lundi 10 juin 2013

La Cène - jusqu'aux extrémités de la terre




La célébration de la Cène au-delà de son institution et des rencontres du Ressuscité, apparaît au début du livre des Actes des Apôtres comme élément constitutif de la vie cultuelle de l’Église primitive, qui se développe autour de l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, et les prières :

Actes 2, 42-46
42 Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières.
43 La crainte s’emparait de chacun, et il se faisait beaucoup de prodiges et de miracles par les apôtres.
44 Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun.
45 Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun.
46 Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, ils rompaient le pain dans les maisons, et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur.

Elle apparaît comme constitutive d’un idéal de vie communautaire suffisamment exigeant pour être pris en défaut face aux réalités de la vie concrète — cœur du dilemme entre la continuation de ce monde et l’espérance du Royaume…

Ce dilemme, cette distance entre l’exigence qu’induit le repas partagé et la réalité avec ses lourdeurs, traduisant la distance entre la foi et ce que l’on voit, ou ce que l’on craint quant au lendemain, apparaît déjà quelques chapitres plus loin, dans le même livre des Actes, ch. 6, où « les veuves des hellénistes » sont négligées dans ce partage ! — origine de l’institution des « diacres » visant à remédier à ce problème.

*

C’est ce même retour des réalités sociales concrètes que l’on retrouve chez les Corinthiens, et qui leur vaut les sévères remarques de Paul :

1 Co 11, 18-34
18 j’apprends que, lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a parmi vous des divisions, — et je le crois en partie,
19 car il faut qu’il y ait aussi des sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient reconnus comme tels au milieu de vous. —
20 Lors donc que vous vous réunissez, ce n’est pas pour manger le repas du Seigneur ;
21 car, quand on se met à table, chacun commence par prendre son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre.
22 N’avez-vous pas des maisons pour y manger et boire ? Ou méprisez-vous l’Eglise de Dieu, et faites-vous honte à ceux qui n’ont rien ? Que vous dirai-je ? Vous louerai-je ? En cela je ne vous loue point.
23 Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné ; c’est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain,
24 et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit : Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi.
25 De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez.
26 Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.
27 C’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur.
28 Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ;
29 car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même.
30 C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades, et qu’un grand nombre sont morts.
31 Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés.
32 Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde.
33 Ainsi, mes frères, lorsque vous vous réunissez pour le repas, attendez-vous les uns les autres.
34 Si quelqu’un a faim, qu’il mange chez lui, afin que vous ne vous réunissiez pas pour attirer un jugement sur vous. Je réglerai les autres choses quand je serai arrivé.

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Le problème connaît un autre aspect : comment être en communion dans une communauté composée de membres connaissant des rites alimentaires différents ? — ceux qui mangent casher et ceux dont ce n’est pas la tradition !

Quand on sait que la communauté se constitue dans la foi au Dieu de Jésus, dont la Torah, la loi, fonde la casherout qui vise à garantir le refus de l’idolâtrie et de toutes ses conséquences religieuses et morales (allant parfois jusqu’aux sacrifices humains ou à la prostitution « sacrée » !)…

1 Co 10, 14-33
14 Mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie.
15 Je parle comme à des hommes intelligents ; jugez vous-mêmes de ce que je dis.
16 La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ?
17 Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps ; car nous participons tous à un même pain.
18 Voyez les Israélites selon la chair: ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l’autel ?
19 Que dis-je donc ? Que la viande sacrifiée aux idoles est quelque chose, ou qu’une idole est quelque chose ? Nullement.
20 Je dis que ce qu’on sacrifie, on le sacrifie à des démons, et non à Dieu ; or, je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons.
21 Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur, et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur, et à la table des démons.
22 Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Sommes-nous plus forts que lui ?
23 Tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis, mais tout n’édifie pas.
24 Que personne ne cherche son propre intérêt, mais que chacun cherche celui d’autrui.
25 Mangez de tout ce qui se vend au marché, sans vous enquérir de rien par motif de conscience ;
26 car la terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle renferme.
27 Si un non-croyant vous invite et que vous vouliez y aller, mangez de tout ce qu’on vous présentera, sans vous enquérir de rien par motif de conscience.
28 Mais si quelqu’un vous dit: Ceci a été offert en sacrifice ! n’en mangez pas, à cause de celui qui a donné l’avertissement, et à cause de la conscience.
29 Je parle ici, non de votre conscience, mais de celle de l’autre. Pourquoi, en effet, ma liberté serait-elle jugée par une conscience étrangère ?
30 Si je mange avec actions de grâces, pourquoi serais-je blâmé au sujet d’une chose dont je rends grâces ?
31 Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu.
32 Ne soyez en scandale ni aux Grecs, ni aux Juifs, ni à l’Eglise de Dieu,
33 de la même manière que moi aussi je m’efforce en toutes choses de complaire à tous, cherchant, non mon avantage, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés.

*

On voit que l’on est dans le cadre d’une communion — et du partage du pain qui la signifie — qui a vocation universelle, mais qui n’en porte pas moins ses exigences internes restrictives.

La nécessité d’une discipline qui apparaît, les exigences sociales qui en font partie, tout cela ne doit pas pour autant restreindre l’espérance d’un Royaume universel qui est manifestée dans le partage du pain !

Actes 27, 23-36
23 Un ange du Dieu à qui j’appartiens et que je sers m’est apparu cette nuit,
24 et m’a dit : Paul, ne crains point ; il faut que tu comparaisses devant César, et voici, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi.
25 C’est pourquoi, ô hommes, rassurez-vous, car j’ai cette confiance en Dieu qu’il en sera comme il m’a été dit.
26 Mais nous devons échouer sur une île.
27 La quatorzième nuit, tandis que nous étions ballottés sur l’Adriatique, les matelots, vers le milieu de la nuit, soupçonnèrent qu’on approchait de quelque terre.
28 Ayant jeté la sonde, ils trouvèrent vingt brasses ; un peu plus loin, ils la jetèrent de nouveau, et trouvèrent quinze brasses.
29 Dans la crainte de heurter contre des écueils, ils jetèrent quatre ancres de la poupe, et attendirent le jour avec impatience.
30 Mais, comme les matelots cherchaient à s’échapper du navire, et mettaient la chaloupe à la mer sous prétexte de jeter les ancres de la proue,
31 Paul dit au centenier et aux soldats : Si ces hommes ne restent pas dans le navire, vous ne pouvez être sauvés.
32 Alors les soldats coupèrent les cordes de la chaloupe, et la laissèrent tomber.
33 Avant que le jour parût, Paul exhorta tout le monde à prendre de la nourriture, disant : C’est aujourd’hui le quatorzième jour que vous êtes dans l’attente et que vous persistez à vous abstenir de manger.
34 Je vous invite donc à prendre de la nourriture, car cela est nécessaire pour votre salut, et il ne se perdra pas un cheveu de la tête d’aucun de vous.
35 Ayant ainsi parlé, il prit du pain, et, après avoir rendu grâces à Dieu devant tous, il le rompit, et se mit à manger.
36 Et tous, reprenant courage, mangèrent aussi.

