samedi 28 avril 2012

Entre Ascension et Pentecôte - Temps du départ du Christ, pour une nouvelle présence



« Si je ne m'en vais pas, le Consolateur, l’Esprit saint, ne viendra pas » (Jean 16, 7)… Quelques quarante jours avant l’Ascension, le départ du Christ annoncé en ces termes est sa mort : le Christ est « élevé », élevé à la Croix, et, par là, déjà avant l’Ascension, « enlevé » à ses disciples.

Dans le départ du Christ, c’est une réalité à la fois étonnante et connue de la vie de Dieu avec le monde qui est exprimée : son retrait, son absence. Car si Dieu est présent partout, et si le Christ ressuscité est lui-même corporellement présent — il est ici —, il est aussi absent, caché, comme le signe au jour de l’Ascension la cessation des apparitions. Comme il en est du Père, nous ne le voyons pas.

C’est l’Esprit saint qui nous communique cette impalpable, imperceptible présence au-delà de l'absence, et nous met dans la communion de l'insaisissable. En signe, sa venue est liée au départ de Jésus. Nous laissant la place, il nous permet de devenir ce à quoi Dieu nous destine, ce pourquoi il nous a créés.

Cela nous enseigne en parallèle ce qu'il nous appartient de faire dans les temps d'absence : devenir ce à quoi nous sommes destinés, en marche vers le Royaume ; accomplissement de la Création.

Devenir ce que nous sommes en Dieu qui s'est retiré pour que nous puissions être, par le Christ qui s’est retiré pour nous faire advenir dans la liberté de l’Esprit saint, suppose que nous nous retirions à notre tour de tout ce que nous concevons de nous-mêmes, et suppose que nous laissions aller à notre tour ce qui nous est enlevé.

Le Christ lui-même s'est retiré pour nous laisser place, pour que l'Esprit saint vienne nous animer, cela à l'image de Dieu entrant dans son repos pour laisser le monde être.

C'est ainsi que se complète notre création à l'image de Dieu, c’est ainsi que, par l’Esprit saint, se constitue notre être de résurrection.

RP
Echanges / Fil des jours, mai 2012


jeudi 26 avril 2012

Psaumes - Présence de Dieu et force de l’humilité




Psaume 8
2 SEIGNEUR, notre Seigneur,
Que ton nom est magnifique
par toute la terre !
Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur !
3 Par la bouche des tout-petits et des nourrissons,
tu as fondé une forteresse
contre tes adversaires,
pour réduire au silence l'ennemi revanchard.
4 Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu as fixées,
5 qu'est donc l'homme pour que tu penses à lui,
l'être humain pour que tu t'en soucies ?
6 Tu en as presque fait un dieu :
tu le couronnes de gloire et d'éclat ;
7 tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ;
tu as tout mis sous ses pieds :
8 tout bétail, gros ou petit,
et même les bêtes sauvages,
9 les oiseaux du ciel, les poissons de la mer,
tout ce qui court les sentiers des mers.
10 SEIGNEUR, notre Seigneur,
que ton nom est magnifique
par toute la terre !

Une tout autre cosmologie que celle d’aujourd’hui, mais déjà l’intuition des infinis…

Cf. au début de l’ère moderne, post-galiléenne, Pascal (Pensées, Fragment 72) — non sans rapport probable avec sa méditation du Psaume :

« Disproportion de l'homme. — Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.
Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est ; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix.
Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ?
Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ses jambes, du sang dans ses veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ses humeurs, des vapeurs dans ces gouttes ; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours ; il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinité d'univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné ; et trouvant encore dans les autres la même chose sans fin et sans repos, qu'il se perde dans ses merveilles, aussi étonnantes dans leur petitesse que les autres par leur étendue; car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l'égard du néant où l'on ne peut arriver ?
Qui se considérera de la sorte s'effraiera de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles ; et je crois que, sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption.
Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti.
Que fera-t-il donc, sinon d'apercevoir quelque apparence du milieu des choses, dans un désespoir éternel de connaître ni leur principe ni leur fin ? Toutes choses sont sorties du néant et portées jusqu'à l'infini. Qui suivra ces étonnantes démarches ? L'auteur de ces merveilles les comprend. Tout autre ne le peut faire.
Manque d'avoir contemplé ces infinis, les hommes se sont portés témérairement à la recherche de la nature, comme s'ils avaient quelque proportion avec elle. C'est une chose étrange qu'ils ont voulu comprendre les principes des choses, et de là arriver jusqu'à connaître tout, par une présomption aussi infinie que leur objet. Car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une présomption ou sans une capacité infinie, comme la nature. […] »



A fortiori dans le cadre de l’astrophysique actuelle…

On estime aujourd’hui que l'Univers observable compte quelques centaines de milliards de galaxies de « masse significative », c’est-à-dire contenant quelques centaines de milliards d’étoiles. Ce nombre n’est toutefois pas limitatif, puisque le nombre d’étoiles des galaxies dites « naines », c’est-à-dire ne comptant « que » quelques millions d'étoiles, est difficile à déterminer du fait de leur masse et de leur luminosité « très faibles », et qu’en outre d’autres, trop lointaines, échappent à notre observation. L'Univers dans son ensemble, dont l'extension réelle n'est pas connue, est susceptible de compter un nombre immensément plus grand de galaxies.

