Affichage des articles dont le libellé est Mythes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mythes. Afficher tous les articles

mercredi 24 décembre 2014

L'ange père Noël



Attendre le père Noël, avec ses allures de lutin des cultes scandinaves... à la veille de la naissance d'un enfant venant dans les ténèbres de l'humilité — la nuit, donc, dans le temps angélique — pour couvrir de lumière jusqu'à sa Galilée enténébrée (Es 9).

Il enseignera, ce Messie, que les plus petits que nous croisons sont lui-même venus dans le secret. C'est là ce qu'a très bien compris un évêque de l'Antiquité, nommé Nicolas, devenu saint Nicolas parce qu'il ne supportait pas, lui disciple d'un enfant pauvre, de voir la misère, plus particulièrement celle des enfants. Alors en secret, il leur faisait des cadeaux qui allégeaient leur peine.

Plus tard, la réforme luthérienne — fructueuse en pays scandinave — découvrait que saint Nicolas, dans son humilité, dévoilait des actions angéliques. Derrière saint Nicolas, un simple homme, s'ouvre le monde des anges, dévoilant la réalité de Dieu que personne n'a jamais vu.

Un ange est derrière saint Nicolas, ange qui sera figuré sous les traits des anges scandinaves, elfes et lutins. C'est la figure du père Noël que dévoile saint Nicolas, présence angélique du don gratuit.

Alors contrairement à ce que s'imaginent ceux qui sont lents à comprendre, le père Noël existe, manifestation angélique de l'art de donner dans le secret, de l'art de donner de la joie à ceux qui ressemblent au Messie nouveau-né dans sa crèche.

Et derrière cette figure angélique, il y a au plus haut des cieux, comme le déclament les anges effectivement présents à Noël selon les Évangiles — il y a la présence du don suprême, le grand cadeau de Dieu par lequel la paix vient sur la terre, — don de Dieu réconciliant le monde avec lui-même, le cadeau par lequel il prouve définitivement son amour envers nous.

RP

samedi 31 août 2013

Des scoops sur Jésus...


… Se ramassent à la pelle. Très à la mode, son « mariage », serpent de mer de ces dernières années, utile à l'audience médiatique. C’est France 5 qui nous resservait cela ce 30 août 2013




… À l'occasion de la récente mise en lumière d'un fragment de manuscrit, semblant resservir cette idée. Chacun des intervenants du documentaire, pourtant spécialiste, semble ignorer les conséquences du fait que ce fragment de manuscrit, s'il est authentique, est issu de milieux gnostiques — à l'instar de parties d'un Évangile dit de Philippe redécouvertes dans la collection gnostique de Nag-Hammadi, où l'on a cru trouver trace dudit « mariage », ce qui a fait la fortune de l'auteur du Da Vinci Code.

Or pour les gnostiques, Jésus n'est pas pourvu d'un corps semblable au nôtre, qui est matériel et doté de sens. Pas le sien ! Le terme que l'on retient, concernant cette idée gnostique, est celui de « docétisme », du grec dokein, qui signifie « sembler » : Jésus aurait semblé revêtir un corps matériel comme le nôtre, mais ce ne fut pas le cas…

Voilà qui est décidément assez peu entendu, malgré le fait que la presse-même a relayé cela (quand elle ne s'est pas arrêtée à la tentation tabloïd du scoop) : « Pour les gnostiques, Jésus était un être totalement spirituel. Son mariage avec Marie-Madeleine était, pour ce courant, exclusivement mystique et symbolique. [Il visait, pour ce courant, à] accréditer sa cosmogonie très compliquée ».
Tandis que « Les rabbis faisant autorité appuyaient cette autorité sur le fait d'être mariés et parents, d'avoir en quelque sorte réalisé pleinement le plan de Dieu pour l'homme pour pouvoir être réellement sages. […] Si Jésus avait été marié, il est probable que ses disciples auraient mis cet aspect en valeur comme une preuve de son autorité. » (Cf. Natalia Trouiller, in La Vie 19/09/2012.)

Au XIXe siècle, Jésus, kantien, était un professeur de morale. Au XXe, devenu marxiste, il était un précurseur du Che Guevara, après que, à l'opposé de l’échiquier politique, des scientifiques de l’Allemagne des années 1930 aient tenté d’expliquer qu'il n'était pas juif. Etc. Au temps actuel, où l’expérience sexuelle, après les temps où elle était quasi-interdite, est devenue obligatoire, voire « pour tous », on le retrouve forcément marié… à l'appui des gnostiques pour qui il n'est pas secret que le mariage était pour le moins suspect !

À quand le prochain scoop à l'ordre du jour ? — genre nouvelle découverte des ossements de Jésus, sachant ou pas que ce fondement de la foi chrétienne qu'est sa résurrection a toujours été inaccessible à la raison…


lundi 24 décembre 2012

Noël, le mythe devenu Fait !



Un chrétien anglican du XXe siècle, C.S. Lewis, l’auteur de Narnia, a écrit un livre qui s'appelle « Le Mythe devenu Fait ». Il y explique qu’à Noël, les mythes, les légendes des peuples, deviennent réalité. Qu’est qu’un mythe ? — C’est une histoire imaginaire qui porte des vérités (cf. aussi Halloween). Le mythe de Noël le plus connu est celui du Père Noël. Qu’est-ce qu’il dit ce mythe ? — Qu’il est possible de donner secrètement et gratuitement, par amour.

Le mythe est devenu réalité à Noël : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne meure pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3, 16). C’est le grand cadeau de Noël. Dans la nuit de notre hiver — pensons à l’hiver perpétuel du mythe de Narniadescend celui qui est la lumière du monde.

Un chrétien célèbre qui vivait aux IV-Ve siècles — il s’appelait Augustin, plus connu comme saint Augustin — connaissait bien les livres d’un ancien auteur de nombreux mythes.

Voici ce qu’écrit Augustin — Confessions, livre VII, ch. 9 — : « Dans plusieurs des livres des disciples de Platon — c’est lui, auteur de mythes célèbres, dont il s’agit —, j’ai lu, non en propres termes, […] "qu’au commencement était la Parole ; que la Parole était en Dieu, et que la Parole était Dieu ; qu’elle était au commencement en Dieu, que tout a été fait par elle et rien sans elle : que ce qui a été fait a vie en elle ; que la vie est la lumière, des hommes, que cette lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l’ont point comprise." Et que l’âme de l’homme, "tout en rendant témoignage de la lumière, n’est pas elle-même la lumière, mais que la Parole de Dieu, Dieu lui-même, est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ;" et "qu’elle était dans le monde, et que le monde a été fait par elle, et que le monde ne l’a point connue. Mais qu’elle soit venu chez elle, que les siens ne l’aient pas reçue, et qu’à ceux qui l’ont reçue elle ait donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux-là qui croient en son nom ;" c’est ce que je n’ai pas lu dans ces livres. J’y ai lu encore : "Que la Parole-Dieu est née non de la chair, ni du sang, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté de la chair ; qu’elle est née de Dieu." Mais "que la Parole se soit faite chair, et qu’elle ait habité parmi nous (Jean, I, 1-14)," c’est ce que je n’y ai pas lu. »

À présent, en Jésus, à Noël, le mythe est devenu fait.

Le même Augustin pourra alors dire : « Dieu est plus proche de moi que je ne suis proche de moi-même. » Dieu est très proche de nous, nous sommes loin de lui. Alors il s’est approché de nous : c’est Noël. C’est pour dire cela que nous écoutons des contes à Noël : parce qu’à Noël, les mythes, légendes et contes sont devenus faits.

RP,
Veillée de Noël
Poitiers, 24.12.12

dimanche 5 août 2012

Le Golem




On dit qu’au XVIe siècle, le rabbin Loew de Prague conçut une créature d’argile à laquelle il réussit à donner l’animation : le Golem. Il paraît même que le Golem du rabbin Loew aurait eu des prédécesseurs au Moyen Âge, au temps des Croisades et des persécutions des juifs qui les escortaient en Europe. Car le Golem avait pour fonction de protéger les juifs de leurs persécuteurs. Le Moyen Âge était en outre le temps du développement de la Cabale, et de l’essor parallèle de la certitude que les lettres de la Torah avaient un réel pouvoir créateur, qu’avait utilisé Dieu pour faire naître le monde.

