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dimanche 15 mai 2016

Christianismes d'Occident et temps des réformes



Développement ICI

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Jacques Ellul, La Subversion du christianisme (Seuil, 1984) : « La question que je voudrais esquisser dans ce livre est une de celles qui me troublent le plus profondément. Elle me paraît dans l'état de mes connaissances insolubles et revêt un caractère grave d'étrangeté historique. Elle peut se dire d'une façon très simple : comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l'Église ait donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul ? [...] Si bien que d'une part on a accusé le christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l'inspiration d'origine, et d'autre part on a modelé progressivement, réinterprété la Révélation sur la pratique qu'en avaient la Chrétienté et l'Église. Les critiques n'ont voulu considérer que cette pratique, cette réalité concrète, se refusant absolument à se référer à la vérité de ce qui est dit. Or, il n'y a pas seulement dérive, il y a contradiction radicale, essentielle, dont véritable subversion. »

Le diagnostic d'Ellul, qui n'est pas sans rappeler Kierkegaard, qu'il cite, est globalement irréfutable, le constat imparable. Cela dit, c'est là le réel : faut-il déplorer le réel, cela seul qui est advenu, l'inéluctable ?
N'ayant pas d'autre réel, s'il doit y avoir déploration, c'est celle plus radicale de l'inconvénient d'être né... en un monde où tout est toujours ambivalent.
C'est face à cette subversion du christianisme que sont apparus les mouvements de réforme, inscrits eux aussi malgré tout dans cette réalité inéluctablement subvertie.


RP
Traditions religieuses et spiritualités

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
8) 17 & 19 ma1 – Christianismes d'Occident et temps des réformes (PDF)


lundi 14 mars 2016

Christianismes des origines




Développement ICI


RP
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Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
6) 15 & 17 mars – Christianismes des origines (PDF) 


samedi 31 août 2013

Des scoops sur Jésus...


… Se ramassent à la pelle. Très à la mode, son « mariage », serpent de mer de ces dernières années, utile à l'audience médiatique. C’est France 5 qui nous resservait cela ce 30 août 2013…




… À l'occasion de la récente mise en lumière d'un fragment de manuscrit, semblant resservir cette idée. Chacun des intervenants du documentaire, pourtant spécialiste, semble ignorer les conséquences du fait que ce fragment de manuscrit, s'il est authentique, est issu de milieux gnostiques — à l'instar de parties d'un Évangile dit de Philippe redécouvertes dans la collection gnostique de Nag-Hammadi, où l'on a cru trouver trace dudit « mariage », ce qui a fait la fortune de l'auteur du Da Vinci Code.

Or pour les gnostiques, Jésus n'est pas pourvu d'un corps semblable au nôtre, qui est matériel et doté de sens. Pas le sien ! Le terme que l'on retient, concernant cette idée gnostique, est celui de « docétisme », du grec dokein, qui signifie « sembler » : Jésus aurait semblé revêtir un corps matériel comme le nôtre, mais ce ne fut pas le cas…

Voilà qui est décidément assez peu entendu, malgré le fait que la presse-même a relayé cela (quand elle ne s'est pas arrêtée à la tentation tabloïd du scoop) : « Pour les gnostiques, Jésus était un être totalement spirituel. Son mariage avec Marie-Madeleine était, pour ce courant, exclusivement mystique et symbolique. [Il visait, pour ce courant, à] accréditer sa cosmogonie très compliquée ».
Tandis que « Les rabbis faisant autorité appuyaient cette autorité sur le fait d'être mariés et parents, d'avoir en quelque sorte réalisé pleinement le plan de Dieu pour l'homme pour pouvoir être réellement sages. […] Si Jésus avait été marié, il est probable que ses disciples auraient mis cet aspect en valeur comme une preuve de son autorité. » (Cf. Natalia Trouiller, in La Vie 19/09/2012.)

Au XIXe siècle, Jésus, kantien, était un professeur de morale. Au XXe, devenu marxiste, il était un précurseur du Che Guevara, après que, à l'opposé de l’échiquier politique, des scientifiques de l’Allemagne des années 1930 aient tenté d’expliquer qu'il n'était pas juif. Etc. Au temps actuel, où l’expérience sexuelle, après les temps où elle était quasi-interdite, est devenue obligatoire, voire « pour tous », on le retrouve forcément marié… à l'appui des gnostiques pour qui il n'est pas secret que le mariage était pour le moins suspect !

