent l'esprit : ce qu'ils veulent. Quelle virtuosité ne faut-il pas pour classer les anges par dizaines d'espèces ! N'insistons pas sur Dieu : son « infini », en les usant, a fait tomber en déliquescence nombre de cerveaux ;
chez les oisifs, — chez les mondains, chez les races nonchalantes, chez tous ceux qui se nourrissent de mots. La conversation — mère de la subtilité... Pour y avoir été insensibles, les Allemands se sont engloutis dans la métaphysique. Mais les peuples bavards, les Grecs anciens et les Français, rompus aux grâces de l'esprit, ont excellé dans la technique des riens ;
chez les persécutés. Astreints au mensonge, à la ruse, à la resquille, ils mènent une vie double et fausse : l'insincérité — par besoin — excite l'intelligence. Sûrs d'eux, les Anglais sont endormants : ils payent ainsi les siècles de liberté où ils purent vivre sans recourir à l'astuce, au sourire sournois, aux expédients. On comprend pourquoi, à l'antipode, les Juifs ont le privilège d'être le peuple le plus éveillé ;
chez les femmes. Condamnées à la pudeur, elles doivent camoufler leurs désirs, et mentir : le mensonge est une forme de talent, alors que le respect de la « vérité » va de pair avec la grossièreté et la lourdeur ;
chez les tarés — qui ne sont pas internés…, chez ceux dont rêverait un code pénal idéal. »


Une citation qui me semble donner une perspective pour relire le propos de l’Ecclésiaste ci-dessous :
« Voici ce que mon âme cherche encore, et que je n’ai point trouvé. J’ai trouvé un homme entre mille ; mais je n’ai pas trouvé une femme entre elles toutes [toutes "condamnées à la pudeur" : à camoufler !… quand un homme sur mille tout au plus pourrait échapper à "la subtilité" nécessaire à la survie de la plupart !]. Seulement, voici ce que j’ai trouvé, c’est que Dieu a fait les hommes droits ; mais ils ont cherché beaucoup de détours. » (Ecclésiaste 7, 28-29)

*

Le cœur reste de toute façon tortueux. Ne pas se leurrer là-dessus, tout en s’efforçant d'avoir un comportement droit, qui n’a pas pour fin non plus d’obtenir quelque rétribution…

Ecc 8, 12 : « le pécheur peut mal agir cent fois et prolonger son existence… »
Poursuivons toutefois la lecture de ce texte : Ecclésiaste 8 :
12 Le pécheur peut mal agir cent fois et prolonger son existence, je sais pourtant, moi, qu'il y aura du bonheur pour ceux qui craignent Dieu, parce qu'ils ont de la crainte devant lui ;
13 mais il n'y aura pas de bonheur pour le méchant, et il ne prolongera pas ses jours, pas plus que l'ombre, parce qu'il n'a pas de crainte devant Dieu.
(Le "parce que" de la plupart des traductions est à comprendre avec précaution : c'est une interprétation plutôt qu'une traduction littérale. Cf. infra)

L’Ecclésiaste laisserait-il alors percer une éthique de la rétribution ?, une conviction intime selon laquelle au-delà des apparences, bien agir ouvrirait des lendemains meilleurs ? — « je sais pourtant… » Cette conviction intime contredirait-elle le début du verset selon lequel il n’y a apparemment pas de rapport entre bien ou mal agir et ce qui nous arrive ?
Ou renvoie-t-elle à un tout autre niveau, ouvrant alors vers le développement qui suit… Ecclésiaste 8 :
14 C'est une futilité qui a cours sur la terre : il y a des justes dont le sort conviendrait à l'œuvre des méchants, et des méchants dont le sort conviendrait à l'œuvre des justes. Je dis que c'est encore là une futilité.

… Annonçant le chapitre suivant, Ecclésiaste 9, 1 : tout est « entre les mains de Dieu. Ni l'amour, ni la haine, l'homme ne les connaît, tout cela le devance »… Et donc, « même sort pour le juste et pour le méchant » (9, 2)…

Évoquant le livre des Proverbes (1, 33) et le Psaume 37, l’Ecclésiaste (8, 12-13) avancerait donc l’objection qu’on lui opposerait volontiers, voulant que les injustes s’exposent à une rétribution redoutable en termes d’échecs, de maladies, de mort-même — rétribution que ne connaîtraient pas les justes, ou pas avec la même intensité.