*

Paul, on le voit, est aussi, selon ce chapitre des Actes des Apôtres, très au fait de la dimension d’ouverture universelle qui est dans « la fraction du pain »…

C’est tout le dilemme qui traduit le « déjà là » du Royaume, et le « pas encore advenu » du même Royaume que l’on est bien forcé de constater.

C’est aussi le dilemme entre « communion eucharistique et communion ecclésiale » : « discerner le corps du Christ », écrit Paul, ce qui connote évidemment l’union de la communauté appelée à s’étendre sur toute la face de la terre.

Les débats sur le mode de la présence du Christ à l’occasion de ce partage et les vocables qui accompagnent sa compréhension quant à sa relation avec le pain partagé — transsubstantiation, consubstantiation, symbolisme, etc. — ne peuvent valoir économie de ce que signifie la communion, la participation à un même corps, en termes de partage réel, avec ses implications sociales, en termes de fraternité, etc., sous peine de faire fi d’une tension — entre le « déjà » et le « pas encore » — qui est cœur de la vie de l’Église.


RP
Le pain dans la Bible.

Église réformée de Poitiers.
Étude biblique 2012-2013.
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30.
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30.
9) 11 & 13 juin 13 — Cène – 1 Co 11, 18-34 & 10, 14-33 /
Actes 2, 42-46 & 27, 23-36 (aux extrémités de la terre)


lundi 20 mai 2013

La rémission des péchés



« Je crois [...] la rémission des péchés »

« Nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés. »


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Les formules brèves des credo sur ce point s’axent sur le mot « remissio ». Au premier sens le mot latin désigne le relâchement d’un captif, la libération, le renvoi libre. Au plan juridique le mot connote remise de peine, non-application de la peine.

La rémission des péchés peut donc être comprise comme non-application de la peine due aux péchés, aux fautes commises (ce qui n’est pas acquittement : ici la faute est bien réelle) et aussi la libération à l’égard de puissance asservissante de la captivité au péché comme source de la pratique des péchés (cf. Jean 20, 23 et l’annonce de la parole libératrice par laquelle : « ceux à qui vous remettrez les péchés ils leur ont été remis, ceux pour qui vous les soumettrez ils leur ont été soumis »).

Il y a là quelque chose de l’ordre de l’extraction d’un état (le péché), source d’actes coupables (les péchés) : la mention du baptême par Nicée-Constantinople connote la dimension de la grâce : une parole de grâce, celle donnée au baptême, induit la rémission des péchés. Une parole donnée dans un geste qui répercute un don qui le précède : le baptême ecclésial est le signe d’un baptême octroyé par Dieu seul, le baptême en Christ, le baptême dans l’Esprit saint.

Voilà qui pose la rémission des péchés comme extraction d’une captivité, comme renvoi libre ; et (avec la connotation juridique du mot) comme fruit d’une justification : justifiés par la foi, selon le mot de Paul reprenant la Bible, notamment les Psaumes.

« Être justifié » ne signifie pas « être rendu juste », mais « être déclaré juste ». C’est Luther et la Réforme qui mettent en lumière tout le sens de la justification, en parlant de justification « forensique », « étrangère », « extérieure », de ce mot qui a donné en français « forain », c'est-à-dire, extérieur, étranger, venu d'ailleurs. De même, la justification selon la Bible, expliquaient Luther et les Réformateurs, nous est étrangère, elle nous vient d'ailleurs, elle ne nous est pas « grâce infuse » : nous ne sommes pas justes en nous-mêmes. Dieu nous déclare juste, par grâce, par faveur, c'est-à-dire gratuitement. Cette justice qui n'est pas nôtre, qui est celle du Christ seul, est donnée gratuitement à notre seule foi. Nous sommes donc déclarés justes (ce que nous ne sommes pas en nous-mêmes mais en Christ seul) — et non pas rendus justes en nous-mêmes, ce qui serait désespérant, puisqu'il nous faudrait sans cesse mesurer notre justification à nos œuvres de justice pour savoir si nous sommes réellement justifiés.

La justification, pour déclarative, n’est pas pour autant fictive ! La justice du Christ nous est réellement donnée, avec ce qu’elle induit de pouvoir de libération réelle. La source n’en est pas moins en permanence extérieure à nous-même, en Christ seul. Nous sommes déclarés justes par la seule grâce de Dieu, sa faveur, et nous recevons cette grâce gratuite, par notre seule foi.

La réalité de la justification déclarative a été la source du malentendu entre Rome et la Réforme, Rome ayant entendu « déclaratif » comme fictif ! Comme si Dieu nous regardant comme justes ne bouleversait pas par là tout notre être. Simplement, cela ne conditionne pas l’acte de Dieu. Cette conviction est celle que Luther présente au pape Léon X (auquel il dédicace son Traité de la Liberté du chrétien), comme pour un appel face aux prédicateurs d’indulgences. Car à ce point l’histoire des indulgences n’est pas une caricature. La vente d’indulgences est bien un effet pervers de l’idée de « grâce infuse » — à l’inverse de « forensique ». Effet pervers, dont Luther dans un premier temps, attend du pape qu’il le condamne.

Les adversaires de Luther vont s’attacher à voir une opposition indue, un dilemme — qui n’aurait pas lieu de d’être —, entre la foi et les œuvres !