À quand le prochain scoop à l'ordre du jour ? — genre nouvelle découverte des ossements de Jésus, sachant ou pas que ce fondement de la foi chrétienne qu'est sa résurrection a toujours été inaccessible à la raison…


samedi 29 juin 2013

Mais quelle mouche a piqué Fath ?



Etrange article de S. Fath. Le sociologue, qui pour être « évangélique » n’en est pas moins habituellement très… comment dire… « Télérama compatible » (selon l’expression par laquelle lui-même qualifie « les certitudes » des « hommes d’appareil » de l’EPUdF et de la FPF), donne ici l’impression très nette de… se lâcher !… Avec modération toutefois, convoquant d’entrée un élu protestant lyonnais qu’il couvre de compliments… Bons points décernés comme pour dire qu’il ne les octroie pas, oh non !, aux présidents de l’EPUdF et de la FPF…

L’article commence par l’annonce de la « fusion » (sic !) que serait l’ « EPUF ». Avec l’ombre d’un regret : que ce phénomène « minoritaire » (il y insiste à plusieurs reprises) ait été quand même « l'événement protestant du mois [de mai 2013], et l'un des faits majeurs de l'année au sein des Eglises issues de la Réforme » — bien que la chose ait été « "montée en épingle" par ses promoteurs » (l’expression "montée en épingle", pour recevoir des guillemets, n’en est pas moins de S. Fath, qui semble ne pas trop goûter le fait que les luthéro-réformés essaient de leur mieux de prendre la leçon des évangéliques en matière de communication)…

Après cette introduction pour le moins imprécise, et après les bons points décernés à l’élu lyonnais, S. Fath passe donc au cœur de son propos, la « la tentation, jamais démentie chez les protestants français réformés, de préempter l'identité protestante à leur profit ». Pour cela, il attaque vivement… l’AFP !, visant une dépêche pour le moins lamentable, en effet. Le rapport avec l’EPUdF ? On se dit que S. Fath aurait pu se renseigner : l’AFP n’est pas un organe de l’EPUdF, ni de la FPF (elle aussi interpellée) ! Si comme le remarque à juste titre S. Fath, l’AFP a produit une phrase déplorable sur les évangéliques, est-ce forcément à l’EPUdF ou à la FPF d’envoyer « un correctif à l'AFP » ? Pourquoi pas le CNEF, puisqu’il semble que ce soit certains de ses membres qui seraient visés par la dépêche caricaturale, le CNEF ou telle ou telle Eglise évangélique (celle de S. Fath par ex.) ?

Voilà qui me rappelle une récrimination de certains de mes collègues évangéliques souhaitant que l’ERF, désormais EPUdF, soit pour eux l’interface organisant leur participation auprès des catholiques lors de la semaine de l’unité — alors qu’ils sont censés être participants à plein, en tant qu’Eglise souveraine au même titre que l’EPUdF.

Le sociologue, après avoir reproché au président de l’EPUdF de n’avoir pas fait la promotion des évangéliques dans une interview journalistique consacrée à l’union luthéro-réformée, chapitre le prochain président de la FPF (sans prendre en compte que les retranscriptions écrites des deux interviews ne rendent peut-être pas au mieux l’esprit des conversations initiales), lequel tiendrait des propos « mal informés » ; — le sociologue aurait été bien inspiré de s’informer lui-même auprès de ceux qu’il attaque, avant d’écrire sa diatribe, bardée d’inexactitudes dès sa première phrase. Ayant participé à mon humble mesure (à un plan synodal régional) au travail du processus d’union, je peux témoigner de l’insistance avec laquelle on a répété qu’il ne s’agissait pas de « fusion » (terme que S. Fath reprend systématiquement), mais d’union — et qu’il fallait écrire EPUdF (avec un d) et éviter l’abréviation EPUF (que S. Fath reprend à l’envi ici, et dans tous ses articles) : à éviter au motif que ce serait très gênant dans nos relations avec les Eglises allemandes — vu que Epuf y évoquerait… le bordel / Puff ! S. Fath n’est pas obligé de connaître l’allemand, mais enfin, on se renseigne… À moins qu’il n’ait voulu suggérer que la… « bordélique » diversité protestante demeure malgré tout au sein de la nouvelle « fusion » à laquelle il semble pourtant reprocher de l’oblitérer.