Bref, quelques centaines de milliards de galaxies de masse significative sans compter les galaxies moins grandes, et donc plus difficilement observables, et les autres qui nous échappent !

Notre galaxie, la Voie lactée, est une des centaines de milliards de galaxies observables, et de masse dite « significative ». La Voie lactée a une extension de l'ordre de 100 000 années-lumière. C’est-à-dire que l’on perçoit les étoiles lointaines de notre seule galaxie comme elles étaient il y a 100 000 ans. Et notre galaxie est donc une seule de ces galaxies de quelques centaines de milliards d'étoiles.

Le soleil est une des centaines de milliards d’étoiles de cette galaxie, elle-même une parmi quelques centaines de milliards de galaxies semblables observables. Le soleil est donc l’étoile de notre système solaire, autour duquel tourne la terre — sur laquelle nous nous questionnons sur tout cela aujourd’hui.



 
La flèche rouge indique "notre" soleil...


Voilà qui met les choses en perspective, et qui est fondé à nous donner le sens du vertigineux en regard de nos préoccupations !

Troublant en un sens, car on pourrait se dire, en considérant les choses que je viens d’essayer de résumer très brièvement, que tout ça est le fait du hasard, un mini-bouillon de culture hasardeux dans l’Univers.

Qu’est-ce que l’homme… ? (Psaume 8)


… Et en regard de la microphysique contemporaine

L’objet infime de notre observation est modifié par l’observateur…

« Lorsque nous observons un objet, nous le percevons à travers notre regard. Le regard n’est pas neutre. Il agit comme un filtre et sélectionne les éléments en fonction de sa sensibilité. Il ne retient que ce qu’il peut percevoir à la manière d’une pellicule photographique qui s’imprègne d’une image en fonction de sa propre capacité réceptive. Ainsi, le monde entier passe au crible de nos sens. Que voyons-nous vraiment ? En fait, nous ne percevons que ce qui correspond à notre façon de voir. Et inversement, de quelle nature sont les phénomènes que nous ne saisissons pas ? À cela, il ne peut y avoir de réponse, puisque, par définition, nous n’en avons aucune idée. […]

Quid de la science objective ? Selon les termes mêmes du physicien allemand Werner Carl Heisenberg (1901-1976) :
« ce que nous observons n’est pas la nature elle-même, mais la nature exposée à notre méthode d’investigation (…) L’objet de la recherche n’est donc plus la nature en soi, mais la nature livrée à l’interrogation humaine et dans cette mesure, l’homme ne rencontre ici que lui-même » (Werner Heisenberg, La Nature dans la Physique contemporaine, Folio essais, p. 137). D’une certaine façon, on serait tenté de dire que dans ses derniers chapitres consacrés à la microphysique, le livre de la nature se referme sur son lecteur. » (Henri-Marc Becquart, L’épopée de l’univers, p. 12 & 17)


Où la science contemporaine bouscule jusqu’à la logique aristotélicienne, qui continue pourtant de fonctionner au plan quotidien, au plan du sens commun, tout comme la gravitation continue d’être à l’ordre du jour, et comme l’expérience sensorielle nous maintient dans le géocentrisme : nous voyons bien que « le soleil et lève et se couche » — … nous concevons même toujours, à l’instar des hommes de l’époque de l’invention de l’Écriture, la terre comme un espace d’accueil de la vie ! Nous comptons toujours nos jours, sept jours, en regard des sept planètes du monde ancien géocentrique et nos mois en douze cycles que les anciens retrouvaient en symboles dans la sphère des étoiles fixes… L’humain reste un être de signes et de symboles…

*

La pensée de l’homme apparaît comme signe de la présence de Dieu. Pensée et étonnement comme mystère et signe personnel de Dieu.

Apparaît alors le rapport entre la figure messianique idéale et l’Homme comme figure primordiale, expression du Fils de l’Homme des Apocalypses.

Nous voilà au point où la grandeur de l’homme apparaît en ce qu’il pense — roseau pensant — son humilité radicale d’être du temps, où il se révèle fondé en éternité.

