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dimanche 18 décembre 2022

Le Cantique des Cantiques, un rêve dans un rêve de Salomon



En résumé de l’étude biblique 2021-2022


Le Cantique des Cantiques est attribué traditionnellement, comme l'indique son intitulé, au roi Salomon. À y être attentif, on a tout lieu de penser que le Cantique nous dit comment le grand roi d'Israël a été conduit à réaliser qu'on n'achète pas l'amour : l'amour est plus puissant que tout le pouvoir et toutes les richesses de Salomon (Ct 8, 7). Que l’homme, fût-il le grand roi Salomon, « ne sépare donc pas ce que Dieu a uni » (Marc 10, 9). Et cela, c'est une jeune paysanne qui l'a conduit à le réaliser. Elle en aime un autre, qui devient pour elle l'image de Dieu, Dieu jamais clairement nommé dans le Cantique ; tandis qu'elle-même devient pour celui qui l'aime l'image du Dieu source de sa beauté. Quatre personnages donc, selon cette perspective : Salomon, la jeune femme, son bien-aimé et le Dieu invisible.

Lisons les tout premiers versets…

Cantique des Cantiques 1, 2-4
2 Il m'embrassera des baisers de sa bouche…
Car tes amours sont meilleures que le vin !
3 Pour le parfum d'excellence de tes huiles d'onction
répandant ton Nom sur le « oui » des jeunes filles qui t'aiment,
4 enlève-moi auprès de toi, courons.
(Le roi m’a emmenée dans ses appartements.)
Nous nous égayerons et nous réjouirons en toi ;
nous nous souviendrons de tes amours plus que du vin.
Il est juste que l'on t'aime.

« Il m'embrassera des baisers de sa bouche… » C'est du bien-aimé, présenté plus loin comme un berger (connotation ambiguë puisque berger/pasteur est aussi un titre des rois d’Israël), c’est de ce berger inconnu qu'il est question, ici à la troisième personne (il m'embrassera). Puis immédiatement la manifestation de Celui dont on ne prononce pas le Nom — invoqué à la deuxième personne : « Car tes amours sont meilleures que le vin ! » Avec allusion au Nom — littéralement : « Pour le parfum d'excellence de tes huiles d'onction répandant ton Nom sur le "oui" des jeunes filles qui t'aiment, enlève-moi auprès de toi, courons. » Pour rejoindre son bien-aimé, une demande adressée à Dieu de l'enlever au « roi qui l'a emmenée dans ses appartements » (v. 4) Le prophète Samuel avait prévenu : « si vous avez un roi, il prendra vos filles » (1 Sam 8, 13).

En voilà une, qui a plu à Salomon, qui reçoit même son nom (7, 1) : Shulamite (féminin de Salomon), et qui a un bien-aimé, qui n'est pas Salomon, et qui même, au fond, est pour elle la présence du Nom divin. Lui qu'elle espère. Et Salomon, à qui est attribué le poème, le comprend. Au dernier chapitre du poème, évoquant le bien-aimé :

Cantique des Cantiques 8, 6-7
‭Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; Car l’amour est fort comme la mort, la passion comme le séjour des morts ; ses ardeurs sont des ardeurs de feu, une flamme de l’Éternel.‭
Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour, et les fleuves ne le submergeraient pas ; Quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour, il ne s’attirerait que le mépris.

Belle leçon donnée à Salomon, et par lui à tous, dans un moment éloquent pour tous ceux qui sont comme lui.

Leçon donnée à Salomon dans un texte qui a pu légitimement faire penser que son auteur pourrait être une femme (hypothèse retenue par l’exégète André Lacocque).

Leçon quoiqu’il en soit étonnamment actuelle, où il est question du consentement, et plus que cela… Les tout premiers versets du Cantique des Cantiques (ch. 1, v. 2-3), plus que du consentement féminin (minimum syndical juridique actuel) (cf. Catharine A. MacKinnon, Le viol redéfini, Vers l'égalité, contre le consentement, Climats 2023 ; Manon Garcia, La conversation des sexes, Climats Flammarion 2021), parlent d'un "oui" qui soit fondé au cœur du désir, promu au plus profond de l'être, suscité comme par une onction divine, son Nom, pour les jeunes filles qui l'aiment… Étonnamment lucide (précurseur ?), comme on peut le remarquer en nos temps de #MeToo ! Une vraie prise en compte du désir féminin dans un texte de haute antiquité, en des termes qui jusqu'à tout récemment, faisaient reculer les traducteurs.

Cantique des Cantiques 5, 4-5 / trad. Jérusalem
Mon bien-aimé a passé la main dans la fente, et pour lui mes entrailles ont frémi.‭
Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé, et de mes mains a dégoutté la myrrhe, de mes doigts la myrrhe vierge, sur la poignée du verrou.

