jeudi 12 novembre 2020

Sagesse mystérieuse et cachée




Psaume 95
1 Venez, chantons avec allégresse à l’Éternel ! Poussons des cris de joie vers le rocher de notre salut.
2 Allons au-devant de lui avec des louanges, Faisons retentir des cantiques en son honneur !
3 Car l’Éternel est un grand Dieu, Il est un grand roi au-dessus de tous les dieux.
4 Il tient dans sa main les profondeurs de la terre, Et les sommets des montagnes sont à lui.
5 La mer est à lui, c’est lui qui l’a faite ; La terre aussi, ses mains l’ont formée.
6 Venez, prosternons-nous avec humilité, Fléchissant le genou devant l’Éternel, notre créateur !
7 Car il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit… Oh ! si vous pouviez écouter aujourd’hui sa voix !
8 N’endurcissez pas votre cœur, comme à Meriba, Comme à la journée de Massa, dans le désert,
9 Où vos pères me tentèrent, M’éprouvèrent, quoiqu’ils vissent mes œuvres.
10 Pendant quarante ans j’eus cette génération en dégoût, Et je dis : C’est un peuple dont le cœur est égaré ; Ils ne connaissent pas mes voies.
11 Aussi je jurai dans ma colère : Ils n’entreront pas dans mon repos !

Proverbes 6, 1-15
1 Mon fils, si tu as cautionné ton prochain, Si tu t’es engagé pour autrui,
2 Si tu es enlacé par les paroles de ta bouche, Si tu es pris par les paroles de ta bouche,
3 Fais donc ceci, mon fils, dégage-toi, Puisque tu es tombé au pouvoir de ton prochain ; Va, prosterne-toi, et fais des instances auprès de lui ;
4 Ne donne ni sommeil à tes yeux, Ni assoupissement à tes paupières ;
5 Dégage-toi comme la gazelle de la main du chasseur, Comme l’oiseau de la main de l’oiseleur.
6 Va vers la fourmi, paresseux ; Considère ses voies, et deviens sage.
7 Elle n’a ni chef, Ni inspecteur, ni maître ;
8 Elle prépare en été sa nourriture, Elle amasse pendant la moisson de quoi manger.
9 Paresseux, jusqu’à quand seras-tu couché ? Quand te lèveras-tu de ton sommeil ?
10 Un peu de sommeil, un peu d’assoupissement, Un peu croiser les mains pour dormir ! … 
11 Et la pauvreté te surprendra, comme un rôdeur, Et la disette, comme un homme en armes.
12 L’homme pervers, l’homme inique, Marche la fausseté dans la bouche ;
13 Il cligne des yeux, parle du pied, Fait des signes avec les doigts ;
14 La perversité est dans son cœur, Il médite le mal en tout temps, Il excite des querelles.
15 Aussi sa ruine arrivera-t-elle subitement ; Il sera brisé tout d’un coup, et sans remède.

* 

« Aujourd’hui si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs ». Parole centrale du Psaume 95 (7b-8a), reprise par l’Épître aux Hébreux, et qui nous conduit au mystère de la Sagesse…

Cette Sagesse mystérieuse et cachée qu'annonce le livre des Proverbes… « L’Éternel m’a engendrée, prémice de son activité, prélude à ses œuvres anciennes. J’ai été sacrée depuis toujours, dès les origines, dès les premiers temps de la terre. Quand les abîmes n’étaient pas, j’ai été enfantée, quand n’étaient pas les sources profondes des eaux » (Proverbes 8, 22-24). Écho au Psaume 95 : « Il tient dans sa main les profondeurs de la terre, Et les sommets des montagnes ».

Il faut bien une sagesse mystérieuse pour lire cela, pour lire cet univers, non seulement fascinant, mais effrayant, chargé de menaces et de douleurs. Pour approcher ce problème mystérieux, celui du mal dans l’univers donc, le judaïsme avance l’idée du tsimtsoum, en français « contraction », en l’occurrence contraction de Dieu mettant l’univers au monde : Dieu emplit tout en effet. Aussi, pour que quelque chose d’autre que lui puisse être, il faut que Dieu, dans sa Sagesse, fasse un espace en lui, se contracte, comme une femme en couches. Dès lors, le monde peut advenir, être créé, mais il l’est dans une absence de Dieu, retiré. Dans ce creux, ce vide, le mal aussi peut s’infiltrer, dès les origines des galaxies, en fusion nucléaire — tohu-bohu pour prendre le mot de la Genèse (ch. 1, v. 2).