Pascal à nouveau (Pensées, Fragment 397) :

« La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable.
C'est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. […]
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. »





… Où pour ne pas basculer à nouveau dans l’orgueil face à l’univers, l’on est mis face à la nécessité de l’oubli — où l’humilité se rappelle comme racine du mot « homme » : l’homme concret, au plus concret l’enfant (Ps 8, 3) ancrant la louange du Dieu présent dans la distance entre lui-même (tout petit) et l’idée éternelle de lui-même pensé par Dieu (Ps 8, 5), face à laquelle il est fondé. Force hors mesure face à toute adversité !



Lutte avec Dieu et combat contre le mal
« Ce n’est pas contre la chair et le sang
que nous avons à lutter » (Ep 6, 12)

Les Psaumes – Louanges
Livre de prières communes et de lutte avec Dieu
(6) 26 avril - Présence de Dieu et force de l’humilité (version imprimable pdf ICI)

R.P., KT Adultes, Antibes 2011-2012



vendredi 13 avril 2012

Foi et raison, de Thomas d’Aquin à Galilée



Nous sommes passés d’un temps où foi et raison sont en continuité, à un temps où elles sont en rupture. Question raison, Thomas d’Aquin se réfère à Aristote, et à ses développements rationnels sur les causes, qu’il rattache à la cause première : Dieu, qui est aussi, selon un autre angle, objet de foi… Une vision du monde fortement questionnée par la lunette de Galilée…


Quatre causes selon Aristote

Aristote, Métaphysique, en A, 3, 983 a — repris par Thomas d’Aquin : quatre causes pour expliquer que tel objet acquiert telle forme :

· Cause efficiente kinèsis — (motrice) principe d’où part le mouvement
· Cause matérielle hylè
· Cause formelle eidos
· Cause finale telos

Ex. : qu’est-ce qui fait que tel sujet acquiert telle forme, que l’airain devient statue ?

· la cause matérielle de quoi la chose est faite : l’airain
· la cause formelle : idée de la statue dans l’esprit du sculpteur
· la cause motrice : le sculpteur
· la cause finale : état final ou achevé en vue duquel l’être en puissance est devenu être en acte : forme de la statue

Ces quatre causes de ce qui existe peuvent être remontées — de ce qui existe et dépend à ce qui cause l’existence des êtres qui en dépendent, la cause première, Dieu. Thomas, qui reçoit Aristote depuis le monde arabe — via notamment le musulman Averroès et le juif Maïmonide dont il accueille l’apport —, donne cinq voies de remontée à la cause première. Cinq voies qui recoupent les causes ci-dessus (à l’exception de la cause matérielle) — trois causes donc, vers lesquelles les cinq voies remontent : la cause efficiente (voies 1, 2, 3. Cf. Ac 17, 28 : « en lui nous avons la vie/2, le mouvement/1, et l’être/3 »), la cause formelle (voie 4. Cf. Jc 1, 17), la cause finale (voie 5. Cf. Es 25, 1).


Cinq voies (ou preuves) selon Thomas d’Aquin

Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia, quæ. 2, art.3 :
1. la preuve par le mouvement : tout être en mouvement est mis en mouvement par un autre ; or on ne peut pas remonter de proche en proche à l'infini, il faut un être immobile capable de communiquer le mouvement à d'autres êtres, un « moteur immobile » : Dieu ;
2. il existe un enchaînement de causes à effet dans la nature, or il est impossible de remonter de causes à causes à l'infini ; il faut nécessairement une Cause Première ;
3. les êtres de notre univers sont « contingents », pouvant exister ou ne pas exister : s'ils existent, c'est parce qu'un autre être, lui même contingent, les a amenés à l'existence ; l'ensemble de tous les êtres contingents est lui même contingent, et là encore on ne peut pas remonter indéfiniment : il faut un « être nécessaire », un être qui ne peut pas ne pas exister ; comme il est nécessaire, il est nécessairement ce qu'il est, il ne peut pas être autre chose que ce qu'il est, il a donc en lui toutes les perfections possibles ;
4. le degré de perfection des êtres : C'est une preuve reprise de Platon, qui a remarqué qu'il y a des perfections dans les choses (bien, beau, vrai) mais à des degrés différents. Or il faut nécessairement qu'il y ait un Être qui possède ces perfections à un degré maximum, puisque dans la nature toutes les perfections sont limitées ;
5. on observe un ordre dans la nature. Or à tout ordre il faut une intelligence qui le commande. Cette Intelligence ordinatrice est celle de Dieu.


L’existence de Dieu, ainsi, relève non de la foi, mais de la raison. La foi est requise pour recevoir Dieu comme Trinité, incarné, pour recevoir une révélation comme celle de la résurrection du Christ... — on peut dire aussi pour recevoir la cause ultime comme bonne et favorable. Mais elle n’est pas requise — la raison suffit — pour recevoir l’idée qu’il y a une cause première de tous les paramètres causaux de ce qui advient.

