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vendredi 21 août 2026

Du "progressisme" au bouc émissaire




Le philosophe américain Francis Fukuyama n'a jamais été le prophète béat qu'une caricature superficielle a dépeint ! Dès son article originel de 1989, et de manière centrale dans son livre de 1992 (La Fin de l'Histoire et le Dernier Homme), Fukuyama exprime précisément un doute fondamental. Il ne promet pas une « pacification définitive » idyllique : il met en garde contre l'instabilité intrinsèque de cette Fin de l'Histoire, précisément à cause de la menace du « Dernier Homme ».

La thèse de Fukuyama repose sur une anthropologie hégélienne (relue par Alexandre Kojève) : l'être humain n'est pas mû uniquement par le Désir (les besoins matériels, la consommation), mais aussi par le Thymos : le besoin de reconnaissance, d'estime de soi et de dignité.

Fukuyama divise le thymos en deux formes :
- L'Isothymia : Le désir d'être reconnu comme l'égal des autres (satisfait par la démocratie et les droits fondamentaux).
- La Megalothymia : Le désir d'être reconnu comme supérieur aux autres, de s'imposer, de prendre des risques mortels, de vivre le tragique et la grandeur (la passion des conquérants, des artistes, des révolutionnaires).

L'inquiétude majeure de Fukuyama est la suivante : la démocratie libérale et le marché satisfont peut-être le Désir et l'Isothymia, mais ils embouteillent et étouffent la Megalothymia.

En réduisant l'existence à la recherche (de plus, souvent insatisfaite) du confort, du soin de santé et de la consommation passive, le système fabrique le Dernier Homme de Nietzsche : un être sans ardeur, incapable de grands sacrifices ou de grands desseins.

C'est là que l'idée de « pacification » révèle son piège :
- L'ennui : Privés de grandes causes politiques ou religieuses pour lesquelles lutter, les hommes risquent de s'ennuyer dans l'insatisfaction et la paix libérale.
- Le retour de la violence gratuite : Fukuyama écrit explicitement que si les hommes ne peuvent plus lutter pour des causes justes, ils finiront par lutter contre la paix elle-même, simplement par besoin d'éprouver leur force et de raviver leur megalothymia.

Loin d'avoir manqué cette limite, Fukuyama avait anticipé que l'insatisfaction du thymos provoquerait la résurgence :
- Du nationalisme agressif.
- Des intégrismes religieux.
- Des politiques identitaires et des rivalités tribales.

Le « Dernier Homme », avide de confort mais vide de sens, finit par chercher de nouvelles arènes pour exprimer sa megalothymia contrariée.

Fukuyama n'a donc pas promis l'Éden libéral : il a posé un dilemme.

La démocratie libérale est la fin de l'Histoire au sens où elle est le dernier système politiquement légitime à l'échelle globale (il n'y a pas d'alternative théorique supérieure pour organiser le droit et la prospérité et surtout satisfaire Désir et Thymos inscrits dans la psyché humaine). Mais elle contient son propre poison psychologique : en créant le Dernier Homme, elle sécrète le vide spirituel qui pousse les individus à détruire la pacification même qu'elle a construite.

C'est précisément cette faille — cette megalothymia en manque d'objet dans un monde de Derniers Hommes — qui ouvre la voie au retour du conflit mimétique et du bouc émissaire de René Girard.

Le postulat de départ de Fukuyama (hérité de Hegel) est que le désir d'égalitarisme et de reconnaissance individuelle (Isothymia) n'est pas un biais culturel occidental, mais une composante universelle de la psyché humaine.

Même lorsqu'un régime (qu'il soit une théocratie islamique, une autocratie militaire ou un capitalisme d'État hyper-autoritaire) rejette formellement le modèle libéral :
- Il peut tenter de supprimer les institutions démocratiques, mais il ne peut pas supprimer la structure du désir humain.
- Les individus soumis à ces régimes finissent inévitablement par réclamer ce droit à l'existence propre, à la dignité et à la maîtrise de leur corps (le slogan « Femme, Vie, Liberté » ou le refus du diktat économique et moral en sont l'incarnation pure).

Aucune dictature ne peut être totalement imperméable à cette aspiration : l'illibéralisme porte donc en lui-même le germe de sa propre instabilité.

Lorsque le Thymos des citoyens (l'aspiration à la dignité et à la liberté) se heurte à la structure autoritaire, le régime se retrouve face à un dilemme existentiel.

