Affichage des articles dont le libellé est Féminin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Féminin. Afficher tous les articles

lundi 8 juin 2015

Marie de Magdala




1) Dans le Nouveau Testament, témoin première de la résurrection

Jean 20
1 Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala se rendit au sépulcre dès le matin, comme il faisait encore obscur ; et elle vit que la pierre était ôtée du sépulcre.
2 Elle courut vers Simon Pierre et vers l’autre disciple que Jésus aimait, et leur dit : Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l’ont mis.
3 Pierre et l’autre disciple sortirent, et allèrent au sépulcre.
4 Ils couraient tous deux ensemble. Mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre ;
5 s’étant baissé, il vit les bandes qui étaient à terre, cependant il n’entra pas.
6 Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre ; il vit les bandes qui étaient à terre,
7 et le linge qu’on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes, mais plié dans un lieu à part.
8 Alors l’autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi ; et il vit, et il crut.
9 Car ils ne comprenaient pas encore que, selon l’Écriture, Jésus devait ressusciter des morts.
10 Et les disciples s’en retournèrent chez eux.
11 Cependant Marie se tenait dehors près du sépulcre, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre ;
12 et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête, l’autre aux pieds.
13 Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit: Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis.
14 En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
15 Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai.
16 Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna, et lui dit en hébreu : Rabbouni ! c’est-à-dire, Maître !
17 Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
18 Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu’elle avait vu le Seigneur, et qu’il lui avait dit ces choses.

Marc 16, 9 & 10
Ressuscité le matin du premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons. Celle-ci partit l’annoncer à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et les pleurs (cf. Luc 8, 2).

*

2) Les mythes modernes

On ne sait pas toujours qu’à l’arrière plan du mythe moderne «Marie-Madeleine» épouse Jésus, et du Da Vinci Code qui l’a rendu célèbre, se trouve un roman, intitulé L’or de Rennes (Julliard, 1967), écrit par Gérard de Sède, mettant en scène autour d’un «mystérieux» abbé Bérenger Saunière, un non moins «mystérieux» manuscrit.

L’abbé Saunière, lui, a existé — né en 1852, mort en 1917 —, curé, à partir de 1885, de Rennes-le-Château dans le sud de la France, département de l’Aude. L’abbé est devenu célèbre pour s’être suffisamment enrichi pour entreprendre des travaux de construction dans et autour de son église. Et on ne sait pas trop comment il a réalisé sa petite fortune. D’où les spéculations sur un trésor, qu’il aurait trouvé — trésor d’abord matériel et financier ; puis (c’est souvent le destin des trésors, surtout en ces terres mystérieuses qui ont connu les cathares) le trésor a glissé au trésor mystique, avec manuscrit secret dont l’imagination de chacun amplifie le contenu fantastique.

L’affaire est expliquée dans un article de Jean-Jacques Bédu, reproduit dans les actes d’un colloque de 1994 : Catharisme : l’édifice imaginaire, actes édités à Carcassonne en 1998. Dans cet article, intitulé «La création d’un mythe, le trésor de Rennes-le-Château», J.-J. Bédu donne des précisions, p. 404, sur ce manuscrit «laissant entendre qu'il demeure en ce monde un roi perdu, issu d'une lignée qui remonterait jusqu'à Jésus en passant par les mérovingiens et parvenant jusqu'à nous au travers des membres d'une mystérieuse organisation secrète : Le prieuré de Sion. Nous sommes en plein délire politico-mystique ! En réalité, cette énigme des parchemins est une gigantesque farce, puisque la version qui a servi de base de travail à Gérard de Sède, et surtout aux auteurs de L'Énigme Sacrée, a été fabriquée de toutes pièces pour l'émission de Francis Blanche, «Signé Furax». Ce qui fit dire à leur auteur (le marquis de Cherisey) [dépêché donc pour ce faire par le célèbre humoriste Francis Blanche] : "J'ai profité de l'occasion pour inventer que le maire s'était fait délivrer un calque des parchemins découverts par l'abbé. Alors sur une idée de Francis Blanche, je me suis mis en devoir de composer un calque codé sur des passages d'évangiles et de décoder moi-même ce que j'avais codé. Enfin, par voie détournée, je faisais parvenir à Gérard de Sède le fruit de mes veilles. Cela a marché au-delà de mes espoirs. Ces parchemins ont été fabriqués par moi, dont j'ai pris le texte antique en onciale, à la bibliothèque nationale sur l'ouvrage de Dom Cabrol" [à savoir un Dictionnaire d'archéologie chrétienne].»

Le texte de Bédu ci-dessus date de 1994, soit près de dix ans avant le roman de Dan Brown ! — et relate une histoire datant des années 1950-1960 (époque de l’émission de Francis Blanche). C’est ce que Dan Brown — sans le dire, lui — met en scène en 2003, dans un roman où l’on trouve un certain… Saunière (Jacques celui-là — on trouve aussi dans le roman un commissaire, non pas exactement Bédu, mais Bézu !… Sans compter le «Prieuré de Sion». Ce qui laisserait à penser que Dan Brown est lui aussi un farceur qui se garde bien de le laisser paraître aux yeux de ceux dont il se joue — le grand public mondial, et aussi les cinéastes qui l’ont repris : Howard, puis Cameron).

Entre temps, avant Dan Brown, le mythe monté via le «manuscrit» confectionné pour Francis Blanche s’est amplifié. Entre autres exemples, un Jean Markale (dans son livre Montségur et l'énigme Cathare, de 1997) y a donné un rôle aux cathares, en faisant un lieu de passage d’un «secret mérovingien» — entre autres sur Jésus et «Marie-Madeleine» (ce personnage composite de la piété médiévale, élaboré sur le nom de Marie de Magdala (ou la Magdaléenne) à partir de plusieurs personnages féminins du Nouveau Testament, parmi lesquels — ni dans le Nouveau Testament, ni au Moyen Âge — aucune «épouse de Jésus» !).

Il n’y a donc peu de doutes que le romancier Dan Brown est malgré lui l’avant-dernière étape (les cinéastes Ron Howard et Cameron en étant, en 2006 et 2007, les dernières — on ne dira pas victimes : ça leur a bien rapporté…) d’une farce qui ignore désormais qu’elle s’origine, non pas dans quelque mystérieuse tradition, mais dans une plaisanterie de Francis Blanche ! Et que nous ressert à sa façon, donc, en 2007, le cinéaste Cameron mettant en scène un ossuaire de «Marie-Madeleine» qu’il déclare épouse de Jésus à côté d’un ossuaire décrété ossuaire de son divin époux ! (sic !)

Quant au «mystérieux» manuscrit à l’origine de tout cela, il est du même tonneau que le sketch du «Sar Rabindranath Duval» où Francis Blanche ironisait via ce personnage sur les supercheries mystico-ésotériques diverses…

Une autre étude, de Philippe Marlin (auteur du livre Comment fabriquer un mythe ? Ed : L’œil du Sphinx – 2004), confirme et donne des précisions supplémentaires fournies par des témoins de la mise en place de la supercherie (cf. http://www.renneslechateau.com/francais/marlin4.htm) :
«[…] C’est Gérard de Sède qui dans L’Or de Rennes (Julliard, 1967) va donner toute sa dimension à ces documents, en en proposant une reproduction, et en précisant qu’ils ont été soumis à un expert militaire du chiffre. Mais sans en donner à ce moment, suspense oblige, le décryptage. Et l’auteur du reste d’enrichir la collection par un troisième document, dit "manuscrit du Sôt Pêcheur", qui fera le bonheur des exégètes de tous poils !
Inutile de dire que personne n’a jamais vu les originaux de ces documents…. Encore que le journaliste Jean-Luc Chaumeil exhibe volontiers les "grand et petit parchemins" [de l’abbé Saunière], en expliquant que ce sont des faux fabriqués par Philippe de Cherisey, personnage haut en couleur. Il affirme de surcroît avoir la copie d’un manuscrit de ce dernier, Pierre et Papier, dans lequel le mystificateur explique comment il a fabriqué et codé ces pièces. Le chercheur Jean Robin, dans La Colline Envoûtée (Trédaniel 1982), retrace avec beaucoup d’humour les propos de notre farceur érudit :
"M'étant rendu à Rennes les Bains en 1961 et ayant appris qu’après la mort de l'abbé la mairie de Rennes-le-Château avait brûlé (avec ses archives), j'ai profité de l'occasion pour inventer que le maire s'était fait délivrer un calque des Parchemins découverts par l'abbé. Alors sur l'idée de Francis Blanche, je me suis mis en devoir de composer un calque codé sur des passages d'évangiles et de décoder moi-même ce que j'avais codé. Enfin par voie détournée je faisais parvenir à Gérard de Sède le fruit de mes veilles. Cela a marché au-delà de mes espoir." En effet...
Comme nos lecteurs seront peut-être surpris par cette apparition inattendue du fantaisiste Francis Blanche, nous nous en voudrions de ne pas leur citer le récit que fit le marquis de Chérisey - journaliste puis acteur - de sa rencontre avec l'immortel auteur de Signé Furax : "Je l'ai rencontré pour la première fois dans un night-club proche de la place Saint Georges à Paris. Il jouait à faire peur et y réussissait".
"Il a joué un grand rôle dans ma vie d'acteur à Bruxelles en 1961, à l'occasion du tournage de Vive le Duc, un film belge dont le moins on dira, mieux vaudra [sic]. Ensuite nous nous sommes rencontrés chez Cornehs, un spécialiste des marionnettes puis encore dans un night-club de la gare du Nord, aujourd'hui aboli. Il me fit raconter mes histoires de trésor, celle des rouleaux de bois d'où l'abbé Bérenger Saunière avait sorti des Parchemins qui depuis s'étaient éclipsés Pour rejoindre les coffres d'une banque anglaise.
Fabrique-moi ça. Je suis preneur...
Fabriquer quoi ?
Des parchemins. Torche-moi cette farce et adresse-la chez Arnaud de Chassipoulet. Elle paraîtra dans mon feuilleton radiophonique.
‘Signé Furax’ était le nom de ce feuilleton radiophonique qui a laissé quelques traces dans la mémoire des auditeurs. Croirait-on pourtant que Pierre-Arnaud de Chassipoulet (avec un nom pareil) existât vraiment ? J'ai rencontré ce monsieur qui avait un magasin de magnétophones près de la rue de la Boëtie, mais sans rien lui remettre. Les pseudo-parchemins avaient occupé une part si importante de mes activités, que leur histoire dépassait le cadre d'un feuilleton"
.
Telle est donc la genèse des célèbres Parchemins de l'abbé Saunière», conclut Philippe Marlin.

Et à partir de là, telle est aussi la genèse du Da Vinci code et du couple du caveau de Talpiot, Jésus et «Marie-Madeleine» avec leur fils Judas. Où un mythe bâti sur une farce tente de devenir histoire et archéologie !