Bref, pour le dire en termes non-aristotéliciens, ce qui advient dépend d’une infinité de paramètres, de causes, dont la cause ultime est ce à quoi on donne le nom « Dieu »…

Or pour Thomas, en temps aristotéliciens, cela est lié précisément à la logique et à la cosmologie en place.

De l’Antiquité à la Renaissance, la clef de lecture et d’établissement des systèmes est la logique d’Aristote (IVe s. av. JC) : identité, non-contradiction, tiers exclu (A est A, A n'est pas non-A, il n'y a pas de milieu entre A et non-A), posant la connaissance comme « adéquation de la chose et de l’intellect », en cohérence avec le système du monde aristotélicien : une terre sphérique (avant Aristote la terre n’est pas encore ronde) à un pôle (au centre), à l’autre pôle le « ciel empyrée » et le « trône de Dieu ». Le « ciel empyrée » est le « dixième ciel », les autres cieux étant ceux des sept « planètes » observables à l’œil nu (Lune, Mercure, Venus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne), plus le ciel des étoiles fixes (le zodiaque) et le ciel du mouvement diurne. La matière céleste est l’éther (la cinquième essence, la quintessence, matière spirituelle et lumineuse), au-delà des quatre autres « essences » ou éléments : terre, eau, air, feu — matière de notre ici-bas. Un monde mû par les Intelligences célestes, les anges chez Thomas, imitant la perfection de Dieu.

L’intelligible, la forme, substance intellectuelle des choses, fait advenir les êtres matériels comme réalité connaissable, parce que dotée de forme intelligible. Substance (ce qui se tient en dessous) intelligible, le rôle de l’intelligence « est de capter des êtres, non de fabriquer des concepts ou d’ajuster des énoncés » (Pierre Rousselot, L’intellectualisme de S. Thomas).

Cela est ajusté sur le monde hiérarchique intelligible. Les hommes en sont l’expression dans la matière, d’où, dans le monde des êtres intelligents, partagé par Dieu et les anges, la caractéristique de la raison : l’être rationnel, l’homme, est obligé de procéder par abstraction là où les êtres immatériels ont une connaissance intuitive, immédiate.

La raison humaine n’en participe par moins du monde intellectuel, à son humble mesure, évoluant, se mouvant dans le monde sensible, le monde sub-lunaire, quand les anges occupent le monde supra-lunaire, dont la matière parfaite est l’éther. Exempts eux-mêmes de matière, même spirituelle, les anges meuvent le monde supérieur, les orbes célestes, dont certaines sont celles sur lesquelles tournent les corps célestes composés d’éther (les planètes).

Dans ce cadre, la foi accède, en continuité avec la raison, à un donné inaccessible à la raison, mais qui lui est ouvert par la voie révélée, à partir de la Bible.



La lunette de Galilée

Ce monde mû par les anges s’est irrémédiable écroulé sous le regard de Galilée (XVIIe s.) aidé de sa lunette grossissante, qui lui permet de dire que les planètes sont composées de matière similaire à celle que nous connaissons ici-bas. S’esquisse la confirmation des calculs de Copernic… Et s’ensuit l’effondrement du monde aristotélicien, véritable « ébranlement des puissances des cieux ».

Le monde va désormais devoir se penser sur un mode autre que celui de l’harmonie géocentrique, avec un Dieu garant de cette harmonie, via éventuellement son représentant, le pape, qui lui-même a été fortement ébranlé par la Réforme.

Suite à Descartes (XVIIe s.) apparaissent d’autres propositions de systèmes du monde que le système aristotélicien sur lequel s’appuyaient aussi les systèmes théologiques. Le pôle central du système nouveau est le sujet : « je pense donc je suis » (formule reprise d’Augustin, mais désormais centrale et fondatrice).

Newton vient à son tour proposer l’alternative de la force gravitationnelle pour expliquer la rotation des planètes mues auparavant, dans le système aristotélicien / ou ptoléméen, par les anges — intelligences célestes.

Un monde s’est bel et bien écroulé, entraînant des ruptures en matière de connaissance, ruptures épistémologiques qui maintiennent toutefois la logique d’Aristote, logique de non-contradiction, selon un autre cadre, d’autres systèmes.

Une nouvelle rupture intervient au début du XXe s. avec Einstein et la théorie de la relativité.

*

D’Aristote, puis Thomas d’Aquin, à nos jours, un cycle s’est déroulé : des ruptures radicales dans les mises en place de systèmes s’en sont suivies. L’acte de foi est à présent perçu comme étant en rupture par rapport à la raison. L’intellect est ramené d’une participation intelligible des êtres à une connaissance individuelle discursive. La question de la pertinence et de la possibilité de la notion de participation intelligible des êtres à la même structure, accessible à l’intelligence partagée et à la foi, n’en demeure pas moins entière, en-deçà du monde effondré qui l’avait vu naître.

