jeudi 23 avril 2020

"Qui croit au Fils a la vie éternelle"



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Jean 3, 31-36
31 « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tout. Celui qui est de la terre est terrestre et parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel
32 témoigne de ce qu’il a vu et de ce qu’il a entendu, et personne ne reçoit son témoignage.
33 Celui qui reçoit son témoignage ratifie que Dieu est véridique.
34 En effet, celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, qui lui donne l’Esprit sans mesure.
35 Le Père aime le Fils et il a tout remis en sa main.
36 Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui n’obéit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. »

*


Ces paroles finales du ch. 3 de l’Évangile de Jean sont reçues comme étant de Jean le Baptiste interrogé à propos de Jésus. « Il faut qu’il croisse, et que je diminue », vient-il de dire (v. 30), avant de le présenter ici comme celui qui vient d’en-haut, Fils éternel de Dieu ; pour finir par la déclaration : « qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui s’y refuse ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. »

Colère : on reconnaît un des termes des avertissements de Jean prêchant le repentir. Qu’est-ce à dire, cette « colère de Dieu » en regard du témoignage à la vie d’éternité porté par celui qui vient d’en-haut, Jésus ?

Ici se dévoile l’opposition entre notre conscience malheureuse et la vérité de nos êtres en leur fondement éternel dévoilé par le témoignage de celui qui vient d’en-haut. Il n’y a de relation avec l’ultime de nous-même que vécue. Nous ne percevons la réalité ultime de nos êtres que de façon radicalement subjective, au cœur de notre conscience, à laquelle nous ne pouvons échapper, harcelés par notre mémoire chargée de reproches sur ce que nous avons fait ou que nous n’avons pas fait. Un tissu de reproches intimes, récurrents, par lesquels nous nous percevons, tourmentés au-delà de notre pouvoir. Bref, nous nous percevons comme étant, pour le dire dans les termes de l’Évangile, sous la colère de Dieu.

Pour en être libérés, un véritable déplacement nous est ouvert, ce que Jean le Baptiste appelait conversion, ou repentir, c’est-à-dire retour — en l’occurrence retour à la mémoire perdue du fondement éternel de nos êtres, retour à ce que nous sommes en réalité devant Dieu.

L’épître aux Colossiens le dira en ces mots : « votre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Tel est le fondement éternel de nos êtres, la vérité de l’image de Dieu en nous, oubliée — et révélée par celui qui vient d’en-haut, et en qui est ainsi le pouvoir de nous libérer de toute perception de nous-même tourmentée par notre conscience malheureuse, comme un poids en forme de colère de Dieu, tant cela semble insurmontable. Or cette subjectivité malheureuse est fausse. La vérité de nous-même, ce fondement éternel de nos êtres, nous a été dévoilée par le Fils. Il nous suffit de nous y abandonner, en confiance au Fils qui en est porteur : « qui se confie au Fils a la vie éternelle ».


RP, 23.04.2020
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mercredi 22 avril 2020

"Dieu, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique"



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Jean 3, 16-21
16 Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais ait la vie éternelle.
17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
18 Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
19 Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
20 En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient démasquées.
21 Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu. »

*


« Dieu, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que quiconque croit en lui ne périsse point, mais ait la vie éternelle. » Jésus, prononçant ces mots vient de référer (v. 15) au serpent d’airain forgé par Moïse dans le désert, qu’il suffisait de regarder pour être guéri. (Nombre 21, 8-9).

Quel est donc l’acte de foi qui reçoit la grâce de Dieu donnée en plénitude dans le signe du don de son Fils ? C’est tout simplement le regard qui du cœur des ténèbres, du chaos, et aussi du péché et de la culpabilité, de la souffrance, bref : de l’exil loin de Dieu — se tourne vers la lumière sans crainte, comme les pères au désert mordus par les serpents se tournaient vers le serpent d’airain dressé dans la lumière.

Tel est l’acte de foi en la lumière. Au-delà de toute crainte qui préférerait rester plongée dans les ténèbres et le chaos, les œuvres mauvaises déjà absorbées par la mort — se tourner sans crainte vers celui de qui rayonne la lumière éternelle par lequel le monde vient à son salut, vers celui qui, pendu au bois, élevé de la terre, la fait resplendir en plénitude, en vie éternelle. La foi seule. La plénitude de la grâce y est donnée.