Des versets qui vont un pas plus loin dans la considération concrète du désir féminin et de la réalité féminine, si couramment méprisée, dans la plupart des civilisations. Étonnant dans un texte attribué à un Salomon si patriarcal !

Le texte poursuit :

Cantique des Cantiques 5, 6
Je me suis ouverte pour mon bien-aimé ; et mon bien-aimé s’en était allé, il avait disparu, mon âme sortie de moi à sa parole. Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ; je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu.

Le bien-aimé signifie alors pour le désir réel de la jeune femme l’inaccessiblilité de l’ultime, comme désir du désir, à l’image du Nom inaccessible, au-dessus de tout nom. La rencontre espérée des deux amants n'advient jamais dans le Cantique, entre obstacles, fuite et invitation à la fuite.

Tandis que, libre devant Dieu, la jeune femme, pour son bien-aimé, manifeste elle aussi dans son inaccessibilité l'image du Dieu dont elle reçoit la beauté. C'est aux v. 5-6 du ch. 1, hélas traduit depuis des siècles d'une façon qui en fait disparaître le sens…

Littéralement :

Cantique des Cantiques 1, 5-6a
Noire je suis, et belle, filles de Jérusalem, comme les tentes de Kédar, comme les tentures de Salomon. Ne pensez pas que je sois sombre, c'est le soleil qui m’a regardée.

Sa noirceur est sa beauté (pas de « mais », ni en hébreu, ni dans le grec. Heureusement, depuis la version Chouraqui de 1999 (qui corrige la version 1985), nos traductions françaises sont généralement fidèles au texte : « noire ET belle ») — suivant en cela Léopold Sédar Senghor. Sa noirceur est sa beauté, en tant qu'elle se source dans le regard du soleil désirant la contempler — et se contempler en elle (littéralement : « le soleil m'a regardée »), avec en arrière-plan de l'image solaire (cf. Ps 19, 5-6), le regard de Celui qui dans l'éternité est la source de sa beauté, qui pour son bien-aimé, en fait l'image concrète du Dieu invisible — « à l'image de Dieu il créa l'humain, homme et femme il les créa » (Genèse 1, 27).

Allons un peu plus loin dans la découverte de Salomon, de la limite de son pouvoir. Il a beau, selon le Cantique, ch. 6, v. 8, avoir 60 femmes et 80 concubines (le 1er livre des Rois, ch. 11 v. 3, arrondit à 1000 : 700 femmes et 300 concubines), il n'a aucun pouvoir sur l'amour. Ni richesse, ni splendeur, ni prestige — finalement aucune raison, ne peut acheter l'amour. Avec l'amour on touche l'image du Dieu inaccessible, en ce que l'homme et la femme ont d'inaccessible l'un pour l'autre…

***

Eros

Si la LXX, la traduction grecque de la Bible et donc du Cantique, n'utilise pas le mot eros pour traduire l'hébreu 'ahabah, mais agapè (cf. infra), eros n'aurait-il pas semblé s'imposer ici ?

Le poète persan Farid al-din Attar (XIIe-XIIIe s.) écrit (dans La Conférence des oiseaux, « Deuxième vallée de l'amour : Ischc ») : « Quand l'amour arrive, la raison s'enfuit aussitôt. Elle ne peut cohabiter avec la folie de l'amour. L'amour n'a rien à faire avec la raison ».

Cet amour comme folie, disqualifiant tout comportement raisonnable, tout pouvoir, tout prestige royal, toute richesse, s’appelle en grec Eros. Notion superbe — la philosophe Diotime de Mantinée dialoguant avec Socrate (dans Le Banquet de Platon) dit d'Eros qu’il est un grand daïmon, face auquel on est désarmé.

*

L’écrivain contemporain franco-marocain Tahar Ben Jelloun dit les choses en ces termes : « La passion est un excès de vie, un excès de lumière, impossible à étaler dans un quotidien » (Tahar Ben Jelloun, Entretien avec Catherine Argand, Magazine Lire, mars 1999).

Salomon, pour sa part, découvre l'impossibilité de maîtriser la passion au terme de sa volonté échouée de la compenser par sa richesse. Couvrir la jeune femme de bijoux et des déclarations enflammées du Cantique ne peut rivaliser avec le lit de verdure de celui qu'elle nomme le bien-aimé de son âme (Ct 1, 7), et les poutres que sont cèdres et cyprès (Ct 1, 16-17) soutenant la voûte céleste valent mieux que les palais royaux. « Quand un homme offrirait tous ses biens contre l’amour, il ne s’attirerait que le mépris », constate le Cantique (Ct 8, 7b).

Quand « Toute l'eau des océans ne suffirait pas à éteindre le feu de l'amour. Et toute l'eau des fleuves serait incapable de le noyer » (Ct 8, 7a).