RP
Vence, "Groupe du Moulin", 13.04.12
(Version imprimable pdf ICI)


jeudi 22 mars 2012

Psaumes. "L’aujourd’hui" de Dieu




Psaume 2:7 : « Je publierai le décret ; L’Eternel m’a dit : Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui. »
Psaume 95:7 : « Car il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit… Oh ! si vous pouviez écouter aujourd’hui sa voix ! »


Deux Psaumes, le Ps 2 et le Ps 95, soulignant une constante de la Parole de la foi : « aujourd’hui ». Deux Psaumes qui sont repris, bien plus tard, pour un autre « aujourd’hui », dans l’Épître aux Hébreux :

Hébreux 1:5 : « Auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, Je t’ai engendré aujourd’hui ? Et encore : Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils ? »
Hébreux 5:5 : « Et Christ ne s’est pas […] attribué la gloire de devenir souverain sacrificateur, mais il la tient de celui qui lui a dit : Tu es mon Fils, Je t’ai engendré aujourd’hui ! »

Aujourd’hui éternel !…

Hébreux 3:7-8a : « C’est pourquoi, selon ce que dit le Saint-Esprit : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs ».
Hébreux 3:13 : « Mais exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire : Aujourd’hui ! afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. »
Hébreux 3:15 : « pendant qu’il est dit : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de la révolte. »
Hébreux 4:7 : « Dieu fixe de nouveau un jour — aujourd’hui — en disant dans David si longtemps après, comme il est dit plus haut : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs. »


Un « aujourd’hui » qui vaut toujours… aujourd’hui.


Cf. Kierkegaard et la contemporanéité avec l’Absolu — manifesté en Christ.

Sur Exercice en christianisme. Citation de Daniel Vidal, « Søren Kierkegaard, Exercice en christianisme », Archives de sciences sociales des religions, 140, 2007 (extraits) :

Le christianisme est « l’Absolu », et c’est à cet Absolu que le croyant est invité à se confronter. Par quelles voies, avec quelles armes ? En se portant contemporain du Christ : « Aucune parole de Christ, pas même une seule, tu n’as le droit de te les approprier, tu n’as pas la moindre part en lui, pas la plus éloignée des communautés avec lui, si tu n’es pas contemporain avec lui dans son abaissement ». Être du même « temps », ce temps de l’irruption du scandale, quand rien encore n’est avéré, ni accompli, mais que tout est déjà joué, que tout apparaît « absurde », et que cet « absurde » est marque d’« extraordinaire » : « Que Dieu ait vécu ici sur terre comme un homme singulier, c’est infiniment extraordinaire. Si cela n’avait eu strictement aucune conséquence, ce serait la même chose, cela resterait parfaitement extraordinaire, infiniment extraordinaire ». Être en exacte contemporanéité avec cet événement au revers de tout ordre, conditionne une nouvelle, et à proprement parler, intransitive, conception du temps. « Par rapport à l’absolu, il n’y a qu’un seul temps, le présent ». Christ ? : « Une personne au plus haut point anhistorique » : si l’histoire dit « ce qui s’est réellement passé », et si l’on applique cette formule au christianisme, on rend impensable du même coup le temps de la pure présence, et donc sans cesse recommencée, de l’« évènement christique ».

Si, comme il en va dans l’Exercice, ne peut véritablement comprendre que celui qui se fait « contemporain » de son « objet » — l’homme-Dieu ici, là cet autrui singulier, là encore tous les autruis —, alors cette exigence de contemporanéité induit un « rapport à la vérité où chacun “recommence à zéro” ».

Sur Miettes philosophiques. Citation de Hélène Politis, Le vocabulaire de Kierkegaard (extrait) :

C'est comme croyant que le disciple se rapporte «à ce maître-ci de telle sorte qu'il s'occupe éternellement de son être-là historique» (Mi, SV3 VI, p. 58-59/0C VII, p. 58). Effectuant cette visée paradoxale, le contemporain et le non-contemporain rencontrent exactement la même difficulté. Nul n'a le moindre privilège comparé à l'autre ni le contemporain parce qu'il aurait vu personnellement l'événement, ni le non-contemporain parce qu'il pourrait être mieux documenté sur les circonstances et les conséquences historiques, ou encore parce qu'il serait meilleur théologien. On ne reçoit pas la foi de seconde main tout croyant est disciple de première main, tout croyant, en tant que tel, est contemporain de l'événement christique.