Or il y a là, dans les lettres de la Torah, et plus particulièrement dans le Nom de Dieu, le Nom imprononçable, l’élément par lequel la matière reçoit la vie.

Où l’on retrouve le rabbin Loew : pour un rabbin, cela n’était-il pas confirmé par une parole des Psaumes ? Au Psaume 139 se trouve en effet le seul passage de la Bible où apparaît le mot Golem : “Mes os ne t'ont pas été cachés lorsque j'ai été fait dans le secret, tissé dans une terre profonde. Je n'étais qu'une ébauche et tes yeux m'ont vu. Dans ton livre ils étaient tous décrits, ces jours qui furent formés quand aucun d'eux n'existait.” (Psaume 139, 15-16.) Golem est ici traduit (dans la TOB) par “ébauche”. Apparaît aussi dans ce passage le livre de vie, écrit dans l’éternité. Or, voilà que c’est ainsi qu’a procédé Dieu avec Adam, le façonnant de la terre avant de lui donner un nom animé par le sien propre, porté dans le souffle divin…

Autant d’éléments d’une conviction qui aurait conduit le rabbin de Prague à concevoir le Golem. Car sa créature recevait la vie du Nom de Dieu que le rabbin insérait dans sa bouche [sous les lettres de Emeth = vérité].

Mais voilà que, dit-on, l’affaire tourna mal : le Golem se dérégla, en quelque sorte. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce dérèglement. Depuis une volonté, dans l’entourage du rabbin, de l’employer à autre chose que ce pourquoi il avait été conçu, jusqu’à celle qui lie le dérapage du Golem à un oubli redoutable : le rabbin devait retirer le Nom divin chaque shabbat. Un vendredi soir il oublia, et rapporte l’historien Gershom Scholem, le Golem se mit à crier avec une force extraordinaire, faisant trembler les maisons et menaçant de tout détruire. Le rabbin décida alors de lui enlever la vie définitivement, lui retira le Nom de Dieu [enlevant une lettre de Emeth, pour faire Moth = mort], et le Golem tomba à terre, inanimé.

On dit qu’alors on le déposa dans les combles de la synagogue de Prague, qui existe toujours. Depuis, le rabbin Loew est mort, on connaît sa tombe. Quant au Golem, on n’entendit plus parler que de la terreur qu’inspirent les combles de la synagogue, surtout à certains de ceux qui y sont montés, même si, semble-t-il, on n’y trouva pas le Golem : sa dépouille d’argile aurait été transportée ailleurs.

Il est vrai que si l’existence de ses prédécesseurs du Moyen Âge n’est pas avérée, le Golem a quand même certainement, semble-il, quelques successeurs depuis. Sautons quelques siècles : passons rapidement sur le docteur Frankenstein. Mary Shelley, qui nous conte son histoire, et celle du monstre qu’il créa, connaissait, certes, l’histoire du Golem.

Mais plus près de nous, n’oublions pas que c’est de Prague, où serait caché le Golem, que vient bel et bien le mot robot ! Or que ne voit-on pas de tentatives d’animations de créatures sous ce nouveau nom ? Nous en connaissons, de ces créatures, qui, nous assurent les informaticiens, sont aujourd’hui capables d’auto-évolution, c’est-à-dire de développer leur propre… j’allais dire intelligence. Peut-être jusqu’à des tentatives de Golems déréglés comme l’ordinateur d'une certaine année 2001, selon un titre célèbre : “2001, Odyssée de l’espace” ? Ou certains des robots du romancier Isaac Asimov qui s’interrogent sur l’existence de l’homme ? Ou, “rêvant de brebis électriques”, les “androïdes” dont on tombe amoureux, comme dans le roman de Philip K. Dick (Do Androids Dream Of Electric Sheep ? — adaptation cinématographique de Ridley Scott : Blade Runner) ? Ou plus modestement, comme l’anti-virus de mon ordinateur, qui (c’est authentique !), au moment où je rédigeais ces lignes, est venu bloquer tout mon système, à l’encontre de ce qu’il est censé faire.

Mais restons sérieux, comme nous y exhorte ce genre d’incidents : les structures d’alphabets numériques, demeurent, dans l’échelle de l’être, à un degré bien moindre que les lettres de la Torah… Sans parler du Nom divin. Le Nom divin reste hors de notre portée : le Golem s’échoue au seuil de l’humanisation, de la rencontre de Dieu symbolisée par le shabbat, ou par le souffle donné par Dieu seul dans la Genèse. Alors en lieu et place de cette matière désanimée — tandis qu’à l’heure de l’homme bionique, lettres, chiffres, ADN ou autres structures transparaissent comme en écho des lettres fondatrices qui précèdent le monde — allons-nous devenir notre propre Golem ?


R.P. - Article paru dans Le Cep, Mensuel
de l’Église réformée de France
en Cévennes Languedoc-Roussillon, n° d’avril 2002.


vendredi 28 mai 2010

Anges et espaces stellaires



(Pour les éléments "factuels" "ufologiques" et l'hypothèse exobiologique, cf. Wikipédia et les liens.)

*

Des ovnis aux anges en passant par le paradoxe de Fermi...

Le 24 juin 1947, Kenneth Arnold, un pilote privé américain, rapporta avoir vu neuf objets volants inhabituels près du Mont Rainier dans l'Etat de Washington alors qu'il effectuait un vol de reconnaissance à bord de son appareil à la recherche d'un avion militaire manquant. Il décrivit les objets comme «brillants», et leur vol comme «irrégulier» avec une «extraordinaire vitesse». C'est cette histoire, largement diffusée par l'Associated Press, qui est à l'origine du lancement de la controverse sur les « soucoupes volantes » (en anglais flying saucers) devenues par la suite des ovnis (objets volants non identifiés).

C'est au cours d'un entretien avec la presse qu'un détail aurait été introduit qui aurait conduit à l'invention de l'expression « flying saucer ». Arnold, décrivant son observation aux journalistes, leur dit notamment que les objets volaient de façon irrégulière, « comme une soucoupe qui ricocherait sur l'eau ». C'est à la suite de la parution des articles le lendemain dans la presse et des commentaires faits à la radio que les expressions « soucoupe volante » et « disque volant » seront inventées par les journalistes, bien que cette description se référât au déplacement des objets plutôt qu'à leur forme. Dans la semaine qui suivit, des centaines d'observations similaires seront rapportées par des témoins qui reprendront ces termes pour les désigner. Arnold se plaignit à de nombreuses reprises d'avoir été cité de façon inexacte, maintenant que les objets avaient la forme d'un demi cercle à l'avant et étaient triangulaires à l'arrière. Il précisera aussi par la suite que l'un d'eux ressemblait à un « boomerang » ou un « croissant »...

Deuxième moment important, « l'affaire Roswell » (Roswell Incident), qui désigne le crash d'un objet non identifié aux États-Unis près de Roswell (Nouveau-Mexique) en juillet 1947. Cet événement est considéré par certains ufologues et une partie des conspirationnistes comme la plus extraordinaire rencontre rapprochée avec des extraterrestres au XXe siècle et par d'autres comme un mythe moderne.

Deux courants de pensées s'affrontent concernant la nature réelle de cet incident : les sceptiques et le gouvernement des États-Unis d'un côté et les partisans de l'hypothèse extraterrestre de l'autre. Le gouvernement explique l'incident par le crash d'un ballon-sonde top-secret Mogul tandis que les partisans de la thèse extra-terrestre soutiennent que l'épave retrouvée est celle d'un ovni extra-terrestre, récupérée et dissimulée par les militaires. Les partisans de l'hypothèse extraterrestre (H.E.T.) expliquent en effet certaines manifestations d'ovni par des visites extraterrestres (la communauté scientifique parle de Phénomène aérospatial non identifié ou « PAN »).

