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lundi 17 juin 2013

Résurrection & vie éternelle



« Je crois [...] la résurrection de la chair et la vie éternelle. »

« Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. »


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Résurrection — resurrectio (de resurgere) en latin, anastasis en grec — signifie littéralement « relèvement » (et donc, ici, relèvement d’entre les morts).

Si la notion relève, dans les Credo, de la foi, et de la foi en Christ ressuscité, elle correspond aussi, en soi, à un héritage philosophique, qui précède l’événement du dimanche de Pâques — c’est ce que souligne 1 Corinthiens 15 : « si les morts ne ressuscitent point, Christ non plus n'est pas ressuscité » (v. 17).

Un héritage reçu déjà auparavant par les pharisiens, et connu en Perse. C’est toute la question de la destinée humaine, et via l’homme qui conçoit cette notion, de la destinée de Création, qui est posée. L’intuition de l’éternité qui habite l’être humain passager (intuition « mise par Dieu dans le cœur de l’homme » — Ecc 3, 11) débouche sur des réflexions diverses, depuis celle de la mortalité en dépit de cette intuition (Ecc 9, 10), jusqu’à la conception de l’immortalité de l’âme (développée rationnellement par Platon). La notion de résurrection, qui ne reçoit, en général, pas l’aval des Grecs du premier siècle, admet que l’âme a pour fonction d’animer un corps, qui est pleinement constitutif de l’être humain : l’intuition de l’éternité concerne l’humain en son entier.

Les textes du Nouveau Testament mentionnant les apparitions du Ressuscité appuient cette approche là : le Christ ressuscité est doté de chair et d’os ! Ainsi là où le Symbole de Nicée-Constantinople parle de résurrection des morts, attend la résurrection des morts, le Symbole des Apôtres parle, lui, de résurrection de la chair, croit la résurrection de la chair — c’est-à-dire qu’il insiste sur l’idée que l’être humain est assumé en son entier dans l’éternité.

*

Dans l’Évangile selon Jean : « "Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi." Thomas lui répondit : "Mon Seigneur et mon Dieu." » (Jean 20, 27-28)

Dans le même ordre d’idées, dans l’Évangile selon Luc, Jésus s’adresse aux disciples de la sorte (Luc 24, 39) : « Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai. » Étrange invite que cette invite de Jésus… Scandale pour la raison que cette résurrection de la chair que Jésus signe ici dans son corps ressuscité : « un esprit n’a ni chair ni os ». Scandale pour la raison. D’où la tentation de « spiritualiser » tout cela… et de professer la résurrection, mais pas vraiment « de la chair » !

C’est contre cela qu’en Jean, Jésus invite Thomas à toucher ses plaies. Et il y invite aussi les douze et avec eux, par leur intermédiaire, tous ceux qui viendront ensuite, nous : heureux ceux qui n’ont pas vu comme Thomas, et qui ont cru, pourtant. Ici, on passe de la réflexion philosophique à la foi — « résurrection de la chair ». Car, quel est l’enjeu ? L’enjeu est rien moins que le sens — éternel ! — de notre vie, de notre vie « terrestre ».

Notre vie ne se réalise, ne se concrétise, que dans notre histoire, dans nos rencontres, dans la trivialité du quotidien, bref, dans la chair ! Et c’est cela qui est racheté, radicalement et éternellement racheté au dimanche de Pâques. Le rachat dont il est question n’est pas l’accès à un statut d’esprit évanescent. C’est bien tout ce qui constitue notre être, notre histoire, l’expérience de nos rencontres et donc de nos sens, de notre chair, qui est racheté. Notre histoire qui a fait de nous, qui fait de nous, qui fera de nous, ce que nous sommes, cette réalité de nos vies uniques devant Dieu. C’est l’extraordinaire nouvelle qui nous est donnée par le Ressuscité : lui aussi, Fils éternel de Dieu, advient à l’éternité qui est la sienne par le chemin de son histoire dans la chair : ses plaies elles-mêmes, qui ont marqué sa chair, sont constitutives de son être !

… Signe que tous nos instants, ceux de Thomas, des Apôtres, les nôtres, chacun de nos moments uniques dans l’éternité, est porteur de notre propre vocation à l’éternité !… à la « vie éternelle » (Symbole de Apôtres — vitam aeternam), ou « vie des siècles » (Nicée-Constantinople — vitam ventúri saeculi / ζωὴν τοῦ μέλλοντος αἰῶνος).

On retrouve ici la notion de « siècles », ou « mondes » que l’on a vue en parlant de la création du monde — selon la configuration antique du monde — que l’on retrouve dans le grec de la louange finale du Notre Père : « aux siècles des siècles » « aïonia ») : c’est le même mot que « siècle / monde (à venir) » employé dans le Symbole de Nicée-Constantinople. C’est aussi le mot qui traduit le terme hébreu « ‘olam » qui l’on trouve dans Ecclésiaste 3, 11, et que l’on rend souvent par « éternité » — ainsi dans « la vie éternelle ».

Un vocabulaire qui, compte tenu de la vision du monde qu’il suppose (« monde étagé » en plusieurs niveaux, ou « cieux ») parle d’une vie, la nôtre, dotée d’une richesse spirituelle, vie éternelle que l’Évangile de Jean appelle parfois simplement « La Vie ». Confesser la vie éternelle suppose donc affirmer que la vie dont il est question dans les textes bibliques ne se limite pas à sa dimension biologique, ni même culturelle, mais que ces dimensions-là trouvent leur sens et leur plénitude dans une dimension qui les dépasse, comme un autre niveau d’être, « siècle », « monde », « ciel » qui dès maintenant, et sans limitation de temps, pas même par la mort, investi notre être entier :

« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11, 25-26).

« Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu » (Colossiens 3, 3).


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
8) 18 juin 2013 — Résurrection & vie éternelle


lundi 20 mai 2013

La rémission des péchés



« Je crois [...] la rémission des péchés »

« Nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés. »


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Les formules brèves des credo sur ce point s’axent sur le mot « remissio ». Au premier sens le mot latin désigne le relâchement d’un captif, la libération, le renvoi libre. Au plan juridique le mot connote remise de peine, non-application de la peine.

La rémission des péchés peut donc être comprise comme non-application de la peine due aux péchés, aux fautes commises (ce qui n’est pas acquittement : ici la faute est bien réelle) et aussi la libération à l’égard de puissance asservissante de la captivité au péché comme source de la pratique des péchés (cf. Jean 20, 23 et l’annonce de la parole libératrice par laquelle : « ceux à qui vous remettrez les péchés ils leur ont été remis, ceux pour qui vous les soumettrez ils leur ont été soumis »).

Il y a là quelque chose de l’ordre de l’extraction d’un état (le péché), source d’actes coupables (les péchés) : la mention du baptême par Nicée-Constantinople connote la dimension de la grâce : une parole de grâce, celle donnée au baptême, induit la rémission des péchés. Une parole donnée dans un geste qui répercute un don qui le précède : le baptême ecclésial est le signe d’un baptême octroyé par Dieu seul, le baptême en Christ, le baptême dans l’Esprit saint.