C’est là ne pas entendre que pour l’Évangile reçu par Luther, la foi et les œuvres sont incommensurables. Si la grâce, la faveur de Dieu, que reçoit la foi produit des œuvres comme l’arbre produit du fruit (Traité de liberté du chrétien), le fruit se situe à un tout autre niveau que la grâce qui le produit ! La grâce donne le salut à la foi seule, les œuvres ne relèvent pas de la question du salut, mais de l’effet gratuit et de la reconnaissance. Les deux, foi et œuvres sont incommensurables — au point que, déjà juste en Christ, le chrétien que l’Esprit saint sanctifie n’en reste pas moins pécheur en lui-même — à la fois juste et pécheur, simul iustus et peccator.

La difficulté avec la « grâce infuse » est qu’elle risque concrètement de réduire à rien cette incommensurabilité ! De voir mesurer à la qualité des fruits la « quantité » de salut reçu ! Ce qui revient à ruiner la liberté de la foi (sans parler de la gratuité des œuvres). La liberté du chrétien se transforme alors en une inquiétude permanente, à la mesure des œuvres produites, avec un seul recours : l’octroi hiérarchique de la surabondance de mérites en possession de l’Église, seule détentrice de la grâce infusée via ses sacrements. La Réforme voit un autre sens au rôle des sacrements, comme au baptême mentionné dans le Credo de Nicée : le baptême est la répercussion ecclésiale d’une parole libératrice qui nous précède en Christ.

À ce point la libération qui est dans l’Évangile, celle de la grâce seule par la foi seule — sola gratia / sola fide —, proclamée au XVIe siècle par Luther, met en question l’édifice hiérarchique de l’Église romaine comme détentrice du salut.

Le système de canalisation de la grâce devient accessoire, voire superflu : la grâce est donnée immédiatement à la seule foi, à la seule confiance de celui qui se confie en Dieu.

Du chemin œcuménique a été fait depuis pour un déblocage sur la question de la justification, qui débouchera en 1999 sur l’accord d’Augsbourg, accord luthéro-catholique sur la justification, qui ouvre sur la possibilité d’une réception commune de la foi à la rémission des péchés.


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
7) 21 mai 2013 — La rémission des péchés


lundi 13 mai 2013

Cène et Pâque - du rite au rite




Exode 12
1 Le SEIGNEUR dit à Moïse et à Aaron, en Egypte :
2 Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l'année.
3 Dites à toute la communauté d'Israël : Le dixième jour de ce mois, on prendra un mouton ou une chèvre pour chaque famille, une bête par maison.
4 Si la famille est trop peu nombreuse pour une bête, elle la prendra avec le voisin le plus proche de la maison, selon le nombre de personnes à nourrir ; vous répartirez cette bête d'après ce que chacun peut manger.
[…]
11 Voici comment vous le mangerez : une ceinture à vos reins, vos sandales aux pieds et votre bâton à la main ; vous le mangerez à la hâte. C'est la Pâque du SEIGNEUR.
12 Cette nuit-là, je parcourrai l'Egypte et je frapperai tous les premiers-nés en Egypte, depuis les humains jusqu'aux bêtes ; ainsi j'exécuterai mes jugements contre tous les dieux de l'Egypte. Je suis le SEIGNEUR (YHWH) .
13 Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous serez : lorsque je verrai le sang, je passerai sur vous, et il n'y aura pas sur vous de fléau destructeur quand je frapperai l'Egypte.
14 Ce sera pour vous un jour d'évocation ; vous le célébrerez comme une fête pour le SEIGNEUR, vous le célébrerez comme une prescription perpétuelle, pour toutes vos générations.

15 Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain. Dès le premier jour, vous supprimerez le levain de vos maisons ; quiconque mangera quelque chose de levé, du premier jour au septième jour, sera retranché d'Israël.
16 Le premier jour, il y aura convocation sacrée ; le septième jour, il y aura pour vous convocation sacrée. On ne fera aucun travail ces jours-là — si ce n'est de préparer la nourriture pour chacun.
17 Vous observerez la fête des Pains sans levain, car c'est en ce jour même que j'ai fait sortir vos armées d'Egypte ; vous observerez ce jour comme une prescription perpétuelle, pour toutes vos générations.
18 Le quatorzième jour du premier mois, au soir, vous mangerez des pains sans levain ; vous en mangerez jusqu'au soir du vingt et unième jour.
19 Pendant sept jours, on ne devra pas trouver de levain chez vous ; quiconque mangera quelque chose de levé sera retranché de la communauté d'Israël, que ce soit un immigré ou un autochtone du pays.
20 Vous ne mangerez rien de levé ; dans tous vos lieux d'habitation, vous mangerez des pains sans levain.

21 Moïse appela tous les anciens d'Israël et leur dit : Allez prendre du petit bétail pour vos clans, et immolez la Pâque.
22 Vous prendrez ensuite un bouquet d'hysope, vous le tremperez dans le sang qui est dans le bassin, et vous en mettrez sur le linteau et les deux montants de la porte. Aucun de vous ne sortira de sa maison jusqu'au matin.
23 Quand le SEIGNEUR parcourra l'Egypte pour la frapper du fléau et qu'il verra le sang sur le linteau et sur les deux montants de la porte, le SEIGNEUR passera ; il ne laissera pas le destructeur et son fléau entrer chez vous.
24 Vous observerez cela comme une prescription pour toi et pour tes fils, perpétuellement.
25 Quand vous serez entrés dans le pays que le SEIGNEUR vous donnera, selon sa parole, vous observerez ce rite.
26 Lorsque vos fils vous demanderont : « Que signifie pour vous ce rite ? »,
27 vous répondrez : C'est le sacrifice de la Pâque pour le SEIGNEUR, qui a passé sur les maisons des Israélites en Egypte ; lorsqu'il a frappé l'Egypte du fléau, il a délivré nos maisons. Le peuple s'inclina et se prosterna.
28 Les Israélites s'en allèrent ; ils firent exactement ce que le SEIGNEUR avait ordonné à Moïse et à Aaron. Ainsi firent-ils.
[…]
50 Tous les Israélites firent exactement ce que le SEIGNEURavait ordonné à Moïse et à Aaron. Ainsi firent-ils. 51Ce jour même, le SEIGNEUR fit sortir d'Egypte les Israélites, rangés en armées.