L’Ecclésiaste connaît évidemment l’objection, mais ne fait pas cette interprétation-là des textes sur lesquels elle s’appuie… ne faisant donc pas sienne l'éthique de rétribution. « Tout cela devance l'humain » (9, 1). Nous voilà à nouveau au cœur de la question : nous sommes entés sur une mémoire qui précède même nos actes moraux ou immoraux, un acquis mémoriel collectif qui fait esprit du temps et qui relativise ce qui est moral et ce qui ne l’est pas. Car ce qui nous devance, c’est « l'amour comme la haine, l'être humain ne les connaît pas, tout cela le devance » ! On pourrait, en termes contemporains, parler d’ « inconscient collectif », cette épaisseur mémorielle partagée qui joue un si grand rôle dans l’établissement d’une éthique de société.

Ce qui est moral s’avère alors être fort variable en fonction des temps et des moments ; pouvant même éventuellement broyer qui ne se plie pas à l’esprit du temps — et fonder un sort catastrophique pour le juste. Le bonheur promis dans un comportement moral est alors d’une toute autre nature, en un tout autre domaine que ce que l’on envisagerait — d’où la tentation de le renvoyer à des lendemains hypothétiques auxquels l’Ecclésiaste a montré qu’il n’en faisait aucun cas.

Notons alors la contradiction apparente entre Ecclésiaste 8, 12 : « le pécheur peut mal agir cent fois et prolonger son existence » et Ecclésiaste 8, 13, le verset suivant : « il n'y aura pas de bonheur pour le méchant, et il ne prolongera pas ses jours, pas plus que l'ombre, parce qu'il n'a pas de crainte devant Dieu ». Alors, il prolongera son existence ou pas ?… Euh : les deux ! Il peut effectivement prolonger son existence, indépendamment de ce qu’il fait (comme tout le monde), mais il ne la prolongera évidemment pas éternellement (comme tout le monde). Et le concernant, précise l’Ecclésiaste, c’est « parce qu'il n'a pas de crainte devant Dieu. » (L'interprétation de cette proposition par un "parce que" est à recevoir avec prudence, l'expression "parce que" semblant induire ici, à tort, un rapport causal entre la crainte de Dieu et la durée de la vie.)

Ce n’est pas le sort qui change : la tombe de toute façon, pour les uns comme pour les autres. Ce qui change c’est son côté sanction de la vanité (pour les uns comme pour les autres) : la sanction tombe en termes de : à quoi bon s’être comporté avec injustice, se comporter avec injustice — c’est-à-dire, ne nous leurrons pas, dans le malheur intérieur —, quand cela ne débouche de toute façon que sur la tombe ?

Quand la crainte de Dieu, et l’agir juste, fondent au contraire une liberté et un vrai bonheur, en ce temps, parce que précisément on sait que l’injustice ne porte pas de fruit de bonheur, ni pour la victime, ni pour l’auteur de l’injustice.

« Il y aura du bonheur pour ceux qui craignent Dieu, parce qu'ils ont de la crainte devant lui »… Le texte ne dit pas : « le juste prolongera ses jours ». Non, aucun garantie sur la durée ! Simplement il y aura du bonheur, qui fera défaut à l’injuste, dont la vie ne se prolongera pas non plus.

Autant donc opter pour le bonheur, qui est lié à la bonté, et à un ancrage moral dans la crainte de Dieu (nous ne maîtrisons pas ce qui nous advient) et l’observance de sa Loi — cela contre la morale du temps, morale moutonnière souvent immorale en regard des préceptes de Dieu — c'est-à-dire des préceptes référant à l'Autre et dessinant qu’ « il y a de l'autre », qui appelle au respect.


RP
L'Ecclésiaste

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique 2015-2016
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
6. 8 & 10 mars (ch. 7 & ch. 8) - Le cœur tortueux - (PDF ici)


lundi 15 février 2016

Judaïsme




— La Torah : il s’agit des cinq premiers livres du Tanakh. Le mot Tanakh est composé des initiales de Torah (la Loi), Nebiim (les Prophètes), Khetoubim (les Écrits), les trois sections de la Bible hébraïque, dont la Torah est le cœur. Si les livres de l'Ancien Testament sont ceux du Tanakh (catholiques et orthodoxes recevant cependant des livres supplémentaires, venus de la Bible grecque des Septante), il est utile de distinguer la Bible hébraïque de l'Ancien Testament : qui dit Ancien Testament suppose un Nouveau, ce que le Tanakh ne fait pas. La Septante rangeait les livres dans un ordre qui n'est pas celui du Tanakh. comme ne l'est pas l'ordre des livres de l'Ancien Testament. Rangement qui n'est pas indifférent puisqu'il vise un débouché sur le Nouveau Testament (la TOB a toutefois repris l'ordre de la Bible hébraïque), quand la Torah est au contraire le cœur du Tanakh.