L'incident de Roswell a depuis évolué en phénomène de culture populaire hyper-médiatisé, devenant l'une des manifestations supposées extra-terrestres les plus célèbres...

En 1993, un producteur londonien, Ray Santilli, prétend posséder le film d'une autopsie d'un extraterrestre qui aurait survécu au crash. Le 26 mars 1995, une dépêche de l'AFP évoque un film qui aurait été « tourné il y a près de 50 ans » et montrant l'autopsie d'un extraterrestre après l'accident d'une soucoupe volante. L'affaire de Roswell revient à la une des médias.

Bien plus tard, le 7 avril 2007, la Warner Bros sortira un reportage décrivant « l'histoire d'une fausse autopsie ». Les effets spéciaux auraient été réalisés par le même spécialiste, John Humphreys qui, selon le reportage, avait créé douze ans plus tôt des créatures en latex remplies d'organes de mouton. Mais les convictions des convaincus resteront inébranlables.

Entre temps, le samedi 26 juin 1995, le film entier a été diffusé en France par TF1, dans une émission animée par Jacques Pradel. Le docteur Patrick Braun, chirurgien international à Paris, déclarait que selon lui l'autopsie est bien réalisée sur un corps véritable qui n'est pas non plus le corps d'un être humain malformé. Le docteur Braun et un expert judiciaire en odontologie légale et anthropologie médico-légale, le docteur Josiane Pujol, considèrent qu'aucune pathologie connue de la médecine ne peut expliquer la structure organique du corps autopsié dans le film.

Les incidents et rencontres se sont depuis longtemps multipliés, désormais classifiés en différents types de rencontres.

On va voir qu'on a là un aboutissement d'un processus remontant à la disparition... « officielle » des anges.

Cf. C.-G. Jung, Un mythe moderne. Des "Signes du ciel" (Folio essais) :
En entreprenant l'étude psychologique des soucoupes volantes, C. G. Jung refuse de se prononcer sur le problème de la matérialité physique des faits et il étudie pour l'essentiel les soucoupes volantes, que l'on prétend avoir « vues », comme si on les avait « rêvées ». Il ne s'attache que secondairement au problème de leur réalité externe. Même si elles revêtaient une réalité physique, support du phénomène psychologique, C. G. Jung montre que, dans le sens le plus large, ce dernier est le fruit de la fonction imaginaire inconsciente. Le lecteur découvrira comment le phénomène et l'imagerie des soucoupes volantes expriment, de façon totalement inattendue, l'inadéquation de l'homme moderne à lui-même et au monde, la détresse qui en résulte, une mise en forme balbutiante - grâce à un langage puisé dans l'actualité - de ce qui l'agite, et aussi une tentative de conciliation de ses forces contraires. C. G. Jung inscrit - au-delà de son enquête - la somme de son savoir, de sa réflexion, de son intuition sur le monde et son avenir. Il y dégage pour nous, à l'occasion d'un phénomène contemporain insolite, en une manière d'étude de psychologie appliquée, les leçons de sa science et aussi de sa vie. Le Mythe moderne de C. G. Jung montre un point de jonction entre deux infinis, l'infini du monde extérieur et l'infini qui sommeille en tout homme.

Quant à l'hypothèse de vie extraterrestre matérielle, pour en rester pour l'instant à cette approche, et à l'hypothèse de civilisations extraterrestres, elle trouve un appui très fort dans la statistique. Cf. « l'équation de Drake »...

L'équation proposée par Frank Drake en 1961 est une célèbre proposition mathématique concernant les sciences telles que l'exobiologie, la futurobiologie, l'astrosociologie, ainsi que le projet SETI (search for extraterrestrial intelligence). Formulée ainsi :

N = R x fp x ne x fl x fi x fc x L

N est le nombre de civilisations extraterrestres dans notre galaxie avec lesquelles nous pourrions entrer en contact,
R : le nombre d'étoiles naissantes chaque année dans la Voie Lactée ;
FP : fraction de ces étoiles qui possèdent un système planétaire ;
NE : nombre moyen de planètes similaires à la Terre (aptes à abriter une forme de vie) ;
FL : nombre de planètes habitables sur lesquelles une forme de vie a pu évoluer ;
FI : taux des planètes où une évolution biologique produit effectivement une forme de vie intelligente ;
FC : taux de ces formes de vie intelligentes capables de communiquer à travers l'Univers ;
L : durée de vie moyenne d'une civilisation capable de communiquer à travers l'Univers (exprimée en années).

Cette équation tente d'estimer le nombre potentiel de civilisations extraterrestres dans notre galaxie avec qui nous pourrions entrer en contact. Le principal objet l'équation est de donner le nombre probable de ces civilisations.

Bref, dans cette perspective, est posée la probabilité de l'existence de civilisations extraterrestres.

*

La même hypothèse statistique semble poser ipso facto la probabilité que quelques-unes au moins de ces civilisations ont dû accéder jusqu'à nous.

Où on en vient au paradoxe de Enrico Fermi :

En 1950, Enrico Fermi propose l'hypothèse d'une civilisation extraterrestre dotée de moyens techniques raisonnables, à la portée de la civilisation humaine de l'époque (Fermi étant le père de l'énergie nucléaire civile) : voyage intersidéral à une vitesse nettement inférieure à la vitesse de la lumière et colonisation d'une nouvelle planète pour la transformer en nouvelle base de départ, chaque cycle prenant quelques centaines ou milliers d'années et permettant d'avancer, par bonds successifs, plus loin dans l'espace de quelques dizaines d'années-lumière.

Sachant que la Voie lactée fait environ 50 000 années-lumière de rayon, une vitesse globale du front de colonisation de 1% de la vitesse de la lumière suffit à la coloniser entièrement en quelques millions d'années, ce qui est très peu par rapport à l'âge de la galaxie et au temps qu'il a fallu à la vie terrestre pour évoluer jusqu'à la civilisation humaine actuelle. Si les extraterrestres existent (L'équation de Drake tente de quantifier leur nombre en faisant intervenir de nombreuses variables par ailleurs toutes inconnues sauf une), la logique serait donc que ce phénomène s'est déjà produit, et même éventuellement plusieurs fois. Le paradoxe, c'est que nous n'en observons aucune trace.

Enrico Fermi demande : « si les extraterrestres existent, mais où sont-ils donc ? ». Pourquoi n'avons-nous vu aucune trace d'une vie intelligente extraterrestre, par exemple des sondes, des vaisseaux ou des transmissions radios ?

Les réponses proposées à ce paradoxe sont nombreuses.

1ère réponse : les civilisations (ou les entités) extra-terrestres n'existent pas.

La probabilité qu'une forme de vie avancée puisse se développer ailleurs dans l'univers serait beaucoup plus faible qu'estimée initialement. Ce pourrait être parce que les facteurs permettant de développer la vie sont très nombreux (partant de la présence des éléments chimiques structurant la vie et d'une source d'énergie allant jusqu'à la présence d'une planète géante telle que Jupiter aspirant les astéroïdes qui, autrement, détruiraient trop rapidement la vie en train de se former, ou celle de la Lune empêchant l'orbite de la Terre d'être instable...). Ce pourrait être aussi parce que, même ces facteurs réunis, les probabilités que les éléments chimiques se combinent pour former de la matière vivante sont si faibles que cet événement ne s'est produit qu'une fois dans toute l'histoire de l'univers, c'est, entre autres, pour tenter de trancher cette question que l'on recherche activement des traces de vie sur Mars et que l'on envisage d'en faire autant sur Europe (satellite de Jupiter), seul autre corps du système solaire, en dehors de la Terre, à posséder de l'eau liquide (avec très probablement aussi Encelade, un satellite de Saturne).

Le principe anthropique semble conforter cet argument : pourquoi observerions-nous un univers de cette taille si la vie avait pu apparaître dans un univers plus petit et donc (sans doute) moins improbable ? Objection possible : notre présence n'arrête pas pour autant l'actuelle expansion de l'Univers. Que pourrait penser une possible civilisation (ne connaissant pas notre existence) dans 4 milliards d'années dans un univers encore plus grand ? Les hommes n'étant plus vivants tomberaient sûrement dans l'anonymat, ce qui pose bien sûr un problème pour les religions anthropocentristes. Réponse possible : l'univers serait plus étendu, mais pas plus grand au sens où il ne contiendrait pas plus de matière après son expansion qu'avant, et donc pas plus de probabilité de donner la vie (voire moins en raison de la réduction du nombre d'étoiles par épuisement de l'hydrogène et de l'extinction des plus anciennes).