Il n’est ici pas besoin d’autre jugement que celui qui a déjà eu lieu : être dans les ténèbres, puis y rester pour n’être né qu’une fois, n’être né qu’à ces ténèbres. Mais dans le Christ élevé de la terre, le jugement, en quelque sorte s’inverse, devient délivrance par la venue à la lumière, la naissance à la lumière pour la manifestation des œuvres de Dieu, accomplies en Dieu (cf. Éphésiens 2, 10).

Rien à comprendre, à croire seulement — croire que « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais ait la vie éternelle ».

Tout est dit dans ces quelques mots. Il s’agit d’extraction des ténèbres vers la lumière. Dans l’Évangile de Jean, « le monde » — cosmos — est une notion le plus souvent négative. C’est ce qui est illusoire, vain, superficiel. Un faux arrangement pour lequel Jésus ne prie pas lorsqu’il remet les siens à Dieu dans son discours d’adieu (Jean 17, 9).

Et voilà que Dieu l’a tellement aimé, le monde, « qu’il a donné son Fils unique » ! — « pour que le monde soit sauvé par lui ». Il l’a donc chéri infiniment, il lui a été infiniment cher, le monde. Et cet amour, ce « chérissement » du monde est pour son extraction vers la lumière. Où la croix, moment de ténèbres dressé vers la lumière, devient le nouvel axe de monde.


RP, 22.04.2020
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mardi 21 avril 2020

Élevé dans la lumière



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Jean 3, 7b-15
7 […] “Il vous faut naître d’en haut”.
8 Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. »
9 Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? »
10 Jésus lui répondit : « Tu es maître en Israël et tu n’as pas la connaissance de ces choses !
11 En vérité, en vérité, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et, pourtant, vous ne recevez pas notre témoignage.
12 Si vous ne croyez pas lorsque je vous dis les choses de la terre, comment croiriez-vous si je vous disais les choses du ciel ?
13 Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.
14 Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé
15 afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle.

*


La réponse de Jésus parlant de naissance d’en-haut à la question Nicodème l’interrogeant sur Règne de Dieu fait référence aux prophètes, que Nicodème connaît évidemment très bien. Sa question — « un homme peut-il naître quand il est vieux en retournant dans le ventre de sa mère ? » (v. 4) — est une question faussement naïve… Il sait ce qu’ont dit les prophètes à ce sujet.

Jésus le sait bien, et quand il lui demande s’il ne sait pas cela, c’est pour affirmer que lorsque lui parle du vent que, comme l’Esprit de Dieu qui vient d’en-haut, l’on ne peut pas maîtriser ; c’est que lui-même, Jésus, peut en parler parce qu’il vient lui-même d’en-haut. Alors Nicodème est renseigné quant à ce pourquoi il est venu voir Jésus, savoir si Dieu est bien avec lui (v. 2) : Jésus vient de Dieu et porte son Royaume — comme une nouvelle création, par-delà la mort-même.

Un Royaume que Dieu, par son Esprit, fait venir parmi nous… plein de la promesse de prophètes. Le Règne de Dieu vient comme manifestation de la lumière dans le Christ… « élevé comme le serpent », en référence au serpent d’airain forgé par Moïse, qu’il suffisait de regarder pour être guéri des morsures des serpents (Nombre 21, 8-9).

De même, pour le Christ dévoilé dans son élévation dans la lumière comme le Fils de l’Homme qui est dans les cieux, descendu du ciel où nul n’est monté, sinon celui qui en est descendu pour apporter la lumière, lui, Jésus. Élévation, la croix est la sortie des ténèbres.

Le don de Dieu est la plongée de son Fils dans les ténèbres de ce monde douloureux, où, par amour pour ce monde enténébré, il prend la sombre figure du serpent ; ténèbres d’où il sortira par son élévation, la croix. Pour en faire sortir le monde avec lui ; ce monde qui ne peut pas en sortir par lui-même.

Le salut du monde est la sortie des ténèbres par la grâce, dans la confiance, la foi, en ce qu’est le Fils : celui qui vient d’en Haut. Une naissance d’en Haut.