Le mal moral en est comme l’écho, mais pas la source ! Dans la Genèse, le mal s’infiltre comme mensonge entre l’homme et la femme, pourtant séparés pour se rencontrer. Avant la séparation, l’interdit est donné. Une fois la séparation intervenue, ce mal venu d’on ne sait où, porté par la figure du serpent venu « des champs », trouve à s’infiltrer comme mal moral.

L’humain, en défaut de sagesse, est pénétré du mal, et pourtant son rôle est de « cultiver et garder le jardin » (Gn 2, 15). Voilà une nature, d’abord tohu-bohu, que l’humain est appelé à relire dans la Sagesse comme Création, voulue comme telle par le Dieu bon, dans ce jardin qu'est appelée à devenir notre toute petite planète. Appelée à devenir l'espace et le laboratoire d'une Création nouvelle et éternelle. Et voilà que l’homme, contre sa vocation, accentue le chaos, détruisant ce qui lui est confié, jusqu'au « temps de la destruction de ceux qui détruisent la terre » (Apocalypse 11, 18) ! Un monde, alors, à porter devant Dieu. Relire la nature selon la Sagesse, dans la prière, comme Création, comme promesse.

Relecture de la nature comme Création — postule Créateur, reçu dans la foi comme le Dieu bon… Dieu amour selon la 1ère épître de Jean (1 Jn 4, 8 & 16). « J’ai encore bien des choses à vous dire, disait Jésus, mais vous ne pouvez les porter maintenant ; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. » (Jean 16, 12-13).

Telle est la Sagesse des Proverbes, chargée d’une profondeur qui va bien au-delà d’une première lecture, superficielle, qui pourrait sembler bien triviale.

Relire… Commençons par la troisième section (v. 12-15) de la série de versets qui nous est proposée pour ce jour, qui rejoint la question du mensonge infiltrant le jardin d’Éden. L’homme « pervers », ou « vaurien », selon les traductions du mot qui est en hébreu Bélial (i.e. « destruction ») est porteur du mensonge, de la ruse, de la dissimulation, avec pour propos la destruction, à l’inverse de la vocation humaine. Si la ruine l’atteint finalement, subitement, il n’en a pas moins pu faire jusque là beaucoup de dégâts.

Face à cela, compter sur la Sagesse mystérieuse, énoncée au livre des Proverbes, est le seul recours sûr. D’où les conseils de la première section (v. 1-5) de nos versets d’aujourd’hui, section qui évoque la prière de la veuve face au juge aux oreilles fermées qu’évoque l’Évangile de Luc. Veuve qui parvient pourtant à obtenir justice à force de la lui réclamer.

Quand l’humanité est égarée (et on peut se demander : quand ne l’est-elle pas ? « Tous sont égarés » dit le Psaume 14, « tous sont pervertis »), la Sagesse est de se dégager, comptant sur l’Esprit de Sagesse, et donc d’empathie et de fraternité, don de Dieu seul. Pour toi, œuvre à cela, patiemment comme la fourmi, selon la seconde section (v. 6-11).

Fourmi pouvant évoquer une célèbre fable d’Ésope (VIème siècle avant J.-C.), La cigale et la fourmi, et ce n’est pas par hasard. Ésope donne vraisemblablement la version grecque d’une parole, partagée aussi par la Bible, de sagesse universelle. Je cite Ésope :
Par une belle journée d’hiver,
Une Cigale rencontra une Fourmi,
Qui faisait sécher des grains au soleil.
« S’il te plaît, ma bonne Fourmi,
Aie pitié de moi, dit la Cigale,
Et donne-moi quelque chose à manger.
Je n’ai rien pris depuis longtemps. »
« Et comment en es-tu arrivé là ?, demanda la
Fourmi. Qu’as-tu donc fait tout l’été ? »
« Cet été, répondit la Cigale,
Avec la fierté de l’artiste dans la voix,
J’ai chanté continuellement. »
« Fort bien, lui rétorqua la Fourmi,
Alors cet hiver tu vas danser. »