*


3) Dans les milieux anciens proches de la gnose

En « appui » des mythes modernes, un texte gnostique ; – depuis 2012 deux textes :

Évangile de Philippe : « Le Seigneur aimait Marie plus que les disciples et il l'embrassait souvent sur la bouche. Et Pierre dit : Sœur, nous savons que l'Enseigneur t'a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu'il t'a dites, dont tu te souviens et dont nous n'avons pas connaissance [...] Est-il possible que l'Enseigneur se soit entretenu avec une femme sur des secrets que nous nous ignorons ? [...] L'a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ? »

Papyrus en copte ancien (Son origine se situerait entre le VIe et le IXe siècle) :
« non [à] moi. Ma mère m’a donné la vi[e] / les disciples ont dit à Jésus / renonce. Marie n’en est pas digne / Jésus leur a dit : Ma femme... / elle pourra être disciple pour moi / que l’homme pervers se gonfle / je suis avec elle en relation avec / une image ».

Karen King, qui a découvert et révélé le manuscrit copte, précise que ce document ne prouve pas que Jésus était marié. Selon elle « ce texte souligne seulement que les femmes, mères et épouses, pouvaient aussi être des disciples de Jésus, un sujet qui faisait l’objet d’un débat passionné au début de la chrétienté ».



*

Des textes issus de milieux gnostiques, opposés à l’union sexuelle et au mariage.

Le baiser à Marie de Magdala relève ainsi simplement du don de la vie spirituelle par le Ressuscité – cf. Jean 20.

Le manuscrit copte pourrait, si son authenticité est confirmée, témoigner de l'idée gnostique d'un mariage spirituel, traduire l'idée de double – syzygie – bien connue par ailleurs dans les milieux gnostiques.

Cela rejoint l'idée que retiennent E. & J. Moltmann : mariage spirituel. Wiki (http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_de_Magdala#L.27.C3.A9pouse_du_Christ) : « En soutenant, dans Dieu homme et femme, que Marie de Magdala et Jésus étaient époux "en esprit", les théologiens Jürgen Moltmann et Elisabeth Moltmann posent la question d'une égalité fondamentale entre l'homme et la femme. Les dernières recherches exégétiques sur le lien entre Marie de Magdala et Jésus vont dans le sens de cette interprétation, comme le met en lumière l'exégète Xavier Léon-Dufour : en Jean 20, 16, Marie dit à Jésus "Rabbouni". Ce mot est traduit par "maître" dans l'Évangile, mais "Rabbouni" est en réalité un diminutif de Rabbi et pourrait ajouter une nuance d'affection ou de familiarité. La quête aimante de Jésus par Marie de Magdala en Jean 20, 11-16 renvoie au Cantique des cantiques 3,1-4. »

On a là un symbole post-résurrectionnel du même ordre que le « voici ta mère » concernant Marie, adressé depuis la croix au disciple bien-aimé de l’Évangile selon Jean. Type du mariage spirituel qui sera plus tard, chez les cathares (témoins d'une forme ancienne de christianisme), le don de l'Esprit saint. Cf. chez Jung le processus d’individuation comme réintégration de notre plénitude scindée, par l’intégration de l'anima.

Où Marie de Magdala est une figure de la Sophia, importante dans la gnose, reprise de la Hokhmah (cf. Proverbes 8).


RP
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
9) 9 & 11 juin 2015 - Marie de Magdala (PDF)


lundi 11 mai 2015

Marie




Avec la figure de Marie, on touche quelque chose de particulier dans une perspective chrétienne, puisque Marie est mentionnée, outre les évangiles, dans les symboles de la foi comme essentielle à l'Incarnation ; et comme témoin de l’Incarnation, à l’instar (mutatis mutandis !) de Ponce Pilate – ici en regard de la naissance virginale de Jésus. Moment d'une histoire comme objet de foi, la naissance virginale, à l'instar de la mort en croix. Tout ici est ordonné à notre salut en Christ. Nous voilà au cœur de ce qui fait le christianisme : le salut en Christ, ou Christ pour nous.

Hors cela, on est dans ce que les Réformateurs appelaient les « adiaphora » – les choses indifférentes –, depuis l'organisation de l’Église (presbytérienne, épiscopale, etc. – choses indifférentes), jusqu'aux développements de la mariologie : comme les Réformateurs n’ont remis en question de l'ecclésiologie que ce qui pouvait faire obstacle à l'unique médiation du salut par le Christ, ils n'ont rien mis en question de ce qui s'enseignait alors sur Marie tant que cela ne portait pas atteinte à la centralité du salut dévoilé en Jésus-Christ, Christ pour nous – que ce soit par excès : les développements cultuels autour de Marie ou une « mariologie » devenue « autonome » par rapport au Christ ; ou par défaut : minimiser la figure de la Vierge Marie comme aspect incontournable de l'Incarnation.

C'est entre ces pôles divers que nous essayerons de naviguer, à travers les textes bibliques et les mises en place ultérieures en termes théologiques de ce qui s'y déploie quant à notre salut dévoilé en Jésus-Christ.

Quelques-uns des points de réflexion possibles à partir des textes bibliques : naissance virginale de Jésus, virginité perpétuelle de Marie, maternité divine ; ou hors propos bibliques explicites : dormition et/ou assomption, Notre Dame, immaculée conception de Marie.

*

Matthieu 1
16 Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ.
[...]
18 Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble.
19 Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle.
20 Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit ;
21 elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.
22 Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète :
23 Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.
24 Joseph s’étant réveillé fit ce que l’ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui.
25 Mais il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.


Matthieu 2:11 [Les Mages] entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l’adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Matthieu 13:55 N’est-ce pas le fils du charpentier ? n’est-ce pas Marie qui est sa mère ? Jacques, Joseph, Simon et Jude, ne sont-ils pas ses frères ?

*

Marc 6:3 N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? Et il était pour eux une occasion de chute.

*

Luc 1
26 Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
27 auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.
28 L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi.
29 Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.
30 L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu.
31 Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus.
32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.
33 Il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura point de fin.
34 Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?
35 L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.
36 Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois.
37 Car rien n’est impossible à Dieu.
38 Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! Et l’ange la quitta.
39 Dans ce même temps, Marie se leva, et s’en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda.
40 Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth.
41 Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit.
42 Elle s’écria d’une voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni.
43 Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ?
44 Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein.
45 Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement.
46 Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur,
47 Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,
48 Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
49 Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint,
50 Et sa miséricorde s’étend d’âge en âge Sur ceux qui le craignent.
51 Il a déployé la force de son bras ; Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses.
52 Il a renversé les puissants de leurs trônes, Et il a élevé les humbles.
53 Il a rassasié de biens les affamés, Et il a renvoyé les riches à vide.
54 Il a secouru Israël, son serviteur, Et il s’est souvenu de sa miséricorde, —
55 Comme il l’avait dit à nos pères, — Envers Abraham et sa postérité pour toujours.
56 Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle.


Luc 2
1 En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre.
2 Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.
3 Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville.
4 Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléhem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David,
5 afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.
6 Pendant qu’ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva,
7 et elle enfanta son fils premier-né. [...]
15 Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : Allons jusqu’à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître.
16 Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche.
17 Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant.
18 Tous ceux qui les entendirent furent dans l’étonnement de ce que leur disaient les bergers.
19 Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur. [...]
21 Le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, nom qu’avait indiqué l’ange avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.
22 Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, —
23 suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur, —
24 et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur.
25 Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était sur lui.
26 Il avait été divinement averti par le Saint-Esprit qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur.
27 Il vint au temple, poussé par l’Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu’ordonnait la loi,
28 il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit:
29 Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S’en aller en paix, selon ta parole.
30 Car mes yeux ont vu ton salut,
31 Salut que tu as préparé devant tous les peuples,
32 Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d’Israël, ton peuple.
33 Son père et sa mère étaient dans l’admiration des choses qu’on disait de lui.
34 Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère : Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction,
35 et à toi-même une épée te transpercera l’âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées. [...]
39 Lorsqu’ils eurent accompli tout ce qu’ordonnait la loi du Seigneur, Joseph et Marie retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.


*

Jean 2 (« sa mère »)
1 Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là,
2 et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples.
3 Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont plus de vin.
4 Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue.
5 Sa mère dit aux serviteurs : Faites ce qu’il vous dira.

Jean 19
25 Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.
26 Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils.
27 Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui.


*

Actes 1:14 Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus.


RP
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
8) 12 & 14 mai 2015 - Marie (PDF)


samedi 11 avril 2015

La Sulamite



« Je suis noire et belle… »
Ainsi s’ouvre le Cantique des Cantiques (chapitre 1, verset 5).

Le nom Sulamite n’apparaît qu'au ch. 7, v.1. Jusque là, elle n'est pas nommée. Sulamite peut être le féminin de Salomon, qui lui est nommé (et à qui le Cantique est traditionnellement attribué). Sulamite peut aussi vouloir dire, « pacifiée, réconciliée », et effectivement , vers la fin du chant on approche une pacification, une union mystique ?, qui n'est pas advenue, qui n’advient pas, qui reste de l'ordre de l'espérance.

« Je suis noire et belle… », donc, est-il dit dès le début du chant, selon la traduction correcte — et la seule possible — de ce verset rendu depuis des siècles de façon malencontreuse — pour ne pas dire malveillante — par : « Mais belle » ! Il n’y a pas de « mais » en hébreu. Il n’y a pas de « mais » non plus dans la version grecque des Septante.

Remarquable illustration, que l’habitude de ce « mais », de la mise en garde de Jésus contre le travers d’attenter au « iota » dans les Écritures ! Ici, on en mesure les conséquences ! La couleur noire serait-elle en opposition à la beauté ?!

La première version célèbre où apparaît le « mais » est la Vulgate, la version latine de saint Jérôme — hélas !

Précisons toutefois que le point de départ du « mais » n’est peut-être pas entièrement négatif : la noirceur de la Sulamite du Cantique comme symbole de beauté, précisément, en tant que la beauté se reçoit d’ailleurs, d’un regard extérieur, de Dieu ultimement : la couleur noire est captatrice de lumière, de la lumière qui en contraste dévoile la beauté. Beauté donc dans toute son intensité, mais qui n’a pas sa source en elle : le noir indique alors un vis-à-vis, signe d’altérité irréductible — celui qui est entre la beauté et sa source éternelle. Aux origines, c’est ce vis-à-vis que signale la beauté de la Sulamite, le vis-à-vis de la Bien-Aimée et de son Aimé, Dieu finalement — et où Origène voyait une prophétie annonçant la première Église, copte, — c’est-à-dire éthiopienne-égyptienne, captant sa beauté de la beauté de son Dieu.