*

Déferlement d’éternité… dit en des mots de poète, dans le Cantique… « Au fond, c'est ça l'amour » — confirme le philosophe Alain Badiou (Éloge de l'Amour, Champs, p. 53-54) — : « une déclaration d'éternité, qui [pourtant] poursuit-il, doit se réaliser ou se déployer comme elle peut dans le temps. » Ce qui lui permet d’affirmer : « Oui, le bonheur amoureux est la preuve que le temps peut accueillir l'éternité. » Alors, « Mets-moi comme un sceau sur ton cœur », dit le Cantique…

Car… question : « se déployer comme elle peut dans le temps » — oui, mais comment ?

Jusqu'à ce déploiement dans le temps — avant un déploiement dans le temps, le Cantique se termine par ces mots de la jeune femme (Ct 8, 14) : « fuis, mon bien-aimé… », « fuis… » en signe de Celui qu'on ne peut capturer, comme la jeune femme elle-même ne peut être capturée, car « c'est le soleil qui m'a regardée » (Ct 1, 6), signe du Nom qu'on ne peut nommer, dont on ne connait que les parfums, dans les montagnes des aromates (Ct 8, 14), écho aux parfums d'onction qui répandent son Nom (Ct 1, 3), tournement vers montagnes vers où lever les yeux (Ps 121).

***

Agapè

Quant au quotidien, au temps dans lequel le déferlement d'éternité de l'amour se déploie, un saut est nécessaire, comme un saut de la foi, une folie tout aussi peu raisonnable au fond que le foudroiement de l’Eros… (Saut très bien illustré dans le film Les ailes du désir de Wim Wenders, où un ange décide de devenir homme, c'est-à-dire mortel, pour l'amour d'une femme. Métaphore de l’Incarnation.) Et là, avec le saut dans le temps, on sort du Cantique pour entrer dans une suite qui suppose que le vœu de la jeune femme ait été exaucé : « que n'es-tu comme mon frère que je puisse enfin te rencontrer… » (Ct 8, 1sq.)

Pour cela, est donc requis un saut, au-delà du foudroiement (qui ne se commande pas — on connaît la formule : « l’amour ne se commande pas », c’est un « puissant daïmon » ! en dit Diotime) ; et pourtant, en regard de ce « saut », à travers ce « saut », contrairement au foudroiement d’amour, voilà un angle où l’amour se commande ! Se décide chaque jour, à commencer par décider de pardonner, toujours et encore… Seul l'amour-agapè sait faire, lui seul a un tel pouvoir, condition de la sentence : « que l'homme [fût-il Salomon] ne sépare pas ce que Dieu a uni ».

Et en 1 Co 13 (v. 7), « l’amour/agapè excuse tout ». Ou Hannah Arendt : « Le pardon est certainement l’une des plus grandes facultés humaines et peut-être la plus audacieuse des actions, dans la mesure où elle tente l’impossible […] et réussit à inaugurer un nouveau commencement […]. »

Un saut, pour lequel l’amour se commande, et à partir duquel tout commence… Où pour entrer dans le quotidien, dans le temps, Eros se traduit en Agapè. Agapè est le mot choisi dans la traduction grecque du Cantique des Cantiques. Sachant, c'est au cœur du Cantique, que cela ne disqualifie par Eros ! C'est même sans doute ce pourquoi il n'est pas nommé (la version grecque n'a pas retenu ce mot) : il se révèle être une flamme de Yah, de celui que l'on ne peut nommer, le Nom qui est au-dessus de tout nom.

*

Il entre dans le temps, s’y incarne, par un saut (équivalent à ce que Kierkegaard appelle saut de la foi). Saut comme début d’un apprentissage. Car aimer s'apprend, en ce sens — c'est comme un exercice, note C.S. Lewis dans son livre Apprendre la mort. Puisque comme le dit saint Augustin, il n’y a qu’un seul amour — humano-divin, peut-on dire. Conviction que l’on retrouve, développée, sous la plume d’un spirituel persan du XIIe siècle, du nom de Rûzbehân : « Amour humain, amour divin, “il ne s'agit que d'un seul et même amour, et c'est dans le livre de l’amour humain qu'il faut apprendre à lire la règle de l'amour divin.” Il s'agit donc d'un seul et même texte, mais il faut apprendre à le lire. » (Henry Corbin, cit. Rûzbehân Baqlî Shîrâzî, Le Jasmin des fidèles d'amour § 160, Verdier, 1991, p. 176-177).

« L’amour divin n’est pas le transfert de l’amour à un objet divin ; mais métamorphose du sujet de l’amour humain. » (Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, folio 1986, p. 280-281.) Autrement dit, la bien-aimée pour le bien-aimé, et réciproquement, sont l'un pour l'autre la manifestation de la présence de Dieu dans l'amour de l'un pour l'autre et réciproquement.