— Le Midrash (de l'hébreu darash, "examen", "exploration") : il s'agit d'écrits juifs commentant et expliquant la Bible hébraïque. Ce sont des interprétations, par différents rabbins, des mitsvoth (c’est-à-dire préceptes, commandements) et du récit biblique. Ils relèvent de la loi orale, donnée comme remontant au Sinaï, à côté de la loi écrite. Le début de sa mise par écrit par des scribes remonte au IIe siècle av. J.C. Le Midrash est divisé en deux parties : la Halakha, qui expose la loi et déduit de la Torah écrite la loi traditionnelle ; et la Haggadah, composée de divers récits, sermons et commentaires sur les textes narratifs de la Bible hébraïque. Ces écrits sont extrêmement divers, de styles variés, depuis des paraboles et des sermons, jusqu'aux codifications de la loi.

— Le Talmud (de la racine lmd, qui signifie "étude") : il s'agit d'une compilation du Midrash, des midrashim au pluriel. Mise par écrit de la loi orale, le Talmud est un texte incontournable du judaïsme rabbinique. Rédigé en hébreu et araméen, il est le fondement de la Halakha ; il y en a deux versions : le Talmud de Jérusalem et celui de Babylone, qui prenait encore forme tandis que celui de Jérusalem était complété. Sa rédaction commence au IIe siècle av. J.C. et s'achève aux environs de l'an 500 ap. J.C. La période talmudique se divise elle-même en deux époques : celle des commentaires les plus anciens, la Michnah (d'un mot qui signifie "répétition", ou "enseignement"), puis celle de la Gemarah (d'un mot signifiant "compléter") qui consiste en analyses, discussions et débats sur la Mishnah.

RP, article dans Le Protestant de l'Ouest n° 397, septembre 2015, p. 30

*

Judaïsme et Christianisme

Calvin et l’Alliance : « […] L'alliance faicte avec les Pères anciens [à savoir Abraham, Isaac et Jacob], en sa substance et vérité est si semblable à la nostre, qu'on la peut dire estre une même avec icelle. Seulement elle diffère en l'ordre d’estre dispensée. » (Institution Chrétienne II, x, 2.)
« Par conséquent, que cette opinion enragée et pernicieuse soit loin de nous : à savoir que Dieu n'a rien proposé aux Juifs […]. S. Pierre remontrait aux Juifs de son temps qu'ils étaient héritiers de la grâce évangélique, parce qu'ils étaient successeurs des Prophètes, étant compris en l'alliance que Dieu avait faite anciennement avec Israël (Actes 3, 25). » (Institution Chrétienne II, x, 23.)

Étapes d’une rupture :
— Années 30 : Crucifixion de Jésus pour "raison d’État". L’occupant romain (servi par le pouvoir hérodien collaborateur) élimine la menace d’une résistance potentielle : motif officiel de l’exécution : "INRI" — "roi des Judéens" (ironie romaine). Pas de rupture avec le judaïsme.
— Années 50 : Multiplication des croyants d’origine non-juive dans l’Église ; décision les concernant en faveur de la (traditionnelle) Loi de Noé ("7 commandements" — cf. Actes 15, 19-21) ; on s’orientera bientôt vers une marginalisation de la pratique des 613 préceptes de la Loi de Moïse.
— Années 70 : À la destruction du Temple de Jérusalem, les chrétiens croyant que le Royaume est présent de façon cachée en Jésus ressuscité, réorganisent le culte autour des événements de la vie du Christ, perçus comme réalisation des paroles de la Bible hébraïque.
— Années 90 : Les juifs n’ayant pas constaté d’apparition du Royaume, réorganisent le culte autour des 613 préceptes, et entérinent le fait que les chrétiens s’étant organisés autour d’un centre différent, ont constitué une communauté devenue autre que la communauté juive.