« Je suis noire et belle… ». C’est le soleil, rayonnement du regard de mon Bien-Aimé, et de mon éternel Bien-Aimé sur ma beauté, qui m’a donné ma couleur, signe du désir de mieux capter sa lumière, source de toute beauté.

D'où, en regard du contraste du noir et de la lumière, on a considéré aussi la noirceur comme en contraste : signe du péché, de l'exil et de la souffrance du peuple… D’où le glissement vers le « mais » (qui n’est donc pas dans le texte), venant jusqu’à occulter que noire est la beauté…

Puis l’habitude du « mais » s’est perpétuée dans toutes nos traductions, chargée souvent de malveillance pour les frères et sœurs de la Sulamite. L’habitude malencontreuse n’a cessé — concernant le français — qu’avec la traduction de Chouraqui (de 1999, corrigeant la précédente), puis par la Nouvelle TOB (2011), qui ont emboîté le pas à Léopold Sédar Senghor, pour donner les premières traductions françaises à ma connaissance à avoir repris l’original : « Je suis noire et belle… »

Cela dit, la dimension symbolique est importante et annoncée dans ce rapport soleil/noirceur : une dépendance réciproque de l'homme et de la femme pour la découverte l'un de l'autre par les deux protagonistes qui restent toujours à distance d'une troisième instance jamais nommée – comme Dieu n'est jamais nommé dans le Cantique. L'ultime apparaît comme en creux dans cette permanente non rencontre des deux protagonistes à la recherche de l'ultime d'eux-mêmes l'un par l'autre (avec l'injonction à la fiancée : va vers toi – 2, 13). L'absence est décisive dans le Cantique. Lorsqu'il semble que l’union va advenir, l'absence se pose : ch. 2 à 3, 1-2 ; ch. 5, 6 ; ch. 6 à 7, 1 sq.

Via l'absence il apparaît que l'ultime jamais nommé peut recevoir aussi bien l'absence de la figure féminine que celle de la figure masculine.

L'absence qui creuse l'amour via le désir – où apparaît que le mot « ahabah », traduit « agapè » dans le grec de la Bible des LXX, englobe la pluralité des mots grecs / agapè, eros, etc.
Quelques citations pour éclairer le propos :

*

Le désir est un flambeau lumineux qui provient de la lumière même de l'Amour, avec ceci de particulier qu'il ajoute encore à la luminosité de l'Amour originel.
L’Amour c'est le désir, car tu ne t’élances avec fougue que vers une personne aimée. Il n'y a aucune différence entre l'Amour et le Désir. Donc, le désir est une des conséquences de l’Amour originel.

(Al-Mouhasibi, in Abu-Nu’aïm al-Isfahâni, Hilhyat al-awliyâ, trad. René Khawam, Propos d'amour des mystiques musulmans, p. 34-37).

*

[…] comme si l’on passait d’un objet humain à un objet divin. Pour le “platonicien” Rûzbehân, ce pieux transfert lui-même est un piège. […] L’amour divin n’est pas le transfert de l’amour à un objet divin ; mais métamorphose du sujet de l’amour humain.
(Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, folio 1986, p. 280-281.)

… Le Cantique des Cantiques suggérant alors que Dieu est noire… dévoilé et caché à la fois, dans la présence absentée, chantée dans la beauté de la noire Sulamite…


*

Hadewijch d’Anvers :

Quand l’Amour se refuse,
Quand on ne peut jouir
De ce que l’on désire,
Notre faim croît à l’infini.
Mais il faut trouver la joie en ses fureurs,
Lui qui survient de jour comme de nuit :
Le plus total abandon est la seule
Ressource qui subsiste avec lui.

Tourments du délaissement. Espoirs déçus. Doutes. Cet instant où l’être s’embrase ne reviendra-t-il donc jamais ?

L’Amour est si violent, ses exigences si excessives, qu’il semble outrepasser les possibilités humaines. On ne peut penser à lui sans frayeur. Alors on se rabat sur des plaisirs d’un accès plus facile, moins onéreux. Mais le désir se réanime, la chevauchée reprend. Survient le ravissement de l’extase. Toutefois, sans que rien ne l’annonce, c’est soudain la rupture, la chute, le retour à des heures, des jours atones. Comment vivre ce brutal passage du plus intense à la dépossession ?
Déception. Mélancolie. Solitude.

Ce que l’amour a de plus beau, ce sont ses violences
Son abîme insondable est sa forme la plus belle
Se perdre en lui, c’est atteindre le but
Être affamé de Lui, c’est se nourrir et se délecter
L’inquiétude d’amour est un état sûr
Sa blessure la plus grave est un baume souverain
Languir de lui est notre vigueur
C’est en s’éclipsant qu’il se fait découvrir
S’il fait souffrir, il donne pure santé
S’il se cache, il nous dévoile ses secrets
C’est en se refusant qu’il se livre
Il est sans rime ni raison et c’est sa poésie
En nous captivant, il nous libère
Ses coups les plus durs sont ses plus douces consolations
S’il nous prend tout, quel bénéfice !
C’est lorsqu’il s’en va qu’il nous est le plus proche
Son silence le plus profond est son chant le plus haut
Sa pire colère est sa plus gracieuse récompense
Sa menace nous rassure
Et sa tristesse console de tous les chagrins :
Ne rien avoir, c’est sa richesse inépuisable.

Il en est ainsi de ceux qui aiment : ils ne peuvent jouir de l’Amour ni s’en passer, c’est pourquoi ils se consument et dépérissent.


*

Tous les risques d'erreur sont liés à notre amour ; et plus l'amour est passionné, exigeant, singulier, plus grand le risque. Ce que nous croyons aimer en elle, est-ce elle-même ou l'image de notre ange ? Ce que nous avons cru voir en elle, et que nous déifions peut-être à ses dépens, est-ce notre anima projetée ? […] La vue juste imagine au sens fort la personne. […] Non pas éteindre ou dépasser, mais transmuter, transfigurer ! Aimer mieux, c'est apprendre à discerner la raison d'être - donc d'être unique - de l'autre aimé, comme de soi-même. Ce corps visible que vient animer un mouvement singulier et fascinant de l'être… “Aimer ce que jamais on ne verra deux fois !”
(Denis de Rougemont, Comme toi-même, p 240-241.)

*

Alain Badiou, Éloge de l'amour, Champs/Flammarion 2009 :

Le désir est une puissance immédiate, mais l’amour demande en outre du soin, des reprises. (p. 87)

Pourquoi dit-on si souvent : je t’aimerai toujours ? À condition, bien sûr, que ce ne soit pas une ruse. Les moralistes, évidemment, s’en sont beaucoup moqués, disant qu’en réalité, ce n’est pas vrai. D’abord, ce n’est pas vrai que ce n’est jamais vrai. Il y a des gens qui s’aiment toujours, et il y en a beaucoup plus qu’on ne le dit. Et tout le monde sait que décider, surtout unilatéralement, la fin d’un amour est toujours un désastre, quelles que soient les excellentes raisons qu’on met en avant. (p. 52-53)

Je sais […] intimement que la polémique sceptique est inexacte. Et […] si le « je t’aime » est toujours, à beaucoup d’égards, l’annonce d’un « je t’aime pour toujours », c’est qu’en effet il fixe le hasard dans le registre de l’éternité. N’ayons pas peur des mots ! La fixation du hasard, c’est une annonce d’éternité. […] Une descente de l’éternité dans le temps. C’est pour cette raison que c’est un sentiment si intense. Vous comprenez, les sceptiques, ils nous font quand même bien rire, parce que, si l’on tentait de renoncer à l’amour, de ne plus y croire, ce serait un véritable désastre subjectif […]. L’amour reste une puissance. Une puissance subjective. Une des rares expériences où, à partir d’un hasard inscrit dans l’instant, vous tentez une proposition d’éternité. « Toujours » est le mot par lequel, en fait, on dit l’éternité. Parce qu’on ne peut pas savoir ce que veut dire ce « toujours » ni quelle est sa durée. « Toujours », ça veut dire « éternellement ». (p. 53-54)

Disons que l’amour est une aventure obstinée. Le côté aventureux est nécessaire, mais ne l’est pas moins l’obstination. Laisser tomber au premier obstacle, à la première divergence sérieuse, aux premiers ennuis, n’est qu’une défiguration de l’amour. Un amour véritable est celui qui triomphe durablement, parfois durement, des obstacles que l’espace, le monde et le temps lui proposent. (p. 41)

L’amour un des stades suprêmes de l’expérience subjective. […] Pour Kierkegaard, il y a trois stades de l’existence. Dans le stade esthétique, l’expérience de l’amour est celle de la séduction vaine et de la répétition. […] Le stade éthique peut faire transition vers le stade suprême, le stade religieux […] quand, grâce à l’expérience de l’amour, le Moi s’enracine dans sa provenance divine. (p. 24-25)


RP
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
7) 14 & 16 avril 2015 - La Sulamite (PDF)


lundi 9 mars 2015

Esther




Un regard sur la figure d'Esther avec en perspective celle de Ruth parcouru précédemment (deux livres des « cinq rouleaux » de la Bible hébraïque). Deux exilées, une de Moab vers Israël, l'autre de la Judée vers Babylone et la Perse. Deux épousées par des personnages du pays d'exil — pays d’adoption pour Ruth qui y épouse un notable et qui reviendra grand-mère du roi David. Esther, qui épouse le roi de Perse, pays d'exil. Dans les deux cas, leur charme joue pour une suite pratique heureuse. Pour Esther, se dessine une dimension providentielle qui débouchera sur le salut du peuple juif menacé d'extermination par ses ennemis en terre d'exil.

*

Le livre ou rouleau d’Esther (hébreu : Meguilat Esther) est le vingt-et-unième livre de la Bible hébraïque. Il fait partie des Ketouvim selon la tradition juive et des Livres historiques de l’Ancien Testament selon la tradition chrétienne. Sa rédaction est généralement approximativement datée au IVe siècle AEC. (extraits de Wiki, articles Livre d'Esther –  ; et Pourim)

Il rapporte une série d’événements se déroulant sur plusieurs années : Esther, d'origine juive, est la favorite du plus puissant souverain de son époque - Xerxès Ier. Or, sous son règne, le grand vizir - Haman - intrigue et obtient de pouvoir exterminer toute la population juive. Devant pareille menace, l'oncle d'Esther - Mardochée - fait appel à sa nièce afin qu'elle obtienne du roi l'annulation du décret qui les condamne. Xerxès Ier - informé par Esther - prend toutes les mesures nécessaires pour protéger la population juive, et condamne le vizir, ainsi que tous ses fils, à être pendus au poteau destiné initialement à Mardochée. Enfin, les Juifs instaurent une fête annuelle, appelée Pourim (cf. infra *), afin de commémorer ce miracle.