***

Philia

… Cela pour que de l'éternité naisse dans le temps une amitié/philia d’âmes : « […] en vivant un peu longuement avec la même femme, elle entre peu à peu dans leur paysage le plus intime, dans leurs fibres, dans leur passé, et […] elle devient ainsi inséparable d’eux-mêmes sans qu’ils s’en aperçoivent. Au bout d’un nombre d’années suffisant, ils sont organiquement incapables de se défaire d’elles sans se détruire. » (Benoîte Groult, La Part des choses, Grasset, 1972, p. 316)

*

Désir onirique, le rêve du bien aimé répondant au rêve de Salomon, le désir n’en est pas moins concret…

Cantique des Cantiques 7, 2-11
Aux courbes de tes cuisses est un joyau façonné au doigté d'un orfèvre —
c'est au bas de ton ventre une coupe en croissant de lune où le vin parfumé ne saurait pas manquer ! —
ton ventre, un mont de blé que parsèment des lys…
Tes seins sont deux faons, jumeaux d’une gazelle,
et le port de ton cou, une tour en ivoire !
Tes yeux, aussi profonds que les lacs de Heshbon, portes de Bath-Rabbim, luisent en ton visage, une tour du Liban qui guette vers Damas.
Couronne de ta tête — altière : un mont Carmel ! —, tes nattes empourprées ont capturé un roi, enchaîné à leurs flots !
Splendeur, ma toute belle, mon amour, mes délices !
Dressée comme un palmier ! tes seins en sont les fruits.
J'ai rêvé mes mains remontant le palmier pour en saisir les fruits, tes seins, "ces grappes de ma vigne" ; le parfum de tes effluves, leur arôme de pommes
m'enivrant de ta saveur comme du meilleur vin…
— … Il se répand pour mon bien-aimé, coulant suavement entre nos lèvres ensommeillées.

C’est au concret du désir — du désir du désir — que se manifeste l’inaccessible, dont le désir n’est donné que dans la réalité temporelle, illuminée de sa lumière d’éternité où l'un pour l’autre deviennent épiphanie de l'amour, amour s’adressant « à une personne qui transcende l'individualité empirique soumise aux conditions empiriques ; ce qu'elle en perçoit est une individualité éternelle » (Henry Corbin, Temps cyclique et gnose ismaélienne, Berg p. 120-123).

*

« Le monde n’avait ni valeur ni sens avant que le Cantique des Cantiques fût donné à Israël. » (Rabbi Aquiba)

*

Écho au livre de Qohéleth, attribué au même Salomon, ch. 9, v. 9 : « ‭Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité, que Dieu t’a donnés sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité ; car c’est ta part dans la vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil.‭ » Cela en laissant la bien-aimée être elle, sans la confondre avec une figure fantasmée qui ne serait jamais que projection de soi-même…

« ‭Tous les risques d'erreur sont liés à notre amour ; et plus l'amour est passionné, exigeant, singulier, plus grand le risque. Ce que nous croyons aimer en elle, est-ce elle-même ou l'image de notre ange ? Ce que nous avons cru voir en elle, et que nous déifions peut-être à ses dépens, est-ce notre anima projetée ? […] La vue juste imagine au sens fort la personne. […] Non pas éteindre ou dépasser, mais transmuter, transfigurer ! Aimer mieux, c'est apprendre à discerner la raison d'être — donc d'être unique — de l'autre aimé, comme de soi-même. Ce corps visible que vient animer un mouvement singulier et fascinant de l'être… “Aimer ce que jamais on ne verra deux fois !" » (Denis de Rougemont, Comme toi-même, p. 240-241.)

Ce que dit d’une autre façon Jésus… Cf. Marc 10, 6-9 :
« Au commencement du monde, Dieu les fit homme et femme ; c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. [Faisant une seule chair, il n’en restent pas moins deux ! — "les deux ne feront qu’une seule chair".] Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. »

*

En arrière plan du propos de Jésus, deux textes de la Genèse — au ch. 1, les v. 26-27 : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance » — « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, mâle et femelle il les créa ». Tel est donc l’humain selon l’image de Dieu, l’humain mâle et femelle, homme et femme. Puis, au ch. 2 v. 21-24, deuxième texte : « Le Seigneur Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit ; prit l’un de ses côtés et referma les chairs à sa place. Le Seigneur Dieu transforma le côté qu’il avait pris à l’homme en une femme qu’il lui amena. L’homme s’écria : "Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise." »

En premier un projet de Création de l’humain selon l’image de Dieu, qui est appelé à se réaliser dans la dualité homme-femme. « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa » — à savoir « mâle et femelle ».

Nous sommes homme et femme. Mais la partie féminine des hommes et la partie masculine des femmes est cachée en quelque sorte. Et pourtant c’est là que se réalise l’image de Dieu.

C’est-à-dire que c’est là que se dit quelque chose de Dieu comme celui qui est Autre, radicalement différent de ce que nous pouvons en concevoir, sous peine d’être à notre image, d’être une projection de nous-mêmes — autant dire, de ne pas exister ailleurs que dans notre tête !