RP, 21.04.2020
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lundi 20 avril 2020

"Naître d’en haut"



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Jean 3, 1-8
1 Or il y avait, parmi les Pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables judéens.
2 Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. »
3 Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »
4 Nicodème lui dit : « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? »
5 Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.
6 Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit.
7 Ne t’étonne pas si je t’ai dit : “Il vous faut naître d’en haut”.
8 Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. »

*


Nicodème « vint, de nuit, trouver Jésus », précise le v. 2. Un monde dans la nuit. Notre monde, dans les ténèbres — aujourd’hui illustrées par l’ombre de la pandémie. Nicodème pouvait-il venir autrement que de nuit, puisqu’il n’y a rien d’autre que la nuit quand notre monde a perdu la mémoire de la lumière originelle.

Nicodème, un homme que l’on connaît par ailleurs dans l’Évangile comme proche de Jésus, espère que Jésus est bien celui qui va réaliser la promesse de Dieu, celle de faire venir son Règne de lumière, pour un monde enfin heureux. Mais pour se rapprocher de Jésus, Nicodème veut savoir à qui il a vraiment à faire. Quoi de plus naturel ! D’où ce dialogue en forme de test : tu fais des signes (c’est-à-dire des miracles), tu viens donc de Dieu ?…

Lui répondant en termes de naissance d’en-haut, Jésus fait par cette expression référence aux prophètes, parlant d’esprit nouveau et de cœur nouveau. Si Nicodème veut, pour mener Jésus au terme de sa réponse, donner l’impression de n’en rien savoir, il connaît. Citons Ézéchiel (ch. 36, v. 24-27) :
« Après vous avoir retirés du milieu des peuples et des pays où vous vous trouvez, je vous rassemblerai et vous ramènerai dans votre patrie.
Je verserai sur vous l’eau pure qui vous purifiera ; […].
Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur insensible comme une pierre et je le remplacerai par un cœur réceptif.
Je mettrai mon souffle en vous et je ferai en sorte que vous suiviez mes prescriptions, que vous observiez mes règles et les mettiez en pratique. »

Il s’agit de recevoir l’Esprit de Dieu, et d’en recevoir comme un cœur nouveau. Bref : il s’agit comme de naître de nouveau, naître d’en haut — au sens le plus fort de « de nouveau » —, naître de l’Esprit, du souffle de Dieu, pour connaître son Royaume.

Nicodème a obtenu sa réponse. Une naissance d’en-haut à laquelle on ne peut rien. Comme personne ne décide de naître. Cette naissance nouvelle vient de Dieu seul, comme effet de son souffle, mystérieux comme le vent dont on ne sait d’où il vient… et dont Jésus est porteur.


RP, 20.04.2020
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samedi 18 avril 2020

Dans le deuil et les pleurs, la parole de la foi


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Marc 16, 9-15
9 Ressuscité le matin du premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons.
10 Celle-ci partit l’annoncer à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et les pleurs.
11 Mais, entendant dire qu’il vivait et qu’elle l’avait vu, ceux-ci ne la crurent pas.
12 Après cela, il se manifesta sous un autre aspect à deux d’entre eux qui faisaient route pour se rendre à la campagne.
13 Et ceux-ci revinrent l’annoncer aux autres ; eux non plus, on ne les crut pas.
14 Ensuite, il se manifesta aux Onze, alors qu’ils étaient à table, et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité.
15 Et il leur dit : « Allez par le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la Création. »

*


L’Évangile de la résurrection est le cœur de l’inouï du message chrétien. C’est cela qui nous est rappelé en ces quelques versets de l’Évangile de Marc, résumant les messages de Pâques de Jean, avec Marie de Magdala, et de Luc, avec les disciples d’Emmaüs annonçant la nouvelle inouïe aux Onze endeuillés. Un point commun, l’incrédulité des disciples, anticipant la nôtre.

Si aucun point du credo n’est recevable hors la foi, depuis la Création de ce monde de douleur par un Dieu bon, père et tout-puissant, jusqu’à la résurrection et à la vie éternelle en passant pas la naissance virginale de Jésus, si aucun de ces points est recevable hors la foi, la résurrection de Jésus en est le cœur le plus inouï. Comment accepter ce qui heurte à ce point notre bon sens ? Cette bonne nouvelle, l’Évangile, c’en est le cœur, n’est recevable que dans la foi.