Voilà qui pose la rémission des péchés comme extraction d’une captivité, comme renvoi libre ; et (avec la connotation juridique du mot) comme fruit d’une justification : justifiés par la foi, selon le mot de Paul reprenant la Bible, notamment les Psaumes.

« Être justifié » ne signifie pas « être rendu juste », mais « être déclaré juste ». C’est Luther et la Réforme qui mettent en lumière tout le sens de la justification, en parlant de justification « forensique », « étrangère », « extérieure », de ce mot qui a donné en français « forain », c'est-à-dire, extérieur, étranger, venu d'ailleurs. De même, la justification selon la Bible, expliquaient Luther et les Réformateurs, nous est étrangère, elle nous vient d'ailleurs, elle ne nous est pas « grâce infuse » : nous ne sommes pas justes en nous-mêmes. Dieu nous déclare juste, par grâce, par faveur, c'est-à-dire gratuitement. Cette justice qui n'est pas nôtre, qui est celle du Christ seul, est donnée gratuitement à notre seule foi. Nous sommes donc déclarés justes (ce que nous ne sommes pas en nous-mêmes mais en Christ seul) — et non pas rendus justes en nous-mêmes, ce qui serait désespérant, puisqu'il nous faudrait sans cesse mesurer notre justification à nos œuvres de justice pour savoir si nous sommes réellement justifiés.

La justification, pour déclarative, n’est pas pour autant fictive ! La justice du Christ nous est réellement donnée, avec ce qu’elle induit de pouvoir de libération réelle. La source n’en est pas moins en permanence extérieure à nous-même, en Christ seul. Nous sommes déclarés justes par la seule grâce de Dieu, sa faveur, et nous recevons cette grâce gratuite, par notre seule foi.

La réalité de la justification déclarative a été la source du malentendu entre Rome et la Réforme, Rome ayant entendu « déclaratif » comme fictif ! Comme si Dieu nous regardant comme justes ne bouleversait pas par là tout notre être. Simplement, cela ne conditionne pas l’acte de Dieu. Cette conviction est celle que Luther présente au pape Léon X (auquel il dédicace son Traité de la Liberté du chrétien), comme pour un appel face aux prédicateurs d’indulgences. Car à ce point l’histoire des indulgences n’est pas une caricature. La vente d’indulgences est bien un effet pervers de l’idée de « grâce infuse » — à l’inverse de « forensique ». Effet pervers, dont Luther dans un premier temps, attend du pape qu’il le condamne.

Les adversaires de Luther vont s’attacher à voir une opposition indue, un dilemme — qui n’aurait pas lieu de d’être —, entre la foi et les œuvres !

C’est là ne pas entendre que pour l’Évangile reçu par Luther, la foi et les œuvres sont incommensurables. Si la grâce, la faveur de Dieu, que reçoit la foi produit des œuvres comme l’arbre produit du fruit (Traité de liberté du chrétien), le fruit se situe à un tout autre niveau que la grâce qui le produit ! La grâce donne le salut à la foi seule, les œuvres ne relèvent pas de la question du salut, mais de l’effet gratuit et de la reconnaissance. Les deux, foi et œuvres sont incommensurables — au point que, déjà juste en Christ, le chrétien que l’Esprit saint sanctifie n’en reste pas moins pécheur en lui-même — à la fois juste et pécheur, simul iustus et peccator.

La difficulté avec la « grâce infuse » est qu’elle risque concrètement de réduire à rien cette incommensurabilité ! De voir mesurer à la qualité des fruits la « quantité » de salut reçu ! Ce qui revient à ruiner la liberté de la foi (sans parler de la gratuité des œuvres). La liberté du chrétien se transforme alors en une inquiétude permanente, à la mesure des œuvres produites, avec un seul recours : l’octroi hiérarchique de la surabondance de mérites en possession de l’Église, seule détentrice de la grâce infusée via ses sacrements. La Réforme voit un autre sens au rôle des sacrements, comme au baptême mentionné dans le Credo de Nicée : le baptême est la répercussion ecclésiale d’une parole libératrice qui nous précède en Christ.

À ce point la libération qui est dans l’Évangile, celle de la grâce seule par la foi seule — sola gratia / sola fide —, proclamée au XVIe siècle par Luther, met en question l’édifice hiérarchique de l’Église romaine comme détentrice du salut.

Le système de canalisation de la grâce devient accessoire, voire superflu : la grâce est donnée immédiatement à la seule foi, à la seule confiance de celui qui se confie en Dieu.

Du chemin œcuménique a été fait depuis pour un déblocage sur la question de la justification, qui débouchera en 1999 sur l’accord d’Augsbourg, accord luthéro-catholique sur la justification, qui ouvre sur la possibilité d’une réception commune de la foi à la rémission des péchés.


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
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Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
7) 21 mai 2013 — La rémission des péchés


lundi 15 avril 2013

"Quatre marques" de l'Eglise



« Je crois la sainte Église universelle, la communion des saints »

« une seule Église, sainte, catholique et apostolique. »


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On peut rattacher ce qu’on appelle les quatre marques de l’Eglise, selon le symbole de Nicée-Constantinople : une, sainte, catholique, apostolique ? (On va expliquer ces mots.) au texte des Actes des Apôtres parlant de la toute première Église : « Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes 2, 42).

- « Une » : on peut rattacher ce terme-là à la « fraction du pain », pour dire déjà que se pose un problème !… puisque l’unité n’est pas signifiée depuis pas mal de temps.
- « Sainte » : cette marque, la sainteté, peut être rattachée à « assidus à la prière » (cf. infra).
- « Catholique ». Vu le sens du mot (cf. infra), ce terme n’a tout son sens que comme « communion fraternelle ».
- « Apostolique » : là c’est le plus simple : « l’enseignement des Apôtres », dont parle le texte.

« Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » En d’autres termes ils constituaient l’Église. Et sachant que les symboles de la foi, les credo, si on les regarde de près, sont tissés de citations bibliques, on a peut-être effectivement bien là l’origine lointaine des fameuses « quatre marques ».

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Voyons tout d’abord la marque de la sainteté. On peut la rattacher à la persévérance dans la prière, parce que c’est là la source de la sainteté. Elle peut se considérer en premier, puisqu’elle rattache l’Église à son origine, juive. Dans l’Église du temps des Apôtres, celle de Jérusalem, on « se rendait chaque jour assidûment au temple » dit le texte — on est à Jérusalem : c’est vers ce temple qu’alors dans le judaïsme — les premiers disciples étant juifs —, on se tourne, trois fois par jour, pour la liturgie de la prière juive, à laquelle s’adjoint très tôt le Notre Père, qui souligne dès sa première demande ce que le judaïsme appelle « la sanctification du Nom ». « Que ton Nom soit sanctifié ! » Voilà qui répond à la Loi de Moïse : « vous serez saints, car je suis saint » — et encore, « Je suis le Seigneur qui vous sanctifie ». C’est-à-dire que la sainteté de l’Église, sa mise à part pour Dieu selon le sens du mot « saint », procède de Dieu seul. Dire l’Église sainte, sachant ce que l’on en voit le plus souvent, est une parole de foi. Si nous ne le voyons pas, nous sommes appelés à le croire. « Nous croyons l’Église sainte », même si nous la voyons pécheresse, si nous qui la constituons, nous voyons pécheurs. L’Église est pécheresse pardonnée, par Dieu seul qui la sanctifie — et pour signifier cela, les disciples du Christ dans l’Église des origines « persévéraient dans la prière », cet acte d’humilité : notre sainteté ne vient pas de nous.