Or l’image de Dieu en nous n’est pas cela. L’image de Dieu en nous est en notre dualité homme-femme. Elle est en ce que quelque chose en nous nous échappe totalement. Ce « quelque chose » nous est aussi étranger qu’un homme pour une femme ou une femme pour un homme.

Et pourtant c’est en nous, c’est même en nous le signe de Dieu qui nous échappe totalement : « à son image il le créa » — et donc homme et femme.

Voilà ce qu’est l’homme pour la femme, la femme pour l’homme : l’autre côté — plutôt que l’autre côte ! — qui est le signe du Dieu infini.

Cela pour un devenir (à l'inaccompli en hébreu) une seule chair. Jésus précise : les deux deviendront une seule chair — l’Évangile reprenant ici le grec de la LXX. Les deux, c'est-à-dire que la blessure originelle qui est dans la séparation des deux côtés selon le songe qu'indique le sommeil prophétique dans lequel est plongé l'homme, blessure refermée avec son manque, puisque l'autre côté est hors de chacun, nous manque donc. « Le Seigneur Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit ; il prit un de ses côtés, et referma la chair à sa place. » (Gn 2, 21)

L'autre, la femme pour l'homme, l'homme pour la femme, devient le reflet de ce manque, la marque de ce manque, comme une réouverture de la chair refermée dans la vision de la séparation, par laquelle chacun des deux trouve l'ouverture vers une réunification, où chacun devient pour sa part potentiellement entier. Les deux ouverts chacun au devenir une seule chair : ce n'est pas un mélange de deux devenant un, mais à l’occasion de l’autre chacun pouvant retrouver son unité.



samedi 7 mai 2022

Cantique des Cantiques



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Chapitre 1


(1) Cantique des Cantiques qui est pour Salomon
שִׁיר הַשִּׁירִים, אֲשֶׁר לִשְׁלֹמֹה


[La Shoulamite]

(2) Il m'embrassera des baisers de sa bouche...


Car ta tendresse est meilleure que le vin !

(3) Pour le parfum d'excellence de tes onctions
répandant ton Nom sur le "oui" des jeunes filles qui t'aiment,

(4) enlève-moi auprès de toi, courons.


(Le roi m’ayant emmenée dans ses appartements.)


Nous nous égayerons et nous réjouirons en toi ;
nous nous souviendrons de ta tendresse plus que du vin.
Il est juste que l'on t'aime.



(5) Noire je suis, et belle, filles de Jérusalem,
comme les tentes de Kédar, comme les tentures de Salomon.

(6) Ne pensez pas que je sois sombre, c'est le soleil qui m’a regardée.


Les fils de ma mère, irrités contre moi, m'ont fait travailler dans leurs vignes.
Ma vigne à moi je ne pouvais pas m'en occuper !


(7) Dis-moi, toi qu’aime mon âme,
où tu pais ton troupeau, où tu le fais reposer à midi ;
car pourquoi serais-je voilée
auprès des troupeaux de tes compagnons ?


(8) Si tu ne le sais pas, toi la plus belle des femmes,
suis les traces des troupeaux,
et mène paître tes chevreaux près des cabanes de bergers.


*


(9) ‭Ô mon amie, pouliche des chars de Pharaon,

(10) ‭La beauté de tes joues entre les pendentifs,
Ton cou en ses colliers de perles !

(11) ‭Nous te ferons des colliers d’or, Avec des points d’argent. —‭


(12) (‭Tandis que le roi est dans son entourage,)


*



Mon nard exhale son parfum.‭

(12) ‭Mon bien-aimé est un bouquet de myrrhe,
Qui repose entre mes seins.‭

(12) ‭Mon bien-aimé est une grappe de troëne
Des vignes d’En-Guédi. —‭


(15) ‭Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
Tes yeux sont des colombes. —‭


(16) ‭Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es plaisant !
Notre lit, c’est la verdure. —‭

(17) ‭Les poutres de nos maisons sont des cèdres,
Nos lambris sont des cyprès. —




Chapitre 2


(1) Je suis un narcisse de Saron, Un lys des vallées. —‭


‭(2) Comme un lys au milieu des épines, Telle est mon amie parmi les jeunes filles. —‭


(3) ‭Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,
Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.
J’ai désiré m’asseoir à son ombre,
Et son fruit est doux à mon goût.‭

(4) ‭Il m’a fait entrer dans la maison du vin ;
Et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour.‭

‭(5) Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins,
Fortifiez-moi avec des pommes ;
Car je suis malade d’amour.‭

(6) ‭Que sa main gauche soit sous ma tête,
Et que sa droite m’embrasse ! —‭


*


[Aux filles de Jérusalem]

(7) Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
Par les gazelles et les biches des champs,
Ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour, Avant son bon vouloir. —‭


*


[La Shoulamite]

(8) C’est la voix de mon bien-aimé !
Le voici, il vient, Sautant sur les montagnes,
Bondissant sur les collines.‭