Selon le livre d’Esther, le roi Assuérus prend pour femme Esther bat Avihaïl, une belle jeune femme qui tient secrètes ses origines judéennes sur les conseils de son oncle Mardochée. Celui-ci sauve le roi d'un complot.

Peu après, Haman, fils de Hamedata l'agaggite, monte en faveur auprès du roi. Outré par le fait que Mardochée ne s'incline pas devant lui alors que le protocole établi par le roi l'y oblige, il fait publier au nom du souverain et avec son accord un décret d'extermination de tous les Juifs vivant dans les 127 provinces de l'empire achéménide (où vit la quasi-totalité de la population juive de l'époque). La date d'application du décret est fixée par tirage au sort (hébreu : pour, cf. l'akkadien pûrû) au 13e jour du douzième mois, c'est-à-dire le mois d’adar.

Sur l'insistance de Mardochée, Esther vient trouver le roi (au péril de sa vie). Elle l'invite à un festin avec Haman sans dévoiler ses motifs où elle les convie à un second festin. Troublé, Assuérus se fait lire les annales royales pour occuper ses insomnies et prend connaissance de sa dette envers Mardochée. Il le récompense par des honneurs devant un Haman dépité. Lors du second festin, Esther dévoile son identité juive et le complot qui vise les siens. Haman est pendu à la potence même qu'il réservait à Mardochée et les Juifs sont autorisés à se défendre contre leurs assaillants. Après un jour de batailles (deux à Suse), les Juifs célèbrent dans l'allégresse ces retournements du sort et une fête est instituée pour les générations à venir.

Les innovations de Mardochée, devenu grand vizir du roi, ont une nature davantage sociale que religieuse : en effet, il ne demande pas d'offices de prières ni de retourner en terre d'Israël afin de réaliser quelque offrande mais de faire de grands festins, de s'échanger des colis alimentaires et de faire des dons généreux aux démunis.


* Pourim (« Sorts »)

Pourim est une fête juive d’origine biblique et d’institution rabbinique, qui commémore les événements relatés dans le Livre d’Esther.

Ceux-ci ont été vécus par les Juifs comme la délivrance miraculeuse d’un massacre de grande ampleur, planifié à leur encontre par Haman l’Agaggite dans tout l’Empire perse au temps de sa splendeur.

La fête est célébrée chaque année à la date du 14 adar (qui correspond, selon les années, au milieu des mois de février ou mars dans le calendrier grégorien).

Aux pratiques traditionnelles, consignées dans le Livre d’Esther et ordonnancées par les Sages de la Mishna, se sont ajoutées diverses coutumes, notamment culinaires, ainsi que des manifestations joyeuses, l’usage de crécelles à l’évocation du nom de Haman ou l'usage de déguisements.


RP
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
6) 10 & 12 mars 2015 - Esther (PDF)


lundi 9 février 2015

Histoires de Ruth et Bathshéva




(Pour Ruth, lire le livre de Ruth)

Batshéva :

2 Samuel, 11, 2-27
2 Un soir, David se leva de son lit et alla se promener sur le toit en terrasse de la maison du roi ; de là il aperçut une femme qui se baignait ; elle était très belle. 3 David envoya prendre des informations sur cette femme. On lui dit : C'est Bethsabée, fille d'Eliam, femme d'Urie, le Hittite. 4 David envoya des messagers la chercher. Elle se rendit auprès de lui, et il coucha avec elle alors qu'elle se consacrait pour se purifier de son impureté ; puis elle rentra chez elle. 5 La femme fut enceinte ; elle fit dire à David : Je suis enceinte.
6 Alors David fit dire à Joab : Envoie-moi Urie, le Hittite ; et Joab envoya Urie à David. 7 Urie se rendit auprès de David, qui lui demanda comment allait Joab, comment allait le peuple et comment allait la guerre. 8 Puis David dit à Urie : Descends donc chez toi te laver les pieds. Urie sortit de la maison du roi, suivi d'un présent du roi. 9 Mais Urie se coucha à l'entrée de la maison du roi, avec tous les hommes de la garde, et il ne descendit pas chez lui. 10 On vint dire à David : Urie n'est pas descendu chez lui. Alors David dit à Urie : N'arrives-tu pas de voyage ? Pourquoi n'es-tu pas descendu chez toi ? 11 Urie répondit à David : Le Coffre, Israël et Juda habitent dans des huttes, mon maître Joab et les hommes campent en rase campagne, et moi, je rentrerais chez moi pour manger et boire et pour coucher avec ma femme ! Par ta propre vie, je ne ferai pas une chose pareille ! 12 David dit à Urie : Reste encore ici aujourd'hui, et demain je te renverrai. Urie resta à Jérusalem ce jour-là et le lendemain. 13 David l'invita à manger et à boire devant lui et il l'enivra ; le soir, Urie sortit et se coucha avec les hommes de la garde, mais il ne descendit pas chez lui.
14 Au matin, David écrivit une lettre à Joab et l'envoya par l'intermédiaire d'Urie. 15 Il écrivit dans cette lettre : Placez Urie à la pointe du combat le plus violent et retirez-vous derrière lui, afin qu'il soit frappé et qu'il meure.
16 Joab, qui avait observé la ville, plaça Urie à un endroit où il savait qu'il y avait des adversaires aguerris. 17 Les hommes de la ville firent une sortie pour combattre Joab ; il en tomba parmi la troupe, parmi les hommes de David, et Urie, le Hittite, mourut aussi. 18 Joab envoya un messager faire un rapport à David sur tout ce qui s'était passé lors du combat. 19 Il donna cet ordre au messager : Quand tu auras achevé de raconter au roi tous les détails du combat, 20 si la fureur du roi éclate et qu'il te dise : « Pourquoi êtes-vous allés combattre si près de la ville ? Ne savez-vous pas qu'on lance des projectiles du haut de la muraille ? 21 Qui a tué Abimélek, fils de Yeroub-Bésheth ? N'est-ce pas une femme qui a lancé sur lui, du haut de la muraille, une meule de moulin ? N'est-ce pas ainsi qu'il est mort à Tébets ? Pourquoi vous êtes-vous approchés de la muraille ? » Alors tu diras : « Ton serviteur Urie, le Hittite, est mort aussi. »
22 Le messager partit. A son arrivée, il fit un rapport à David sur tout ce pour quoi Joab l'avait envoyé. 23 Le messager dit à David : Ces hommes ont eu l'avantage sur nous ; ils ont fait une sortie contre nous, à l'extérieur, et nous les avons repoussés jusqu'à l'entrée de la porte de la ville ; 24 on a lancé des projectiles sur tes hommes du haut de la muraille, et certains de tes hommes sont morts ; ton serviteur Urie, le Hittite, est mort aussi. 25 David dit au messager : Tu parleras ainsi à Joab : « Que cela ne te déplaise pas ; l'épée dévore tantôt l'un, tantôt l'autre. Attaque courageusement la ville et rase-la ! » Et toi, encourage-le.
26 La femme d'Urie apprit que son mari était mort, et elle se mit à se lamenter sur son époux. 27 Quand le deuil fut passé, David l'envoya chercher et la recueillit chez lui. Elle devint sa femme et lui donna un fils. Ce que David avait fait déplut au SEIGNEUR.


*

Cf. les développements talmudiques et cabalistiques. Un intéressant aperçu dans Tobie Nathan, Le philtre d'amour, éd. Odile Jacob, 2013, p. 155-169 (extraits) :

[…] Depuis lors, les juifs ne cessent de commenter le comportement inouï de leur roi le plus sacré. Alors, comment cela ? L'homme désigné par Dieu pour diriger son peuple, cet homme gratifié de tous les dons, celui de la guerre et celui de la sainteté, ce poète inspiré à qui l'on attribue la rédaction des psaumes, cet homme serait allé sans hésiter un instant, se débarrasser de son rival pour lui ravir sa femme? En agissant ainsi, il avait non seulement commis les deux crimes les plus odieux, les plus sévèrement condamnés par la loi, l'adultère et le meurtre, mais il avait de plus usé de son pouvoir discrétionnaire pour ce faire. Et c'était cet homme au comportement pervers que l'on présentait au peuple comme modèle, plus encore, comme guide? Les juifs ont toujours pensé qu'il devait se cacher là un mystère.
Le texte biblique s'appesantit néanmoins sur la faute de David. Et les commentaires d'affluer en ce sens. […] C'est même, on le sait, le contenu du Psaume 51, qu'on attribue à David lui-même :
« Lorsque Nathan, le prophète, vint à lui, après que David fut allé vers Batshéva...
Ô Dieu ! Aie pitié de moi dans ta bonté ; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions ;
Lave-moi complètement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché.
Car je reconnais mes transgressions, et mon péché est constamment devant moi »
(Psaume 51, 2-4).
Si le récit de son repentir laisse place à des idées pieuses sur l'obligation de reconnaître sa propre faute, dressant très tôt le modèle d'une morale absolue, qui ne tolère aucune exception, même s'il s'agit des puissants, il n'explique l'acte en rien. Le mystère reste donc entier. Quelle force, plus puissante que la crainte de Dieu dont David était entièrement habité, s'était-elle emparée de lui ? Le Talmud a évidemment traité de cette question à de nombreuses reprises.
[...] Oui, David était préparé à sa chute, répète [le commentateur Rabba], mais il ne pouvait l'éviter. Il lui était impossible de résister, soumis à une puissance, un magnétisme, infiniment plus fort que sa volonté. Car, nous apprend Rabba, « Batshéva était destinée à David depuis la création du monde », et il ajoute : « Mais c'est avec la souffrance qu'elle est arrivée jusqu'à lui » (Talmud Bavli, traité Sanhedrin, 107 A). » […] [Elle] « lui était destinée depuis la création du monde », autrement dit [elle est] son âme sœur. […]
Si l’on est mis en présence de son âme sœur […], rien ne pourra alors s’opposer à l’élan qui nous portera vers elle, ni la loi, ni la morale, ni le regard des autres, ni même la parole de Dieu. […] D’après [Joseph Gikatila (1248-1325), Le secret du mariage de David et Bethsabée, éd. de L’Éclat, 2003.], David ne pouvait échapper à la force qui s’était emparée de lui car il avait reconnu Batshéva, sa jumelle, son épouse parfaite […]. Ce que ressentit David ? À la fois une douleur, une tension et un élan, puisqu’il avait perçu dans le même temps son incomplétude intrinsèque et la promesse de la combler (Tobie Nathan, p. 161-162). […]
« Et quand un mâle est créé, nécessairement, sa partenaire féminine est créée en même temps que lui, parce que l'on ne fabrique jamais d'en haut une demi-forme, mais seulement une forme entière. » [...] On pourrait la résumer ainsi : les hommes, les femmes ne sont que des demi-êtres. Leur inquiétude à vivre, cette inquiétude à la fois philosophique et morale que Kierkegaard appelait l' « angoisse », provient de leur incomplétude primordiale. En ignorant sa cause, ils se condamnent à une existence perpétuellement tourmentée. La seule possibilité qui leur est offerte de se constituer en être total est la rencontre avec leur âme sœur, leur moitié. […] Si la prémisse de cette théorie est stupéfiante, ses conséquences sont capitales et se ressentent jusqu'à l'expression des amours modernes.