J’ajoute une information qui semble aussi avoir échappé à S. Fath : il ne corrige en effet aucun de ses commentateurs qui répètent l’erreur qui veut que la dénomination-même « EPUdF » soit « préemptioniste », entre autres par son « U » : sauf que le « U » de « Unie » répond notamment à une demande des… évangéliques, transmise par le président évangélique de la FPF d’alors : ce « Unie » permet de ne pas risquer de finir par résumer en usage courant le nom de la nouvelle Union en « Eglise Protestante », sachant qu’il y en a d’autres.

À un point de sa lecture, on ne peut s'empêcher de se demander si l’article de S. Fath n'a pas quelque chose d'une saute d’humeur en forme de lapsus révélateur : on est fondé à se demander si la fameuse « préemption réformée » ne relève pas en grande partie d’un fantasme né d’un complexe de minoritaires qui ne se sentent pas suffisamment « Télérama compatibles » (contrairement aux autres « hommes d’appareil », quant à des « certitudes maquillées en doutes », dont ils ne manquent pas d’user aussi à l’occasion comme les autres — une « Télérama compatibilité » souvent réelle, qui ne manque pas de m’agacer aussi).

Finalement, que ressort-il du coup de gueule de S. Fath — qui va jusqu’à friser le point Godwin en convoquant Marine Le Pen en regard de la dépêche déplorable de l’AFP mettant en cause les « populations immigrées » de mouvance pentecôtiste ? Propos de l’AFP effectivement condamnables. Mais à nouveau l’AFP n’est pas un organe de l’EPUdF — dans laquelle, à ma connaissance du moins, on n’a pas trouvé de pasteurs membres du FN, contrairement à ce qui a pu se voir côté évangélique.

Voilà un autre point où il y aurait à balayer chacun devant sa porte, outre le complexe de « préemption » des uns largement nourri par le complexe d’infériorité des autres.

Notons en outre que le processus d’union de l’EPUdF est bien plus prudent et humble que celui qui avait présidé à l’enthousiasme de la création de l’ERF en 1938, qui avait laissé plusieurs pans des Eglises de côté : nombre de méthodistes, une moitié des libristes, les « EREI » / UNEPREF. Avec l’EPUdF, aucune Eglise de l’ex-EELF ou de l’ex-ERF n’est restée de côté.

L’enthousiasme de 1938 n’est sans doute pas étranger à l’impression de certains, dont S. Fath, qu’il y aurait — « tentation jamais démentie chez les protestants français réformés » (sic) — une « étrange spécificité nationale qui fait sourire dans bien d'autres pays, où l'on sait fort bien que le protestantisme se conjugue au pluriel. » Les protestants luthéro-réformés français (S. Fath oublie systématiquement les luthériens : seuls les réformés, apparemment, seraient victimes de « l’impensé catholico-jacobin ») ne sont peut-être pas toujours si incultes que le suggère S. Fath : ils savent parfois eux aussi « fort bien », comme dans « bien d’autres pays », que « le protestantisme se conjugue au pluriel » ! À ce point, on a l’impression que S. Fath en est resté à un état-parenthèse de la sociologie réformée française post-1938, ce qui conduirait à lui suggérer une mise à jour de ses logiciels.