Fable reprise en français, on le sait, par Jean de La Fontaine, dont j’ai trouvé sur Internet une version contemporaine…
La Cigale, s'étant déconfinée tout l'été,
Se trouva fort dépourvue 
Quand la 2e vague fut venue. 
Pas un seul paquet 
De Pâte ou de papier cul. 
Elle alla crier famine 
Chez la fourmi sa voisine, 
La priant de lui prêter 
Quelques masques pour se protéger,
jusqu'à la fin de ce bordel. 
Je vous paierai, lui dit-elle, 
Avant Noël, foi d'animal, 
Intérêt principal. 
Mais la fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant, Je me collais, je sortais et me joignais aux foules. 
– Vous vous colliez, sortiez et vous alliez dans des foules ? 
J'en suis fort aise...  Eh bien, toussez maintenant. »
* 

Reste alors, la promesse qui est au cœur du Livre de Proverbes, celle la Sagesse mystérieuse, dont parle aussi le Psaume qui nous appelle à la prière à Celui qui…

« tient dans sa main les profondeurs de la terre, Et les sommets des montagnes.
La mer est à lui, c’est lui qui l’a faite ; La terre aussi, ses mains l’ont formée. […]
Aujourd’hui si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs »
(Psaume 95)


RP, 12/11/20, cp (virtuel), Poitiers
(PDF ICI)



À propos de La Fontaine…



jeudi 22 octobre 2020

lundi 27 juillet 2020

Ordre prophylactique et vie spirituelle



La pandémie actuelle nous a conduits à une sorte de division intérieure, entre deux injonctions divergentes procédant de la même vocation à l'empathie : l’attention au risque de la contagion ; l’accompagnement affectif et spirituel.

Il a été très vite perceptible que l’accompagnement spirituel pâtirait de l'exigence morale, puis légale, face à la pandémie : confinement, gestes-barrière, rassemblements cultuels devenus impossibles, ou limités, etc., autant de mesures imposées à tous. Bref, comme cela avait été admis dans un premier temps : il n’y aurait, pour la durée requise, pas d'accompagnement spirituel digne de ce nom. Réalité effrayante, et qui a justement effrayé… Au point que, tergiversant devant l’énormité de ce fait, on a cru parfois devoir dire, que si, il y aurait bien accompagnement quand même — mais de fait, un peu limité quand même !… « Accompagnement limité », ce qui est tout simplement un oxymore, criant dans des Églises se réclamant d’une théologie de l'Incarnation ! Qu’est-ce qu’un accompagnement minimum, limité ? Que serait une… « incarnation limitée » ? Limitée à quoi ? Limitée par quoi, sinon par l’ordre prophylactique auquel il a bien fallu se plier, auquel il est sain de se plier, sauf à donner dans le déni ?… Tout cela faisant qu’il aurait été plus clair de dire franchement que nous serions acteurs d’un déficit d'accompagnement. Aveu terrible, requérant pour être fait franchement un véritable courage, un terrible courage, qui nous renvoie à la suite des disciples dispersés au vendredi saint. Ce qu’il semble toujours très difficile d’admettre.

À suivre ici…

dimanche 28 juin 2020

"Qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé"


Prédication in extenso
ici, D'un autre côté :
PDF ici

2 Rois 4, 8-16 ; Psaume 89 ; Romains 6, 3-11 ; Matthieu 10, 37-42

2 Rois 4, 8-16
8 Il advint un jour qu’Élisée passa à Shounem. Il y avait là une femme de condition, qui le pressa de prendre un repas chez elle. Depuis lors, chaque fois qu’il passait, il s’y rendait pour prendre un repas.
9 La femme dit à son mari : « Je sais que cet homme qui vient toujours chez nous est un saint homme de Dieu.
10 Construisons donc sur la terrasse une petite chambre ; nous y mettrons pour lui un lit, une table, un siège et une lampe ; quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. »
11 Un jour, Élisée vint chez eux ; il se retira dans la chambre haute et y coucha.
12 Il dit à son serviteur Guéhazi : « Appelle cette Shounamite ! » Il l’appela et elle se tint devant le serviteur.
13 Élisée dit à son serviteur : « Dis-lui : Tu nous as témoigné toutes ces marques de respect. Que faire pour toi ? Faut-il parler en ta faveur au roi ou au chef de l’armée ? » Elle répondit : « Je vis tranquille au milieu des miens. »
14 Il dit : « Mais que faire pour elle ? » Guéhazi répondit : « Hélas ! Elle n’a pas de fils, et son mari est âgé. »
15 Il dit : « Appelle-la ! » Il l’appela et elle se tint à l’entrée.
16 Il dit : « A la même époque, l’an prochain, tu serreras un fils dans tes bras. » Elle dit : « Non, mon seigneur, homme de Dieu, ne dis pas de mensonge à ta servante. »