RP
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
5) 10 & 12 février 2015 - Ruth ; Batshéva (PDF)





lundi 12 janvier 2015

Déborah et le ministère prophétique féminin




Lire au livre des Juges les chapitres 4 et 5.

La figure de Déborah, qui y est présentée comme « prophétesse », est significative d'un en-deçà ou au-delà de l’institution, mâle en ce temps-là. L'Esprit (notion féminine en hébreu) investit ses portes-paroles indépendamment de toute qualification institutionnelle ou légitimation telle que la masculinité. Une « anomalie » vouée toutefois à faire ultérieurement institution, institution autre, incluant le ministère des femmes.

Car cela dit, il ne s'agit pas pour autant, avec Déborah prophète (comme avec les autres prophètes) d’auto-proclamation : dans le texte de Juges 4 et 5, la position de Barak en atteste (chef de guerre officiel) — qui confirme cependant la primauté de Déborah comme prophète.

Un mot sur la dimension guerrière, qu'il n'est pas à légitimer ou à délégitimer : elle est liée à un contexte, qui n'est pas forcément à reproduire ! La transposition à un plan de combat spirituel y est induite : comme pour tout moment historique, les combats se légitiment à un plan moral et spirituel, où la violence du temps devient symbole. Pour prendre un exemple : aujourd'hui, quand on parle en France en contexte politique de « couper des têtes », il ne s'agit plus, malgré la référence à la Révolution française, de décapitations littérales !... On a transposé à un autre plan. Il est tout aussi légitime d'opérer cette transposition pour notre texte, et donc de transposer la fonction prophétique à notre conception du ministère prophétique, jusque dans l’Église...

*

Excursus : Ministère prophétique et ministère féminin

Le ministère féminin, y compris ministère de responsabilité, tel le ministère pastoral, s'avère n'être pas un phénomène récent. Seule son institutionnalisation officielle est récente dans le monde moderne. L'action missionnaire, par exemple, a été, et de longue date souvent dirigée par des femmes, remplissant ainsi, sans en avoir le titre, un rôle incontestablement pastoral, voire apostolique. Aussi, n'est-il pas acquis que ce soit les partisans du ministère pastoral féminin qui aient été les novateurs ; ce que pourrait s'avérer confirmer la pratique de l'Église primitive.

Toutefois, le ministère institutionnel féminin, lui, est inexistant depuis fort longtemps. L'inexistence du ministère pastoral féminin remonte à la nuit des temps ecclésiaux, l'inexistence du ministère diaconal féminin date du VIe siècle, pour l'Église latine, lors de sa suppression par les conciles d'Épaone (517) et d'Orléans (539). Les diaconesses ont survécu un peu plus longtemps en Orient. Les raisons de l'inexistence institutionnelle du ministère féminin, inexistence institutionnelle reprise longtemps par le protestantisme, qui connaissait pourtant des ministères féminins non officiels, ne sont pas aussi limpides que le soutiennent les adversaires de l'accession des femmes à des postes de responsabilité ecclésiastique. Ces derniers y voient volontiers une interdiction néo-testamentaire, et de citer à cet effet des textes forts impressionnants — tendant ainsi à l'abolition d'une pratique traditionnelle au profit d'une institution traditionnelle. Car la question doit être posée : est-ce vraiment là l'enseignement néo-testamentaire ?

Les Églises les plus attachées à l'exclusivité masculine de l'accession au ministère sont les Églises regardant explicitement le ministère comme d'ordre sacerdotal ; et qui, pour cela, arguent de la symbolique des sexes — ce qui est étranger au Nouveau Testament. On peut se demander si le refus du ministère féminin, dans la mesure où l'on sait — clairement pour le diaconat — qu'il a été abandonné, n'est pas à chercher dans ce type de décalage par rapport au Nouveau Testament, éventuellement projeté sur le Nouveau Testament, plutôt que dans l'enseignement du Nouveau Testament lui-même.

La « sacerdotalisation » du ministère, accompagnée à terme de sa masculinisation exclusive, remonte, il est vrai, à très haute époque, puisqu'on la trouve déjà en germe chez Clément de Rome (fin Ier siècle). Clément trace un parallèle entre le ministère ecclésiastique et l'institution lévitique, clairement sacerdotale et mâle — et héréditaire, ce qui distingue nettement cette institution de la vocation prophétique, et n'est pas sans importance. Pour Clément, les diacres représentent les lévites ; les presbytres (les desservants mosaïques) ; et l'évêque, le grand desservant (Clément, 1 Corinthiens 40:5).

La logique d'une telle vision fait déboucher l'Église sur l'exclusion du ministère féminin. On peut penser que ces raisons se sont pas sans rapport avec l'abolition du diaconat féminin : on sait que les diacres ont un rôle à jouer en ce domaine ; dans le livre des Actes on les voit « servir aux tables » (Ac 6:2), service qui vraisemblablement, à l'époque, n'est pas sans rapport avec la Sainte Cène. On les voit au moins décider de l'administration de baptêmes non urgents (Ac 8). Il ne faut cependant pas prêter ces développements ultérieurs à Clément, qui écrit dans un contexte de remise en question de l'autorité des ministres de l'Église de Corinthe, et qui use pour sa polémique du parallèle de l'institution mosaïque. La dérive n'en est pas moins amorcée, qui éloigne l'Église de la tradition des Apôtres, qui situait le ministère dans une perspective prophétique, et non sacerdotale, ministère de la Parole, de la libre Parole.

Il s'agit de ne pas perdre de vue cette perspective lorsqu'on lit les propos du Nouveau Testament. Il s'agit de tenter de redessiner le contexte historique qui est le leur, plutôt que de les lire à travers la projection d'un cadre institutionnel forgé par l'histoire ultérieure. Quant à l'Église primitive, il n'est point très mystérieux de savoir d'où elle hérite sa structure : non d'une institution sacerdotale, mais de la Synagogue ; en laquelle il faut naturellement chercher les fameuses coutumes universelles des Églises (1 Co 11:16, 14:33, Ac 15:21) - composées majoritairement de populations gravitant autour de la Synagogue (cf. Ac).

Exemple de ces coutumes : l'attitude des chrétiens à l'égard des viandes sacrifiées aux idoles. Jacques a dit (Ac 15:19-21), Paul raisonne (Ro 14, 1 Co 8, 10), la pratique commune demeure la coutume universelle, celle de la Synagogue : on s'abstient. Cette coutume est largement abandonnée depuis, malgré l'ordre de Jacques et le conseil de Paul : rares sont les chrétiens qui, aujourd'hui, mangent casher !

Quant au voile ou au silence des femmes - autres de ces coutumes, - nul besoin de chercher chez les païens des mœurs qu'ils n'avaient pas : la Synagogue, depuis des temps immémoriaux, sépare les hommes, qui animent le culte, des femmes nubiles, qui assistent aux cérémonies depuis des pièces adjacentes, ce pour des raisons dont il ne faut pas exclure le côté pratique. Les femmes, de cette façon, s'occupent de leurs enfants en bas âge, qu'elle peuvent nourrir, ou dont les pleurs ne dérangeront pas le déroulement du culte — on est dans une civilisation où ce rôle est strictement réservé aux femmes, responsables de la maternité (certaines grandes Églises américaines ont aujourd'hui, par le moyen de l'audiovisuel, introduit une pratique similaire pour les parents d'enfants jeunes : ils peuvent assister au culte tout en gardant leurs enfants, et sans être proprement dans le lieu du culte).

La simple prise en compte de cette coutume de l'Église primitive, fondée sur la structure architecturale des synagogues, éclaire les textes pauliniens sur le silence requis des femmes : les questions théologiques sont, en public, du fait des occupants de la partie centrale du bâtiment cultuel, les hommes — quoique, on y vient, pas nécessairement eux seuls... Pour paraphraser Paul : « que les femmes qui occupent les parties adjacentes écoutent, et obtiennent les éclaircissements, qu'éventuellement elles souhaitent, une fois à la maison, plutôt que d'entamer entre elles des discussions théologiques propres à perturber ce qui se déroule dans la partie centrale » (1 Co 14:34-35). « Qu'elles demeurent dans le silence et s'occupent de leur rôle par excellence, la maternité » (1 Ti 2:9-15).

C'est avec la question du ministère que l'on entre dans le domaine où, du fait de sa revendication prophétique, le Nouveau Testament se spécifie par rapport à l'habituel de la Synagogue dont il n'a aucune raison d'avoir abandonné la structure.On est dans le domaine prophétique, qui se construit institutionnellement avec la reconnaissance officielle, par la communauté, des vocations diverses. C'est ainsi que les listes de charismes ne distinguent pas ce qui relève du prophétique ou du miraculeux, de ce qui est de l'ordre institutionnel.

La structure presbytérale reprise de la Synagogue est investie de la liberté de l'Esprit d'une communauté naissante, la faisant se doubler très tôt (Ac 6) de la structure diaconale (dont la synagogue n'est d'ailleurs sans doute pas sans équivalent) dont l'Église ancienne a conservé l'aspect féminin jusqu'au VIe siècle et plus tard, pour l'Orient. On voit en outre cette structure se charger de prophètes (parmi lesquels on ne peut exclure qu'il y ait eu des femmes), placés au plus haut niveau dans la hiérarchie des vocations et ministères (1 Co 12:28-30, Ép 4:11). La Didaché (11-12) nous apprend qu'au IIe siècle, qui connaît encore ce ministère, il s'agit d'une fonction supra-locale, de type apostolique (Didaché 15:1-2). Et rien n'indique dans le N.T. qu'il faudrait distinguer un ministère prophétique d'une fonction portant le même nom et qui ne serait jamais reconnue dans l'institution (et qui serait réservée aux prophétesses ?).

L'institution néo-testamentaire se structure par la reconnaissance de vocations charismatiques dont tout indique qu'elles sont aussi le fait des femmes. Outre les prophétesses de 1 Co et des Actes, pensons à Phoebé, diaconesse, qui peut aussi se traduire par « ministresse », puisqu'on traduit le même mot par « ministre », pour Paul, sans nier que le ministère en question soit celui d'apôtre. Lorsque les prophétesses enseignaient, entrant dans la structure des ministères, elles n'en restaient pas moins femmes : officiant, elles sortaient de la salle des femmes avec la parure qui, alors, les distinguait : le voile... ou ce que peut signifier kaluma (dont les hommes portaient un équivalent : le châle de prière, le talith). C'est d'une façon semblable que le ministère spirituel pouvait s'inscrire de façon tout à fait libre dans la structure que l'Église a conservée tant qu'elle est restée majoritairement juive.