C'est là qu'intervient la démesure de la répression :
- Le Thymos des gouvernants (Megalothymia) : pour la caste au pouvoir, céder du terrain ne signifie pas seulement négocier un compromis politique, cela équivaut à la ruine de sa propre prétention à la vérité absolue (religieuse ou idéologique).
- La panique du vide : l'autoritarisme sait qu'il ne dispose plus de l'adhésion idéologique réelle des masses (la « foi » s'est dissipée). Il ne lui reste plus que la force brute.
- Le massacre comme réponse systémique : n'ayant plus d'arguments pour satisfaire le besoin de reconnaissance de sa population, le régime n'a d'autre choix pour survivre que d'élever le coût de la contestation à un niveau terrifiant. La violence inouïe des régimes en décomposition (comme les tueries et massacres d'État observés en Iran) est la preuve empirique que le régime n'a plus aucune hégémonie culturelle : il ne règne plus que sur des corps apeurés.

La thèse globale prend alors une forme cyclique tragique :
- L'inévitabilité de la contestation : la quête de dignité humaine fait craquer les dictatures de l'intérieur.
- Le paroxysme de la brutalité : le régime réprime avec une férocité désespérée parce qu'il sait que l'aspiration qui lui fait face est universelle et irréversible.
- Le risque du vide : si le régime s'effondre sous le poids de sa propre violence, la société libérée — traumatisée, désorganisée et privée de repères — court le risque immédiat de retomber dans la rivalité mimétique (Girard) ou de voir émerger de nouveaux illibéralismes opportunistes.

La Fin de l'Histoire n'est donc pas un fleuve tranquille, c'est une succession de convulsions. Le modèle libéral attire par sa capacité à satisfaire le Thymos, mais l'incapacité des régimes autoritaires à satisfaire ce besoin fondamental les condamne soit à l'effondrement, soit à une hyper-violence préventive et convulsive. Les massacres perpétrés par les régimes aux abois ne sont pas les signes de leur force, mais la manifestation sanglante de leur défaite théorique face à la nature même du désir humain.

Lorsque le marché offre à tous les mêmes objets de désir (statut, visibilité, moralité) tout en créant une égalité abstraite, les individus entrent dans une rivalité mimétique généralisée. On ne veut plus la chose pour elle-même, on veut ce que l'autre possède ou incarne.

Faute d'institutions fortes ou de transcendance pour canaliser cette violence intestine, le système social menace d'imploser. La seule échappatoire archaïque que la psyché collective trouve pour rétablir une forme d'unité brisée par l'ennui et la rivalité, c'est le mécanisme du bouc émissaire girardien.

Ce mécanisme explique le glissement du progressisme au bouc émissaire, qui apparaît aussi bien en France (LFI) qu'aux USA avec la gauche radicale (Social Justice Warriors, franges dites « woke »), révélant une dérive structurelle, qui l'empêche de dénoncer clairement les dictatures réelles :
- La panne du logiciel marxiste classique : n'ayant plus la capacité (ou la volonté) de renverser les structures réelles du capitalisme financier — puisque le militant lui-même est un consommateur intégré au système —, cette gauche a glissé de la lutte des classes vers la politique des identités et la concurrence des victimisations.
- Le choix du bouc émissaire : dans la grille girardienne, le bouc émissaire doit cumuler deux caractéristiques : être perçu comme « ultra-puissant » (pour justifier la haine) et être « minoritaire/isolé » (pour pouvoir être sacrifié sans risque systémique majeur).

La dérive vers l'antisémitisme est ainsi la pente glissante avérée. Dans l'imaginaire d'une partie de cette gauche, la figure du « Sioniste », i.e. du « Juif », réactive le fantasme archaïque de la domination occulte, du capitalisme incarné et du privilégié absolu. En désignant Israël ou le « lobby » comme la source unique du mal du monde, on offre à des masses désorientées et en crise d'identité la panacée girardienne : une unanimité retrouvée par la haine d'un tiers désigné.

Le projet démocratique libéral pensait avoir éradiqué la violence archaïque en créant le Dernier Homme. En réalité, il n'a fait que supprimer le sens, laissant l'homme contemporain livré à l'ennui et à la rivalité mimétique.

Faute de pouvoir inventer le Surhomme (la création de ses propres valeurs), la gauche radicale — prise au piège de l'impuissance politique face au marché — retombe dans le plus vieux réflexe de l'humanité : désigner le bouc émissaire pour ressouder le groupe. L'antisémitisme n'est pas un accident de parcours dans ce dispositif : c'est la forme historique la plus rodée du mécanisme sacrificiel.