Matthieu 10, 37-42
37 « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.
38 Qui ne se charge pas de sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.
39 Qui aura assuré sa vie la perdra et qui perdra sa vie à cause de moi l’assurera.
40 « Qui vous accueille m’accueille moi-même, et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé.
41 Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.
42 Quiconque donnera à boire, ne serait-ce qu’un verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense. »

*


Qu’a fait cette femme, accueillant le prophète Élisée ? Elle a accueilli, à travers son prophète, Celui qui l’a envoyé. Pour cela, elle s’est montrée non-propriétaire de ses propres biens, y renonçant sans même qu’elle le sache, devinant sans le savoir la Source éternelle de ses biens — Source dont parle le prophète.

Un renoncement qui s’illustre dans le fait que le texte biblique ne la nomme même pas, non plus que son mari (tout ce que l’on sait, c’est qu’ils sont de Shounem). « Qui perdra sa vie à cause de moi », dit Jésus, en qui se manifeste la Source éternelle de tout bien, « qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera ». C’est là la « récompense » dont il parle : trouver la vie.

Terme étrange que ce mot « récompense », qui (sachant le mot choisi par Jésus : salaire, rémunération) pourrait paraître dire qu’il s’agit d’acheter un bénéfice, ou au moins d’être payé en retour pour une œuvre. Or c’est précisément cela, un bénéfice en retour, à quoi a renoncé la femme et son mari accueillant Élisée — qui lui propose : « “Faut-il parler en ta faveur au roi ou au chef de l’armée ?” Elle répondit : “Je vis tranquille au milieu des miens.” » (2 R 4, 13). Bref : « Je ne veux rien, je n’ai besoin de rien ».

Renoncer pour trouver la vie. Trouver la vie : c’est le signe qu’elle va recevoir, à travers un don qu’elle n’a pas demandé, fruit de la bénédiction de son couple qu’elle reçoit d’Élisée, écho à la Genèse : « Dieu les bénit en disant : soyez féconds et multipliez-vous » (Gn 1, 28) — « À la même époque, l’an prochain, tu serreras un fils dans tes bras » (2 R 4, 16). Ce qui va advenir (v. 17) — et malgré le fait qu’elle n’a rien demandé, et malgré ses doutes sérieux (v. 16b). C’est un signe que nous donne le récit, bénédiction concrète pour la femme, signe pour nous tous .

Signe seulement, via une parole performative du prophète, c’est-à-dire parole qui produit ce qu’elle dit, mais pas phénomène automatique et nécessaire, genre ce qu’on désigne en général comme « magique », sans quoi le signe serait vide, et se résumerait à une forme de rémunération ! Or il s'agit d’un signe de réception de la vie — « qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera ».

*

Renoncer à tout ce qui nous est cher… « Qui aime père et mère, ou fils et fille plus que moi n’est pas digne de moi. » De quoi s'agit-il ? De renoncer, à tout, jusqu’à soi-même, et ceux qui nous sont chers, pour fonder de vraies relations. En refondant les relations. Selon un renoncement qui permet de pardonner enfin, et de vivre côte à côte dans la liberté. La Shunamite n’obtient son enfant, ne trouve son enfant, que d’avoir renoncé ! Et pour cela d’avoir accueilli le Dieu que nul n’a jamais vu en accueillant celui qui lui en a porté la parole.

Alors, un monde nouveau, prémisse des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, peut advenir, un monde de relations humaines basées sur un dialogue reconnaissant que l'autre, fût-il notre enfant, notre père ou notre mère, n’est ni une reproduction de nous-mêmes, ni l’anti-image qu’il nous faudrait fuir ; qu’il est lui aussi un être à l'image de Dieu manifestée en Christ : « qui vous reçoit me reçoit, qui me reçoit reçoit celui qui m'a envoyé » (v. 40).


Prédication in extenso
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samedi 20 juin 2020

Elle retenait tous ces événements dans son cœur


Cultes et prédications
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Luc 2, 41-51
41 Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.
42 Quand il eut douze ans, comme ils y étaient montés suivant la coutume de la fête
43 et qu’à la fin des jours de fête ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent.
44 Pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances.
45 Ne l’ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem en le cherchant.
46 C’est au bout de trois jours qu’ils le retrouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger.
47 Tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur l’intelligence de ses réponses.
48 En le voyant, ils furent frappés d’étonnement et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Vois, ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés. »
49 Il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »
50 Mais eux ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
51 Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis ; et sa mère retenait tous ces événements dans son cœur.