Et si l'on peut admettre des vies extraterrestres, la vie n'évolue pas nécessairement vers l'intelligence. Ici la leçon est prise de notre première expérience de conquérants d'outre-terres, l'expérience coloniale et son catastrophique ethnocentrisme des conquérants, qui, étendu la la dimension de l'univers, devient anthropocentrisme.

L'anthropocentrisme humain tend à considérer le processus évolutif comme un processus linéaire amenant inexorablement vers sa niche écologique : une forme de vie intelligente (et d'autres ajouteront « qui peut vivre en harmonie sans vouloir s'entre-tuer »). L'intelligence fait partie des nombreux mécanismes d'adaptation permettant à des espèces de survivre, mais n'est pas pour autant le seul. Les cafards, les rats, les fourmis, les bactéries peuvent survivre dans de bien pires conditions. L'intelligence nous a bien réussi sur notre planète, qui possédait ses conditions spécifiques, mais chaque planète pouvant héberger la vie peut fort bien avoir des espèces dominantes ayant suivi d'autres voies ; d'ailleurs, même sur Terre, les dinosaures ont dominé pendant pratiquement 200 millions d'années sans évoluer vers une espèce capable de développer une civilisation technique.

Et puis, l'avènement d'une intelligence technicienne est-elle le débouché inéluctable de l'intelligence ? La série de coïncidences politico-religieuses qui, de la fin du Moyen-Âge à la Renaissance et aux Lumières, utilisant des observations comme celles de Galilée, ont conduit au développement des synthèses philosophiques nouvelles qui ont permis par la suite les développements techniques actuels, est tout sauf inéluctable !

Sans compter la question de savoir si l'intelligence technicienne est le summum de l'intelligence !

Avec cela, il ne faut pas oublier que la vie intelligente, et notamment technicienne, semble vouée à l'autodestruction avant d'essaimer.

Il y a au moins trois raisons qui peuvent soutenir cette hypothèse.

La première est que l'intelligence animale et humaine telle qu'on l'observe est directement liée à l'agressivité (cf. René Girard), et qu'elle en rend les effets de plus en plus graves. À l'extrême, elle peut s'auto-exterminer, et avec elle une bonne partie des formes vivantes de la planète. C'est le scénario brutal.

La seconde est que la vie animale est régulée et motivée par des systèmes émotionnels (douleur, angoisse, plaisir, etc.), que l'intelligence permet de modifier, court-circuiter. Si on donne à un rat la possibilité d'auto-stimuler ses centres nerveux associés au plaisir, il le fait, et il en meurt. Les drogués donnent un autre exemple similaire, et la façon dont les émotions naturellement associées à la reproduction (plaisir sexuel, émotions familiales) sont maintenant court-circuitées et obtenues sans reproduction (avec chute de la natalité sous le seuil de maintien de la population, dès que les techniques adéquates sont disponibles) est également très éclairante. Inversement, l'intelligence peut donner une angoisse existentielle face à une réalité vertigineuse, conduisant au suicide individuel. La perspective de voir une espèce intelligente disparaître « de bonheur » ou « d'angoisse » n'a rien d'inimaginable. C'est le scénario de la disparition en douceur.

La troisième est que sur le chemin des avancées technologiques menant à l'essaimage, il s'en trouve au moins une qui soit incontournable mais mène immanquablement à la perte. Par exemple une dont toute expérimentation a un résultat cataclysmique (vitrification de la planète), ou une très utilisée mais aux effets délétères découverts trop tard (endommagement irréversible de l'environnement ou de l'espèce). Dans ce cas nous serions voués nous aussi à provoquer notre perte.

Dans tous les cas, la vie intelligente peut disparaître avant de se diffuser ou de laisser des traces visibles. Sans aller jusqu'à l'extinction, elle peut aussi se retrouver suffisamment rare pour que chaque individu ait déjà assez à faire pour découvrir seulement la planète, et pour que les ressources importantes nécessaires à un voyage ou un signal spatial ne soient plus disponibles.

Admettons à présent que l'on parvienne à dépasser ces hypothèses pessimistes... Et que des civilisations extra-terrestres existent.

Admettons dans un second temps que soient dépassées les difficultés et obstacles à une rencontre, comme la durée requise (et les embranchements philosophiques) pour que puisse se développer une civilisation technicienne ; ou comme les limitations dues à la physique : pensons par exemple au fait qu'il se peut que l'expansion de l'univers jointe à des questions de lenteur de la lumière et de bilan énergétique interdise de façon durable des voyages suivis à l'extérieur d'un système solaire. La récente découverte (1998) d'une accélération de l'expansion de l'univers donne un poids nouveau à cette hypothèse.

Admettons aussi que soient dépassées les difficultés voulant que les civilisations extraterrestres soient différentes de nous à un point où nous n'aurions pas la possibilité de communiquer. Parmi les raisons possibles à une telle impossibilité, on peut citer :

– des différences considérables d'échelle, y compris par exemple d'échelle de temps ;
– des différences dans la façon de penser, à un point rendant toute communication non seulement inintéressante pour les deux parties mais également structurellement impossible (par exemple, il nous serait extrêmement difficile de communiquer avec une intelligence collective telle qu'une fourmilière) ;
– une différence fondamentale d'essence, etc.

Ces difficultés dépassées, on en vient alors aisément à la fonction angélique des extraterrestres. L'hypothèse est en coïncidence avec les bouleversements cosmologiques mettant en question la fonction des anges (dieux, Intelligences célestes, etc.) qu'on avait liée à la cosmologie. Moment caractéristique : le moment lunette de Galilée / 1609-1610. Moments moins marquants mais similaires : l'atomisme de Démocrite et des épicuriens ou l'univers de Giordano Bruno... Bref les anges ébranlés voient leur existence hypothéquée en faveur de l'hypothèse extra-terrestre.

On sait que de nombreux cultes des extraterrestres se sont développés, proposant une relecture des textes sacrés. Où la rejonction de l'angélologie s'inverse ! - : « Ce ne sont pas les extraterrestres qui remplacent les anges, mais les anges étaient des extraterrestres que notre avancée technologique relative nous permet désormais de reconnaître comme tels ! »

On retrouve alors toutes les catégories d'anges de l'ancienne angélologie, depuis ceux des anges – ceux que l'angélologie d'un Denys l'Aréopagite, par ex., situe au somment de la hiérarchie angélique – qui ne s'occupent pas de nous, jusqu'à ceux qui nous guident, nous surveillent et nous protègent, et nous protègent même de nous-mêmes.

*

Cette nouvelle perspective angélologique se pose en des termes regroupant, et souvent opposant, les différents degrés de la hiérarchie angélique. Depuis l'idée que les extraterrestres ne nous ont jamais visités pour différentes raisons, jusqu'à la certitude, qui est celle de David Vincent, « qu'ils sont déjà parmi nous », soit comme êtres bienveillants soit comme êtres malveillants. Ces hypothèses souvent perçues comme contradictoires en ufologie, ou en « exobiologie », ne le sont nullement en angéloglogie. Il suffit de lire les différentes hypothèses exobiologiques comme correspondant, non pas à diverses hypothèses angélologiques, mais à divers degrés de la hiérarchie angélique.

On peut ainsi parcourir les différentes hypothèses comme autant de degrés descendants des différents ordres angéliques,

1er ordre angélique. Les Séraphins, les Chérubins, les Trônes : ordre d'anges essentiellement tournés vers Dieu – qui, donc ne s'occupent pas particulièrement de nous, Choses formulées, en perspective ufologique/exobiologique, dans les termes suivants :

Les civilisations extra-terrestres existent, ont développé la technologie pour nous visiter, mais ne l'ont pas fait. Ici, on est est dans la proximité du pôle supérieur de la hiérarchie angélique – avec comme formule : «la preuve qu'il y a des êtres intelligents ailleurs que sur Terre est qu'ils n'ont jamais essayé de nous contacter.» (Bill Watterson dans Calvin et Hobbes)

On peut considérer que, soit par hasard, soit pour des raisons éthiques, aucune des civilisations qui seraient apparues n'aurait souhaité s'étendre partout dans la galaxie, laissant à de nouvelles formes de vie le temps de se développer.