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Voilà qui nous met au cœur de l’enseignement qui fonde l’Église, l’enseignement des Apôtres, la doctrine des Apôtres : une Église apostolique, non tant parce qu’elle pourrait dresser comme un arbre généalogique, une succession marquée dans la mémoire, ce qui est revendiqué d’une façon ou d’une autre par toutes les Églises, mais au-delà de cela, parce que dès lors elle est appelée à en revenir sans cesse à cette source d’elle-même, l’enseignement des Apôtres. Ce qui fonde l’Église, dès le départ, dès le livre des Actes, c’est la réception fidèle de la parole des Apôtres recueillie pour nous dans le Nouveau Testament. Une parole annoncée et reçue comme source de toute mise à part pour Dieu, de toute sainteté, la parole apostolique.

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« La communion fraternelle » peut correspondre au sens profond de la catholicité. Précisons que si on s’en tient au sens du terme, les protestants se sont toujours voulus catholiques ! Le terme est plus riche que ce le veut la traduction française « Église universelle », qui connote une simple expansion géographique ! Littéralement « catholique », terme d’origine grecque, signifie « selon le tout ». En l’occurrence le tout de l’enseignement des Apôtres et pas seulement une partie, un tout qui n’est donc pas que géographie, mais comme le dit Vincent de Lérins en donnant la signification : « quod ubique et semper et ab omnibus » — ce qui a été cru partout, toujours et par tous. Ce qui est revendiqué par toutes nos Églises ici, conformément à la parole de Paul : « que ce soit Paul, Apollos, ou Pierre, le monde, la vie ou la mort, le présent ou l'avenir, tout est à vous, mais vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu. » (1 Corinthiens 3, 22-23). Il s’agit dès lors, par la communion les uns avec les autres, de « comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu. » (Éphésiens 3, 18-19). C’est cela la catholicité, qui ne va donc pas sans l’unité. Ainsi nous croyons l’Église catholique, nous ne la voyons pas telle. Elle ne le sera concrètement que lorsqu’elle sera une, ce pourquoi nous prions. Elle ne l’est pas encore, de façon concrète. Il lui faut pour cela être une.

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Où l’on en vient à la première marque, l’unité, « Église une », qui témoigne qu’elle est telle à « la fraction du pain », au partage du pain de la Cène, et à tout ce que cela signifie de partage concret, jusqu’aux biens, dans le texte que nous avons lu. Où l’on comprend le mieux que les quatre marques de l’Église, et déjà l’idéal dessiné par le livre des Actes, relève de la foi : « nous croyons l’Église, une sainte, catholique et apostolique ». Cela nous le croyons, nous ne le voyons pas. Nous ne rompons pas le pain de la Cène toutes les Églises ensemble. On peut donc dire que dans un sens nous avons reculé depuis les temps apostoliques, quant aux signes en tout cas — puisque d’un autre côté ce défaut dans les signes nous a sans doute permis de prendre conscience de la réalité de l’Église telle que nous la croyons, qui est depuis les origines un objet d’espérance. Notre tâche est pourtant de nous en rapprocher de sorte que ce dont nous parle le livre des Actes, donné comme impressionnant le monde, soit réalité au milieu de nous, de sorte que nos Églises, notre Église commune, soit rendue une et attirante, et transforme le monde.


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
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6) 16 avril 2013 — L’Eglise – quatre marques – communion des saints


lundi 18 mars 2013

L'Esprit saint



« Je crois en l'Esprit saint »

« qui est Seigneur et qui vivifie ; qui procède du Père (et du Fils) ; qui ensemble avec le Père et le Fils est adoré et glorifié ; qui a parlé par les prophètes ».


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Un credo, celui « des Apôtres », commence de façon extrêmement sobre : « Je crois en l'Esprit saint » ; un autre, ; celui « de Nicée-Constantinople », de façon plus développée, avant que ne se poursuive le reste du développement de la section des credo sur l’Esprit saint, ouvrant sur l’Église et débouchant sur le monde à venir — cf. les mois suivants.

« Nicée-Constantinople » précise en premier lieu ce qui est sous-entendu dans le Symbole des Apôtres sur la divinité de l’Esprit saint (co-essentialité avec le Père et le Fils) : « il est Seigneur » (ce qui est sous-entendu par « les Apôtres » en ce que l’Esprit fait un point du credo, tout comme le Père et le Fils).

À ce titre, il est source de vie à l’instar du Père et du Fils : source de la vie nouvelle, qui fonde pour la foi la vie naturelle, relue comme création. Cf. la lecture ainsi induite de « l’Esprit de Dieu planait sur la face des eaux » (Gn 1, 2) ; ou « s’il retirait son Esprit le monde glisserait au chaos » (Job 34, 14-15) : l’Esprit dans la création.

Le mot, le nom que reçoit l’Esprit de Dieu, est le même que celui qui signifie esprit en général, correspondant au mot souffle, vent — en hébreu comme en grec ou en latin (les deux langues des credo). Ici, il est Esprit saint, Esprit consacré — de Esprit de consécration / à part.

« Nicée-Constantinople » s’arrête à son rapport avec le Père et le Fils : « qui procède du Père » (cf. Jn 15, 26) — « qui ensemble avec le Père et le Fils est adoré et glorifié ».

On est alors dans la controverse entre l’Orient et l’Occident, qui a ajouté « et du Fils » — « qui procède du Père et du Fils ». L’ajout date de l’époque carolingienne, mais s’enracine dans la théologie latine antécédente. Ce détail a l’air insignifiant. Il a toutefois eu des conséquences non-négligeables quant à la façon dont se sont développées vie ecclésiale, vie spirituelle, voire vie politique !

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L’Esprit saint selon la tradition occidentale, qui « procède du Père et du Fils », est reçu d’abord comme réalité relationnelle (en premier lieu entre le Père et le Fils). Cela est en rapport avec la compréhension de l’Église en Occident,

- dans le catholicisme romain où l’Église est souvent donnée comme « incarnatio continua » : sacrements et vie spirituelle, rôle de l’Église hiérarchique ;

- dans le protestantisme quant au rapport immédiat du Fils et de la vie spirituelle, voire de la vie rationnelle (le Fils comme logos), et au phénomène des surgissements et des renouveaux, voire des Révolutions !