*


Avant de commenter brièvement le texte que nous venons d’entendre, un mot de remerciements à l’équipe de RCF Poitou qui m’a ouvert ses ondes pour le temps de confinement qui a commencé à prendre fin. Merci tout particulièrement à Mickaël Lahcen et Eric Godailler, à la maison diocésaine, et à vous toutes et tous qui m’avez écouté depuis trois mois dans ces méditations quotidiennes, qui prennent terme aujourd’hui.

Notre texte d’aujourd’hui nous parle de ce que, dans la tradition biblique, les enfants vivent un tournant par lequel ils deviennent jeunes adultes. Ils sont alors déclarés responsables devant Dieu — responsables de ce qu’ils ont entendu jusque là. Responsables, c’est-à-dire en capacité de répondre ; de répondre à, de répondre de — et notamment répondre de la parole reçue.

C’est là ce que le judaïsme appellera « bar-mitsvah », ce qui signifie « enfant du commandement ».

Dans notre enfance, nos parents sont responsables de notre relation avec Dieu. Puis nous accédons au temps où nous-mêmes devenons seuls responsables devant lui. C’est le passage à l’âge de la majorité religieuse.

Jésus aussi est passé par là. Ce jour-là, il se situe devant la parole de Dieu en présence de docteurs de la Loi étonnés. « Du ciel, il t’a fait entendre sa voix pour faire ton éducation » dit le Deutéronome (ch. 4, v. 36). Jésus vient de dévoiler qu’il est au cœur de cette relation intime avec Dieu. Ses parents sont montés à Jérusalem pour la Pâque. Tout le début de l’Évangile de Luc les montre observant la Torah. Scènes ordinaires de la vie religieuse. Ici Jésus, atteignant l’âge de la responsabilité religieuse, va exprimer dans tout son sens ce qu’est devenir adulte devant Dieu, unique devant Dieu, par soi-même et non plus par ses parents.

Cela correspond à sa parole : « il faut que je m’occupe des affaires de mon Père » : une leçon pour ses parents, et aussi pour nous-mêmes — et comme parents et comme enfants. Jésus nous en donne l’exemple : devenir enfant de Dieu, c’est-à-dire adulte en Christ, requiert la fin de toute dépendance, y compris du regard d’autrui, dans la famille et hors de la famille, hors de l’Église et dans l’Église. Jésus s’occupe des affaires de son Père. Et c’est ce que le Père céleste — mon Père et votre Père, dit Jésus — nous demande aussi.


Cultes et prédications
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vendredi 19 juin 2020

Révélé aux tout-petits : un joug léger



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Matthieu 11, 25-30
25 En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.
26 Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance.
27 Tout m’a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.
28 « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos.
29 Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes.
30 Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. »

*


N’est-ce pas se leurrer que prétendre avoir accédé à une sagesse telle que les mystères, et jusqu’au mystère de Dieu ou de l’univers, nous seraient devenus moins opaques ? Qu’est-ce que cet aveuglement, que n’ont pas les enfants, qui pousse au fond à mépriser les capacités rationnelles de son prochain, ou des hommes et femmes du passé, ou d’autres continents et d’autres sagesses ? Être dans une lumière telle qu'on se place au-dessus de tout — y compris finalement de la grâce, qui est d'abord surprise et étonnement.

La lumière de Dieu est celle qui éblouit et aveugle celui, celle, qui ainsi, confesse être aveugle. C'est cette lumière que porte Jésus, sagesse mystérieuse et cachée, que le monde ne reçoit pas. « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler ».

La mise en valeur de la foi et de l’étonnement ne veut pas dire, loin s’en faut, que Jésus nous dispenserait de tout effort intellectuel, de tout apprentissage ! Il ne s’agit pas, sous prétexte que Jésus a donné les enfants en exemple face aux prétendues intelligences supérieures, de s’imaginer qu’il condamne l’intelligence et la sagesse. Non, il condamne ceux qui à force d’en être imbus se montrent ni sages ni intelligents. La force de l’enfant est sa capacité à s’étonner. C’est ce que Jésus exalte : une aptitude à recevoir celui que nul ne connaît sinon celui à qui le Fils veut bien le révéler.

Or, demeurer ainsi dans l’humilité quant à la vie devant Dieu, quant à la pratique de la justice, voilà qui est réellement reposant, voilà qui est un joug extrêmement léger, surtout face aux spécialistes de ce qui est bien et de ce qui est mal,… en général pour autrui. Pour ceux qui entendent la parole de Jésus, la Loi devient bonne nouvelle — c’est-à-dire Évangile —, une mise en marche qui libère de tout poids, un vrai repos.