L’enthousiasme de 1938 a pu faire espérer une nouvelle forme d’union, ecclésiale, là où le protestantisme français n’était pas plus ignorant de son évidente diversité (organisée en partie de façon fédérative), voire division (d’où la démarche de 1938 voulant y remédier). La pluralité, la diversité, se conjuguent avec l’unité, contrairement à la division — cf. la question de la Cène résolue dans le respect des diversités pour les luthériens et réformés. La question de l’autre sacrement, le baptême, divise encore quand un très grand nombre d’évangéliques nient la validité du baptême administré par les luthériens et les réformés, certains allant jusqu’à leur refuser le titre de « chrétiens ». À ce point la polémique soulevée par S. Fath pourrait être à double tranchant et la « préemption » pourrait se retourner, invitant chacun à modérer son ton et à prendre garde à sa poutre dans l’œil…

Où il eût été plus évangélique (au sens non-confessionnel/dénominationnel du terme — mon usage du mot dans les lignes qui précèdent aurait mérité des guillemets : les luthéro-réformés le revendiquent aussi) — où il eût été plus évangélique, au sens propre donc, de la part de S. Fath, de lire dans un esprit de bienveillance, sinon de pardon, les propos retranscrits d’interviews orales des pasteurs qu’il met en cause (quand on sait en outre combien les retranscriptions journalistiques écrites peuvent parfois trahir volens nolens les propos tenus dans une conversation informelle, en éroder les pointes d’humour, etc.). En retour je ne doute pas que, dans le même esprit évangélique, les concernés pardonneront à S. Fath son étrange coup de sang.

Attitude plus fraternelle que de renvoyer les luthéro-réformés à René Girard en enjoignant les évangéliques à s'autoproclamer martyrs sous figure de « tiers-exclu ».

Dernier point, à titre d’info : on notera que le site de la paroisse de Poitiers de l’EPUdF consacre deux (2 !) onglets aux « autres Eglises protestantes de la ville » (qu’elles soient FPF, CNEF, ou sans rattachement para-local), présentées en termes bienveillants. On serait ravi de voir apparaître la réciproque sur leurs sites, que celui de l’EPUdF met en liens…

R.P.


lundi 21 novembre 2011

Communion luthérienne et réformée



Extrait du rapport du synode Sud-Ouest 2011 de l'Eglise réformée de France...

L’un des événements-clés de l’histoire contemporaine ayant abouti, en 1973, au texte fondamental de la Concorde de Leuenberg sur lequel s’appuient largement les justifications théologiques et ecclésiologiques du processus d’union entre nos deux Églises actuelles :

"Face à la montée du nazisme, en 1933 et la mise en place, par le régime hitlérien des « chrétiens allemands », une Église nationale qui lui est inféodée...


... plusieurs pasteurs et laïcs protestants s’organisent en une « Église confessante ». Des séminaires clandestins ont lieu pour contrer l’enseignement théologique officiel, et, le 29 mai 1934, le synode adopte ce qui sera appelé la « confession de Barmen » pour servir de base doctrinale à l’Église confessante. Ses principales orientations se retrouveront en France en 1941 dans « les thèses de Pomeyrol ». C’est donc dans ces circonstances sociopolitiques tragiques que l’unité entre luthériens et réformés s’est imposée comme un impératif, reléguant au second plan les désaccords théologiques jugés non comme dépassés, mais secondaires, eu égard à la mission de l’Église de proclamer l’Évangile dans le monde. Ainsi, l’un des principes majeurs énoncés dans la Confession de Barmen est de reconnaître « la souveraineté de son seul Seigneur, l’Église une, et l’unité fondamentale de sa foi… nonobstant ses origines luthériennes, réformées ou unies ». L’idée majeure énoncée ici, et qui nous concerne encore directement quelques quatre-vingts ans plus tard, consiste à affirmer qu’il peut légitimement y avoir une communion entre les Églises malgré une expression de la foi différente, médiatisée par des confessions de foi différentes, principalement la Confession d’Augsbourg pour les luthériens et la Confession de La Rochelle pour les réformés.

Après la Seconde Guerre mondiale, ce principe ne sera pas mis en cause, même si d’autres questions, notamment le lien entre communion ecclésiale et communion eucharistique continueront, jusqu’à nos jours, de susciter le débat. C’est sur cette base de la communion ecclésiale que la Communion de Leuenberg peut postuler la pleine reconnaissance des ministères entre nos Églises aujourd’hui avec, en corollaire, la nécessité pour elles de traduire ces avancées théologiques sur le plan institutionnel."



samedi 20 novembre 2010

Luthériens et réformés - de la rupture à l’union




Résoudre un dissensus de près de cinq siècles, tel est le moment qui nous est offert. Restons modestes, nous ne sommes pas les premiers. Et gardons le sens de la mesure : luthériens et réformés français restons minoritaires en regard des luthériens et réformés dans le reste du monde !