Les mouvements récurrents de Réveil se réclament de l’action de l’Esprit saint, depuis les XVIIe et XVIIIe siècle (avec des racines antécédentes) avec le piétisme et le méthodisme, jusqu’au XXe et XXIe avec les mouvements pentecôtistes (se réclamant d’Actes 2), néo-pentecôtistes et charismatiques, qui ont écho aussi dans l’Église catholique romaine.

Les mouvements comme les théologies de la libération sont aussi marqués par la revendication de la vie de l’Esprit, de son entrée dans le concret, jusque dans l’existence sociale. Cette approche s’enracine dans l’expérience vécue, cela selon les lectures et l’enseignement issus de questionnements philosophiques des XVIIIe-XIXe siècles, eux-mêmes enracinés dans des mouvements antérieurs.

Les mouvements révolutionnaires ont souvent revendiqué explicitement cet héritage : Marx clamait clairement qu’il s’agissait de tirer les conséquences concrètes de l’action de l’Esprit tel que l’avait pensée le philosophe allemand dont il reconnaissait hériter : Hegel. Dans la mouvance de ceux qu’on appelait alors les « hégéliens des gauche », Marx enseignait qu’il ne s’agissait plus seulement de penser l’action de l’Esprit dans le monde, mais de transformer le monde.

C’est là pourquoi le mouvement de la théologie de la libération qui prône lui aussi l’action sociale immédiate, a été victime de la suspicion d’être inféodé au marxisme.

« Il a parlé par les prophètes » précise le credo de Nicée-Constantinople, soulignant par là qu’il ne s’agit pas, sous prétexte d’Esprit saint, d’être ballotté à tout vent de doctrine (Ep 4, 14), selon l’Esprit du temps, mais de vivre la vie de la foi en accord avec l’enseignement reçu dans les écrits bibliques et des Apôtres, selon l’ « accord/‘analogie’ de la foi » (Ro 12,6).

« Si je ne m’en vais pas, l’Esprit saint ne viendra pas » dit Jésus (Jn 16, 7) d’un Esprit saint éternel, qui précède le monde et qui a toujours œuvré dans le monde. L’Évangile de Jean souligne ainsi ce qui demeure pour nous la réalité mystérieuse de l’Esprit saint témoin d’un Dieu que l’on ne peut saisir, fixer, ni nommer : un « Dieu que nul n’a jamais vu » (Jn 1, 18) et qui pourtant se fait connaître au cœur de nos vies comme Jésus nous l’a fait connaître.



R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
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6) 16 avril 2013 — L’Eglise – quatre marques – communion des saints


samedi 2 février 2013

Semaine sainte - Pâques



« Il a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort et il a été enseveli, il est descendu au séjour des morts. Le troisième jour il est ressuscité des morts, il est monté aux cieux. Il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, et il viendra de là juger les vivants et les morts. »

« Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate ; il a souffert ; il a été enseveli ; il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, il est monté aux cieux ; il siège à la droite du Père et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts, lui dont le règne n'aura pas de fin ».


Première chose qui frappe à la lecture de cette section des Credo : l’insistance à affirmer que Jésus est vraiment mort, qu’il y a là une réalité de histoire. Ponce Pilate, personnage historique est mentionné ici, comme repère vérifiable que cette mort est réellement advenue, chose invraisemblable, en pendant à sa naissance — sa mère aussi est mentionnée, en pendant à Ponce Pilate — mais ici, avec la mort, la chose est plus invraisemblable encore.

Très tôt dans l’Eglise primitive on a été tenté de mettre en question la mort de Jésus d’une façon ou d’une autre, jusqu’à lui trouver un remplaçant sur la croix ! — ainsi, par exemple, Simon de Cyrène de Basilide, selon Irénée de Lyon (Adversus Haereses, I, xxiv, 4).

Pourquoi cette insistance sur la mort réelle du Christ ? — souffrance / sous Ponce Pilate, crucifixion, mort, ensevelissement, séjour des morts. C’est qu’on est au cœur du choc que représente la foi chrétienne : le Christ crucifié. Ce que Paul souligne comme scandale pour la raison (1 Corinthiens 1, 18 – 2, 8) : « la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent […]sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue, car, s’ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. »

La scandale s’est depuis déplacé, à l’époque moderne, vers la difficulté à recevoir un monde suprasensible. La dimension suprasensible des choses est toutefois à nouveau plus ou moins accessible grâce aux travaux de Jung ou de Henry Corbin.

Dans l’Antiquité, ce n’est pas la réalité du monde suprasensible qui pose problème pour la raison, mais sa coïncidence avec l’histoire — et pire que tout, avec la mort comme phénomène de cessation de l’être et comme humiliation / réduction à l’humilité radicale : réduit à rien.

La messianité de Jésus est donc un paradoxe, que souligne à l’envi, outre 1 Corinthiens 1 & 2, l’hymne de Philippiens 2 — tandis que l’Evangile de Jean transfigure le paradoxe en lisant la mort de Jésus — mort particulièrement humiliante dans l’Antiquité, la croix — comme sa glorification paradoxale.

« Jésus-Christ, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu,
mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ;
et ayant paru comme un simple homme, (2-8) il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix.
C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »
(Philippiens 2, 6-11)

Il est donc, selon les symboles de la foi lisant le Nouveau Testament, réellement mort crucifié, ayant souffert, avant d’être réellement enseveli et, précise le symbole des Apôtres, être « descendu au séjour des morts » — littéralement (inferos) —, plutôt qu’enfers (inferna).

Cela dit, le texte de 1 Pierre 3, 18-20 est évoqué, qui parle de dimension spirituelle de sa descente au séjour des morts comme enfers — allusion au Tartare (2 Pierre 2, 4) — où son enchaînés les divinités / anges rebelles.

Si Calvin lit ce texte — la descente au séjour des morts — comme parlant de la souffrance du Christ à Gethsémani, Luther y voit le moment initial du triomphe du Christ sur la mort, et donc le moment initial de sa résurrection.

Sa résurrection est alors la manifestation à la foi des disciples de sa mort comme triomphe sur la mort — pour un règne ainsi déployé comme règne on ne peut plus universel : il est monté au ciel, il siège à la droite du Père tout-puissant qui lui a remis le jugement de toutes choses et un règne sans fin (Nicée-Constantinople).

La mort et la résurrection de Jésus sont alors comme « télescopées » : le Crucifié et le Ressuscité devenant quasiment synonymes. La mort du Christ est sa glorification.

« Père, glorifie ton nom ! Et une voix vint du ciel : Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore.
[…]
Jésus dit : Ce n’est pas à cause de moi que cette voix s’est fait entendre ; c’est à cause de vous.
Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors.
Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi.
En parlant ainsi, il indiquait de quelle mort il devait mourir. »
(Jean 12, 28-33)

On est au cœur du paradoxe de la foi chrétienne : le culte d’un crucifié comme celui qui déploie la présence de Dieu, attestée par son relèvement d’entre les morts.


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
4) 5 février 2013 — Semaine sainte - Pâques


lundi 17 décembre 2012

Noël


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Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la Vierge Marie.