Voilà donc deux aspects de la relation à la Loi divine que nous propose ici Jésus. Écouter ce qu’elle dit avec humilité, sans croire savoir — c’est la sagesse, comme celle des enfants — pour connaître cet élément essentiel de la relation avec Dieu, l’humilité précisément, qui est d’un accès si difficile aux sages.

Et l’intériorisant ainsi, découvrir combien dès lors ce joug devient léger, le joug de Jésus, sous son regard, dans l’humilité, sans rien à prouver à quiconque, surtout pas à ceux qui savent, ou qui l’imaginent, et qui du coup, ignorent ce cœur de la parole révélée. Dès lors, « ne vous inquiétez donc pas » et ayez confiance en Dieu pour toute chose.


jeudi 18 juin 2020

Notre Père



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Matthieu 6, 7-15
7 Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer.
8 Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.
9 « Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es aux cieux,
fais connaître à tous qui tu es,
10 fais venir ton Règne,
fais se réaliser ta volonté
sur la terre à l’image du ciel.
11 Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin,
12 pardonne-nous nos torts envers toi,
comme nous-mêmes nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous,
13 et ne nous conduis pas dans la tentation,
mais délivre-nous du Tentateur.
14 « En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ;
15 mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes. »

*


« Notre Père » — voilà qui nous place d’emblée dans l’intimité de Dieu : Père céleste, cieux intérieurs. Intimité donc, comme Jésus qui se retire pour prier au point que les disciples ne savent pas comment il prie. Souvenons-nous qu’il vient de dire : « entre dans ta chambre, ferme la porte » et place toi devant Dieu au-delà d’un rabâchage et d’une multiplication de mots dignes d’un culte des idoles…

Cinq demandes — résumant les cinq livres du recueil des Psaumes, qui reprennent eux-mêmes les cinq livres de la libération vers le Royaume qu’est la Torah. Cinq demandes donc, selon Luc, développées en sept chez Matthieu — deux demandes de Matthieu étant une seconde partie explicative d’une même demande.

Première demande : « Que ton nom soit sanctifié », c'est-à-dire mis à part, jamais prononcé en vain, considéré avec un respect profond, répercuté comme respect du prochain, ce qui fait rejoindre un des thèmes de cette sanctification du Nom dans les livres prophétiques, qui concerne la venue du Royaume — où Dieu sanctifie lui-même son nom en accomplissant sa promesse.

Et effectivement cette première demande est suivie de la demande de la venue du Règne de Dieu, par l’accomplissement de sa volonté jusque sur cette terre en désordre : « que ton règne vienne » s'explique en « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », c’est-à-dire, ici-bas : l’observance des préceptes de la Bible.

En chemin vers ce Règne de Dieu, « donne-nous, chaque jour, notre pain pour ce jour »… Un pain de ce jour qui est plus que l’indispensable nourriture périssable. Le terme choisi l’indique clairement. Référence à la manne ; nourriture éternelle qui est d'être pardonné et accepté, d'avoir trouvé un père… Notre Père.

Suit la plus troublante de ces cinq demandes, celle concernant le pardon : « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à qui nous a offensés ». Le mot rendu dans Luc par « péché », ou « offense », ou « manquement », peut aussi être rendu par « dette », selon le choix de Matthieu — le sens « péché » étant une dimension spirituelle de la dette. Or l'instauration du Royaume commence selon les prophètes par une remise des dettes, expression de la remise par Dieu de nos dettes. Sachant que la dette est trop infinie pour être remboursée. Une libération, remise des dettes par Dieu, qui se signifie dans nos remises de dettes. C’est le sens du « comme nous remettons », repris et expliqué par Matthieu après la prière.

La prière se termine comme combat dans l’épreuve, similaire à l’épreuve au désert, dans la Torah, reprise dans les Psaumes, et par Jésus priant les Psaumes à Gethsémané : nous aussi quand nous sommes dans l’épreuve qu’il faut traverser dans ce chemin de désert vers ton Règne, tentés de baisser les bras, « fais que nous n’y sombrions pas » ; et en Matthieu, Jésus précise : « mais que nous soyons délivrés du Mauvais ».

Cinq demandes, cinq livres des Psaumes, pour traverser le désert vers le Règne dans la puissance et la gloire du Père, Règne déjà réel, pour tous les siècles…