--- > cf. l'impasse…

RP

lundi 20 novembre 2017

Création bonne et acte de foi




« Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. » (Genèse 1, 31)

*

Genèse 4 :
3 Caïn fit à l’Éternel une offrande des fruits de la terre ;
4 et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L’Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ;
5 mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu.
6 Et l’Éternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ?
7 Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui.
8 Cependant, Caïn adressa la parole à son frère Abel ; mais, comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua.


*

René Girard : « L’œuvre de Clausewitz [1780-1831 – théoricien allemand de la guerre] est révélatrice de ce que j’appelle un conflit de type mimétique. La France et l’Allemagne veulent la même chose : dominer l’Europe. Après la mort de Charlemagne, ses deux petits-fils, Charles le Chauve et Louis Le Germanique, vont commencer la guerre de jumeaux qui va marquer l’histoire de l’Europe jusqu’à prendre une forme virulente après la victoire de Napoléon à Iéna en 1806 et le réarmement de la Prusse qui mènera aux trois guerres que nous connaissons. C’est pour cela que le geste de réconciliation entre de Gaulle et Adenauer, en 1963 à Reims, est si important. » Interview de René Girard, « L’apocalypse peut être douce » (dans Le Figaro, 8 nov. 2007), à propos de son livre Achever Clausewitz, Champs Flammarion, 2007.

*

2 Pierre 3, 3-9 : 3 […] dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, marchant selon leurs propres convoitises,
4 et disant : Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création.
5 Ils veulent ignorer, en effet, que des cieux existèrent autrefois par la parole de Dieu, de même qu’une terre tirée de l’eau et formée au moyen de l’eau,
6 et que par ces choses le monde d’alors périt, submergé par l’eau,
7 tandis que, par la même parole, les cieux et la terre d’à présent sont gardés et réservés pour le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies.


René Girard : « Clausewitz a commencé son grand livre, De la guerre, à la fin du règne de Napoléon et il y a travaillé jusqu’à sa mort. En trente ans, il n’a pas réussi à le terminer. Achever Clausewitz, c’est donc essayer de penser le livre dans sa totalité. […] j’ai été frappé par le terme de « montée aux extrêmes » qu’il utilise concernant les rapports guerriers. Cette formule dément l’humanisme des Lumières qui suggère que les rapports normaux entre les hommes sont un peu comme ceux des boules de billard : leur action est prévisible, purement rationnelle. Or Clausewitz, qui est pourtant un homme des Lumières, va mettre en évidence ce qui est implicite dans les rapports humains quand ils deviennent hostiles. Il nous dit des choses fondamentales sur cette loi de l’imitation qui nourrit l’emballement guerrier et peut mener au pire.
[Étant] entrés dans une ère où les moyens de destruction [sont] démesurés, [sommes-nous] assez raisonnables pour ne pas nous en servir [ ? Cf.] l’échec de la politique de l’Occident qui n’a pas réussi à empêcher la prolifération des armes atomiques, comme on le voit avec l’Iran. Ce que Clausewitz a dit au fond sur la « montée aux extrêmes », où le pire peut se produire à travers une violence non maîtrisable, se poursuit donc à mes yeux. C’est la loi même de l’histoire. »
René Girard, « L’apocalypse peut être douce », ibid.

*

Parmi les autres conséquences du phénomène mimétique – lu en regard de « l’événement Déluge » comme extension cosmique du premier conflit mimétique (Caïn/Abel) – : exploitation illimitée, en concurrence mimétique, des ressources limitées de la planète, ou la montée en fictif financier qui débouche invariablement sur les crises financières toujours au bord de susciter des guerres menaçant notre survie, au regard des moyens techniques de destruction dont nous nous sommes dotés.

« De toute façon, lorsque la prochaine crise financière globale éclatera (et elle éclatera forcément si, d'ici là, les différents États de la planète ne se sont pas mis d'accord pour mettre définitivement hors d'état de nuire les 29 banques “systémiques” qui tiennent en otage l'économie du globe – et donc, par la même occasion, pour effacer inconditionnellement toutes les dettes qu'ils ont été contraints de contracter auprès de ces aventuriers sans foi ni loi), les effets de l'effondrement en chaîne seront tels – puisque, cette fois, les États surendettés n'auront plus les moyens de se précipiter à nouveau au chevet du système financier mondial – qu'il n'y aura plus guère d'autre possibilité raisonnable, pour l'humanité, de surmonter cette nouvelle catastrophe que de renoncer définitivement à l'utopie absurde d'une accumulation illimitée du capital dans un monde aux ressources naturelles par définition limitées. » Jean-Claude Michéa, dans Michéa-Julliard, La gauche et le peuple, Champs Flammarion, p. 172-173.