Quelques thèmes, noms et textes

Rachi (1040-1105), l’exégèse et le Talmud

Maïmonide (1135-1204), la théologie et la philosophie

de la Kabbale au Hassidisme : — la kabbale : Moïse de Leon (Zohar, XIIIe s.) ; Isaac Louria (XVIe s.). — Le rabbin Loew de Prague et la légende du Golem. — Sabbataï Zvi (1626-1676) et le messianisme.
Baal Shem Tov (Israël Ben Éliézer — 1698-1780) et le hassidisme

Theodor Herzl (1860-1904) et le sionisme
Yeshayahou Leibowitz (réflexions sur l’État d’Israël)

Primo Lévi (et d’autres... — l’expérience de la Shoah)
Hans Jonas (1903-1993) et Le Concept de Dieu après Auschwitz


RP
Traditions religieuses et spiritualités

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
5) 16 & 18 février – Judaïsme(s) (PDF) / Voir aussi (plus détaillé) ICI


mardi 9 février 2016

Le culte et le trivial




Parler de culte, donc de ‘religieux’, est parler d’un rapport à l’ultime — pour l’Ecclésiaste rapport à Dieu en termes de ‘crainte’, ce qui évoque l’incontournable qui se découvre sous l’angle de la mémoire, dans le cadre du ‘souvenir’.

Ici la ‘crainte’ de Dieu apparaît comme relation libératrice.
Notre mémoire ment : par omission, par partialité, par accentuation et exagération, etc. Il n’est qu’à comparer les versions fournies par plusieurs témoins honnêtes du même événement !
Il apparaît alors qu’être sincère, c’est croire ses propres mensonges !
Or, sous l’angle de la subjectivité et du malheur du temps, allant jusqu’au constat de l’inconvénient d’être né, nos souvenirs charrient un amas de blessures.
Sous cet angle, quant à notre rapport à nous-mêmes, notre mémoire est redoutable : selon les tournures d’esprit, elle oscille entre charger autrui et touiller notre propre sentiment de culpabilité… Tout cela campée sur le mensonge de nos souvenirs !

Où la crainte de Dieu, seul détenteur de la vérité de la mémoire et donc de l’ouverture sur le souvenir vrai — qui demeure en lui, et donc, au fond, inaccessible —, devient ouverture sur une libération d’une portée considérable, confinant à l’infini…

C’est là une fonction du ‘religieux’, au-delà de ses fonctions dévoyées, que l’Ecclésiaste résume en termes de sacrifice des insensés (Ecc 4, 17) et autres marchandages en termes de vœux non tenus (Ecc 5, 4) tant on n’est pas en mesure d’en saisir la portée au moment où l’on est tenté de les prononcer. Dieu seul pourra en libérer.

« L’infidèle est quelqu'un qui ne se souvient pas ou se souvient mal. On pourrait aller plus loin et considérer la mémoire comme la condition même de la vie morale. » (Emil Cioran, Portrait d'un philosophe : Gabriel Marcel, Cahiers de l'Herne / Cioran, Champs Flammarion, p. 314)

L’Ecclésiaste 12, 1 : « Souviens-toi de ton Créateur pendant les jours de ta jeunesse », souvenir libérateur, qui est au cœur du religieux. Cf. Exode 20, parole fondatrice de la religion biblique, qui vaut pour aujourd’hui : « je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage ».

Alors l’humain perçoit la source de sa plénitude : « crains Dieu et observe ses commandements, c’est là tout l’humain » (Ecc 12, 13).

Ecclésiaste 4 & 5
4, 17 Surveille tes pas quand tu vas à la Maison de Dieu, approche-toi pour écouter plutôt que pour offrir le sacrifice des insensés ; car ils ne savent pas qu'ils font le mal.

5, 1 Que ta bouche ne se précipite pas et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole devant Dieu. Car Dieu est dans le ciel, et toi sur la terre. Donc, que tes paroles soient peu nombreuses !
2 Car de l'abondance des occupations vient le rêve et de l'abondance des paroles, les propos ineptes.
3 Si tu fais un vœu à Dieu, ne tarde pas à l'accomplir. Car il n'y a pas de faveur pour les insensés ; le vœu que tu as fait, accomplis-le.
4 Mieux vaut pour toi ne pas faire de vœu que faire un vœu et ne pas l'accomplir.
5 Ne laisse pas ta bouche te rendre coupable tout entier, et ne va pas dire au messager de Dieu : « C'est une méprise. » Pourquoi Dieu devrait-il s'irriter de tes propos et ruiner l'œuvre de tes mains ?
6 Quand il y a abondance de rêves, de vanités, et beaucoup de paroles, alors, crains Dieu.