Il n’empêche : nous voilà partie prenante d’un mouvement — osons le mot — prophétique d’une belle portée. Depuis l’échec de 1529, au colloque de Marbourg, où Luther et Zwingli ne parvenaient pas à s’accorder, les tentatives de réconciliation n’ont pas manqué et voilà que s’ouvre un réel espoir d’y parvenir.

La division part de ce désaccord initial sur la Cène à Marbourg en 1529, désaccord qui cause immédiatement le sentiment de la nécessité de le résoudre. Mais on ne sait pas encore comment. On est certainement au fait que le dissensus repose sur les arrière-plans philosophiques respectifs des deux camps, à partir desquels on exprime sa compréhension de la façon dont se signifie la présence du Christ à l’occasion de la Cène. On ne sait pas comment s’en distancier. On s’est accordé pour ne pas lier cette compréhension à la philosophie d’Aristote qui fonde la théorie de la transsubstantiation, on ne s’accorde pas sur une alternative commune.

Pourtant, déjà un an après Marbourg, en 1530, la Confession d’Augsbourg, qui symbolise la foi luthérienne jusqu’aujourd’hui, exprime pour partie la volonté de résoudre le dissensus initial. C’est un des soucis de son rédacteur, Melanchthon, qui poussant dans le sens de ce souci, produira en nouvelle version, en 1540, que Calvin signera. C’est la première mouture, celle de 1530 qui s’imposera, ratifiée par le réformé Théodore de Bèze, qui l'inclut dans son Harmonie des confessions de foi.

Tandis qu’un peu plus de trente ans après, en 1561, au colloque de Poissy, la même Confession d’Augsbourg sera à nouveau pressentie parmi les bases pour une réconciliation en France… entre catholiques et protestants !

Calvin, dans son Petit traité de la sainte Cène, montre d’une autre façon le même souci concernant la Cène : « nous avons à confesser, écrit-il, que si la représentation que Dieu nous fait en la Cène est véritable, la substance intérieure du sacrement est conjointe avec les signes visibles ; [...] si avons-nous bien manière de nous contenter, quand nous entendons que Jésus-Christ nous donne en la Cène la propre substance de son corps et de son sang, afin que nous le possédions pleinement, et, le possédant, ayons compagnie à tous ses biens. [...] Or nous ne saurions avoir aiguillon pour nous poindre plus au vif, que quand il nous fait, par manière de dire, voir à l'œil, toucher à la main, et sentir évidemment un bien tant inestimable : c'est de nous repaître de sa propre substance. »

Les mots sont forts — on est loin d’un vague symbolisme —, au point qu’ils ont pu fonder la légende selon laquelle Luther tombant sur le traité de Calvin se serait exclamé : « Ah, si Zwingli l’avait dit comme ça ! »

Mais les soubassements philosophiques qui sont derrière les interprétations respectives du mode de la présence du Christ à la Cène sont alors décidément trop immédiatement présents ! C’est le temps qui opérera la prise de distance des esprits par rapports aux philosophies ambiantes alors trop prégnantes : Aristote, Platon, l’empirisme, etc.

La division sur la compréhension de la Cène perdurera jusqu’en… 1973, avec la Concorde de Leuenberg…

*

Entre temps, suite au colloque de 1529, et l’union ne s’étant pas faite par la suite, la dérive des ecclésiologies s’est fait jour et s’est accentuée.

Une Église, une organisation d’Église, n’apparaît pas ex-nihilo. Voilà qui permet de relativiser ce qu’on serait tenté de recevoir comme immuable, voire révélé !

Car cela vaut pour bien des aspects de notre vie d’Église. Prenons nos prédicateurs laïcs. Savons-nous toujours que cette institution typiquement réformée n’existait pas au XVIe siècle, et qu’elle doit beaucoup à notre influence méthodiste, postérieure au XVIIIe siècle donc — concrètement, en France, au XIXe ? Prenons notre liturgie, traditionnellement réputée typiquement réformée et remontant au XVIe siècle, mais largement héritée de l’anglicanisme via la liturgie mise en place au XIXe siècle par Eugène Bersier.