« Dans le deuil et les pleurs », où, précise le texte, se trouvent les disciples, comment croire cela ? En ces jours d’un confinement où la douleur de la mort de proches devient plus terrible encore que d’ordinaire, quand un accompagnement réel des endeuillés est devenu impossible, un rassemblement de vingt personnes excluant de fait le cercle réel, plus large, des amis ou, au sens fort du mot, de l’Église pour les croyants, l’Église, ce rassemblement de toutes celles et ceux qui ont reçu en partage la foi en la promesse de la résurrection, réduite en ces jours cruels à un ou deux officiants pour la représenter, prêtre, pasteur ou célébrant laïc, — nous voilà fondés à comprendre les disciples, enfermés « dans le deuil et les pleurs », selon les mots du texte, qui ne peuvent percevoir la consolation inouïe, pourtant donnée là, pleinement, dans la parole de ces deux ou trois, Marie de Magdala, les deux disciples d’Emmaüs, devenus à eux seuls l’Église proclamant l’Évangile de la résurrection.

Voilà qui permet de comprendre peut-être pourquoi Jésus « leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité » : c’est qu’après eux, il n’y a plus d’autre consolation que dans cette parole, pour nous, nous qui ne bénéficions pas des apparitions venues les conforter. Cette parole portée depuis le dimanche de Pâques est celle qui, donnée à notre foi seule, retentissant au cœur de tous nos deuils, même non accompagnés comme ils devraient l’être, donne sens à toute la Création. Ce pourquoi, parole du Ressuscité : « Allez par le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la Création. »


RP, 18.04.2020
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Et demain dimanche, culte ici, d'un autre côté

vendredi 17 avril 2020

"Ils ne savaient pas que c’était lui"



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Jean 21, 1-14
1 Après cela, Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur les bords de la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta.
2 Simon-Pierre, Thomas qu’on appelle Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples se trouvaient ensemble.
3 Simon-Pierre leur dit : « Je vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous allons avec toi. » Ils sortirent et montèrent dans la barque, mais cette nuit-là, ils ne prirent rien.
4 C’était déjà le matin ; Jésus se tint là sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.
5 Il leur dit : « Eh, les enfants, n’avez-vous pas un peu de poisson ? » – « Non », lui répondirent-ils.
6 Il leur dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. » Ils le jetèrent et il y eut tant de poissons qu’ils ne pouvaient plus le ramener.
7 Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, Simon-Pierre ceignit un vêtement, car il était nu, et il se jeta à la mer.
8 Les autres disciples revinrent avec la barque, en tirant le filet plein de poissons : ils n’étaient pas bien loin de la rive, à deux cents coudées environ.
9 Une fois descendus à terre, ils virent un feu de braise sur lequel on avait disposé du poisson et du pain.
10 Jésus leur dit : « Apportez donc ces poissons que vous venez de prendre. »
11 Simon-Pierre remonta donc dans la barque et il tira à terre le filet que remplissaient cent cinquante-trois gros poissons, et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se déchira pas.
12 J ésus leur dit : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n’osait lui poser la question : « Qui es-tu ? » : ils savaient bien que c’était le Seigneur.
13 Alors Jésus vient ; il prend le pain et le leur donne ; il fit de même avec le poisson.
14 Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples depuis qu’il s’était relevé d’entre les morts.

*


Lorsque l’inconnu en qui les disciples n'ont pas reconnu le Seigneur leur dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez » — du côté du soleil à son zénith quand au devant est l'Est de ce petit matin —, ils le font, soucieux de lui donner à manger ; et ramènent 153 poissons, où depuis les pères de l’Église on voit un symbole de la plénitude des peuples vers lesquels ils vont être envoyés.

Comme les disciples d’Emmaüs en Luc 24, ici aussi, dans ce chapitre 21 de Jean, « les disciples ne savaient pas que c’était lui » (v. 4). Dans les deux cas, cela est fondateur de l’envoi en mission. C’est une constante : le Christ, à présent monté vers le Père (cf. Jn 20, 17), apparaît de façon telle qu’on ne le reconnaît pas. En Matthieu (ch. 25), Jésus disait : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » — ou : « c’est à moi que vous ne l’avez pas fait ». Pensons, plus tard, à Martin de Ligugé, découvrant après avoir partagé son manteau avec un pauvre que le Christ s’y est dévoilé mystérieusement.