Il demeure que, même dans le cadre d'une structure synagogale, il est difficile, au regard des écrits apostoliques, de soutenir que le ministère féminin, ministère d'enseignement, prophétique, n'avait pas sa place. Prophétique, une telle fonction n'a pu disparaître que lorsque le ministère a été conçu comme sacerdotal, pour des raisons symboliques dont on peut douter du bien fondé.

… Ancêtre lointaine de cette dimension prophétique concernant aussi les femmes, la figure de Déborah.


RP
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
4) 13 & 15 janvier 2015 Déborah (PDF)


lundi 8 décembre 2014

Mme Putiphar


Le Tintoret, Joseph et Mme Potiphar, 1555 env.


Genèse 39, 1- 20 (TOB)
1 Joseph étant descendu en Égypte, Putiphar, eunuque du Pharaon, le grand sommelier, un Égyptien, l'acquit des mains des Ismaélites qui l'y avaient amené.
2 Le Seigneur fut avec Joseph qui s'avéra un homme efficace. Il fut à demeure chez son maître l’Égyptien.
3 Celui-ci vit que le Seigneur était avec lui et qu'il faisait réussir entre ses mains tout ce qu'il entreprenait.
4 Joseph trouva grâce aux yeux de son maître qui l'attacha à son service. Il le prit pour majordome et lui mit tous ses biens entre les mains.
5 Or, dès qu'il l'eut préposé à sa maison et à tous ses biens, le Seigneur bénit la maison de l’Égyptien à cause de Joseph ; la bénédiction du Seigneur s'étendit à tous ses biens, dans sa maison comme dans ses champs.
6 Il laissa alors tous ses biens entre les mains de Joseph et, l'ayant près de lui, il ne s'occupait plus de rien sinon de la nourriture qu'il mangeait. Or Joseph était beau à voir et à regarder
7 et, après ces événements, la femme de son maître leva les yeux sur lui et lui dit : « Couche avec moi. »
8 Mais il refusa et dit à la femme de son maître : « Voici que mon maître m'a près de lui et ne s'occupe plus de rien dans la maison. Il a remis tous ses biens entre mes mains.
9 Dans cette maison même, il ne m'est pas supérieur et ne m'a privé de rien sinon de toi qui es sa femme. Comment pourrais-je commettre un si grand mal et pécher contre Dieu ? »
10 Chaque jour, elle parlait à Joseph de se coucher à côté d'elle et de s'unir à elle, mais il ne l'écoutait pas.
11 Or, le jour où il vint à la maison pour remplir son office sans qu'il s'y trouve aucun domestique,
12 elle le saisit par son vêtement en disant : « Couche avec moi ! » Il lui laissa son vêtement dans la main, prit la fuite et sortit de la maison.
13 Quand elle vit entre ses mains le vêtement qu'il lui avait laissé en s'enfuyant au-dehors,
14 elle appela ses domestiques et leur dit : « Ça ! On nous a amené un Hébreu pour s'amuser de nous ! Il est venu à moi pour coucher avec moi et j'ai appelé à grands cris.
15 Alors, dès qu'il m'a entendue élever la voix et appeler, il a laissé son vêtement à côté de moi, s'est enfui et est sorti de la maison. »
16 Elle déposa le vêtement de Joseph à côté d'elle jusqu'à ce que son mari revienne chez lui.
17 Elle lui tint le même langage en disant : « Il est venu à moi pour s'amuser de moi, cet esclave hébreu que tu nous as amené.
18 Dès que j'ai élevé la voix et appelé, il a laissé son vêtement à côté de moi et s'est enfui au-dehors. »
19 Quand le maître entendit ce que lui disait sa femme — « Voilà de quelle manière ton esclave a agi envers moi » —, il s'enflamma de colère.
20 Il fit saisir Joseph pour le mettre en forteresse, lieu de détention pour les prisonniers du roi.

*

L’épisode, dans un premier temps, ne vise en gros qu’à souligner que c’est malgré sa loyauté que Joseph se retrouvera emprisonné suite à la colère d’un maître ne considérant que la preuve que lui apporte sa femme, désormais animée d’un désir de vengeance envers l’esclave qui l’a éconduite, et qui ne correspond manifestement pas à celui de son désir rêvé. Preuve irréfutable donnée à son mari que le désir serait le fait de Joseph : il a oublié sa chemise…

Très tôt le thème a retenu les développements de toute une tradition concernant le désir de la dame. Ce donc, dès les commentaires juifs. C’est cela que reprendra l’islam, et notamment les courants qui ont développé la mystique amoureuse et la réflexion sur la mystique amoureuse : la lecture soufie (mystique musulmane) de ce thème issu de la Bible — tel que relu par la tradition talmudique et par la tradition juive apocryphe, héritées dans le Coran.

Il s’agit des tiraillements — disons — amoureux, de celle qui est dans la Bible Mme Putiphar, à l’égard de l’Hébreu Joseph. La Bible ne la nomme pas. La mystique arabe l’appelle Zoleïkhâ. Dans la Bible, cette dame, épouse du maître de Joseph devenu esclave, se met à le désirer, au point que pour ne pas succomber à ses avances, Joseph est contraint d’abandonner sa chemise entre les mains de la dame brûlant de désir. Joseph entend en effet rester loyal à l’égard de son maître.

*

(Ci-dessous, extrait de : L'autre rêvé, l'autre réel)

Un connaisseur du soufisme, Christian Jambet, explique un roman que développe en persan à partir du thème de Yusûf et Zoleikhâ le mystique Abd Ar-Rahmân Jâmî au XVème siècle (cf. Christian Jambet, Le caché et l’apparent, Paris, L’Herne, 2003, p. 101-122).

Zoleikhâ bénéficie des faveurs d’un homme brillant, le Putiphar de la Bible, qui peut même lui payer le luxe de l’achat d’esclaves, dont le bel adolescent Joseph — Yusûf dans le monde arabe. Esclave, Yusûf ne brille pas par son statut, contrairement au mari de Zoleikhâ ! Zoleikhâ veut autre chose : de meilleurs gènes pressentis peut-être, un désir de nouveauté, voire de vigueur, admettons, en alternative à un mari chez qui l’âge et la lassitude rendent « la sauterelle pesante et la câpre laborieuse » (pour le dire dans les termes de l’Ecclésiaste — ch. 11) — écho de la Bible présentant Putiphar comme un eunuque (Gn 39, v. 1) ?… (Rester prudent avec ce terme, qui dans la Bible ne désigne peut-être que la consécration à un service royal, et pas la castration... Sinon, pourquoi une épouse ?)

On sait que ce que demande Zoleikhâ à Yusûf correspond à un service qui était parfois demandé aux esclaves ; et que Joseph, dans la Bible, refuse par loyauté, mais aussi, ne se sentant pas esclave, par un sens aigu de sa dignité — conviction récurrente dans le cycle biblique le concernant.

Mais rien de tout cela dans le mythe musulman que développe Abd Ar-Rahmân Jâmî. Ici c’est en songe que Yusûf est apparu à Zoleikhâ, bien avant qu’il ne soit vendu comme esclave par ses frères. C’est en songe qu’il se présente alors à elle comme Premier ministre, ce qu’il deviendra, selon la Bible, mais bien plus tard. C’est sur la base de cette confusion onirique que Zoleikhâ épouse son mari Putiphar, alors effectivement Premier ministre. On reconnaît dans ces confusions oniriques, une thématique proche de celle de Tristan et Iseult. Où l’on trouve le désir d’un autre rêvé, ne correspondant évidemment pas à l’être réel.

Comme pour les amants celtiques Tristan et Iseult, l’amour pour le beau jeune homme, Yusûf, a un fondement dans l’éternité que sa beauté signifie avant qu’elle ne soit enfouie dans — j’allais dire — le lieu corporel qu’illustre sa descente dans la fameuse fosse où le déposent ses frères et qui annonce ses enfouissements ultérieurs dans l’esclavage et la prison.

C’est ce signe d’éternité préalable qu’a perçu Zoleikhâ : un signe d’éternité pointé par la beauté. Et sachant que le Premier ministre qu’elle a épousé n’est pas le bel adolescent de son rêve prophétique, elle commence à dépérir : « sa beauté se fane, son âme tombe dans le désespoir, elle maigrit, sa taille est près de se briser », écrit Christian Jambet (p. 105). Bref, elle vieillit. Où l’on perçoit bien, ici, l’insuffisance de la lecture triviale qui lui ferait préférer le jeune Yusûf à un mari vieillissant.

C’est sa beauté à elle qui s’estompe, pour une raison qu’ignore évidemment son raisonnable de mari (qui n’a donc, lui, aucune raison de perdre sa santé) ; sa beauté s’estompe parce qu’elle a perdu la source de cette beauté telle qu’elle en a eu la vision en songe : Yusûf comme fontaine de jouvence, et signe de Dieu.

Voilà qui nous transporte vers d’autres interprétations possibles du pouvoir de fascination des jeunes naïades et autres éphèbes publicitaires et télévisés. Fascination comme fruit d’une nostalgie d’une Beauté idéelle demeurée au ciel des Idées et perdue aux corps des naïades et des Joseph qui déjà donnent les signes du flétrissement annonciateur des maisons de retraite. Le beau fruit en plein mûrissement… Destin d’un fruit : il mûrit, pourrit et tombe.

« Zoleikhâ retrouve sa beauté, sa jeunesse, sa joie de vivre, au moment précis où elle pense succomber à la mort », nous dit Christian Jambet (p. 105), qui poursuit : « En l’union extatique, elle s’identifie à Joseph […]. On ne sait plus qui est Joseph, qui est Zoleikhâ, comme si c’était Joseph qui se sauvait lui-même dans l’épreuve de Zoleikhâ, et dans l’identité d’amour de l’amante et de l’aimé ».

Où l’on rejoint le soufi andalou du XIIème siècle, Ibn ‘Arabi de Murcie (1165-1240), musulman espagnol qui dans la lignée des fidèles d’Amour proclame qu’ « avant que le monde soit, Dieu est l’Amour, l’Amant et l’Aimé. » Mais qui a saisi ce dévoilement, dont la beauté de la jeunesse est le signe, ne s’arrêtera pas au fruit mûrissant, pourrissant déjà, qui en a recueilli les traces. La résurrection de Zoleikhâ n’est évidemment pas sans le dépouillement de ses oripeaux corporels.