Nous croyons en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait. Pour nous, les hommes, et pour notre salut, il est descendu des cieux ; par le Saint-Esprit il s'est incarné de la Vierge Marie, et s'est fait homme.


*

La venue du Fils de Dieu à Noël comme seul Seigneur, Fils unique de Dieu conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie s’inscrit dans la perspective de la Résurrection relue :

Romains 1, 4 : « Déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ notre Seigneur ».
Colossiens 1, 15-16 : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre ».

Relire la résurrection comme filiation divine et la percevoir comme la réalité de Noël suppose la comprendre comme accession à l’éternité, qui — par définition, peut-on dire — précède le temps. La filiation divine de Jésus proclamée par sa résurrection est donc une filiation éternelle — avant tous les siècles — et manifestée dans le temps à sa naissance.

Le Ressuscité ne peut être retenu par la mort, signe de ce qu’il est de l’éternité, et c’est lui qui vient dans le temps, dans la chair — Incarnation —, à Noël.

Où la foi du dimanche de Pâques rejoint la tradition philosophique pharisienne, proche de la tradition perse induisant de la nature humaine l’immortalité comme résurrection, l’âme étant alors comme la structure de la nature corporelle de l’homme — corps naturel et corps « spirituel ». Une approche distincte à la fois de l’idée de l’immortalité désincarnée de l’âme et de sa mortalité.

L’homme est un être de corps, de sens, et sa nature entière est assumée éternellement. Enseignement scellé pour la foi des disciples au dimanche de Pâques dans la résurrection du Christ, « proclamé Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts ».


Fils unique du Père

La foi à l’unicité de la filiation du Christ rattachée à sa résurrection comme premier-né d’entre les morts, premier-né de toute la création (Col 1, 15) — renvoie aussi à la perception d’une spécificité de la relation de Jésus et du Père.

Une conscience particulière de Jésus quant à sa relation avec le Père est perceptible selon le Nouveau Testament. La façon dont Jésus s’adresse au Père dans les Évangiles et dont on a l’écho dans l’Église du Nouveau Testament est remarquable : « Abba », « Mon Père », précisément « Papa », qui se retrouve dans le Notre Père part d’un vécu particulier de la spiritualité juive qui est celle de Jésus.

Cf. les sources juives du Notre Père (cit. ci-dessous d’après Cahier Evangile n°68, Notre Père) :

Notre Père qui es aux cieux
Fais-nous revenir, notre Père, à ta Torah... Pardonne-nous, notre Père...
(5ème et 6ème bénédictions);
Tu as eu pitié de nous, notre Père, notre Roi...
Notre Père, Père de miséricorde, le Miséricordieux, aie pitié de nous !
(2ème prière avant le Shema : « Ahavah rabbah »).
Que les prières et supplications de tout Israël soient accueillies par leur Père qui est aux cieux
(Qaddish).

Que ton Nom soit sanctifié
Tu es Saint, et ton Nom est saint, et les saints chaque jour te loueront. Béni es-tu, Seigneur, le Dieu saint ! Nous sanctifierons ton Nom dans le monde, comme on le sanctifie dans les hauteurs célestes
(3ème bénédiction).
Que soit magnifié et sanctifié son grand Nom dans le monde qu’il a créé selon sa volonté
(Qaddish).

Que ton Règne vienne
Qu’il établisse son règne de votre vivant, et de vos jours et du vivant de toute la maison d’Israël, bientôt et dans un temps proche
(Qaddish).
De ton Lieu, notre Roi, resplendis et règne sur nous, car nous attendons que tu règnes à Sion
(3ème bénédiction du Shabbat.).
Rétablis nos Juges… et règne sur nous, Toi seul Seigneur, avec amour et miséricorde... Béni es-tu, Seigneur, Roi, qui aime la justice et le droit
(llème bénédiction).

Que ta Volonté soit faite sur la terre comme au Ciel
Telle puisse être ta volonté, Seigneur... de guider nos pas en ta Torah et de nous attacher à tes commandements
(Prière du matin).

Notre pain quotidien, donne-le nous aujourd’hui
Tu nourris les vivants par amour, tu ressuscites les morts par grande miséricorde, tu soutiens ceux qui tombent, tu guéris les malades et délivres les captifs. Qui est comme toi, Maître des puissances ?
(2ème bénédiction).
Bénis pour nous, Seigneur notre Dieu, cette année et toutes ses récoltes, pour le bien. Rassasie-nous de ta bonté
(9ème bénédiction).

Et remets-nous nos dettes comme nous avons remis à nos débiteurs
Pardonne-nous, notre Père, car nous avons péché; fais-nous grâce, notre Roi, car nous avons failli, car tu es celui qui fait grâce et pardonne. Béni es-tu, Seigneur, qui fais grâce et multiplie le pardon
(6ème bénédiction).
Pardonne-nous nos péchés comme nous les pardonnons à tous ceux qui nous on fait souffrir
(Liturgie du Yom Kippour).

Ne nous fais pas entrer en tentation
Ne nous livre pas au pouvoir du péché, de la transgression, de la faute, de la tentation ni de la honte. Ne laisse pas dominer en nous le penchant du mal.
(Prière du matin).

Délivre-nous du mal
Vois notre misère et mène notre combat. Délivre-nous sans tarder à cause de ton Nom, car tu es le Libérateur puissant. Béni es-tu, Seigneur, Libérateur d’Israël
(7ème bénédiction).

Deux autres prières anciennes où Dieu est invoqué comme Père d’Israël. Dans ces prières de la liturgie synagogale donc communautaire et non individuelle, Dieu est nommé « roi » et « père » :

Notre Père ! notre Roi !
A cause de nos pères qui ont eu confiance en toi et à qui tu as enseigné les lois de la vie, aie pitié de nous et enseigne-nous. Notre Père ! Père de miséricorde, le Miséricordieux ! Aie pitié de nous !
(Prière Ahavah rabba, antérieure à l’époque du Christ.)

Notre Père ! notre Roi !
Nous n’avons pas d’autre Roi que toi, notre Père, notre Roi, à cause de toi-même, aie pitié de nous.
(Invocation de la litanie pour le Nouvel An, 1er siècle de l’ère chrétienne.)

*

Le vécu de la prière juive par Jésus, et sa spécificité — la force et l’intimité particulières de sa relation avec le Père —, cela a fait pour la foi des disciples écho avec sa résurrection au dimanche de Pâques.

*

On a là les éléments du Prologue de Jean, qui composent les credo, et notamment le développement de Nicée-Constantinople : « engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait. Pour nous, les hommes, et pour notre salut, il est descendu des cieux ; par le Saint-Esprit il s'est incarné de la Vierge Marie, et s'est fait homme » :

Jean 1, 1-18
1 Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
2 Elle était au commencement avec Dieu.
3 Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
4 En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5 La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.
6 Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean.
7 Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.
8 Il n’était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.
9 Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
10 Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue.
11 Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue.
12 Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu,
13 (1-12) lesquels sont nés, (1-13) non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.
14 Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.
15 Jean lui a rendu témoignage, et s’est écrié : C’est celui dont j’ai dit : Celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi.
16 Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce ;
17 car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
18 Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître.