Prenons, plus anecdotique, la gestuelle, qui elle aussi s’est développée dans le temps — comme l’abandon du signe de la croix, par exemple, acquis désormais pour les réformés et les évangéliques, mais aussi pour nombre de luthériens : on ne sait pas exactement dater cet abandon. Une tradition veut que la légitime crainte des superstitions en soit à l’origine. Remarquez, quand des pratiques populaires voulaient que le signe de croix porte bonheur au point que le faire à l’envers ait été utilisé pour faire mourir les vaches des voisins, on a un argument fort, incontestablement, en faveur de son abandon !

Autre hypothèse à ce sujet, que je ne peux m’empêcher de considérer comme vraisemblable puisque l’abandon du signe de la croix viendrait, à l’origine, du Languedoc : la mémoire cathare, celle de la persécution. Les cathares bannissant le signe de la croix comme superstitieux, et obligés par les persécuteurs de se faire discrets, et donc de se signer quand même, proposaient des interprétations variées du geste, comme celle du cathare Pierre Authié : voici le front, voici la barbe voici une oreille et en voici une autre… jusqu’à ce qu’ils puissent enfin se passer du geste rendu obligatoire par la persécution (utile toutefois, concède-t-il, pour chasser les mouches de son visage en été). Voilà quoiqu’il en soit qui relativise l’importance d’un geste ou de son refus…

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Nous voilà aujourd’hui inscrits dans l’histoire, une histoire en marche, blessée mais dans l’espérance de la guérison comme don du Christ. Nous voilà selon cette espérance, acteurs et témoins, à notre échelle, d’un signe de réconciliation.

Pour cela, revenons donc à la question qui concerne plus directement nos débats, notre organisation d’Église.

… On ne le sait pas toujours, mais dans les premières décennies de la réforme, on aurait facilement pu confondre une ecclésiologie luthérienne et une ecclésiologie réformée.

Sait-on toujours que la Confession de foi de la Rochelle de 1559, fondatrice dans la tradition réformée en France, connaît l’existence de « Superintendants » (c’est le mot — à l’article 32), qui ressemblent tout de même fort aux inspecteurs ecclésiastiques luthériens.

Sait-on toujours qu’en parallèle, la mise en place de la structure luthérienne doit fort peu à Luther lui-même, qui s’est très peu mêlé d’organisation, chose qu’il a remise aux princes, organisant la structure de l’Église sans doute même contre ce qu’il aurait souhaité ? — Il insiste beaucoup pour sa part sur la réalité de l’Église locale comme communauté, au point que les congrégationalistes anglais, par la suite, se réclameront souvent de lui !

Sait-on par ailleurs que Calvin écrivant au roi Édouard VI d’Angleterre ne remet pas en question l’institution des évêques, espérant une Église anglicane réformée mais ne bouleversant pas pour autant sa structure ? Un véritable pragmatisme chez Calvin comme chez Luther, éventuellement contre leur propre souhait en matière d’ecclésiologie.

L’un comme l’autre opteraient sans doute, pour d’autres temps, pour une autre organisation. Comme celle, par exemple, que le luthérien Bucer initie à Strasbourg, ville libre et donc plus propre à une organisation de l’Église plus autonome par rapport à l’État, où Calvin empruntera ses quatre ministères qui deviendront une base du futur système presbytérien synodal, qui doit donc beaucoup à un luthérien !

Le système presbytérien synodal — dont les éléments précurseurs lointains sont posés d’une certaine façon dans la luthérienne Strasbourg (ayant adopté la confession d’Augsbourg) de Bucer puis dans la Genève de l’ex-Strasbourgeois Calvin — va donc peu à peu se mettre en place dans la tradition réformée, notamment via l’Écosse, sous l’influence de John Knox.

À l’époque, les réformés français auraient peut-être eu de la peine à se reconnaître dans cette organisation, pour ne rien dire de notre organisation actuelle, qui doit en outre beaucoup à la loi de 1905 sur les associations cultuelles…

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Quatre siècles et demi après le colloque de Marbourg de 1529, en 1973, à Leuenberg, réformés et luthériens (notamment) ont pris acte concernant la Cène de ce que les vocables conditionnés par la philosophie dont le temps a permis la mise à distance traduisent une foi commune, prise de conscience scellée dans une Concorde, qui nous permet aujourd’hui de franchir un pas de plus : l’union.