Matthieu 26
17 Le premier jour des Pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ?
18 Il répondit : Allez à la ville chez Untel, et dites-lui : Le maître dit : « Mon temps est proche, c'est chez toi que je célébrerai la Pâque avec mes disciples. »
19 Les disciples firent ce que Jésus leur avait ordonné et ils préparèrent la Pâque.
20 Le soir venu, il était à table avec les Douze.
21 Pendant qu'ils mangeaient, il dit : Amen, je vous le dis, l'un de vous me livrera.
22 Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire : Est-ce moi, Seigneur ?
23 Il répondit : Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est lui qui me livrera.
24 Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais quel malheur pour cet homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il aurait mieux valu pour cet homme ne pas être né.
25 Judas, qui le livrait, demanda : Est-ce moi, Rabbi ? Il lui répondit : C'est toi qui l'as dit.
26 Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain ; après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit et le donna aux disciples en disant : Prenez, mangez ; c'est mon corps.
27 Il prit ensuite une coupe ; après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : Buvez-en tous :
28 c'est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu en faveur d'une multitude, pour le pardon des péchés.
29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le royaume de mon Père.

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De l’Égypte à Israël et au Christ…

Eugen Drewermann lit la religion égyptienne comme « double » :

« … dans sa contradiction intérieure, la religion égyptienne présente le visage d'un sphinx, et la question se pose de savoir comment on peut faire sienne l'inépuisable richesse de ses images et idées. Si l'on s'en tient à l'extériorité de son expression, on est conduit en droite ligne, d'un point de vue historique, des pharaons égyptiens du Nouvel Empire aux Assyriens et aux Babyloniens, avec leur adoration effrénée de la puissance guerrière, à la cour perse de Persépolis, aux téméraires expéditions de conquête du monde d'Alexandre "le Grand" et à la royauté divine des Césars romains ». (Eugen Drewermann, De la naissance des dieux à la naissance du Christ, éd. du Seuil, 1992, p. 103.)

C’est cet aspect-là dont l’Exode libère et que la Pâque, fête de la liberté, célèbre. Un tournant a lieu, avec un avant et un après : pour la première fois dans l’histoire, une loi n’a pas de donateur ni de dépositaire humain. Moïse ne remplace pas le Pharaon. Moïse n’est pas la source de la Loi contrairement au Pharaon (ou à Hammourabi). C’est la spécificité de ce tournant, signifié aussi dans la célébration de la Pâque. Être épargné d’un fléau qui n’a pas de source humaine, non plus que la grâce, signifiée à la foi par la manducation de l’agneau et par le don d’un pain d’humilité (sans levain), comme signe d’un don qui n’a pas de source humaine — déjà signe pain du ciel… Dans le souvenir que c’était à la recherche de pain que le peuple avait été exilé au pays de Pharaon, au temps de Joseph.


Deuxième aspect de la religion égyptienne, relevé par Drewermann, l’aspect intérieur :

« si l'on mise, en revanche, écrit-il, sur la signification intérieure du symbole religieux de la figure du fils de Dieu, les images de l'Égypte ancienne conduisent en droite ligne aux dogmes de l'Église primitive. Et, dès lors, le christianisme peut se prévaloir de l'exploit d'avoir pleinement saisi le symbolisme central de l'Égypte ancienne dans sa teneur spirituelle et de l'avoir élevé, dans sa pure intériorité, au rang d'expression centrale de sa propre foi. » (Eugen Drewermann, Ibid.)

Libéré de Mitsraïm — selon la signification symbolique donnée à la terre où il a été esclave, de ce mot, qui signifie exiguïté, par lequel les Égyptiens ne se désignent pas ! —, le peuple est au bénéfice d’une réforme de la religion égyptienne, qui si elle demande à être réformée, n’en est pas moins un vis-à-vis symbolique de la religion biblique…

« Ce qui a commencé dans l’Égypte ancienne sous la forme de la prétention à la liberté d’un seul s’accomplit dans le christianisme sous la forme d’une liberté qui brise tout joug de servitude (Ga 5,1). Ce qui a été établi dans l’Égypte ancienne comme filiation divine du ‘fils du soleil’ trouve son achèvement là où il est donné aux ‘enfants de lumière’ d’être ‘fils adoptifs de Dieu’ (Ga 4,5 ; Ep 5,8). » (Eugen Drewermann, Ibid., p. 106.)


Le christianisme est situé en vis-à-vis de la religion d’Israël — don du ciel, reçu dans le signe du pain — référé à une loi qui n’a pas de donateur humain ; une loi elle-même située selon la Bible en vis-à-vis, dans ses rites, de la religion égyptienne. Ses symboles, reçus via le vis-à-vis de la Bible juive, annoncent la vocation du christianisme à une ouverture universelle.


RP
Le pain dans la Bible.

Église réformée de Poitiers.
Étude biblique 2012-2013.
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30.
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30.
8) 14 & 16 mai 13 — Cène et Pâque / Exode 12 / Mt 26,
Mc 14, Lc 22 (du rite au rite)



lundi 15 avril 2013

"Quatre marques" de l'Eglise



« Je crois la sainte Église universelle, la communion des saints »

« une seule Église, sainte, catholique et apostolique. »


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On peut rattacher ce qu’on appelle les quatre marques de l’Eglise, selon le symbole de Nicée-Constantinople : une, sainte, catholique, apostolique ? (On va expliquer ces mots.) au texte des Actes des Apôtres parlant de la toute première Église : « Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes 2, 42).

- « Une » : on peut rattacher ce terme-là à la « fraction du pain », pour dire déjà que se pose un problème !… puisque l’unité n’est pas signifiée depuis pas mal de temps.
- « Sainte » : cette marque, la sainteté, peut être rattachée à « assidus à la prière » (cf. infra).
- « Catholique ». Vu le sens du mot (cf. infra), ce terme n’a tout son sens que comme « communion fraternelle ».
- « Apostolique » : là c’est le plus simple : « l’enseignement des Apôtres », dont parle le texte.

« Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » En d’autres termes ils constituaient l’Église. Et sachant que les symboles de la foi, les credo, si on les regarde de près, sont tissés de citations bibliques, on a peut-être effectivement bien là l’origine lointaine des fameuses « quatre marques ».