*

Le fait que tout soit don de Dieu invite à « la crainte », qui est, en son versant négatif, l'admission de la possibilité que ce qui est don ne soit pas, ou n'ait pas été octroyé — et en son versant positif, la reconnaissance, tout simplement, la reconnaissance de ce que matérialité comme condition du bonheur, jusqu'à la disposition pour le recevoir, ne viennent, ultimement, pas de nous.

Et là, cela compris, le bonheur est déjà là, comme reconnaissance et fruit de la reconnaissance !

Il s'agit de l'étonnement reconnaissant, jusqu'à l'émerveillement de l'événement unique de la venue de l'être sous le soleil, de la venue d'une pensée sous le soleil, fût-elle un éclair dans une nuit infinie — et sachant en outre qu'elle est aussi tissée de douleur. Le moment unique de la percée de l'être sous le soleil, moment de vanité, n'en est pas moins l'occasion de tout bonheur, source de toute reconnaissance à Dieu qui l'a fait advenir comme don.

Reconnaissance !

C'est là le culte de Dieu tel qu'il est requis !


Ecclésiaste 5 :
18 Voici ce que j’ai vu : c’est pour l’homme une chose bonne et belle de manger et de boire, et de jouir du bien-être au milieu de tout le travail qu’il fait sous le soleil, pendant le nombre des jours de vie que Dieu lui a donnés ; car c’est là sa part.
19 Mais, si Dieu a donné à un homme des richesses et des biens, s’il l’a rendu maître d’en manger, d’en prendre sa part, et de se réjouir au milieu de son travail, c’est là un don de Dieu.
20 Car il ne se souviendra pas beaucoup des jours de sa vie, parce que Dieu répand la joie dans son cœur.

Voilà qui rejoint, et précède Nietzsche :

«… Si notre âme a, comme une corde, une seule fois tressailli et résonné de bonheur […,] l'éternité tout entière était, dans cet instant unique de notre acquiescement, saluée, rachetée, justifiée et affirmée.» (Nietzsche, La Volonté de puissance, § 1032.)

Avec chez l'Ecclésiaste, cette conscience permanente de la condition qui permet en tout temps la perception de ce rachat : la conscience du don de Dieu.


RP
L'Ecclésiaste

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique 2015-2016
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
5. 9 & 11 février (ch. 4 v. 17 à ch. 6) - Le culte et le trivial - (PDF ici)

lundi 11 janvier 2016

Au buisson ardent



Exode 3, 1-15
1 Moïse faisait paître le troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiân. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb.
2 L’ange du SEIGNEUR lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson. Il regarda : le buisson était en feu et le buisson n’était pas dévoré.
3 Moïse dit : « Je vais faire un détour pour voir cette grande vision : pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? »
4 Le SEIGNEUR vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! »
5 Il dit : « N’approche pas d’ici ! Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. »
6 Il dit : « Je suis le Dieu de ton père, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. » Moïse se voila la face, car il craignait de regarder Dieu.
7 Le SEIGNEUR dit : « J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances.
8 Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel, vers le lieu du Cananéen, du Hittite, de l’Amorite, du Perizzite, du Hivvite et du Jébusite.
9 Et maintenant, puisque le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi, puisque j’ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux,
10 va, maintenant ; je t’envoie vers le Pharaon, fais sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israël. »
11 Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon et faire sortir d’Egypte les fils d’Israël ? » –
12 « JE SUIS avec toi, dit-il. Et voici le signe que c’est moi qui t’ai envoyé : quand tu auras fait sortir le peuple d’Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. »
13 Moïse dit à Dieu : « Voici ! Je vais aller vers les fils d’Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. S’ils me disent : Quel est son nom ? – que leur dirai-je ? »
14 Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SERAI. » Il dit : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous. »
15 Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : Le SEIGNEUR, Dieu de vos pères, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous. C’est là mon nom à jamais, c’est ainsi qu’on m’invoquera d’âge en âge. »


RP
Traditions religieuses et spiritualités

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
4) 12 & 14 janvier 2016 - Hébraïsme et cultes ambiants proche-orientaux (PDF)