La « consubstantialité » (même « substance », ou plus exactement même « essence » que le Père) transparaît du v. 1.

Sa participation de la lumière créatrice originelle, « lumière de lumière » — y fait écho au récit de la création — « au commencement ».

Une parole — « près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur » (Deut 30:14 ; Ro 10:8) — dévoilée comme « plus proche de nous que notre propre intimité » (Augustin) dans l’Incarnation : la parole est devenue chair (v. 14), chose qui, comme pour ceux qui en naîtront, s’accomplit « sans la volonté du sang, de la chair et de l’homme » (v. 13) : « conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie » trouve là son enracinement, en-deçà des récits de Matthieu et Luc, qui inscrivent cet enseignement théologique dans le temps du récit — Matthieu et Luc sont un peu à Jean ce que Genèse 2 est à Genèse 1 concernant la création de l’homme. Et ici les anges deviennent témoins. Ce qui se passe là leur est supérieur — « d’autant supérieur aux anges qu’il a hérité d’un nom plus excellent que le leur » (Hé 1, 4). Ici, c’est le principe de la création qui est déployé dans le temps : on est au cœur de l’enseignement de Noël…


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
3) 18 décembre 2012 — Noël


samedi 17 novembre 2012

Le Père tout-puissant créateur de toutes choses



« Créateur… » ? — « de toutes choses » ? — « tout-puissant » ? Citations :

- Le hasard
« Nous disons que ces altérations sont accidentelles, qu’elles ont lieu au hasard. Et puisqu’elles constituent la seule source possible de modifications du texte génétique, seul dépositaire à son tour des structures héréditaires de l’organisme, ¡1 s’ensuit nécessairement que le hasard seul est à la source de toute nouveauté, de toute création dans la biosphère. Le hasard pur, le seul hasard, liberté absolue mais aveugle, à la racine même du prodigieux édifice de l’évolution : cette notion centrale de la biologie moderne n’est plus aujourd’hui une hypothèse, parmi d’autres possibles ou au moins concevables. Elle est la seule concevable, comme seule compatible avec les faits d’observation et d’expérience. Et rien ne permet de supposer (ou d’espérer) que nos conceptions sur ce point devront ou même pourront être révisées. » (Jacques Monod, Le Hasard et la nécessité, 1970)

- Dieu cause première
Hors de la foi, un Dieu cause première démontré : « Tout ce qui est mû est mû par un autre. Or il est évident pour les sens qu'il y a des choses mues, le soleil par exemple. Le soleil est donc mû par un moteur différent de lui. Ce moteur sera lui-même mû, ou ne le sera pas. S'il n'est pas mû, nous tenons le but proposé, à savoir qu'il est nécessaire de poser un moteur immobile. Ce moteur immobile, nous l'appelons Dieu. - Si ce moteur, par contre, est mû, il sera mû par un autre. Dans ce cas, ou bien il faudra remonter à l'infini; ou bien il faudra s'arrêter à quelque moteur immobile. Mais on ne peut remonter à l'infini. Il est donc nécessaire de poser l'existence d'un premier moteur immobile. » (Thomas d’Aquin, Somme conte les Gentils, liv. I, ch. 13)
http://bibliotheque.editionsducerf.fr/par%20page/1413/TM.htm# ;
http://bibliotheque.editionsducerf.fr/par%20page/1413/acces_livre.htm

- Le diable
Un mythe de l’origine du monde matériel : « Satan, l’ennemi du Père saint, voulant troubler sa quiétude et son Royaume, alla à la porte du Royaume du Père et s'y tint pendant trente-deux ans. On ne lui permettait pas d'entrer. A la fin, le gardien de cette porte, voyant qu'il avait attendu longtemps sans avoir la permission d'entrer, le fit entrer dans le Royaume du Père saint. […]
[Où il promet alors en cachette aux bons esprits que, mieux que ce qu’ils ont dans le Royaume céleste,] il leur donnerait des champs, des vignes, des eaux, des prés, des fruits, de l'or, de l'argent, et tous les biens de cette nature matérielle, et de plus, à chacun d'eux, des épouses. »
(Bélibaste, traduit in Jean Duvernoy, Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier, Paris/La Haye/New-York, Mouton, 1978, p. 761)…

- Tsimtsoum
« Avec l’événement qui porte le nom d’ « Auschwitz » […,] ne trouvèrent place ni la fidélité, ni l’infidélité, ni la foi ni l’incroyance, ni la faute ni son châtiment, ni l’épreuve, ni le témoignage, ni l’espoir de rédemption, pas même la force ou la faiblesse, l’héroïsme ou la lâcheté, le défi ou la soumission. Non, de tout cela Auschwitz, qui dévora même les enfants, n’a rien su ; il n’en offrit même pas l’occasion en quoi que ce fût. Ce n’est pas pour l’amour de leur foi que moururent ceux de là-bas […] ; ce n'est pas non plus à cause de celle-ci ou de quelque orientation volontaire de leur être personnel qu'ils furent assassinés. La déshumanisation par l'ultime abaissement ou dénuement précéda leur agonie ; aux victimes destinées à la solution finale ne fut laissée aucune lueur de noblesse humaine, rien de tout cela n'était plus reconnaissable chez les survivants, chez les fantômes squelettiques des camps libérés. Et pourtant - paradoxe des paradoxes -, c'était le vieux peuple de l'Alliance, à laquelle ne croyait plus presque aucun des intéressés, tueurs et même victimes, c'était donc très précisément ce peuple-là et pas un autre qui fut désigné, sous la fiction de la race, pour cet autre anéantissement total […]. Et Dieu laissa faire. Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire? » (Hans Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz)

« C'est en concevant le vide en soi pour accueillir l'altérité du monde, c'est en se retirant de lui-même en lui-même que Dieu créa le monde. De ce vide de Dieu, surgit le monde. La création de l'espace vide rend possible l'altérité à partir de la séparation. » (Marc-Alain Ouaknin, Concerto pour quatre consonnes).
« Né à Jérusalem en 1534 et mort à Safed en 1572 à l'âge de 38 ans, Isaac Louria a enseigné à un moment clef de l'histoire d'Israël, quand elle s'est trouvée confrontée à l'expulsion des juifs d'Espagne (1492) et à l'émergence de la pensée moderne. […] La Cabale de Rabbi Isaac Louria […] distingue trois temps dans la création.
Tsimtsoum : Retrait. Dieu ne commence pas par se révéler à l'extérieur de lui-même, mais par se retirer de lui-même, en lui-même. Par cet acte, il laisse au vide une place en son sein. Il se retire […], il crée un espace pour le monde à venir. […] Pour se manifester, il aura fallu qu'au préalable il se retire, qu'il laisse place à un néant à partir duquel la création est possible. »
(Marc-Alain Ouaknin, Tsimtsoum, Introduction à la méditation hébraïque, Ed : Albin Michel, 1992, p31)
http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0510101745.html

*

Credo : c’est-à-dire « (J’ai) Confiance » !