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Voyons tout d’abord la marque de la sainteté. On peut la rattacher à la persévérance dans la prière, parce que c’est là la source de la sainteté. Elle peut se considérer en premier, puisqu’elle rattache l’Église à son origine, juive. Dans l’Église du temps des Apôtres, celle de Jérusalem, on « se rendait chaque jour assidûment au temple » dit le texte — on est à Jérusalem : c’est vers ce temple qu’alors dans le judaïsme — les premiers disciples étant juifs —, on se tourne, trois fois par jour, pour la liturgie de la prière juive, à laquelle s’adjoint très tôt le Notre Père, qui souligne dès sa première demande ce que le judaïsme appelle « la sanctification du Nom ». « Que ton Nom soit sanctifié ! » Voilà qui répond à la Loi de Moïse : « vous serez saints, car je suis saint » — et encore, « Je suis le Seigneur qui vous sanctifie ». C’est-à-dire que la sainteté de l’Église, sa mise à part pour Dieu selon le sens du mot « saint », procède de Dieu seul. Dire l’Église sainte, sachant ce que l’on en voit le plus souvent, est une parole de foi. Si nous ne le voyons pas, nous sommes appelés à le croire. « Nous croyons l’Église sainte », même si nous la voyons pécheresse, si nous qui la constituons, nous voyons pécheurs. L’Église est pécheresse pardonnée, par Dieu seul qui la sanctifie — et pour signifier cela, les disciples du Christ dans l’Église des origines « persévéraient dans la prière », cet acte d’humilité : notre sainteté ne vient pas de nous.

*

Voilà qui nous met au cœur de l’enseignement qui fonde l’Église, l’enseignement des Apôtres, la doctrine des Apôtres : une Église apostolique, non tant parce qu’elle pourrait dresser comme un arbre généalogique, une succession marquée dans la mémoire, ce qui est revendiqué d’une façon ou d’une autre par toutes les Églises, mais au-delà de cela, parce que dès lors elle est appelée à en revenir sans cesse à cette source d’elle-même, l’enseignement des Apôtres. Ce qui fonde l’Église, dès le départ, dès le livre des Actes, c’est la réception fidèle de la parole des Apôtres recueillie pour nous dans le Nouveau Testament. Une parole annoncée et reçue comme source de toute mise à part pour Dieu, de toute sainteté, la parole apostolique.

*

« La communion fraternelle » peut correspondre au sens profond de la catholicité. Précisons que si on s’en tient au sens du terme, les protestants se sont toujours voulus catholiques ! Le terme est plus riche que ce le veut la traduction française « Église universelle », qui connote une simple expansion géographique ! Littéralement « catholique », terme d’origine grecque, signifie « selon le tout ». En l’occurrence le tout de l’enseignement des Apôtres et pas seulement une partie, un tout qui n’est donc pas que géographie, mais comme le dit Vincent de Lérins en donnant la signification : « quod ubique et semper et ab omnibus » — ce qui a été cru partout, toujours et par tous. Ce qui est revendiqué par toutes nos Églises ici, conformément à la parole de Paul : « que ce soit Paul, Apollos, ou Pierre, le monde, la vie ou la mort, le présent ou l'avenir, tout est à vous, mais vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu. » (1 Corinthiens 3, 22-23). Il s’agit dès lors, par la communion les uns avec les autres, de « comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu. » (Éphésiens 3, 18-19). C’est cela la catholicité, qui ne va donc pas sans l’unité. Ainsi nous croyons l’Église catholique, nous ne la voyons pas telle. Elle ne le sera concrètement que lorsqu’elle sera une, ce pourquoi nous prions. Elle ne l’est pas encore, de façon concrète. Il lui faut pour cela être une.

*

Où l’on en vient à la première marque, l’unité, « Église une », qui témoigne qu’elle est telle à « la fraction du pain », au partage du pain de la Cène, et à tout ce que cela signifie de partage concret, jusqu’aux biens, dans le texte que nous avons lu. Où l’on comprend le mieux que les quatre marques de l’Église, et déjà l’idéal dessiné par le livre des Actes, relève de la foi : « nous croyons l’Église, une sainte, catholique et apostolique ». Cela nous le croyons, nous ne le voyons pas. Nous ne rompons pas le pain de la Cène toutes les Églises ensemble. On peut donc dire que dans un sens nous avons reculé depuis les temps apostoliques, quant aux signes en tout cas — puisque d’un autre côté ce défaut dans les signes nous a sans doute permis de prendre conscience de la réalité de l’Église telle que nous la croyons, qui est depuis les origines un objet d’espérance. Notre tâche est pourtant de nous en rapprocher de sorte que ce dont nous parle le livre des Actes, donné comme impressionnant le monde, soit réalité au milieu de nous, de sorte que nos Églises, notre Église commune, soit rendue une et attirante, et transforme le monde.


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
6) 16 avril 2013 — L’Eglise – quatre marques – communion des saints


lundi 8 avril 2013

Le pain du ciel



Jean 6, 24-35
24 Les gens de la foule, ayant vu que ni Jésus ni ses disciples n’étaient là, montèrent eux-mêmes dans ces barques et allèrent à Capernaüm à la recherche de Jésus.
25 Et l’ayant trouvé au delà de la mer, ils lui dirent : Rabbi, quand es-tu venu ici ?
26 Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés.
27 Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau.
28 Ils lui dirent : Que devons-nous faire, pour faire les œuvres de Dieu ?
29 Jésus leur répondit : L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.
30 Quel signe fais-tu donc, lui dirent-ils, afin que nous le voyions, et que nous croyions en toi ? Que fais-tu ?
31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur donna le pain du ciel à manger.
32 Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel, mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel ;
33 car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.
34 Ils lui dirent : Seigneur, donne-nous toujours ce pain.
35 Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

*

Une foule qui se donne de la peine. Ça a été un effort réel de rejoindre Jésus : depuis la traversée du lac jusqu’à sa recherche dans Capernaüm, où ils finissent par le trouver — dans la synagogue, puisque cette scène se passe dans la synagogue (cf. v. 69).