Lutte avec Dieu et combat contre le mal
« Ce n’est pas contre la chair et le sang
que nous avons à lutter » (Ep 6, 12)

Les Psaumes – Louanges
Livre de prières communes et de lutte avec Dieu
(5) 22 mars - « L’aujourd’hui » de Dieu (version imprimable pdf ICI)

R.P., KT Adultes, Antibes 2011-2012



mercredi 22 février 2012

Psaumes - La force du précaire



… La force du priant : selon une étymologie de prière — précaire !



Ou : Relectures individuelles de piété…
… À travers une entrée dans le Psaume 40. Cf. aussi Ps 110 ; Ps 137 ; Ps 37.

Comment le priant s’approprie à juste titre le cri du Psalmiste, sa confession de péché et ses protestations de justice… En parallèle avec Job.

Quelle prière du juste ? Où rejoint-elle ma prière ? Une prière sanctifiante.


Psaume 40 (TOB)

1 Du chef de chœur. De David, psaume.
2 J'ai attendu, attendu le SEIGNEUR :
il s'est penché vers moi, il a entendu mon cri,
3 il m'a tiré du gouffre tumultueux,
de la vase des grands fonds.
Il m'a (re)mis debout, les pieds sur le rocher,
il a assuré mes pas.
4 Il a mis dans ma bouche un chant nouveau,
une louange pour notre Dieu.
Beaucoup verront, ils craindront
et compteront sur le SEIGNEUR :
5 Heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le SEIGNEUR,
et ne s'est pas tourné vers les hommes de Rahav (ou hautains)
ni vers les suppôts du mensonge !
6 Qu'ils sont grands, SEIGNEUR mon Dieu,
les projets et les miracles que tu as faits pour nous !
Tu n'as pas d'égal.
Je voudrais l'annoncer, le répéter,
mais il y en a trop à dire.
7 Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande,
— tu m'as creusé des oreilles pour entendre — (cf. Hé 10, 5 / LXX)
tu n'as demandé ni holocauste ni expiation.
8 Alors j'ai dit : « Voici, je viens
avec le rouleau d'un livre écrit pour moi.
9 Mon Dieu, je veux faire ce qui te plaît,
et ta loi est tout au fond de moi. »
10 Dans la grande assemblée, j'ai annoncé ta justice ;
non, je ne retiens pas mes lèvres,
SEIGNEUR, tu le sais !
11 Je n'ai pas caché ta justice au fond de mon cœur,
j'ai parlé de ta loyauté et de ton salut,
je n'ai pas dissimulé ta fidélité et ta vérité
à la grande assemblée.
12 Toi, SEIGNEUR, tu ne retiendras pas loin de moi ta miséricorde,
ta fidélité et ta vérité me préserveront toujours.
13 Des malheurs sans nombre allaient me submerger,
mes fautes m'ont assailli, et j'en ai perdu la vue ;
j'en ai plus que de cheveux sur la tête, et le cœur me manque.
14 SEIGNEUR, daigne me délivrer !
SEIGNEUR, viens vite à mon aide !
15 Qu'ensemble ils rougissent de honte,
Ceux qui cherchent à m'ôter la vie !
Qu'ils reculent déshonorés,
ceux qui désirent mon malheur !
16 Qu'ils soient ravagés, talonnés par la honte,
ceux qui font « Ah ! ah ! »
17 Qu'ils exultent de joie à cause de toi,
tous ceux qui te cherchent !
Qu'ils ne cessent de dire : « Le SEIGNEUR est grand »,
ceux qui aiment ton salut !
18 Je suis pauvre et humilié,
le Seigneur pense à moi.
Tu es mon aide et mon libérateur ;
mon Dieu, ne tarde pas !


Le même mouvement qui est passage du Dieu caché au Dieu personnel, et qui fondera la lecture christologique, fonde une relation personnelle avec Dieu via la figure de celui qui personnalise le règne de Dieu, le Messie David :

Ps 100 :

4 Le SEIGNEUR l'a juré, il ne le regrettera pas : Tu es prêtre pour toujours, à la manière de Malki-Tsédeq.
5 Le Seigneur est à ta droite, il brise des rois au jour de sa colère.
6 Il exerce le jugement parmi les nations : tout est plein de cadavres ; il brise le chef d'un vaste pays.
7 En chemin il boit au torrent : c'est pourquoi il relève la tête.

Ps 137 :

8 Babylone la belle, toi qui vas être ravagée, heureux qui te paiera de retour pour le mal que tu nous as fait !
9 Heureux qui saisira et dispersera ta progéniture face au roc !

*

L’exaucement est inéluctable, viendrait-il sous une autre forme que celle escomptée, sachant que Dieu même devient la demande du priant !

Psaume 37:4 : Fais du SEIGNEUR tes délices, Et il te donnera ce que ton cœur désire.