La nostalgie de la splendeur perdue dont Joseph donnait le signe et dont le temps de l’oubli avait trempé ses oripeaux alors nouveaux, illustrés par sa chemise abandonnée, a vu cette chemise dégoûter lentement de la Beauté qui l’imprégnait antan, la constituait. Pour qui s’attache à la chemise, les lendemains déchantent, déchanteront toujours, accompagnant l’amer désir de capturer l’autre, de lui imposer mainmise.

*

Sous peine de n’être que larmes, la nostalgie devient alors signe. Aussi la nostalgie en question ne renvoie pas à un temps jadis de fraîcheur des chairs juvéniles, mais à un outre-temps, en constante déperdition en ce temps-ci.

Dans les interstices du flétrissement promis vers lequel nous sommes plongés dès la précipitation de la naissance, prend place ce discernement qui renaît du regard d’amour — à même de concevoir le paradoxe du pacte du quotidien ! Qui reconnaît à l’autre qu’il est autre, qu’il est libre de l’être, jusqu’en son quotidien le plus trivial et fatigué.

Quelque chose de la Beauté perdue qui l’a fondée demeure au cœur de l’être de Zoleikhâ.

Dans le miroir du regard de l’un vers l’autre — l’œil fenêtre de l’âme — a émergé irréfutablement quelque chose qui va bien au-delà des formes généreuses et des courbes harmonieuses d’antan, quelque chose qui demeure au-delà de l’oubli.

*

Revenons à la passion et à son sens réel, à savoir un sens de l’ordre du religieux ! L’idéal n’est pas dans le vis-à-vis mais dans l’inaccessible que le vis-à-vis de l’autre signifie et cache : il est en Dieu, qui est au-delà même de l’idéal.

« Celui qui aime, garde son secret, reste chaste, et meurt d’amour, celui-là meurt martyr », dit un hadith en lien avec ces mythes. Il est bien question, en effet, d’un rapprochement de l’amour mystique et de l’amour « humain ». Car l’amour pour Dieu, cet amour que souffrent les mystiques, rapproche de la souffrance de l’amour inabouti de l’amant pour l’aimée.

Tout le problème est précisément celui de la relation entre cet amour, humain, et l’amour porté à Dieu — les soufis parlent d’un dévoilement de Dieu à lui-même, le regard de Dieu sur lui-même, dans le regard de l’amant humain pour l’être humain objet de son amour.

C’est aussi dans cette tradition que se situe Ibn ‘Arabi quand il enseigne que c’est Dieu « qui se manifeste à tout être aimé et au regard de tout amant. Il n’y a ainsi qu’un seul Amant dans l’Existence universelle (et c’est Dieu) de telle sorte que le monde tout entier est amant et aimé ». (Ibn ‘Arabi, Traité de l’amour, trad. M. Gloton, Albin Michel, 1986, p. 59. Cf. aussi Rûzbehân Baqlî Shirazi, Jasmin des fidèles d’amour, trad. H. Corbin, Verdier, 1991.)

Voilà un dévoilement décisif pour ne pas tenter de posséder l’autre : ce n’est pas lui qui réalise l’idéal qu’il nous a permis d’entrevoir : lui, il faut donc le laisser être ce qu’il est.

Voilà une mystique de l’amour qui fleurissait chez les soufis, et qui est au moins une des sources de l’amour courtois. Le philosophe catalan des XIIIe-XIVe siècles Raymond Lulle n’hésitera pas à revendiquer l’influence soufie en exergue de son Livre de l’Ami et de l’Aimé.

Amour courtois en Occident, troubadours donc. Analysant le mythe courtois de Tristan et Iseult, Denis de Rougemont (L’amour et l’Occident, Paris, Plon/U.G.E. – coll. 10/18, 1972) remarque que l’amour de Tristan pour Iseult, et réciproquement, n’est jamais que recherche de l’impossible, recherche narcissique de soi à l’occasion de l’autre.

Dans l’étude de Denis de Rougemont, ce narcissisme, névrotique, débouche sur la rencontre de soi dans la mort, seule recherchée finalement dans l’autre rendu inaccessible. Par la passion, pour une sorte d’union mystique.

Dans ce carrefour de civilisation, qui va de l’Espagne musulmane à l’Europe courtoise, l’on est désormais au fait à la fois de la splendeur de Dieu et par là-même de son inaccessibilité, et de ce qu’elle renvoie finalement à celle de l’Autre, et de l’autre humain également, mais que l’autre ne se confond pas avec ce qu’il a permis de percevoir. L’Autre est dévoilement pour chacun de son propre infini en Dieu, et donc son propre abîme — intuition de ce que dira le freudisme quant à ce que le fantasme, moteur du désir, ne peut, pour cela-même, être assouvi.

*

Kierkegaard l’a exprimé au plus précis, concernant « le jeune homme » de La reprise : « la jeune fille n’était pas aimée ; elle était l’occasion, pour le poétique de s’éveiller en lui ». C’est pourquoi,… ment-il (en toute sincérité !) qu’ « il ne pouvait aimer qu’elle [...] ; et pourtant, il ne pouvait que languir auprès d’elle, continuellement » (Kierkegaard, La reprise, Paris, Flammarion, coll. GF, 1990, p.73-74). Auprès ou, sans doute mieux, au loin. Pensons ici au troubadour médiéval Jaufré Rudel, vouant un culte exalté, sur simple ouï-dire, à la Beauté d’une Dame syrienne, Dame qu’il n’a jamais vue !

L’amour s’adresse-t-il en effet à celle que l’on dit exaltée, à la dame concrète, quand son poète devine, au fond, désirer surtout éviter sa vraie rencontre ? L’amour ne se signifiera que dans un engagement concret, charnel, quotidien, qui précisément, est la ruine de la quête de l’inaccessible. Libérant de la tentation vaine de posséder l’autre inaccessible, il se traduit simplement en engagement concret propre à laisser l’autre libre d’être ce qu’il est.


RP (extrait de : source)
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
3) 9 & 11 décembre 2014 - Mme Putiphar (PDF)


lundi 10 novembre 2014

Sarah ; Rébecca ; Léa et Rachel (vs Lilith)



Genèse 11
29 Abram et Nachor prirent des femmes: le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor était Milca, fille d’Haran, père de Milca et père de Jisca.
30 Saraï était stérile : elle n’avait point d’enfants.
31 Térach prit Abram, son fils, et Lot, fils d’Haran, fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils. Ils sortirent ensemble d’Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu’à Charan, et ils y habitèrent.

Genèse 12
5 Abram prit Saraï, sa femme, et Lot, fils de son frère, avec tous les biens qu’ils possédaient et les serviteurs qu’ils avaient acquis à Charan. Ils partirent pour aller dans le pays de Canaan, et ils arrivèrent au pays de Canaan. [...]
11 Comme il était près d’entrer en Égypte, il dit à Saraï, sa femme : Voici, je sais que tu es une femme belle de figure.
12 Quand les Égyptiens te verront, ils diront : C’est sa femme ! Et ils me tueront, et te laisseront la vie.
13 Dis, je te prie, que tu es ma sœur, afin que je sois bien traité à cause de toi, et que mon âme vive grâce à toi.
14 Lorsque Abram fut arrivé en Égypte, les Égyptiens virent que la femme était fort belle.
15 Les grands de Pharaon la virent aussi et la vantèrent à Pharaon ; et la femme fut emmenée dans la maison de Pharaon.
16 Il traita bien Abram à cause d’elle ; et Abram reçut des brebis, des bœufs, des ânes, des serviteurs et des servantes, des ânesses, et des chameaux.
17 Mais l’Éternel frappa de grandes plaies Pharaon et sa maison, au sujet de Saraï, femme d’Abram.

Genèse 16
1 Saraï, femme d’Abram, ne lui avait point donné d’enfants. Elle avait une servante Egyptienne, nommée Agar.
2 Et Saraï dit à Abram : Voici, l’Éternel m’a rendue stérile ; viens, je te prie, vers ma servante ; peut-être aurai-je par elle des enfants. Abram écouta la voix de Saraï.
3 Alors Saraï, femme d’Abram, prit Agar, l’Égyptienne, sa servante, et la donna pour femme à Abram, son mari, après qu’Abram eut habité dix années dans le pays de Canaan.
4 Il alla vers Agar, et elle devint enceinte. Quand elle se vit enceinte, elle regarda sa maîtresse avec mépris.
5 Et Saraï dit à Abram : L’outrage qui m’est fait retombe sur toi. J’ai mis ma servante dans ton sein ; et, quand elle a vu qu’elle était enceinte, elle m’a regardée avec mépris. Que l’Éternel soit juge entre moi et toi !
6 Abram répondit à Saraï : Voici, ta servante est en ton pouvoir, agis à son égard comme tu le trouveras bon. Alors Saraï la maltraita ; et Agar s’enfuit loin d’elle.

Genèse 17
15 Dieu dit à Abraham : Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï ; mais son nom sera Sara.
16 Je la bénirai, et je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d’elle.
17 Abraham tomba sur sa face ; il rit, et dit en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ?
18 Et Abraham dit à Dieu : Oh ! qu’Ismaël vive devant ta face !
19 Dieu dit : Certainement Sara, ta femme, t’enfantera un fils ; et tu l’appelleras du nom d’Isaac. J’établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui.

Genèse 18
1 L’Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
2 Il leva les yeux, et regarda : et voici, trois hommes étaient debout près de lui. Quand il les vit, il courut au-devant d’eux, depuis l’entrée de sa tente, et se prosterna en terre.
3 Et il dit : Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point, je te prie, loin de ton serviteur.
4 Permettez qu’on apporte un peu d’eau, pour vous laver les pieds ; et reposez-vous sous cet arbre.
[...]
9 Alors ils lui dirent : Où est Sara, ta femme ? Il répondit : Elle est là, dans la tente.
10 L’un d’entre eux dit : Je reviendrai vers toi à cette même époque ; et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l’entrée de la tente, qui était derrière lui.
11 Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge : et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants.
12 Elle rit en elle-même, en disant : Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs ? Mon seigneur aussi est vieux.
13 L’Eternel dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant: Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, moi qui suis vieille ?
14 Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l’Éternel ? Au temps fixé je reviendrai vers toi, à cette même époque ; et Sara aura un fils.

Genèse 20
2 Abraham disait de Sara, sa femme : C’est ma sœur. Abimélec, roi de Guérar, fit enlever Sara. [...]
13 Lorsque Dieu me fit errer loin de la maison de mon père, je dis à Sara : Voici la grâce que tu me feras ; dans tous les lieux où nous irons, dis de moi : C’est mon frère.
14 Abimélec prit des brebis et des bœufs, des serviteurs et des servantes, et les donna à Abraham ; et il lui rendit Sara, sa femme. [...]
16 Et il dit à Sara : Voici, je donne à ton frère mille pièces d’argent ; cela te sera un voile sur les yeux pour tous ceux qui sont avec toi, et auprès de tous tu seras justifiée.
18 Car l’Éternel avait frappé de stérilité toute la maison d’Abimélec, à cause de Sara, femme d’Abraham.