Colossiens 1, 12-17 :
« 12 Rendez grâces au Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière,
13 qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour,
14 en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés.
15 Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création.
16 Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. »


Relire le hasard comme étant assumé par un acte créateur, relire le mal qu’habite la création comme étant englouti dans l’aboutissement du projet créateur (Ro 8, 18-22).

- Pantocrator, Père du Christ Pantocrator
L'Apocalypse de Jean mentionne "celui qui était, qui est et qui vient". Cela concerne le règne de Dieu, partagé par le Christ, qui englobe tous les temps, les siècles des siècles. C’est aussi un passage de l’Apocalypse qui fonde d’une façon fort expressive la confession de foi au Dieu Père Tout puissant. Elle y est exprimée de manière très éloquente.

Avant cela, le livre de Daniel, par exemple, livre auquel renvoie l’Apocalypse, nous donne une vision de ce règne éternel dès avant la venue du Christ en chair, règne décrit comme celui d'un fils d'homme, règne reçu auprès de l'Ancien des jours, Dieu.

Alors, rien à voir, semble-t-il, avec la façon dont on voit Dieu dans la faiblesse du Christ dans le Nouveau Testament — « le Tout-Puissant a fait pour moi de grande choses » (Luc 1). De même, par exemple, l'Évangile de Jean nous présentant Jésus face à Pilate ; loin de l'éternité comme dans le Livre de Daniel, il nous parle d'un temps sombre. Il nous parle en quelque sorte du présent, de notre présent, où ce règne éternel est voilé sous la douleur, sous l'humiliation, sous tout ce que l'on confronte d'inhumain de douloureux. Là, Dieu se montre faible. Tout sauf régnant, Tout-puissant. Le voilà en proie à un destin, celui de son Fils, qui apparemment lui échappe. Ici, ce sont les pouvoirs humains, particulièrement en la personne de Pilate, qui sont forts. Ici Dieu est voilé dans le Christ sous son apparente impuissance.

Revenons à l'Apocalypse. Alors apparaît le Jour éternel où ce voile de l'apparence, le voile de la faiblesse du Christ, de la faiblesse de Dieu, est enfin levé. Car "apocalypse" signifie précisément "dévoilement". C'est le dévoilement d'un fait : Dieu règne, par le Christ, lui apparemment faible, il s'avère être en fait, mais de façon cachée hors de ce dévoilement, le Tout-Puissant. Le mot précis est employé à de très nombreuses reprises dans le livre de l'Apocalypse, à commencer par le ch.1, au v.8.

Il n’est donc évidemment pas question de projection narcissique d’un désir de toute-puissance que l’on pourrait s’attribuer ! On ne s’attribue pas la toute puissance divine. César lui même ne peut se l’attribuer ! Elle est d’une nature toute autre.

Le mot grec est Pantocrator, un titre de l'Empereur romain, composé de deux autres mots : le premier mot, pas, pan, panta, selon les cas, qui est ici dans panto, signifie tout, toutes choses, absolument tout, tout ce qui existe, tout ce qu'on peut imaginer. Le second, qui est ici dans crator, signifie la puissance au sens du pouvoir, de la force. C'est ce mot que l'on retrouve dans démocratie, aristocratie, etc.

À l'époque du Nouveau Testament, on n'est ni dans la démocratie, ni même dans l'aristocratie, mais dans l'autocratie de l'Empereur romain, concrètement la dictature d'un Empereur qui prétend avoir pouvoir sur tout, qui se dit Roi de l'Univers, Roi des rois et Seigneur des Seigneurs — c'est aussi un de ses titres. Cet Empereur s'est fait proclamer Dieu, il se veut Sauveur — encore un de ses titres — Sauveur de cet Univers qu'il a conquis par la force. Au plus fort de son sens ce mot signifie : "celui qui soutient tout".

Officiellement, l'Empereur a pouvoir sur tout, il est tout Puissant. Il est Dieu, on lui brûle de l'encens. Et voilà que l'Apocalypse martèle à de nombreuses reprises, que celui qui a pouvoir sur tout, le Tout-puissant, ce n'est pas l'Empereur de Rome, malgré les apparences, mais Dieu le Père du Christ, et le Christ lui-même, cet homme si faible face au représentant de l'Empereur, face à Pilate.

Cette toute-puissance de Dieu est finalement le dernier mot de la Bible face à tous les pouvoirs : dans la ville de la paix, à la fin de l'Apocalypse, au ch. 21, v. 22, on découvre qu'il n'y plus même de Temple, parce que le Tout-puissant (toujours le même mot : pantocrator) — le Tout-puissant lui-même en est le Temple, ainsi que son Fils.

Entre-temps l'Apocalypse nous le dévoile à nouveau comme tel dans la vision du trône céleste (ch. 4, v. 8). Ici le mot pantocrator, tout-puissant, traduit le titre divin du livre d'Ésaïe, Dieu des Armées : « saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des arméees (célestes) », Sébaoth en hébreu, « le Tout-puissant »", pantocrator, dit l'Apocalypse.

Et on retrouve le même terme au ch. 11, v. 17, pour le jugement des nations. Et encore le même terme au ch. 15, v. 3, dans la louange des martyrs. Puis au ch. 16, v. 14, pour le jugement des faux prophètes. Puis encore au ch. 19, à deux reprises, au v. 6 et au v. 15, pour l'établissement du règne de Dieu et le jugement de toute méchanceté.

Voilà un mot donc, qui pour être absent du reste du Nouveau Testament, n'en a pas moins une signification très importante.

Il est absent lorsque Dieu est caché dans la faiblesse apparente du Christ, mais est abondamment présent, lorsque son véritable pouvoir est enfin dévoilé, selon le sens du mot « apocalypse ».

Et dès lors, on retrouve plus tard ce même mot grec dans le Symbole de Nicée-Constantinople : « nous croyons en Dieu, le Père Tout-Puissant... » Ce mot a été traduit en latin par Omnipotens, terme repris dans le Symbole des Apôtres ; du latin aussi, il donne en français exactement Tout-Puissant.

Ainsi, si nous disons avec les Symboles de la Foi, que nous le croyons, c'est que ce règne de Dieu et du Christ, nous ne le voyons pas : nous le croyons.


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
2) 20 novembre 2012 — Le Père tout-puissant créateur de toutes choses


dimanche 14 octobre 2012

"Credo"



« Credo » — « Je crois », prononcé comme foi de l’Église : « nous croyons »…

Verbe initial de deux textes :

Le Symbole des Apôtres, qui aurait été transmis directement par les Apôtres — d’où le nom de ce Credo littéralement tissé de citation du témoignage des Apôtres : le Nouveau Testament… La critique tente de retracer ses origines. On a une allusion dès le IIe siècle chez Ignace d’Antioche. Tertullien (IIe-IIIe) en fait des citations sous une autre forme que celle qui est connue. Sa forme finale, latine, correspondrait à la confession baptismale du sud de la Gaule du Ve siècle, pouvant s’originer à Rome dès le IIe siècle.