Ils peuvent également estimer que la probabilité d'une autre vie intelligente sur une autre planète est faible et ne nécessite pas une recherche sur le long terme.

Enfin, l'application du paradoxe de l'abondance, si leur société se trouvait avoir résolu la question du besoin et si leur psychisme avait une similitude avec le nôtre, peut avoir créé chez eux une importante passivité en éliminant toute recherche intellectuelle. Les éventuels extraterrestres pourraient donc fort bien adopter une attitude de cocooning faisant qu'ils se passent très bien de nous et des complications d'un voyage pour venir nous voir.

Le débat sur notre propre Terre concernant l'exploration spatiale (coûts importants, retombées hypothétiques…) reflète déjà cette préoccupation.

Le 2e ordre angélique fait intermédiaire entre le premier, voué en son sommet à la contemplation de Dieu, et le troisième, chargé de surveiller, guider, assister les hommes. Chez Denys, l'ordre intermédiaire est celui qui regroupe les Dominations, les Autorités, les Puissances – intermédiaire, donc.

Le 3e ordre angélique concerne les anges qui s'occupent de nous : les Principautés, les Archanges, les Anges. Ici on recoupe l'hypothèse des extraterrestres nous visitant :

Les civilisations extra-terrestres existent et nous ont visités, mais ne signalent pas leur présence :

D'éventuels extraterrestres, même s’ils sont passés sur la planète, ne lui ont peut-être pas trouvé d'intérêt, et ont continué leur chemin (ou se sont abstenus de toute visite, compte tenu des informations collectées par leurs capteurs). Une civilisation capable de se déplacer entre systèmes solaires de la galaxie ne doit pas avoir de difficultés à s'approvisionner dans des endroits plus riches ou plus pratiques pour elle, ou tout simplement pour synthétiser la matière utile (au lieu de la transporter d'une planète à une autre, au prix d'efforts et surtout d'un délai exorbitant). Tout ce que nous aurions une chance de voir serait de temps à autres quelques routards galactiques égarés.

Même s'ils se sont aperçus de notre présence les extraterrestres n'ont peut-être pas plus de choses à nous dire que nous n'en avons à dire aux chimpanzés ou aux fourmis. Pire : ils pourraient nous juger impossibles à éduquer et ne pas souhaiter perdre leur temps avec nous.

On peut imaginer enfin que les extraterrestres, s'ils sont passés, l'ont fait il y a trop longtemps pour nous, avant notre apparition (Hypothèse du rendez-vous manqué).

Des extraterrestres existeraient bien et s'intéresseraient à notre espèce :
Ils pourraient le faire de la même façon que nous nous intéressons aux animaux dans des réserves naturelles, par curiosité scientifique et en cherchant à interagir le moins possible avec eux. Les animaux d'un parc naturel ne savent jamais qu'ils sont dans un parc naturel. Et nous ne consacrons pas de ressources à essayer d'enseigner les équations différentielles à des bonobos sauvages, nous préférons les laisser vivre de façon traditionnelle.

L'hypothèse du zoo pourrait aussi n'être qu'une première étape dans le cadre d'une hypothèse plus globale d'un apartheid cosmique. Au lieu de laisser les primates vivre de façon traditionnelle, l’homme lui-même pourrait aussi choisir demain de les guider ainsi dans une évolution contrôlée destinée à faire naître une nouvelle espèce intelligente semblable à l’espèce humaine, dans des réserves terrestres, ou mieux encore, extraterrestres. S'il était seul dans l’univers, la vie intelligente serait ainsi mieux préservée, et l’homme ferait déjà par là œuvre utile. Les moyens dont il dispose actuellement lui permettraient cette entreprise. Sans parler des retombées technologiques considérables de la terraformation d’une planète, les connaissances pouvant être acquises en cette occasion dans le seul domaine des sciences de la vie (conscience, connaissance du cerveau, etc.) pourraient prochainement inciter l’homme à se lancer dans un tel projet cosmique.

Des ET beaucoup plus avancés pourraient avoir fait ce choix de nous guider du primate vers l'homme, intervenant par exemple avec des masques humains, par le biais des religions ("apparitions, miracles"), et par des moyens scientifiques et technologiques de télésurveillance et de contrôle que nous commençons à maîtriser. Cette assistance discrète en apartheid cosmique nous aurait permis de nous éveiller à la conscience sans nous transformer en « robots » par une présence trop dominante. Eux-mêmes issus d'une telle évolution, ils auraient formé une civilisation avant l'homme et seraient entre temps devenus des êtres artificiels. « Parents ou tuteurs cosmiques » de l’homme, ils attendraient naturellement de lui qu'il devienne à son tour "parent ou tuteur cosmique" en hominisant lui aussi d'autres primates. Nous leur apporterions par là la preuve d'une conscience réelle acquise et de la réussite de leur propre expérience d’hominisation de notre espèce. S’ils devaient se dévoiler, ils ne le feraient jamais avant une claire démonstration de l’homme à vouloir perpétuer la vie et l'intelligence. Cette hypothèse est apparentée à celle de la fiction La Sentinelle / 2001, l'odyssée de l'espace.

Cette hypothèse relève plus du réalisme fantastique à la mode dans les années 1960 que d'une véritable supposition scientifique : des extraterrestres existeraient, et auraient entrepris de nous aider discrètement à trouver notre propre voie ainsi qu'à nous corriger de nos éventuels dysfonctionnements. Nous sommes là à la limite des points de vue scientifique et religieux. L'idée a néanmoins été exploitée par la science-fiction via divers médias populaires (romans, films, BD,…). Hergé lui fait un clin d'œil par exemple sous les traits de Jacques Bergier dans Vol 714 pour Sydney.

Les ovnis seraient donc une manifestation de ces visites...

Et l'hypothèse extraterrestre est en effet aujourd'hui l'explication du phénomène ovni privilégiée par la majorité des ufologues, contrairement à la communauté scientifique qui privilégie à l'inverse le modèle sociopsychologique du phénomène ovni. Pour les ufologues, le paradoxe repose sur le rejet du phénomène ovni comme manifestation des extraterrestres. Le rejet peut provenir d'une discordance entre la prédiction de ce que serait la manifestation d'une civilisation extraterrestre et le comportement des ovnis qui ne manifestent pas une volonté de prise de contact. Il faudrait donc, selon ces ufologues, commencer par s'interroger sur la validité de nos attentes sur la forme que devrait prendre la manifestation d'une civilisation extraterrestre visitant la terre.

Si nous ne comprenons pas comment les voyages interstellaires sont possibles, la source d'énergie très puissante dont semble disposer les ovnis ainsi que nombre d'autres capacités affichées par ces engins, ne serait-il pas normal que cette incompréhension s'étende à la logique de leurs manifestations ? Ainsi, toujours selon les ufologues, le raisonnement qui présente la discordance entre le comportement des ovnis et ce qu'on attendrait d'une manifestation extraterrestre ne peut être un argument pour rejeter le phénomène ovni comme possible manifestation des extraterrestres. On peut néanmoins se demander si cette tout-puissance ne rapproche pas plutôt la croyance dans l'hypothèse extraterrestre d'un phénomène religieux. Le mouvement sceptique contemporain dit par exemple ironiquement à ce propos (Michael Shermer) : toute civilisation extraterrestre ayant une avance technologique infiniment supérieure à la nôtre ne peut pas être distinguée de Dieu.