Lutte avec Dieu et combat contre le mal
« Ce n’est pas contre la chair et le sang
que nous avons à lutter » (Ep 6, 12)

Les Psaumes – Louanges
Livre de prières communes et de lutte avec Dieu

(4) 23 février 2012 - Relectures individuelles de piété (version imprimable pdf ICI)

R.P., KT Adultes, Antibes 2011-2012



mercredi 25 janvier 2012

Psaumes - Relecture christologique




Hébreux 1
"1 Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé autrefois aux pères dans les prophètes, Dieu, 2 en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous en un Fils qu'il a établi héritier de tout, par qui aussi il a créé les mondes. 3 Ce Fils est resplendissement de sa gloire et expression de son être et il porte l'univers par la puissance de sa parole. Après avoir accompli la purification des péchés, il s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, 4 devenu d'autant supérieur aux anges qu'il a hérité d'un nom bien différent du leur.

5 Auquel des anges, en effet, a-t-il jamais dit :
Tu es mon fils,
moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ?
(Ps 2, 7)
et encore :
Moi, je serai pour lui un père
et lui sera pour moi un fils ?
(2 S 7, 14 ; 1 Ch 7, 13 //)
6 Par contre, lorsqu'il introduit le premier-né dans le monde, il dit :
Et que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu. (LXX : Ps 96, 7 — cf. Ps 97, 7)
7 Pour les anges, il a cette parole :
Celui qui fait de ses anges des esprits
et de ses serviteurs une flamme de feu.
(Ps 104, 4 — LXX 103, 4)
8 Mais pour le Fils, celle-ci :
Ton trône, Dieu, est établi à tout jamais ! et :
Le sceptre de la droiture est sceptre de ton règne.
(Ps 45, 6 — LXX 44, 7)
9 Tu aimas la justice et détestas l'iniquité,
c'est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu te donna l'onction
d'une huile d'allégresse, de préférence à tes compagnons.
(Ps 45, 7 — LXX 44, 8)
10 Et encore :
C'est toi qui, aux origines, Seigneur, fondas la terre,
et les cieux sont l'œuvre de tes mains.

11 Eux périront, mais toi, tu demeures.
Oui, tous comme un vêtement vieilliront

12 et comme on fait d'un manteau, tu les enrouleras,
comme un vêtement, oui, ils seront changés,
mais toi, tu es le même et tes années ne tourneront pas court.
(Ps 102, 25-27 — LXX 101, 25-27)
13 Et auquel des anges a-t-il jamais dit :
Siège à ma droite,
de tes ennemis, je vais faire ton marchepied ?
" (Ps 110, 1 — LXX 109, 1)

De même dans l’Évangile de Marc (12, 36) :
Le Seigneur a dit à mon Seigneur
Siège à ma droite,
de tes ennemis, je vais faire ton marchepied


*

Serions-nous entre le « Deus absconditus » (le Dieu caché) et le « Deus revelatus », le « Dieu personnel » — « mon Seigneur » ?


Que dire d’un Dieu infini — et qui existe ? C’est un aspect de la question que pose le pasteur Klaas Hendrikse, devenu rapidement célèbre (cf. son livre Croire en un Dieu qui n'existe pas. Manifeste d'un pasteur athée) :

« Peut-on être pasteur et athée ? Klaas Hendrikse revendique avec éclat ce paradoxe. Il en fait une condition pour parler avec honnêteté de la foi chrétienne. Son livre est une démonstration qui veut convaincre nombre de déçus des Eglises. [...] Renvoyant dos à dos chrétiens traditionnels et athées, ce pasteur propose [...] de nourrir le débat autour de l’avenir de la foi dans un monde en pleine mutation. »

Or, au fond, la question que pose Klaas Hendrikse est celle que pose déjà dans l’Antiquité et au Moyen Age la théologie négative, d’une façon bien plus sérieuse et précise qu’il ne le concède (son livre « règle » la question de la théologie négative en deux pages).

La théologie classique posait le questionnement de son propre discours. Son discours théologique s'articulait en termes de théologie "cataphatique" d'une part et de théologie "apophatique" d'autre part. La théologie cataphatique, ou positive, affirmative, donnait une série de propositions sur Dieu, le dotait d'attributs. Ce faisant, la théologie posait la rupture de ses propres affirmations, rupture par laquelle elle s'obligeait à se déposséder - voire contre ses propres tendances - de ses propres affirmations. Cette rupture était dans le moment apophatique, ou négatif, de sa parole autour du divin. Chacune de ses affirmations n'avait de sens qu'en relation avec la négation qui l'accompagnait, la serrant rigoureusement. Or la rigueur de la négation apophatique peut concerner, en ses extrémités, jusques et y compris l'affirmation de l'existence de Dieu, conçue (nécessairement) comme l’existence des… existants, les créatures (de Dieu).