Un vrai effort qui vise, comme c’est souvent le cas de tout travail, à accéder à la possibilité de n’être plus contraint au travail. On peine, pour pouvoir enfin n’être plus obligé de peiner pour sa pitance. À quand la fin de l’antique malédiction "tu gagneras ton pain à la sueur de ton front" (Genèse 3) ? On travaille en visant à enfin pouvoir se reposer… Et avec Jésus, qui multiplie les pains, on accède peut-être enfin au temps où on sera libéré du travail quotidien harassant… D’où ce désir des foules, que connaît Jésus, de le faire roi (v. 15)…

*

C’est la reconnaissance de cette foule : ils ont reconnu en Jésus celui qui les a nourris. C’est d’ailleurs la base de la reconnaissance — source de bonheur —, qui s’adresse à un autre qu’à soi-même… Car si on y est attentif, la reconnaissance, qui conduit à reconnaître quelqu’un d’autre, nous fait sortir de nous-mêmes, et par là-même nous conduit à un vrai bonheur.

On a bien ici de la part de la foule qui cherche Jésus une attitude de reconnaissance — que Jésus met en lumière : "vous me cherchez parce que avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés" (v. 26) — reconnaissance… du ventre… Écho au bœuf et à l’âne de nos crèches de Noël, dont la présence a son origine au livre d’Ésaïe : "Le bœuf connaît son possesseur, Et l’âne la crèche de son maître : Mon peuple ne connaît rien, il n’a point d’intelligence." (És 1, 3) La reconnaissance du ventre : ce n’est déjà pas mal… Mais pas ce n’est pas assez : "vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés."

Jésus en appelle à une reconnaissance plus profonde — en signes —, vraie source de bonheur celle-là, par laquelle la faim de pain va apparaître comme signe désignant une faim plus fondamentale ; le désir du rassasiement comme signe d’un désir plus fondamental, ancré dans l'éternité. "Dieu a mis dans le cœur de l'homme la pensée de l'éternité" (Ecc 3, 11), écrivait l’Ecclésiaste, qui considère le repos comme le fruit heureux du travail, en méditation de la loi, dont l’observance, dit-il, est le tout de l’homme (Ecc 12, 13). Or que dit-il, ce livre de la loi ?


D'une nostalgie à l'autre

Dans le livre de l’Exode (cf. ch. 16), nous voyons le peuple regretter amèrement le temps qui lui apparaît ensuite ironiquement comme le temps de son rassasiement ! — à savoir le temps de son esclavage. Et de rouspéter contre Moïse et Aaron qui leur ont fait quitter "les marmites de viandes" pour leur donner la sécheresse du désert !

Dès lors, nous sont données des scènes dignes de Job ou de Jérémie fatigués devant le poids de la vie : "que ne sommes nous morts [...] en Égypte" ! "Pourquoi ne suis-je pas mort dès les entrailles de ma mère" s'exclamait Job (3, 11) ; ou le prophète Jérémie : "malheur à moi, ma mère, car tu m'as fait naître" (Jér 15, 10). Et contre cette inévitable douleur, contre la douleur d'exister, au fond, le douleur de devenir selon le projet de Dieu, une nostalgie radicale perce dans la rouspétance, dans la protestation contre tout inconfort en fin de compte : celle de la bienheureuse éternité, inscrite de façon confuse et indélébile au cœur de nos mémoires.

*

De même dans le livre de l'Exode, lorsque le peuple prend à partie Moïse et Aaron, ceux-ci remarquent : "ce n'est pas contre nous que sont dirigés vos murmures, c'est contre le Seigneur" (Ex 16, 8). C'est là encore ce que, en écho inversé, enseignera Jésus : "ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel, mais mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel" (Jean 6, 32).


La manne comme épreuve

Et en contrepartie, cette nourriture, la manne, devient épreuve pour qui ne reconnaît pas dans ses regrets égyptiens sa vraie nostalgie, sa faim d’éternité : "le peuple en recueillera, jour par jour, la quantité nécessaire ; ainsi je le mettrai à l'épreuve et je verrai s'il marche, ou non, selon ma loi." (Ex 16, 4).

Signe de ce que Dieu seul est celui qui nourrit son peuple : puisque, conformément à la loi, le peuple ne travaille pas le jour du shabbath, — eh bien ! la veille de ce jour de repos, la manne tombera double (v. 5).

"Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle" (Jean 6, 27).

À nouveau la dimension de l'épreuve : allons-nous travailler pour la nourriture qui pourrit ? "Travaillez, non pour la nourriture qui périt". Car prenons-y garde. Au peuple aveugle à sa vrai faim, sourd à la vraie Parole, en redemandant, exigeant plus, Dieu a répondu finalement : de la viande en abondance, des cailles, en quantité, au point qu'on en vomissait... mais on avait pourtant toujours faim !

Mais, nous dit Jésus : "Moi je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif" (Jean 6, 35). Qu’est-ce dire ?


De la manne au Christ

On a vu Jésus — qui n'attend aucune gloire que pourraient lui apporter ses actions ! — se retirer du peuple, qui entendait le gratifier d'un titre royal ; s'en venant par la suite de ce côté du lac... à pied pour sa part, doublant la barque des disciples. Et Jésus d'inviter ses auditeurs à travailler pour une autre nourriture, celle qui subsiste pour la vie éternelle (v. 27). Un travail, une "œuvre de Dieu" qui consiste, un vrai repos... à "croire à celui qu'il a envoyé" (v. 29) — à savoir lui, Jésus.

Et là, on découvre cette réaction étrange à cet appel à la foi adressé à cette foule qui vient d'assister à la multiplication des pains : pour appuyer la foi qu'on lui demande, la foule requiert un signe afin de croire Jésus ! On est tenté de penser : mais enfin, ce signe elle vient de le voir, de le toucher, de le goûter ! Les pains multipliés la veille !

La suite du texte nous fait alors comprendre ce qu'on entend par ce signe : sa perpétuation, chaque matin, comme la manne : "nos pères ont mangé la manne dans le désert" (v. 31). Rien de nouveau sous le soleil : on persiste à regretter les marmites égyptiennes, se manifesteraient-elles sous l'espèce d'un miracle. On nourrit dans le signe l'espérance d'une sécurité matérielle définitive.

"Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera" (Jean 6, 27) — don du Ressuscité, le Fils de l’Homme, de la part du Père : "Mon Père vous donne le vrai pain venu du ciel" (Jean 6, 32). Et : "Moi, je suis le pain de vie" (v. 35) :

Au-delà de nos recherches légitimes, mais à vue limitée, de manne, de cailles, de marmites égyptiennes, ou de simple pain quotidien, le Christ, nous guidant à travers nos peines et nos périls, nous conduit à la reconnaissance de notre vraie faim et de celui-là seul qui la comble, concrètement, par une nourriture qui subsiste en éternité dans le signe du pain du ciel, présenté comme corps déchiré du Christ nous rejoignant jusqu’à la mort.

*

Jean 6, 43-51
43 Jésus reprit la parole et leur dit : "Cessez de murmurer entre vous !
44 Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi je le ressusciterai au dernier jour.
45 Dans les Prophètes il est écrit : Tous seront instruits par Dieu. Quiconque a entendu ce qui vient du Père et reçoit son enseignement vient à moi.
46 C’est que nul n’a vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu. Lui, il a vu le Père.
47 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle.
48 Je suis le pain de vie.
49 Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts.
50 Tel est le pain qui descend du ciel, que celui qui en mangera ne mourra pas.
51 "Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie."

Tel est "le pain vivant descendu du ciel" (v. 50). Le Ressuscité précède de toute l'éternité l'histoire dans laquelle il vient à nous. Au dimanche de Pâques, comme à la montagne de la transfiguration, c'est l'éternité du Fils qui se manifeste dans sa chair dès lors révélée comme elle est depuis toujours : la nourriture du monde, la vie du monde, la substance dont dépend chaque parcelle de la création, — notre vraie nourriture : "si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (v. 51). C'est ce qu'ont perçu déjà les anciens prophètes : c'est là celui dont le prophète Michée annonçait que son "origine remonte aux jours d'éternité" (Mi 5, 1), une éternité inaugurée dans l'histoire au jour de sa résurrection.

Le mystère est grand : dans sa résurrection, le Père fait accéder Jésus, dans sa chair crucifiée, à une éternité qui précède de toute son infinité le jour de Pâques de sa réalisation. Cette chair crucifiée se révèle alors chair céleste, pain éternel descendu du ciel, dont le monde reçoit la vie : c'est là ce qu'enseigne Jésus au lendemain de la multiplication des pains : "le pain que je donnerai c'est ma chair pour la vie du monde" (v. 51). On peut comprendre la perplexité des auditeurs !

Dieu Fils, la Parole éternelle, de la même nature que le Père, devient chair réduite au temps ; et la chair temporelle devient chair spirituelle, chair éternelle, précédant tous les temps, remplissant les siècles des siècles. C'est là tout le mystère de notre salut : Dieu nous a atteints dans notre réalité la plus concrète, la plus quotidienne, s'est doté en Jésus d'une humanité, la nôtre, accédant à l'éternité.


RP
Le pain dans la Bible.

Église réformée de Poitiers.
Étude biblique 2012-2013.
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30.
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30.
7) 9 & 11 avril 13 — Multiplication & explication – Jean 6 (pain céleste)


lundi 18 mars 2013

L'Esprit saint



« Je crois en l'Esprit saint »

« qui est Seigneur et qui vivifie ; qui procède du Père (et du Fils) ; qui ensemble avec le Père et le Fils est adoré et glorifié ; qui a parlé par les prophètes ».


*

Un credo, celui « des Apôtres », commence de façon extrêmement sobre : « Je crois en l'Esprit saint » ; un autre, ; celui « de Nicée-Constantinople », de façon plus développée, avant que ne se poursuive le reste du développement de la section des credo sur l’Esprit saint, ouvrant sur l’Église et débouchant sur le monde à venir — cf. les mois suivants.

« Nicée-Constantinople » précise en premier lieu ce qui est sous-entendu dans le Symbole des Apôtres sur la divinité de l’Esprit saint (co-essentialité avec le Père et le Fils) : « il est Seigneur » (ce qui est sous-entendu par « les Apôtres » en ce que l’Esprit fait un point du credo, tout comme le Père et le Fils).

À ce titre, il est source de vie à l’instar du Père et du Fils : source de la vie nouvelle, qui fonde pour la foi la vie naturelle, relue comme création. Cf. la lecture ainsi induite de « l’Esprit de Dieu planait sur la face des eaux » (Gn 1, 2) ; ou « s’il retirait son Esprit le monde glisserait au chaos » (Job 34, 14-15) : l’Esprit dans la création.

Le mot, le nom que reçoit l’Esprit de Dieu, est le même que celui qui signifie esprit en général, correspondant au mot souffle, vent — en hébreu comme en grec ou en latin (les deux langues des credo). Ici, il est Esprit saint, Esprit consacré — de Esprit de consécration / à part.

« Nicée-Constantinople » s’arrête à son rapport avec le Père et le Fils : « qui procède du Père » (cf. Jn 15, 26) — « qui ensemble avec le Père et le Fils est adoré et glorifié ».

On est alors dans la controverse entre l’Orient et l’Occident, qui a ajouté « et du Fils » — « qui procède du Père et du Fils ». L’ajout date de l’époque carolingienne, mais s’enracine dans la théologie latine antécédente. Ce détail a l’air insignifiant. Il a toutefois eu des conséquences non-négligeables quant à la façon dont se sont développées vie ecclésiale, vie spirituelle, voire vie politique !

*

L’Esprit saint selon la tradition occidentale, qui « procède du Père et du Fils », est reçu d’abord comme réalité relationnelle (en premier lieu entre le Père et le Fils). Cela est en rapport avec la compréhension de l’Église en Occident,

- dans le catholicisme romain où l’Église est souvent donnée comme « incarnatio continua » : sacrements et vie spirituelle, rôle de l’Église hiérarchique ;

- dans le protestantisme quant au rapport immédiat du Fils et de la vie spirituelle, voire de la vie rationnelle (le Fils comme logos), et au phénomène des surgissements et des renouveaux, voire des Révolutions !