En ces temps de confinement où nos Églises ont en commun de ne pas pouvoir accompagner de façon liturgique et solennelle celles et ceux qui, du cœur de leur deuil, cherchent le Ressuscité, elles ont en commun aussi le message commun aux Évangiles du Ressuscité caché, monté au Père, et pourtant présent, « avec nous jusqu’à la fin du temps » (Mt 28). Devenu perceptible dans l’humilité — aujourd’hui l’humilité d’un accompagnement intime de celles et ceux, qui, frères et sœurs du Ressuscité, le cherchent sans le savoir, sans savoir qu’il est où on ne l’attend pas.

Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Alors que ses apparitions cesseront bientôt, Pierre est appelé à reconnaître le Ressuscité, comme nous tous avec lui, en celles et ceux vers qui il l’envoie et nous envoie.


RP, 17.04.2020
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jeudi 16 avril 2020

"Un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai"



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Luc 24, 35-48
35 Et eux racontèrent ce qui s’était passé sur la route et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.
36 Comme ils parlaient ainsi, Jésus fut présent au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. »
37 Effrayés et remplis de crainte, ils pensaient voir un esprit.
38 Et il leur dit : « Quel est ce trouble et pourquoi ces objections s’élèvent-elles dans vos cœurs ?
39 Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai. »
40 A ces mots, il leur montra ses mains et ses pieds.
41 Comme, sous l’effet de la joie, ils ne croyaient pas encore et comme ils s’étonnaient, il leur dit : « Avez-vous ici de quoi manger ? »
42 Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé.
43 Il le prit et mangea sous leurs yeux.
44 Puis il leur dit : « Voici les paroles que je vous ai adressées quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
45 Alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures,
46 et il leur dit : « C’est comme il a été écrit : le Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour,
47 et on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem.
48 C’est vous qui en êtes les témoins.

*


« Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai » (Lc 24, 39). Étrange invite que cette invite de Jésus… Scandale pour la raison que cette résurrection de la chair que Jésus signe ici dans son corps ressuscité : « un esprit n’a ni chair ni os ». Scandale pour la raison. D’où la tentation de voir là un « esprit », esprit c’est-à-dire, tentation de « spiritualiser » cela… et de professer la résurrection, mais pas vraiment « de la chair » !

C’est contre cela que Jésus invite les disciples à le toucher, comme Thomas en Jean, alors que le Christ, à présent « monté au Père » (cf. Jn 20, 17 et 27) n’en est pas moins présent au milieu des disciples, au milieu de nous. Par l’intermédiaire des Onze, c’est nous tous qu’il invite à le rencontrer en réalité, concrètement : heureuses et heureux celles et ceux qui n’ont pas vu, comme les disciples d’Emmaüs, Thomas et les Onze, et qui ont cru, pourtant. Car, quel est l’enjeu ? L’enjeu est rien moins que le sens — éternel ! — de notre vie.

Notre vie ne se réalise, ne se concrétise, que dans notre histoire, dans nos rencontres, dans la trivialité du quotidien, bref, dans la chair ! Et c’est cela qui est racheté, radicalement et éternellement racheté au dimanche de Pâques. Le rachat dont il est question n’est pas l’accès à un statut d’esprit évanescent. C’est bien tout ce qui constitue notre être, notre histoire, l’expérience de nos rencontres et donc de nos sens, de notre chair, qui est racheté. Notre histoire qui a fait de nous, qui fait de nous, qui fera de nous, ce que nous sommes, cette réalité de nos vies uniques devant Dieu. C’est l’extraordinaire nouvelle qui nous est donnée par le Ressuscité : lui aussi, Fils éternel de Dieu, advient à l’éternité qui est la sienne par le chemin de son histoire dans la chair : ses plaies elles-mêmes, qui ont marqué sa chair, sont constitutives de son être !

… Signe que tous nos instants, ceux des Apôtres, les nôtres, chacun de nos moments uniques dans l’éternité, est porteur de notre propre vocation à l’éternité !


RP, 16.04.2020
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