Pour cela, il est question d’organisation — on vient de voir sommairement que les organisations aussi s’inscrivent dans l’histoire, dans le cadre des dérives de traditions séparées. Choses relatives aux temps et aux moments. Et comme dit l’Ecclésiaste (3, 7), « Un temps pour déchirer, un temps pour coudre ». C’est, à notre humble échelle, ce temps qui est le nôtre, et ça c’est, comme dit aussi l’Ecclésiaste parlant de tout bonheur, « un don de Dieu » (3, 13). C’est une véritable grâce qui nous est octroyée, que d’être les acteurs d’une histoire en train de se construire, pour un signe de réconciliation cette fois. Ce que nous faisons est déjà ainsi dans l’histoire au même titre que les manuels d’histoire de l’Église parlent du colloque de Marbourg, mais cette fois c’est pour la réconciliation. C’est « le temps pour coudre » qui nous est donné.

Nous allons donc passer à présents aux aspects pratiques de ce travail de couture…

RP
Synode régional ERF PACCA,
Grasse 19-21 nov. 2010


jeudi 4 février 2010

Aspects du christianisme



Le christianisme,http://www.enluminures.culture.fr/Wave/savimage/enlumine/irht6/IRHT_099242-p.jpg dont le nom désigne les croyances, convictions, courants de pensée, d’action, etc., se réclamant de la personne et/ou de l'ensei- gnement de Jésus-Christ, trouve son fondement essentiel dans la conviction de sa résurrection d’entre les morts.

* * *

Les informations sur Jésus et sur la communauté qu’il rassemble proviennent de ses disciples. Dans le milieu de ceux que Jésus appellera à être ses apôtres, certains consigneront leur témoignage par écrit. Jésus, par son message et ses actes, avait attiré à lui ceux qui l’ont vu comme un prophète, puis comme le Messie. Juifs, les disciples, qui voient en Jésus le Messie promis se tournent vers leurs Écritures (la Bible hébraïque, appelée par la suite « Ancien Testament » par les chrétiens) pour mieux comprendre ce qu’ils perçoivent comme accomplissement de ce qui avait été annoncé et rendre témoignage de ce qu'ils avaient vécu auprès de Jésus. Les souvenirs qu’ils gardent de ses paroles et de ses gestes, transmis à la postérité par ceux qui écriront les Évangiles, évoquent le passage de Jésus sur terre à la lumière de leur foi à son relèvement d'entre les morts le dimanche de Pâques. « Nous ne connaissons plus selon la chair », écrira Paul, qui lui, n’a pas connu Jésus « selon la chair ». Ceux qui l’ont connu présentent la vie terrestre de leur maître qui appelait Dieu son Père comme incarnation de celui qui est désormais pour eux d’abord le Ressuscité, le Fils de Dieu.

R.P., Cannes, Institut Stanislas, 4 février 2010

La suite...



jeudi 4 juin 2009

Protestantisme mystique ?




« Mystique », vocable suspect en protestantisme par ce qu’il semble évoquer :
- par exemple un particularisme dans la piété ; quelque chose de remarquable ou d’élitiste ; ou encore des exercices, voire avec usage d’objets visibles (genre chapelets, hosties, reliques ou autres) — autant d’évocations qui connotent aisément pour un protestant une religion d’œuvres et de calculs, dont précisément la Réforme a voulu libérer les croyants.
- Et plus fondamentalement : le vocable est suspect parce que, pour citer l’Évangile de Jean, « nul l’a jamais vu Dieu », ce qui, dans une perspective protestante, le rend inaccessible et donc interdit de concevoir quelque fusion essentielle (cf. Calvin vs Osiander, IC III, xi, 5). Des mots comme « divinisation » sont ainsi particulièrement mal perçus.

Cela dit, le cœur de la Réforme est justement dans l’Unio mystica (le terme est employé par Calvin en latin) au Christ (faisant connaître le Père), mais hors toute réalisation en soi d’une essence divine d’une part, et d’autre part au-delà de toute démonstration de piété.