(9) ‭Mon bien-aimé est semblable à la gazelle Ou au faon des biches.
Le voici, il est derrière notre mur,
Il regarde par la fenêtre, Il regarde par le treillis.‭

(10) ‭Mon bien-aimé parle et me dit :


Lève-toi, mon amie, ma belle, et va pour toi !‭

(11) ‭Car voici, l’hiver est passé ; La pluie a cessé, elle s’en est allée.‭

(12) Les fleurs paraissent sur la terre, Le temps de chanter est arrivé, Et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes.‭

(13) Le figuier embaume ses fruits,
Et les vignes en fleur exhalent leur parfum.
Lève-toi, mon amie, ma belle, et va pour toi !‭

(14) Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher,
Qui te caches dans les parois escarpées,
Fais-moi voir ton visage, Fais-moi entendre ta voix ;
Car ta voix est douceur, ton visage est harmonie.‭


*


(15) ‭Prenez-nous les renards, Les petits renards qui ravagent les vignes ;
Car nos vignes sont en fleur.‭


*


[La Shoulamite]

(16) Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui ;
Il paît parmi les lys.‭

(17) ‭Avant que le jour se rafraîchisse, et que les ombres fuient,
Retourne !… sois semblable, mon bien-aimé,
A la gazelle ou au faon des biches,
sur les montagnes qui nous séparent.




Chapitre 3 ‭


(1) Sur ma couche, pendant les nuits,
J’ai cherché celui que mon cœur aime ;
Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé…‭

(2) ‭Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville,
Dans les rues et sur les places ;
Je chercherai celui que mon cœur aime…
Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé.‭

(3) ‭Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée :
Avez-vous vu celui que mon cœur aime ?‭

‭(4) A peine les avais-je passés, Que j’ai trouvé celui que mon cœur aime ;
Je l’ai saisi, et je ne le lâcherai point
Jusqu’à ce que je l’aie amené dans la maison de ma mère,
Dans la chambre de celle qui m’a conçue. — ‭


*


[Aux filles de Jérusalem]‭

‭(5) Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Par les gazelles et les biches des champs, Ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour, Avant son bon vouloir. —‭


*


[Les filles de Jérusalem]

(6) ‭Qui est celle qui monte du désert, Comme des colonnes de fumée,
Au milieu des vapeurs de myrrhe, d’encens,
de tous les aromates des marchands ? —‭


(7) ‭Voici la litière de Salomon,
Et autour d’elle soixante vaillants hommes, Des plus vaillants d’Israël.‭

(8) ‭Tous sont armés de l’épée, Sont exercés au combat ;
Chacun porte l’épée sur sa hanche, En vue des alarmes nocturnes.‭

(9) ‭Le roi Salomon s’est fait une litière De bois du Liban.‭

(10) ‭Il en a fait les colonnes d’argent,
Le dossier d’or, Le siège de pourpre ;
Au milieu est une broderie, œuvre d’amour Des filles de Jérusalem.‭

‭(11) Sortez, filles de Sion, regardez Le roi Salomon,
Avec la couronne dont sa mère l’a couronné
Le jour de ses fiançailles, Le jour de la joie de son cœur. —



Chapitre 4 ‭


 

(1) Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
Tes yeux sont des colombes, Derrière ton voile.
Tes cheveux, un troupeau de chèvres,
Suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.‭

(2) ‭L'éclat de ton sourire, un troupeau de brebis, 
remontant de l’abreuvoir ;
Toutes portent des jumeaux, Aucune n’est stérile.‭

‭(3) Tes lèvres, un fil cramoisi, ta bouche est harmonie ;
Ta joue, une moitié de grenade, Derrière ton voile.‭

(4) ‭Ton cou est comme la tour de David, Bâtie pour être un arsenal ;
Mille boucliers y sont suspendus, Tous les boucliers des héros.‭

‭(5) Tes deux seins sont deux faons,
jumeaux d’une gazelle, Qui paissent au milieu des lys.‭
‭Avant que le jour se rafraîchisse, Et que les ombres fuient,
J’irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l’encens.‭

‭(7) Ma toute belle, mon amie, Et il n’y a point en toi de défaut.‭

(8) ‭Viens avec moi du Liban, ma fiancée, Viens avec moi du Liban !
Regarde du sommet de l’Amana, Du sommet du Senir et de l’Hermon, Des tanières des lions, Des montagnes des léopards.‭

‭(9) Tu me ravis le cœur, ma sœur, ma fiancée,
Tu me ravis le cœur par chacun de tes regards,
Par chaque collier de ton cou.‭ ‭


‭(10) Que de charmes dans ta tendresse, ma sœur, ma fiancée !
Ta tendresse vaut mieux que le vin,
Tes parfums sont plus suaves que tous les aromates !‭

‭(11) Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée ;
Il y a sous ta langue du miel et du lait,
La senteur de tes vêtements est comme celle du Liban.‭

(12) ‭Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,
Une source fermée, une fontaine scellée.‭

(12) ‭Tes effluves, un paradis de grenades,
les fruits les plus excellents, Les troënes et le nard ;‭

(12) ‭Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome,
tous les arbres à encens ;
La myrrhe et l’aloès, les meilleurs aromates.