Genèse 21
1 L’Éternel se souvint de ce qu’il avait dit à Sara, et l’Éternel accomplit pour Sara ce qu’il avait promis.
2 Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé.
3 Abraham donna le nom d’Isaac au fils qui lui était né, que Sara lui avait enfanté. [...]
6 Et Sara dit : Dieu m’a fait un sujet de rire ; quiconque l’apprendra rira de moi.
7 Elle ajouta : Qui aurait dit à Abraham: Sara allaitera des enfants ? Cependant je lui ai enfanté un fils dans sa vieillesse. [...]
12 [...] Accorde à Sara tout ce qu’elle te demandera ; car c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre.

Genèse 23
1 La vie de Sara fut de cent vingt-sept ans : telles sont les années de la vie de Sara.
2 Sara mourut à Kirjath-Arba, qui est Hébron, dans le pays de Canaan ; et Abraham vint pour mener deuil sur Sara et pour la pleurer.
19 Après cela, Abraham enterra Sara, sa femme, dans la caverne du champ de Macpéla, vis-à-vis de Mamré, qui est Hébron, dans le pays de Canaan.

Genèse 24
1 Abraham était vieux, avancé en âge ; et l’Éternel avait béni Abraham en toute chose.
2 Abraham dit à son serviteur, le plus ancien de sa maison, l’intendant de tous ses biens : Mets, je te prie, ta main sous ma cuisse ;
3 et je te ferai jurer par l’Éternel, le Dieu du ciel et le Dieu de la terre, de ne pas prendre pour mon fils une femme parmi les filles des Cananéens au milieu desquels j’habite,
4 mais d’aller dans mon pays et dans ma patrie prendre une femme pour mon fils Isaac.
[...]
59 Et ils laissèrent partir Rebecca, leur sœur, et sa nourrice, avec le serviteur d’Abraham et ses gens.
60 Ils bénirent Rebecca, et lui dirent: O notre sœur, puisses-tu devenir des milliers de myriades, et que ta postérité possède la porte de ses ennemis !
61 Rebecca se leva, avec ses servantes ; elles montèrent sur les chameaux, et suivirent l’homme. Et le serviteur emmena Rebecca, et partit. [...]
63 Un soir qu’Isaac était sorti pour méditer dans les champs, il leva les yeux, et regarda ; et voici, des chameaux arrivaient.
64 Rebecca leva aussi les yeux, vit Isaac, et descendit de son chameau.
65 Elle dit au serviteur : Qui est cet homme, qui vient dans les champs à notre rencontre ? Et le serviteur répondit: C’est mon seigneur. Alors elle prit son voile, et se couvrit.
66 Le serviteur raconta à Isaac toutes les choses qu’il avait faites.
67 Isaac conduisit Rebecca dans la tente de Sara, sa mère ; il prit Rebecca, qui devint sa femme, et il l’aima. Ainsi fut consolé Isaac, après avoir perdu sa mère.

Genèse 29
10 Lorsque Jacob vit Rachel, fille de Laban, frère de sa mère, et le troupeau de Laban, frère de sa mère, il s’approcha, roula la pierre de dessus l’ouverture du puits, et abreuva le troupeau de Laban, frère de sa mère.
11 Et Jacob embrassa Rachel, il éleva la voix et pleura. [...]
16 Or, Laban avait deux filles : l’aînée s’appelait Léa, et la cadette Rachel.
17 Léa avait les yeux délicats ; mais Rachel était belle de taille et belle de figure.
18 Jacob aimait Rachel, et il dit : Je te servirai sept ans pour Rachel, ta fille cadette.
19 Et Laban dit : J’aime mieux te la donner que de la donner à un autre homme. Reste chez moi !
20 Ainsi Jacob servit sept années pour Rachel : et elles furent à ses yeux comme quelques jours, parce qu’il l’aimait.
21 Ensuite Jacob dit à Laban : Donne-moi ma femme, car mon temps est accompli : et j’irai vers elle.
22 Laban réunit tous les gens du lieu, et fit un festin.
23 Le soir, il prit Léa, sa fille, et l’amena vers Jacob, qui s’approcha d’elle.
24 Et Laban donna pour servante à Léa, sa fille, Zilpa, sa servante.
25 Le lendemain matin, voilà que c’était Léa. Alors Jacob dit à Laban : Qu’est-ce que tu m’as fait ? N’est-ce pas pour Rachel que j’ai servi chez toi ? Pourquoi m’as-tu trompé ?
26 Laban dit : Ce n’est point la coutume dans ce lieu de donner la cadette avant l’aînée.
27 Achève la semaine avec celle-ci, et nous te donnerons aussi l’autre pour le service que tu feras encore chez moi pendant sept nouvelles années.
28 Jacob fit ainsi, et il acheva la semaine avec Léa ; puis Laban lui donna pour femme Rachel, sa fille.
29 Et Laban donna pour servante à Rachel, sa fille, Bilha, sa servante.
30 Jacob alla aussi vers Rachel, qu’il aimait plus que Léa ; et il servit encore chez Laban pendant sept nouvelles années.
31 L’Éternel vit que Léa n’était pas aimée ; et il la rendit féconde,

Genèse 49:31 Là [dans la caverne de Macpéla] on a enterré Abraham et Sara, sa femme ; là on a enterré Isaac et Rebecca, sa femme ; et là j’ai enterré Léa.

*

Au delà de la trivialité qui apparaît là, celle d'une vie matrimoniale chargée d'aléas, avec des femmes vouées à « servir leur seigneur » dans le cadre d'une réalité qui oblitère aisément désir et passion, désir et passion n'en transparaissent pas moins, notamment avec la figure de Rachel. Une autre réalité, qui travaille l’âme et l'inconscient, et qui donne naissance à une autre figure de la féminité, une féminité rêvée, mythique, où se rejoignent aspiration des femmes et crainte des hommes. Figure éminente, au nom ignoré de la Bible (sauf un verset d' Esaïe), Lilith...

Lilith, absente du récit de la Genèse, première femme d'Adam dans les traditions juives, est porteuse de ce qui fait le côté obscur de la féminité aux yeux de plusieurs : rébellion face à l'autorité, sexualité active, désir de liberté... "Je suis la première Eve. L’autre ne fut que l’ombre de toi-même, car tu pris peur homme !" (Alice Yvernat, "Reflets Éternels", in Lilith et ses sœurs)

Le nom de Lilith n’apparaît, désignant une figure de spectre nocturne, que dans un seul verset de la Bible hébraïque, au livre du prophète Esaïe (ch. 34, v. 14)...

Esaïe 34
9 Les oueds d'Edom seront changés en goudron et sa poussière en soufre ; sa terre sera comme du goudron qui brûle.
10 Elle ne s'éteindra ni la nuit, ni le jour, la fumée s'en élèvera toujours ; elle restera en ruine de génération en génération, à tout jamais personne n'y passera.
11 Le pélican et le hérisson en prendront possession. La chouette et le corbeau y demeureront. On y tendra le cordeau du chaos et le niveau du vide.
12 Ses notables ne seront plus là pour proclamer un roi, tous ses princes ne seront plus.
13 Les épines pousseront dans ses palais, les orties et les ajoncs dans ses forteresses ; ce sera le domaine des chacals, un emplacement pour les autruches.
14 Les habitants du désert y rencontreront les hyènes, et les boucs s'y appelleront les uns les autres ; là le spectre de la nuit [Lilith] séjournera tranquille, il trouvera son lieu de repos...

« Dans ce passage, Lilith fait partie des douze bêtes sauvages qui envahiront le pays dévasté d’Édom [...]. L’Encyclopédie du judaïsme nous la décrit comme "un démon femelle" qui serait le second personnage du trio démoniaque assyrien Lilu, Lilit et Ardat Lilit. »

Le décalage entre Genèse 1 et Genèse 2 originerait le mythe supposant Lilith comme première femme d'Adam, antérieure à Ève. Adam s’écrie à la découverte d'Eve : « Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! » (Gn 2, 23). Y a t-il eu une autre fois ?

« Lilith étoit, disent les rabbins, la première femme d’Adam qui se sépara de son mari ; et ne voulut plus retourner avec lui, quoique Dieu lui eût envoyé deux anges pour l’y contraindre. [...] Isaïe (XXXIV.14) fait mention de Lilith et saint Jérôme la traduit par Lamia, et les Septante par Onocentaure. Nous croyons que ce terme signifie un oiseau nocturne, et de mauvaise augure [...]. Lilith en hébreu signifie la nuit. » (Dictionnaire historique de la Bible d'Augustin Calmet, 1722).

Trace allusive au Psaume 91, v. 5-6 ? « Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, Ni la flèche qui vole de jour, Ni la peste qui marche dans les ténèbres, Ni la contagion qui frappe en plein midi ».

Ou en Proverbes 2, 16-19 ? « Pour te sauver de la femme étrangère, de l’étrangère qui use de paroles flatteuses, qui abandonne le guide de sa jeunesse, et qui a oublié l’alliance de son Dieu ; – car sa maison penche vers la mort, et ses chemins vers les trépassés : aucun de ceux qui entrent auprès d’elle ne revient ni n’atteint les sentiers de la vie ».

Au fond, « [...] Elle est l’incarnation de l’Éros perturbé, quand l’homme est séparé de sa partie féminine extériorisée, et qu’il voit devant lui. Avant elle faisait partie de lui, l’Adam androgyne. Donc à partir de là, la plainte de Lilith, dans la tradition, qui se défend parfaitement : qu’aviez-vous à me reprocher ? Je suis aussi divine qu’Adam. J’ai été créée en même temps. Je suis du Feu, et ce Feu m’a été donné à l’incarnation, à la naissance, au moment de la création humaine ». (A.D. Grad).

« Pourquoi devrais-je être sous toi ? » demanda-t-elle à Adam, « J’ai été créée de la poussière, et suis par conséquent ton égale. »

« C’est l’homme qui reçoit une tache à chaque nouvelle lune. Car Lilith ne le laisse jamais en paix, mais à chaque nouvelle lune elle vient visiter tous ceux qu’elle a emmenés et elle joue avec eux ; c’est à ce moment que l’homme reçoit la tache ». (Zohar)

« Au delà de l’image misogyne habituelle, on découvre en fait une femme libre, indépendante, refusant l’ordre établi [...], une révélatrice de nos pulsions les plus enfouies. »

(En italique ci-dessus, des extraits de l'article de Spartakus FreeMann, "Lilith au sein du mysticisme juif". Voir aussi l'article de Vanessa Rousseau, "Lilith, une androgynie oubliée".)


RP
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
2) 11 & 13 novembre 2014 - Sarah ; Rébecca ; Léa et Rachel (vs Lilith) (PDF)