Les mouvements récurrents de Réveil se réclament de l’action de l’Esprit saint, depuis les XVIIe et XVIIIe siècle (avec des racines antécédentes) avec le piétisme et le méthodisme, jusqu’au XXe et XXIe avec les mouvements pentecôtistes (se réclamant d’Actes 2), néo-pentecôtistes et charismatiques, qui ont écho aussi dans l’Église catholique romaine.

Les mouvements comme les théologies de la libération sont aussi marqués par la revendication de la vie de l’Esprit, de son entrée dans le concret, jusque dans l’existence sociale. Cette approche s’enracine dans l’expérience vécue, cela selon les lectures et l’enseignement issus de questionnements philosophiques des XVIIIe-XIXe siècles, eux-mêmes enracinés dans des mouvements antérieurs.

Les mouvements révolutionnaires ont souvent revendiqué explicitement cet héritage : Marx clamait clairement qu’il s’agissait de tirer les conséquences concrètes de l’action de l’Esprit tel que l’avait pensée le philosophe allemand dont il reconnaissait hériter : Hegel. Dans la mouvance de ceux qu’on appelait alors les « hégéliens des gauche », Marx enseignait qu’il ne s’agissait plus seulement de penser l’action de l’Esprit dans le monde, mais de transformer le monde.

C’est là pourquoi le mouvement de la théologie de la libération qui prône lui aussi l’action sociale immédiate, a été victime de la suspicion d’être inféodé au marxisme.

« Il a parlé par les prophètes » précise le credo de Nicée-Constantinople, soulignant par là qu’il ne s’agit pas, sous prétexte d’Esprit saint, d’être ballotté à tout vent de doctrine (Ep 4, 14), selon l’Esprit du temps, mais de vivre la vie de la foi en accord avec l’enseignement reçu dans les écrits bibliques et des Apôtres, selon l’ « accord/‘analogie’ de la foi » (Ro 12,6).

« Si je ne m’en vais pas, l’Esprit saint ne viendra pas » dit Jésus (Jn 16, 7) d’un Esprit saint éternel, qui précède le monde et qui a toujours œuvré dans le monde. L’Évangile de Jean souligne ainsi ce qui demeure pour nous la réalité mystérieuse de l’Esprit saint témoin d’un Dieu que l’on ne peut saisir, fixer, ni nommer : un « Dieu que nul n’a jamais vu » (Jn 1, 18) et qui pourtant se fait connaître au cœur de nos vies comme Jésus nous l’a fait connaître.



R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
6) 16 avril 2013 — L’Eglise – quatre marques – communion des saints


lundi 11 mars 2013

Pain multiplié pour les nations



Marc 8, 1-9
1 En ces jours-là, une foule nombreuse s’étant de nouveau réunie et n’ayant pas de quoi manger, Jésus appela les disciples, et leur dit:
2 Je suis ému de compassion pour cette foule ; car voilà trois jours qu’ils sont près de moi, et ils n’ont rien à manger.
3 Si je les renvoie chez eux à jeun, les forces leur manqueront en chemin ; car quelques-uns d’entre eux sont venus de loin.
4 Ses disciples lui répondirent: Comment pourrait-on les rassasier de pains, ici, dans un lieu désert ?
5 Jésus leur demanda : Combien avez-vous de pains ? Sept, répondirent-ils.
6 Alors il fit asseoir la foule par terre, prit les sept pains, et, après avoir rendu grâces, il les rompit, et les donna à ses disciples pour les distribuer ; et ils les distribuèrent à la foule.
7 Ils avaient encore quelques petits poissons, et Jésus, ayant rendu grâces, les fit aussi distribuer.
8 Ils mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient.
9 Ils étaient environ quatre mille. Ensuite Jésus les renvoya.

*

Par rapport à la première multiplication des pains (Marc 6, 30-44 / Matthieu 14, 13-21), les chiffres changent : on passe de cinq pains à sept, et de douze corbeilles restantes à sept.

Chiffres indicatifs de l’orientation vers les nations. Si cinq (pains) est le nombre de livres de la Torah d’Israël et douze (paniers) le nombre des tribus d’Israël, sept symbolise la totalité et fait écho au nombre des nations (70).

On retrouve ce nombre de 7 chez Luc au chapitre 6 du livre des Actes des Apôtres. L’unique multiplication des pains chez Luc correspond à la première multiplication de Matthieu et Marc, l’épisode d’Actes 6 correspondant à la seconde multiplication : les Apôtres nomment sept personnes (les diacres) pour servir aux tables des hellénistes (juifs grecs).

Une seconde multiplication des pains pour une foule (« environ quatre mille » personnes — v. 9 — représentant toute la terre, dont le nombre symbolique est 4), dont certains sont « venus de loin » (Mc 8, 3). Cette seconde multiplication des pains annonce ainsi la mission vers les nations auxquelles va s’élargir l’Alliance avec Israël à suite à la résurrection de Jésus au troisième jours (« voilà trois jours qu’il n’ont pas à manger » — Mc 8, 2).

Ici aussi, on a quelques poissons, dont le nombre n’est cette fois pas précisé.

C’est bien la symbolique des chiffres des pains et des foules qui est retenue. Marc 8, 19-20 (cf. Mt 16, 9-10) :

« Quand j’ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux avez-vous emportés ? Douze, lui répondirent-ils. Et quand j’ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées ? Sept, répondirent-ils. » (Mc 8, 19-20.)

Ici aussi, avec cette seconde multiplication, ce sont les pains dont disposent les disciples qui, multipliés par Jésus nourriront la multitude.

Se marque alors la caractéristique de la mission. Nous sommes porteurs de l’Évangile qui nourrit le monde… via ce que nous sommes !

Apparaît, y compris avec l’incompréhension des disciples qui est soulignée aux v. 19-20 de Marc 8, que la mission sera chargée de ce que nous sommes : il n’y a pas de mission idéale. Témoins de l’Évangile nous le sommes avec ce que nous sommes !

Lieu d’une véritable ambiguïté… Qui s’exprimera dans la problématique Évangile et culture.
(Cf. texte joint.)


RP
Le pain dans la Bible.

Église réformée de Poitiers.
Étude biblique 2012-2013.
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30.
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30.
6) 12 & 14 mars 13 — Multiplication 2 – Marc 6, 30-44 & 8, 1-10 /
Matthieu 14, 13-21 & 15, 32-39 (vers les nations)