… On le voit, on n'est pas loin de l'ange comme manifestation de l'ultime...




vendredi 26 mars 2010

Anges et dieux


Le livre biblique de Daniel (10,13) mentionne un être céleste expliquant à Daniel : « Le prince du royaume de Perse m'a résisté vingt et un jours ; mais Michel, l'un des premiers princes, est venu à mon secours, et je suis resté là, auprès des rois de Perse. »

Wenders - Les ailes du désir

Où il est donc question d'anges des nations, renvoyant au livre du Deutéronome (32, 8) :
8 Quand le Très-Haut donna un patrimoine aux nations, quand il sépara les humains, il fixa les limites des peuples d'après le nombre des fils d'Israël ;
9 car la part du SEIGNEUR (YHWH), c'est son peuple.


Cf. Genèse 10, qui donne 70 nations, parallèlement à Genèse 46, 27 : « total des gens de la maison de Jacob qui vinrent en Égypte : soixante-dix. »

La version grecque des LXX traduit ce texte du Deutéronome, selon les manuscrits, « anges de Dieu » ou « fils de Dieu » : « Quand le Très haut divisait les nations, quand il séparait les fils d'Adam, il a mis les limites des nations selon le nombre des anges de Dieu. »

Les deux idées, « le nombre des fils d'Israël » ou « le nombre des anges de Dieu », ne sont par forcément contradictoires, mais peuvent renvoyer à deux niveaux de lecture, dans la perspective de la transposition, telle qu'on la retrouve dans le livre de Daniel (10, 13) / ange de la Perse vs Michel, ange figure du Dieu irreprésentable (selon son nom : « qui est comme Dieu ? »), gardien d'Israël.

(L'origine des « anges gardiens » pourrait se trouver en Perse, d'abord anges des nations avant d'être, par la suite, individualisés...)

On a un vis-à-vis, dans une ambivalence des termes entre princes célestes (anges) et prince terrestre (rois). Cf. Daniel 10, 13.

De la Perse à la Grèce, on retrouve ce phénomène de transposition, qui fait qu'un juif hellénistique comme Philon d'Alexandrie retrouve dans les anges de la littérature biblique les daimonia de la tradition grecque. Démon de Socrate comme oracle de Delphes : une parole de sagesse, due éventuellement à un sage du passé, est reçue comme génie intérieur inspirant la sagesse.

*

Où l'on rejoindrait l'approche d'Évhémère, né aux alentours de 316 av. J.-C., un mythographe grec de la cour de Cassandre et auteur d'un roman de voyage fantastique l'Écriture sacrée.

Dans son roman il présente la théorie de l'évhémérisme. Son œuvre a été traduite en latin par Ennius. Il présente dans son roman les dieux grecs comme étant des héros ou de grands hommes divinisés après leur mort. Le roman présente un voyage initiatique qu’il aurait effectué dans une île nommée Panchée où il aurait pu contempler une colonne d’or sur laquelle auraient été racontées les actions, mais aussi la mort de divers hommes portant les mêmes noms que les divers dieux grecs. Ainsi, Zeus aurait été un souverain sage et bienfaisant, Aphrodite une courtisane du roi de Chypre qui en aurait fait une déesse et Athéna une reine guerrière. Sextus Empiricus, qui rapporte les propos d’Évhémère, donne une vision quelque peu différente de la théorie d’Évhémère : dans ce cas, les divinités de ces hommes n’étaient pas dues aux honneurs de l’immortalité que leur aurait conférée d’autres hommes, mais à un titre qu’ils se seraient eux-mêmes attribué. Ainsi, Sextus Empiricus écrit dans Contre l’enseignement des sciences :

« Évhémère, surnommé l’Athée, dit ceci : lorsque les hommes n’étaient pas encore civilisés, ceux qui l’emportaient assez sur les autres en force et en intelligence pour contraindre tout le monde à faire ce qu’ils ordonnaient, désirant jouir d’une plus grande admiration et obtenir plus de respect, s’attribuèrent faussement une puissance surhumaine et divine, ce qui les fit considérer par la foule comme des dieux. »

Plus tard des écrivains chrétiens reprendront parfois sa théorie.

Il y aurait transposition à une fonction céleste des personnages marquants, héros et ancêtres – ce que l'on retrouve dans toutes les civilisations à travers des pratiques comme le culte des ancêtres...



René Girard explique une des voies d'exaltation, paradoxale, de personnages marquants, cela à travers sa conception du mimétisme et de son débouché.

Le mimétisme : si deux individus désirent la même chose, dit-il, il y en aura bientôt un troisième, un quatrième. Le processus fait facilement boule de neige.

Il suffit d’observer la naissance d’un querelle chez des enfants au sujet d’une queue de cerise, ou ce qui revient évidemment au même d’un jouet publicitaire dans une boîte de lessive. Il suffit qu’il y en ait un pour deux, et que l’un des deux l’ait trouvé intéressant pour que s’amorce une querelle. Qu’est-ce d’autre que le fait d’être plusieurs à le convoiter tel métal jaune — ce désir partagé qui lui donne tant de valeur ? Et on reconnaît là le point de départ de toute querelle, ce que René Girard appelle le « mimétisme », l’imitation les uns des autres dans le désir — ce qui fait que le fautif n’est pas celui qui commence (en fait on ne sait jamais qui c’est), mais celui et ceux qui continuent.

L’objet de la querelle est vite oublié, tandis que les rivalités se propagent, et le conflit se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, « la guerre de tous contre tous » (ce que Girard appelle la «crise mimétique») — fruit du péché, qui nous poursuit ensuite par la culpabilité.

Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ? Ici, les hommes ont trouvé « l’idée » d’un « bouc émissaire » (le terme fait référence à l’animal expulsé au désert chargé symboliquement des fautes du peuple selon la Bible).

L’objet de la querelle est vite oublié, tandis que les rivalités se propagent, et le conflit se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, « la guerre de tous contre tous » (ce que Girard appelle la "crise mimétique").

Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ? Ici, les hommes ont trouvé « l'idée » d'un « bouc émissaire » (le terme fait référence à l'animal expulsé au désert chargé symboliquement des péchés du peuple selon la Bible).

C’est ainsi qu'au paroxysme de la crise de tous contre tous peut intervenir ce « mécanisme salvateur » : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un (ou une minorité), qui n'a d'ailleurs même pas de rapport avec le problème de départ ! Si le report sur un « bouc émissaire » ne se déclenche pas, c'est la destruction du groupe. Pourquoi « mécanisme » ? C'est que sa mise en marche ne dépend de personne mais découle du phénomène lui-même. Plus les rivalités pour le même objet s'exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier ce qui en fut l'origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres.

Où on retrouve bien sûr, l’idée de sacrifice. C’est ainsi, précisément, qu’au paroxysme de la crise de tous contre tous peut intervenir ce «mécanisme salvateur» du groupe : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un (ou une minorité), qui n’a d’ailleurs même pas de rapport avec le problème de départ ! Si le report sur un «bouc émissaire» ne se déclenche pas, c’est la destruction du groupe. Pourquoi « mécanisme » ? C’est que sa mise en marche ne dépend de personne mais découle du phénomène lui-même.

Plus les rivalités pour le même objet s’exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier ce qui en fut l’origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres.

À ce stade de fascination haineuse la sélection d’antagonistes va se faire de plus en plus instable, changeante, et c’est là qu’il se pourra qu’un individu (ou une minorité) polarise l’appétit de violence.

Que cette polarisation s’amorce, et par un effet boule de neige, elle s’emballe : la communauté tout entière (unanime !) se trouve alors rassemblée contre un individu unique (ou une minorité).

Ainsi la violence à son paroxysme aura tendance à se focaliser sur une victime et l’unanimité à se faire contre elle. L’élimination de la victime fait tomber brutalement l’appétit de violence dont chacun était possédé l’instant d’avant et laisse le groupe subitement apaisé et hébété. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme l’origine de la crise et la responsable de ce miracle de la paix retrouvée – par une sorte de « plus jamais ça ». Elle devient sacrée, c’est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix.

C’est la genèse du religieux selon Girard, du sacrifice rituel comme répétition de l’événement violent fondateur.