Le symbole de Nicée-Constantinople, élaboré, dans un premier temps, au cours du Ier concile de Nicée, en 325, réuni par l'empereur Constantin Ier. Ce concile qui rassemble des représentants des courants du christianisme de toute l’Oikouménè réussit à mettre en place de façon quasi-unanime un socle commun de croyance, exprimé en peu de mots.
Le Symbole est complété en 381 par le premier concile de Constantinople, d'où le nom fréquemment donné de « Symbole de Nicée-Constantinople », qui développe les passages relatifs à l’Incarnation et à l’Esprit–Saint et parle de l’Église et du monde à venir.
Le texte original est grec. En Occident, on a rajouté dans la version latine le mot Filioque à la procession du Saint-Esprit (« il procède du Père et du Fils »). C'est la raison officielle du schisme de 1054 entre Rome et Constantinople, les orthodoxes refusant cet ajout.


Deux « symboles » trinitaires…
Le mot « symbole » est issu d’un terme grec ancien signifiant « mettre ensemble », « joindre », « expliquer »… Un symbole était au sens propre et originel un tesson de poterie cassé en deux morceaux et partagé entre deux contractants. Deux morceaux d'un objet brisé, de sorte que leur réunion, par un assemblage parfait, constituait une preuve de leur origine commune et donc un signe de reconnaissance très sûr.
Au figuré, le symbole devient l’emboîtement entre le signifiant (les mots du texte) et le signifié (ce à quoi les mots renvoient).
« Symboles » trinitaires : deux textes ternaires, parlant d’un foi trinitaire…

*

« Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Matthieu 28, 19).

Tout commence par la résurrection. Fondement de la foi chrétienne. Et le Ressuscité envoie ses disciples par cette parole.

Parole au départ de l’envoi des disciples aux nations par le Ressuscité, c’est là le programme du christianisme. Parole ternaire, trinitaire, qui caractérise la foi chrétienne et fonde son contenu.

Parole initiale, et confession de foi d’entrée dans la vie chrétienne ; parole fondement d’une autre foi en train de naître. Les confessions de foi chrétiennes ultérieures en sont autant de développements circonstanciés ; méditatifs, et apologétiques.

Acte de foi d’un devenir disciples ; disciples d’une foi à trois termes ; c‘est là ce qui frappe d’emblée à la considération des Credos chrétiens. Un triple « credo » : foi en Dieu Père, et Fils, et Esprit Saint.

« Credo ». Spécificité de l’initialité chrétienne. Fondée sur la foi à la résurrection de Jésus.

Le judaïsme, qui est le premier vis-à-vis face auquel le christianisme est une autre foi, se signifie par un appel : « sh’ma », « écoute » Israël.

L’islam, issu aussi en grande partie de la tradition juive puis chrétienne, se pose comme un témoignage : la « shahada » : « je témoigne ». Affirmation de l’Unicité de Dieu.

Le bouddhisme, autre religion universelle avec le christianisme et l’islam s’édifie sur une connaissance, une prise de conscience, celle des quatre vérités (impermanence / "souffrances", cause des "souffrances", cessation des "souffrances", chemin de sa cessation).

Etc.

Le christianisme se spécifie par ce qu’il affirme d’emblée se recevoir dans la foi : « credo ». Adhésion personnelle à une foi commune, et foi autre que toutes les fois. Adhésion par laquelle un peuple se constitue, se spécifie ; une autre foi s’est fait jour dans la résurrection du Christ.

Autre foi en vis-à-vis de son premier fondement, Israël — et, puisqu’il s’agit d’un envoi vers les (autres) nations, autre foi, bientôt, en vis-à-vis aussi de leurs traditions diverses.

« Credo » prononcé dans les langues des nations, le latin après le grec,… et puis toutes les autres langues.

Foi commune, qui peut se dire au pluriel, « nous croyons », et qui se reçoit au singulier, le singulier des nations ou des individus qui les composent : « je crois », « credo ».

Parole issue du Ressuscité, et donnée par là-même comme ternaire. Par sa Résurrection, Jésus est proclamé Fils de Dieu, le Père ; établi Fils de Dieu, selon l’Esprit Saint (Ro 1, 4).

Dieu, Père du Fils selon l’Esprit Saint. Le « credo » se reçoit comme foi dans son entièreté. Le Père y est en premier lieu Père de Jésus-Christ, le Ressuscité, selon l’Esprit Saint.

On ne coupe pas le Credo en tranches, serait-ce en trois tranches ! Encore moins en quatre tranches, l’Église formant un quatrième terme ! Et à, plus forte raison en petites tranches correspondant à chacun de ses mots. La composition en est minutieusement articulée, complète, tissée de références bibliques imbriquées. Chaque note en est un lieu d’accentuation et pas une entité indépendante.

Au jour où le credo n’a pas toujours bonne presse, il n’est pas inutile de considérer que c’est en soi un texte apologétique, qui défend une foi et qui vaut d’être défendu aujourd’hui encore.

Il défend cette foi parce que foi autre, en décalage. Et suspecte pour cela, hier comme aujourd’hui. On est toujours, aujourd’hui comme hier, tenté d’en arrondir les angles, d’en brader donc, éventuellement, tel article jugé choquant, daté, théologiquement douteux.

C’est pourtant une telle méthodologie qu’il convient d’éviter, si on veut entrer dans cette foi autre.

Il convient de poser d’emblée un acte d’humilité vis-à-vis du Credo, comme dire « credo » est un acte d’humilité. Acte d’humilité aussi à l’égard de ceux qui ont construit réflexions et dogmatiques — autant d’œuvres apologétiques, fussent-elles maladroites — à travers le temps et à partir de cette parole de foi.

Humilité aussi à l’égard des traditions qui ne l’ont pas faite sienne, cette autre foi. L’apologétique est, comme son nom l’indique, acte d’humilité : « apologeo », « je m’excuse ».

Entrer dans cette autre foi est aussi s’inscrire dans une tradition, autre, mais développée parmi et à côté de tant d’autres. Humilité encore.

Humilité en outre, du fait de la conscience de ce que cette autre foi pose un changement de registre inaccessible à « l’homme naturel » ; accès à la présence du Ressuscité.

On connaît l’histoire des deux rabbins s’interrogeant sur l’existence de Dieu et concluant par la négative. Sur quoi l’un d’eux se recouvre de son talith et commence ses prières ! L’autre lui signalant sa surprise compte tenu de l’aboutissement de leur discussion, le premier répond : « qu’est-ce que ça change ? »

Tel peut être le type d’humilité requise face au Credo. On n’a pas forcément pénétré tous les chemins sur lesquels il conduit, on est éventuellement troublé par des inductions qui semblent devenues incongrues. L’humilité reste de mise. On est dans une relation de foi ; qui n’exclut pas que l’on pose toutes les interrogations qu’ont posées les rabbins en restant dans l’humilité de la foi donnée.


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
1) 16 octobre 2012 — Introduction : « Credo »