*


[La Shoulamite]

(15) ‭C'est une fontaine des jardins, 

 Une source d’eaux vives, Des ruisseaux du Liban.‭


(16) Lève-toi, Boréas ! viens, brise du Midi !
Soufflant sur mon jardin, et que les parfums s’en exhalent ! —
Que mon bien-aimé entre dans son jardin,
Et qu’il mange de ses fruits excellents ! —



Chapitre 5 ‭


(1) J’entre dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée ;
Je cueille ma myrrhe avec mes aromates,
Je mange le rayon de douceur de mon miel,
Je bois mon vin avec mon lait… —
Mangez, amis, buvez, enivrez-vous de tendresse ! —‭


(2) ‭Je dors, mais mon cœur veille…
C’est la voix de mon bien-aimé, qui frappe :
— Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, Ma colombe, ma parfaite !
Car ma tête est couverte de rosée,
Mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit. 

‭(3) J’ai ôté ma tunique ; comment la remettrais-je ?
J’ai lavé mes pieds ; comment les salirais-je ?‭ —‭


(4) ‭Mon bien-aimé a passé la main dans la fente,
Et mes entrailles se sont émues pour lui.‭

(5) ‭Je me suis réveillée pour ouvrir pour mon bien-aimé ;
mes mains ruisselant de myrrhe,
mes doigts répandant la myrrhe
Sur le loquet du verrou.‭


‭(6) Je me suis ouverte pour mon bien-aimé ;
Et mon bien-aimé s’en était allé, il avait disparu,
Mon âme sortie de moi à sa parole.
Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ;
Je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu.‭


‭(7) Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée ;
Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée ;
Ils m’ont enlevé mon voile, les gardes des murs.‭


*



[Aux filles de Jérusalem]

(8) ‭Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
Si vous trouvez mon bien-aimé,
Que lui direz-vous ?… Que je suis malade d’amour. —‭


*


[Les filles de Jérusalem]

(9) ‭Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre, Ô la plus belle des femmes ?
Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre,
Pour que tu nous conjures ainsi ? —


*


[La Shoulamite]

‭(10) Mon bien-aimé est transparent et vermeil ; Il se distingue entre dix mille.‭

‭(11) Sa tête est de l’or pur ;
Ses boucles sont flottantes, Noires comme le corbeau.‭

‭(12) Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux,
Se baignant dans le lait, Reposant au sein de l’abondance.‭

‭(12) Ses joues sont comme un parterre d’aromates, Une couche de plantes odorantes ; Ses lèvres sont des lys, D’où découle la myrrhe.‭

(12) ‭Ses mains sont des sphères d’or, Garnies de chrysolithes ;
Son corps est de l’ivoire poli, Couvert de saphirs ;‭

(15) ‭Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc,
Posées sur des bases d’or pur.
Son aspect est comme le Liban, Distingué comme les cèdres.‭

(16) ‭Sa saveur n’est que douceur,
Et toute sa personne est pleine de charme.
Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, Filles de Jérusalem ! —


*


Chapitre 6

(1) ‭Où est allé ton bien-aimé, Ô la plus belle des femmes         
        De quel côté ton bien-aimé s’est-il dirigé ?
        
        Nous le chercherons avec toi.‭


‭(2) Mon bien-aimé est descendu à son jardin, Au parterre d’aromates,
Pour paître dans les jardins, Et pour cueillir des lys.‭

(3) ‭Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi ;
Il paît parmi les lys. —‭


*



‭(4) Tu es belle, mon amie, comme Thirtsa,
harmonieuse comme Jérusalem,
Mais terrible comme des troupes sous leurs bannières.‭

‭(5) Détourne de moi tes yeux, car ils me troublent.
Tes cheveux, un troupeau de chèvres,
Suspendues aux flancs de Galaad.‭

(6) ‭L'éclat de ton sourire, un troupeau de brebis,
remontant de l’abreuvoir ;
Toutes portent des jumeaux, Aucune n’est stérile.‭

‭(7) Ta joue, une moitié de grenade, Derrière ton voile…‭


‭(8) Il y a soixante reines, quatre-vingts concubines,
Et des jeunes filles sans nombre.‭

(9) ‭Une seule est ma colombe, ma parfaite ;
Elle est l’unique de sa mère,
La préférée de celle qui lui donna le jour.
Les jeunes filles la voient, et la disent heureuse ;
Les reines et les concubines aussi, et elles la louent. —‭


(10) ‭Qui est celle qui apparaît comme l’aurore,
Belle comme la lune, pure comme le soleil,
Mais terrible comme des troupes sous leurs bannières ? —‭


*


[La Shoulamite]

(11) ‭Je suis descendue au jardin des noyers,
pour voir la verdure de la vallée,
Pour voir si la vigne pousse, si les grenadiers fleurissent.‭

‭(12) Je ne sais, mais mon âme m’a rendue semblable aux chars d’Aminadab. —‭


*


Chapitre 7

(1) Tourne-toi, tourne-toi, Shoulamite !
        Tourne-toi, laisse-toi contempler !
        Laisse-toi contempler, royale Shoulamite,
        rythmant en contredanse
(2) la beauté de tes pas en chausses de princesse !