Si les explorateurs et ethnologues n’ont pu être les témoins de semblables faits fondateurs des rites, qui peuvent remonter à la nuit des temps, les preuves indirectes abondent, comme l’universalité du sacrifice rituel dans toutes les communautés humaines et les innombrables mythes les expliquant qui ont été recueillis chez les peuples les plus divers. 

Chagall - Icare

Et on reconnaît dans cette crise l'enclenchement d'une crise comme celle débouchant sur le massacre de la saint-Barthélémy, par exemple, pour la France... Pour la saint-Barthélémy, c'est la minorité protestante qui est ciblée (exutoire de la violence qui couvait, ne serait-ce que pour des raisons économiques : les récoltes ont été mauvaises. Il peut y avoir, il y a eu en l'occurrence, d'autres motifs, bien sûr).

Cela a très souvent concerné les juifs, avant et après la saint-Barthélémy, en tant que minorité. Un événement déclencheur et un massacre qui ne peut plus s'arrêter ! Phénomène similaire à des époques très récentes, du Rwanda à l'ex-Yougoslavie.

Mais l'illégitimité de cette violence va déboucher sur une sorte de réhabilitation des victimes. Pour la saint-Barthélémy, elle deviendra un symbole riche, repère aussi bien pour les Lumières que pour les révolutionnaires, référence future pour le fondement de la démocratie – appuyée sur, et légitimée par, un « plus jamais ça ».

« Plus jamais ça » ! Eh bien c'est précisément ce cycle infernal pour un « plus jamais ça » que les sacrifices rituels mettent entre parenthèse tandis que Jésus – et c'est là le sens de la violence de sa réaction contre Pierre « Derrière moi, Satan! » – Jésus y met fin en ne s'y prêtant pas, en ne répliquant pas, en mourant, donc.

Une seule solution contre le cycle sans fin de la violence : le pardon – déjà dans nos relations quotidiennes. Ce qui suppose l'acceptation de la violence contre soi – pour la stopper. Jésus acceptant la croix : c'est là sa mission. Peu dans l'histoire ont compris cela, même après Jésus. Un Martin Luther King, par ex., est de ceux qui ont compris. D'où l'importance de son message en actes.

Peu l'ont compris. Voilà pourquoi Jésus dit à Pierre : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Jésus est venu pour mettre fin à un cycle infernal qui est tout simplement ce qui empêche, ce qui bloque (on appelle cela un scandale – ce qui bloque).

Jésus stoppant le cycle de la violence se fait lui-même, qui est innocent, la victime qui met fin aux sacrifices par lesquels on détournait provisoirement la violence. Voilà ce que dit, en ses termes à elle, l’Épître aux Hébreux.

Nous voilà avec un bouleversement total de la fonction angélique, entrant dès lors dans une dimension paradoxale, où l'ultime, le divin, ne se signifie plus dans les personnages glorieux, héros ou ancêtres, mais précisément où il semble tout sauf divin : c'est le thème chrétien du paradoxe de la croix, où semble se résoudre et aboutir toute angélologie, avant même que ne soit remise en question sa dimension cosmologique sous la lunette de Galilée... avec des conséquences qui feront l'objet de notre prochaine séance.



vendredi 29 janvier 2010

Le corps, l’ange et nous




Êtres corporels, nous n’avons accès au réel, à nos représentations du réel, que par l’intermédiaire de nos sens. L’adage aristotélicien médiéval demeure incontournable : nihil est in intellect quod non prius fuerit in sensu – il n'est rien dans intellect qui n'ait d'abord été reçu par les sens.

A fortiori, même si cela peut sembler paradoxal, cela est vrai de nos représentations de l’ultime — que nous pressentons…

L’ange est la conjonction de ce qui est au-delà de nos sens, et que nous pressentons, et de notre réalité corporelle. C’est ce que l’on peut avancer comme proposition a minima — et fonction du vocable « ange » dans les langues qui l’emploient : messager, porteur d’un message non-sensible qui doit advenir à des êtres sensibles, des êtres corporels dont les sens sont les seuls moyens d’accès au réel… 

Et donc d’accès à nous-mêmes ! Indispensable détour par l’ange ? Cf. Genèse 32, 23-33 ; Genèse 18, 1-16, etc.

Genèse 32, 23-33 :
23 Jacob se leva cette nuit-là, prit ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants, et passa le gué du Yabboq.
24 Il les prit, leur fit passer l'oued et fit aussi passer ce qui lui appartenait.
25 Jacob resta donc seul. Alors un homme se battit avec lui jusqu'au lever de l'aurore.
26 Voyant qu'il ne pouvait l'emporter sur lui, il le frappa à l'intérieur de la cuisse ; et l'intérieur de la cuisse de Jacob se démit pendant qu'il se battait avec lui.
27 Il dit : Laisse-moi partir, car l'aurore se lève. Il répondit : Je ne te laisserai pas partir sans que tu m'aies béni.
28 Il lui demanda : Quel est ton nom ? Il répondit : Jacob.
29 Il reprit : On ne te nommera plus Jacob, mais Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l'as emporté.
30 Jacob lui demanda : Je t'en prie, dis-moi ton nom. Il répondit : Pourquoi demandes-tu mon nom ? Et il le bénit là.
31 Jacob appela ce lieu du nom de Peniel (« Face de Dieu ») ; car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face, et j'ai eu la vie sauve.
32 Le soleil se levait lorsqu'il passa Penouel. Jacob boitait à cause de sa cuisse.
33 C'est pourquoi, jusqu'à ce jour, les Israélites ne mangent pas le tendon qui est à l'intérieur de la cuisse ; car il avait atteint Jacob à l'intérieur de la cuisse, au tendon.


Genèse 18, 1-16 :
1 Le SEIGNEUR lui apparut aux térébinthes de Mamré, alors qu'il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
2 Il leva les yeux et vit trois hommes debout devant lui. Quand il les vit, il courut à leur rencontre, depuis l'entrée de sa tente, se prosterna jusqu'à terre
3 et dit : Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie, sans t'arrêter chez moi, ton serviteur !
4 Laissez-moi apporter un peu d'eau, je vous prie, pour que vous vous laviez les pieds, puis reposez-vous sous l'arbre !
5 Je vais chercher quelque chose à manger pour que vous vous restauriez ; après quoi vous passerez votre chemin, car c'est pour cela que vous êtes passés chez moi, votre serviteur. Ils répondirent : D'accord, fais comme tu as dit.
6 Abraham se précipita dans la tente pour dire à Sara : Dépêche-toi, pétris trois séas de fleur de farine et fais-en des galettes.
7 Abraham courut vers le bétail, prit un veau tendre et bon et le donna à un serviteur, qui se dépêcha de le préparer.
8 Il prit du lait fermenté, du lait frais, et le veau qu'on avait préparé, et il les mit devant eux. Il resta debout à leurs côtés, sous l'arbre, tandis qu'ils mangeaient.
9 Alors ils lui dirent : Où est Sara, ta femme ? Il répondit : Elle est là, dans la tente.
10 Il dit : Je reviendrai chez toi l'année prochaine ; Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l'entrée de la tente qui était derrière lui.
11 Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge, et Sara avait cessé d'avoir ses règles.
12 Sara rit en elle-même : Maintenant que je suis usée, se dit-elle, aurais-je encore du plaisir ? D'ailleurs mon maître aussi est vieux.
13 Le SEIGNEUR dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant : « Pourrais-je vraiment avoir un enfant, moi qui suis vieille ? »
14 Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part du SEIGNEUR ? L'année prochaine, au temps fixé, je reviendrai vers toi, et Sara aura un fils.
15 Sara mentit : Je n'ai pas ri, dit-elle ; car elle avait peur. Mais il dit : Si, tu as ri !
16 Les hommes se levèrent pour partir et se tournèrent du côté de Sodome. Abraham marchait avec eux pour les reconduire.