Ce questionnement qui vaut depuis l’Antiquité est très connu chez le moine du VIe siècle Denys l’Aréopagite, se retrouve dans la mystique de l’islam comme du Moyen Âge chrétien, et s’enracine dans la tradition juive.

Ibn ‘Arabi (soufi musulman du XIIIe siècle), selon Henry Corbin, dans Le paradoxe du monothéisme :
Sa pensée « est axée sur cette différenciation entre l’Absolu indéterminé et inconnaissable, l’Absconditum, et […] le seigneur personnel, le Deus revelatus, le seul dont l’homme puisse parler, parce qu’il en est le terme corrélatif. »

Ou, toujours selon Corbin, Maître Eckhart (dominicain du XIVe siècle) :
« Pour un Maître Eckhart, la Deitas transcende le Dieu personnel, et c’est celui-ci qu’il faut dépasser, parce qu’il est corrélatif de l’âme humaine, du monde, de la créature. […] L’âme eckhartienne cherche donc à… s’échapper à elle-même pour se plonger dans l’abîme de la divinité, un Abgrund dont par essence elle ne pourra jamais atteindre le fond. »

Cf. Matthieu 18 :
10 Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux.
11 Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu.



Cf. M.-A. Ouaknin, Tsimtsoum – Introduction à la méditation hébraïque : « Tsimtsoum signifie originellement « concentration » ou « contraction ». Dans le langage cabaliste, il est mieux traduit par « retrait » ou « rétraction ». Rabbi Isaac Louria [XVIe siècle] se posa les questions suivantes : Comment peut-il y avoir un monde si Dieu est partout ? Si Dieu est « tout en tout », comment peut-il y avoir des choses qui ne soient pas Dieu ? Comment Dieu peut-il créer le monde, s’il n’y a pas de néant ? Rabbi Isaac Louria répondit en formulant la théorie du Tsimtsoum ou « retrait ». Selon cette théorie, le premier acte du Créateur ne fut pas de se révéler lui-même à quelque chose d’extérieur. Loin d’être un mouvement sur le dehors ou une sortie de son identité cachée, la première étape fut un repli, un retrait ; Dieu « se retira de Lui-même en lui-même » et, par cet acte, abandonna au vide une place en son sein, créa un espace pour le monde à venir. (…) Dieu ne put se manifester que parce qu’au préalable il se retira. » (p. 32.)

On peut rappeler ici les paraboles évangéliques du maître absent :

Marc 13, 34-35 // :
34 Il en sera comme d’un homme qui, partant pour un voyage, laisse sa maison, remet l’autorité à ses serviteurs, indique à chacun sa tâche, et ordonne au portier de veiller.
35 Veillez donc, car vous ne savez quand viendra le maître de la maison, ou le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin ;
36 craignez qu’il ne vous trouve endormis, à son arrivée soudaine.


Autant de mises à distance qui renvoient au Dieu caché, inaccessible.


Or les Psaumes parlent aussi d’un Dieu personnel, on y prie un Dieu personnel, qui se dessine pour David comme « archétype » parfait de sa propre figure messianique, imparfaite, elle, à ses propres yeux — combien de fois ne se repend-il pas ?

Apparaît donc un figure archétypique, l’image éternelle et divine de lui-même, le Seigneur personnel de sa propre existence, et de là, de toute existence, l’Ange de l’Eternel, manifestation personnelle du Dieu qui est au-delà de toute compréhension.

C’est là l’image éternelle de Dieu dont les premiers disciples du Ressuscité ont reconnu l’Incarnation et l’avènement en Jésus. D’où la lecture donnée par l’Épître aux Hébreux, qui permet de reprendre non seulement toutes les applications christologiques des Psaumes, — comme le Psaume 22 (entre autres) prononcé du haut de la croix —, mais d’autres textes prophétiques où Jésus ratifie lui-même cette lecture christologique.


Avec comme débouché une piété annoncée par ex. dans Actes 7.55-59 : « Etienne, rempli du Saint-Esprit, et fixant les regards vers le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. […] 59 Et ils lapidaient Etienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! »

On a là une prière à Jésus, où le « Dieu personnel » prend la figure concrète de celui qui est reçu comme son Incarnation, fondement des lectures christologiques des prières que sont les Psaumes.



Lutte avec Dieu et combat contre le mal
« Ce n’est pas contre la chair et le sang
que nous avons à lutter » (Ep 6, 12)

Les Psaumes – Louanges
Livre de prières communes et de lutte avec Dieu

(3) 26 janvier 2012 - Relecture christologique (version imprimable pdf ICI)

R.P., KT Adultes, Antibes 2011-2012



dimanche 1 janvier 2012

Pour 2012






« Les bergers s’en retournèrent en glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu » (Luc 2, 20)…

Que ce chemin des bergers soit celui qui s’ouvre dès à présent pour chacun de vous et de ceux qui vous sont chers…