Cette devise de la Réforme me semble résumer cela : « coram Deo sola fide vivere » — vivre devant Dieu par la foi seule. Cela fondant face à notre nécessaire humilité une justice qui nous est extérieure, étrangère (« forensique »), dévoilée en Christ qui a vécu devant Dieu, pour nous. Alors, ici se fait la jonction : par la communion au Christ, dans notre union à lui par l’Esprit de Dieu s’opère en nous cette vie nouvelle, naissance d’En haut par laquelle nous sommes dotés par adoption de ce que Jésus a vécu par nature.

On est alors au-delà des visions, et aussi des mots, qui ne sauraient atteindre Dieu : d’où la conviction que les dogmes, quelle que soit leur utilité — voire indispensable — ne sont pas une fin en soi. Au delà-des mots, on est aussi ipso facto au-delà des manifestations de piété.

Un Spener fondateur du « piétisme », était ainsi sans doute inévitable : auteur, en 1675, des Pia Desideria (d’où le nom « piétisme »), il a notamment écrit : « Il ne suffit pas, en somme, de s’occuper de l’homme extérieur seulement : cela, une éthique païenne peut le faire aussi. Mais nous devons poser les fondements dans les cœurs, solidement ; nous devons montrer que ce qui ne provient pas du cœur n’est qu’hypocrisie, et donc habituer les gens, premièrement à s’occuper de l’homme intérieur, à réveiller l’amour pour Dieu et pour le prochain par les moyens adéquats, et ensuite à agir sous l’impulsion de cela. »

« Le cœur », ou l’intimité indicible au fond de nous-même, indicible au point de nous y être comme étrangère. Quant aux manifestations extérieures, la seule qui vaille est le service du prochain. Toute spécification relevant de l’apparence est vécue comme hypocrisie. Ainsi un Kierkegaard, dans Crainte et tremblement, insistera sur le fait que ce qui caractérise le chrétien, c’est son apparence ordinaire justement, que rien ne permet de distinguer d’un autre, et cela parce qu’il tient son identité de Dieu seul : « coram Deo sola fide vivere ».

En cela Kierkegaard est dans la droite ligne de Luther, dont le traité De la liberté du chrétien prend soin d’entrée de distinguer l’homme intérieur et l’homme extérieur. Il est aussi dans la droite ligne de Calvin, et rejoint aussi le méthodisme et la tradition wesleyenne, cet héritage mondialement répandu du piétisme qui fondera tant d’œuvres sociales.

Ce qui est central est qu’un chrétien n’a rien à montrer ou à prouver, son identité vraie est devant Dieu. Et cela se traduit en un service qui, lui-même, ruine son sens s’il est ostentatoire. Ce service (ou diaconie) n’est pas facultatif. Il est le fruit que porte le sarment uni à son Cep, le Christ Fils de Dieu, et dont coule la sève. Mais s’il devient ostentatoire, il s’est réduit lui-même à une vanité, une forme d’hypocrisie.

C’est ainsi que les œuvres protestantes ont choisi de ne pas s’afficher. À titre d’exemple, les écoles protestantes sont devenues en 1905 des écoles laïques comme les autres. On pourrait en dire autant des fondations hospitalières protestantes diverses. On peut aussi, puisque c’est dans notre actualité penser à une œuvre comme la Cimade, dont la plupart ignorent qu’elle est protestante et que ses responsables sont en général des pasteurs.

Dans l’idéal, un protestant n’est pas original. Il adopte sans difficulté la culture dans laquelle il est placé — il tient son identité de Dieu seul, cela par son union au Christ, produite dans la communion, la vie partagée de l’Esprit saint.

Alors, si pour toutes ces raisons, le mot-même de « mystique » est suspect, c’est peut-être en soi un signe du fondement… « mystique » justement — étymologiquement « qui ne peut se dire » —, sous peine de n’être que vaine exhibition, — de la vie chrétienne protestante.

RP, Réflexions préparatoires
en vue de la table ronde « Qui sont les mystiques ? »
organisée au Centre Universitaire Méditerranéen (CUM),
à Nice, le 4 juin 2009