De l’a minima, s’induisent des développements, via le discours mythique. Cf. Genèse 6, 1-4 et sa lecture par le livre d’Hénoch (cf. I Hénoch ch. 6 selon la versification reprise dans l’édition de la Pléiade — ou ch. 7 dans la versification de l’éd. citée ici) :

« Quand les enfants des hommes se furent multipliés dans ces jours, il arriva que des filles leur
naquirent élégantes et belles.
Et lorsque les anges, les enfants des cieux, les eurent vues, ils en devinrent amoureux ; et ils
se dirent les uns aux autres : choisissons-nous des femmes de la race des hommes, et ayons
des enfants avec elles. […] »

Le livre d’Hénoch est cité dans le Nouveau Testament, par l’épître de Jude v. 14-15 : « Hénoch, le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes : « Le Seigneur est venu avec ses saints par dizaines de milliers, afin d'exercer le jugement contre tous et de les confondre pour toutes leurs œuvres d'impiété et pour toutes les paroles dures qu'ont proférées contre lui les pécheurs impies. » (1 Hén ch. 1, v. 9 – ou ch. 2 dans une autre versification)

La hiérarchie angélique et ses développements : du tétramorphe d’Ézéchiel ch. 1 à Denys l’Aréopagite…

Ézéchiel ch. 1 :
1 La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, comme j'étais parmi les exilés près du Kebar, le ciel s'ouvrit, et j'eus des visions divines.
2 Le cinquième jour du mois — c'était la cinquième année de l'exil du roi Joïakîn —
3 la parole du SEIGNEUR parvint à Ezéchiel, fils de Bouzi, le prêtre, au pays des Chaldéens, près du Kebar ; c'est là que la main du SEIGNEUR fut sur lui.
4 Je regardai : il vint du nord un souffle de tempête, une grosse nuée et une gerbe de feu, qui répandait une clarté tout autour. Il y avait comme un éclat étincelant sortant du milieu d'elle, du milieu du feu.
5 Au milieu, quelque chose qui ressemblait à quatre êtres vivants dont l'aspect semblait humain.
6 Chacun d'eux avait quatre faces et quatre ailes.
7 Leurs jambes étaient droites, et leurs pieds étaient comme les sabots d'un taurillon ; ils étincelaient de l'éclat du bronze poli. 8Ils avaient des mains humaines sous les ailes à leurs quatre côtés ; et tous les quatre avaient leurs faces et leurs ailes.
9 Leurs ailes étaient jointes l'une à l'autre ; ils ne tournaient pas quand ils se déplaçaient : chacun allait droit devant lui.
10 Leur face ressemblait à celle d'un homme ; tous les quatre avaient une face de lion à droite, tous les quatre une face de taureau à gauche et tous les quatre une face d'aigle.
11 Leurs faces et leurs ailes étaient séparées par le haut ; chacun avait deux ailes jointes l'une à l'autre, et deux qui lui couvraient le corps.
12 Chacun allait droit devant lui ; ils allaient où allait le souffle ; ils ne tournaient pas quand ils se déplaçaient.
13 L'aspect de ces êtres vivants ressemblait à des braises ; c'était comme l'aspect des flambeaux, et ce feu circulait entre les êtres vivants ; le feu répandait une clarté, et du feu sortaient des éclairs.
14 Les êtres vivants couraient et revenaient, comme la foudre.
15 Je regardais ces êtres vivants : il y avait une roue à terre, à côté des êtres vivants, devant leurs quatre faces.
16 L'aspect de ces roues, leur structure, avait l'éclat de la chrysolithe, et toutes les quatre se ressemblaient ; leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d'une autre roue.
17 Elles allaient sur chacun de leurs quatre côtés quand elles se déplaçaient ; elles ne viraient pas quand elles se déplaçaient.
18 Leurs jantes, d'une dimension formidable, leurs jantes à toutes les quatre étaient remplies d'yeux tout autour.
19 Quand les êtres vivants se déplaçaient, les roues allaient à côté d'eux ; quand les êtres vivants s'élevaient de terre, les roues s'élevaient aussi. 20Ils allaient où allait le souffle, dans le sens du souffle, et les roues s'élevaient avec eux : le souffle du vivant était dans les roues.
21 Quand ils se déplaçaient, elles se déplaçaient ; quand ils s'arrêtaient, elles s'arrêtaient ; quand ils s'élevaient de terre, les roues s'élevaient avec eux, car le souffle du vivant était dans les roues.
22 Au-dessus de la tête des êtres vivants, il y avait quelque chose qui ressemblait à une voûte céleste, qui avait l'éclat redoutable de la glace et qui se déployait au-dessus de leurs têtes.
23 Sous cette voûte, leurs ailes étaient droites l'une contre l'autre, ils en avaient chacun deux qui les couvraient, chacun deux qui couvraient leur corps.
24 J'entendis le bruit de leurs ailes, quand ils se déplaçaient, pareil au bruit de grandes eaux, ou à la voix du Puissant ; c'était un bruit tumultueux, comme celui d'une troupe ; quand ils s'arrêtaient, ils laissaient retomber leurs ailes.
25 Une voix venait d'au-dessus de la voûte qui se trouvait au-dessus de leurs têtes ; lorsqu'ils s'arrêtaient, ils laissaient retomber leurs ailes.
26 Tout au-dessus de la voûte qui était au-dessus de leurs têtes, il y avait quelque chose qui avait l'aspect du lapis-lazuli et qui ressemblait à un trône ; et, au-dessus de ce qui ressemblait à un trône, ce qui ressemblait à l'aspect d'un être humain.
27 Je vis encore comme un éclat étincelant qui avait l'aspect du feu et qui rayonnait tout autour, depuis ce qui paraissait être ses reins jusqu'en haut, et depuis ce qui paraissait être ses reins jusqu'en bas ; je vis quelque chose qui avait l'aspect du feu, une clarté tout autour de lui.
28 Tel l'aspect de l'arc qui apparaît dans les nuages un jour de pluie, tel était l'aspect de la clarté qui l'entourait : c'était l'aspect de la ressemblance de la gloire du SEIGNEUR. Quand je le vis, je tombai face contre terre et j'entendis quelqu'un qui parlait.



Denys l’Aréopagite et la Hiérarchie céleste

« C’est pourquoi l’ordre hiérarchique étant
que les uns soient purifiés
et que les autres purifient ;
que les uns soient illuminés
et que les autres illuminent ;
que les uns soient perfectionnés
et que les autres perfectionnent »

(Denys l’Aréopagite, Le Livre de la Hiérarchie céleste, chapitre 3)

la Hiérarchie céleste :

L'Un
Les Séraphins Les Chérubins Les Trônes
Les Dominations Les Autorités Les Puissances
Les Principautés Les Archanges Les Anges


Thomas d’Aquin (1225-1274) marque un point d’orgue, reprenant selon la distinction distinction farabienne (de Al-Farabi, philosophe persan, 872-950) et avicénienne (de Avicenne, philosophe persan, 980-1037) de l’essence et de l’existence : l’ange est alors parfaitement incorporel.






vendredi 6 novembre 2009

Types de mythes modernes




Introduction au parcours de l’année : de l’ange, autre face de nous-mêmes* à l’extraterrestre… (*Mathieu 18,10 : ‘leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux’).

- Types de mythes modernes — 06.11.09
- Le corps, l'ange et nous — 29.01.10
- Anges et dieux — 26.03.10
- Anges et espaces stellaires — 28.05.10

Les mythes modernes…
Proposition d’une approche en cinq types :

- 1) L’âge d’or perdu
(Atlantide / Utopie / Tolkien / H. Potter / Planète des singes / Star Wars / 4e dimension / etc.)

- 2) Prométhée
(le Golem / Frankenstein / robots et ordinateurs / 1984 / Meilleur des mondes / Superman & alii / l’homme invisible / la mouche / etc.)

- 3) Le retour de l’ange
(extraterrestres / Cargo / 2001 / David Vincent / cf. Jung / etc.)

- 4) La contamination et le contact impossible
(de Tristan et Iseult à Dracula / Twilight / etc.)

- 5) L’Irrémédiable ou l’indicible origine
(Mal envahissant / Possessions et perte de sens / Stephen King / etc.)




Raison & logos vs volonté & mythes
Lumières (2, 3) ; romantisme (4, 5) et entre deux (1).


RP, 
Cercle Philo-sophia,
Sophia Antipolis, 06.11.09