*


Aux courbes de tes cuisses
est un joyau façonné au doigté d'un orfèvre 

(3) c'est au bas de ton ventre
une coupe en croissant de lune
où le vin parfumé ne saurait pas manquer !

— ton ventre, un mont de blé que parsèment des lys…  

(4) Tes seins sont deux faons, jumeaux d’une gazelle,

(5) et le port de ton cou, une tour en ivoire !

Tes yeux, aussi profonds que les lacs de Heshbon, portes de Bath-Rabbim, luisent en ton visage, une tour du Liban qui guette vers Damas.

(6) Couronne de ta tête — altière : un mont Carmel ! —, tes nattes empourprées ont capturé un roi, enchaîné à leurs flots !


(7) Splendeur, ma toute belle, mon amour, mes délices !

(8) Dressée comme un palmier ! tes seins en sont les fruits.

(9) J'ai rêvé 
        mes mains remontant le palmier pour en saisir les fruits,
        tes seins, "ces grappes de ma vigne" ;
        le parfum de tes effluves, leur arôme de pommes
(10) m'enivrant de ta saveur comme du meilleur vin...


*


[La Shoulamite / la Pacifiée]

... Il se répand pour mon bien-aimé,
coulant suavement entre nos lèvres ensommeillées.


(11) Je suis à mon bien-aimé et c'est moi qu'il désire.


(12) Viens, mon bien-aimé, sortons,
allons passer la nuit dans les fleurs de henné.

(13) Au petit matin nous irons dans les vignes,
voir si le fruit bourgeonne, si la fleur s'ouvre,
si les grenadiers fleurissent.
Là je te donnerai ma tendresse.

(14) Les pommes d'amour libèrent leur senteur.
À notre porte sont tant de fruits exquis, des nouveaux, des anciens !
Mon bien-aimé, je les ai réservés pour toi.




Chapitre 8 ‭

(1) Oh ! Que n’es-tu mon frère, Allaité des seins de ma mère !

Je te rencontrerais dehors, je t’embrasserais,
Et l’on ne me mépriserait pas.‭

‭(2) Je veux te conduire, t’amener à la maison de ma mère ;
Tu me donneras tes instructions,
Et je te ferai boire du vin parfumé,
Du moût de mes grenades.‭

‭(3) Que sa main gauche soit sous ma tête,
Et que sa droite m’embrasse ! —‭


*


‭ [Aux filles de Jérusalem]‭

(4) Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
Ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour, Avant son bon vouloir. —‭


*


‭(5) Qui est celle qui monte du désert, Appuyée sur son bien-aimé ? —
Je t’ai réveillée sous le pommier ;
Là ta mère t’a enfantée,
C’est là qu’elle t’a enfantée, qu’elle t’a donné le jour. —‭


*


[La Shoulamite]

(6) ‭Mets-moi comme un sceau sur ton cœur,
Comme un sceau sur ton bras ; 

          Car l’amour est fort comme la mort,
La passion est inflexible comme le séjour des morts ;
Ses ardeurs sont des ardeurs de feu, Une flamme de l’Éternel.‭

‭(7) Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour,
Et les fleuves ne le submergeraient pas ;


Quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour,
Il ne s’attirerait que le mépris.‭


(8) ‭Nous avons une petite sœur, Qui n’a point encore de seins ;
Que ferons-nous de notre sœur, Le jour où on la recherchera ?‭

(9) ‭Si elle est un mur, Nous bâtirons sur elle des créneaux d’argent ;
Si elle est une porte, Nous la fermerons avec une planche de cèdre. —‭

‭(10) Je suis un mur, Et mes seins sont comme des tours ;
J’ai été à ses yeux comme celle qui trouve la paix [pacifiée — Shoulamite].‭


(11) ‭Salomon avait une vigne à Baal-Hamon ;
Il remit la vigne à des gardiens ;
Chacun apportait pour son fruit mille sicles d’argent.‭


(12) ‭Ma vigne, qui est à moi, je la garde.


A toi, Salomon, les mille,
Et deux cents à ceux qui gardent le fruit ! —‭


‭(12) Habitante des jardins ! Des amis prêtent l’oreille à ta voix. Daigne me la faire entendre ! —‭


(12) ‭Fuis, mon bien-aimé !
Sois semblable à la gazelle ou au faon des biches,
Sur les montagnes des aromates !



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Traduction revue RP