Ou Michéa ne fait-il pas preuve d’un trop grand optimisme, au vu de l’histoire passée ?

*

La création n’apparaîtrait-elle pas alors plutôt comme un inouï… et redoutable acte de foi ? C’est peut-être ce que suggère le récit biblique de la création tel qu’il s’étend des ch. 1 à 6 de la Genèse, où le monde confié à l’humain est donné comme pouvant, par sa violence, s’autodétruire. Cela via une relecture de cette auto-destruction comme acte de Dieu (Gn 6, 6-7), c’est-à-dire atteignant le point où les choses échappent totalement à notre maîtrise, ouvrant dès lors, via le regret de Dieu d’avoir crée et créant, re-créant quand même, sur la création comme acte de foi valant quand même et malgré tout promesse et alliance (Gn 6, 16 & Gn 9, 9-17).


RP
Les choses de la fin

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2017-2018
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
2) 21 & 23 novembre - Création bonne et acte de foi (PDF ici)


lundi 10 mars 2014

Offrande unique




Offrande unique du Fils : ch. 10, 1-39


Hébreux 10, 1-18
1  Ne possédant que l’esquisse des biens à venir et non l’expression même des réalités, la loi est à jamais incapable, malgré les sacrifices, toujours les mêmes, offerts chaque année indéfiniment, de mener à l’accomplissement ceux qui viennent y prendre part.
2  Sinon, n’aurait-on pas cessé de les offrir pour la simple raison que, purifiés une bonne fois, ceux qui rendent ainsi leur culte n’auraient plus eu conscience d’aucun péché?
3  Mais, en fait, par ces sacrifices, on remet les péchés en mémoire chaque année.
4  Car il est impossible que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés.
5  Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit: De sacrifice et d’offrande, tu n’as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps.
6  Holocaustes et sacrifices pour le péché ne t’ont pas plu.
7  Alors j’ai dit: Me voici, car c’est bien de moi qu’il est écrit dans le rouleau du livre: Je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté.
8  Il déclare tout d’abord: Sacrifices, offrandes, holocaustes, sacrifices pour le péché, tu n’en as pas voulu, ils ne t’ont pas plu. Il s’agit là, notons-le, des offrandes prescrites par la loi.
9  Il dit alors: Voici, je suis venu pour faire ta volonté. Il supprime le premier culte pour établir le second.
10  C’est dans cette volonté que nous avons été sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus Christ, faite une fois pour toutes.
11  Et tandis que chaque prêtre se tient chaque jour debout pour remplir ses fonctions et offre fréquemment les mêmes sacrifices, qui sont à jamais incapables d’enlever les péchés,
12  lui, par contre, après avoir offert pour les péchés un sacrifice unique, siège pour toujours à la droite de Dieu
13  et il attend désormais que ses ennemis en soient réduits à lui servir de marchepied.
14  Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie.
15  C’est ce que l’Esprit Saint nous atteste, lui aussi. Car après avoir dit:
16  Voici l’alliance par laquelle je m’allierai avec eux après ces jours-là, le Seigneur a déclaré: En donnant mes lois, c’est dans leurs cœurs et dans leur pensée que je les inscrirai,
17  et de leurs péchés et de leurs iniquités je ne me souviendrai plus.
18  Or, là où il y a eu pardon, on ne fait plus d’offrande pour le péché.


Les cultes sont du temps, l’éternité est de l’éternité. Les rites, tous les rites, sont symboliques. Il s’agit d’en venir au cœur de la réalité, qui n’est pas soumise aux fluctuations du temps. À nouveau, la « suppression du premier culte » ne consiste pas à un remplacement par un autre rituel ! — mais à l’ouverture sur l’éternité céleste, sur la réalité dont tout rite est le symbole.

Selon l’auteur, c’est au cœur de la réalité que le Christ a conduit. C’est le sens de la citation de la Bible (prise dans les Psaumes et Jérémie) : « tu n’as pas voulu de sacrifice ou d’offrande, tu m’as façonné un corps ». Sacrifice et offrande ont valeur symbolique. Le Christ préexistant revêtant le corps que Dieu lui « a façonné », y dévoile la réalité éternelle. Il y dévoile ce que les sacrifices et rites symbolisent et ne font que symboliser, avant comme après sa venue.

Tel n’est pas le cœur du rite. Le cœur de la signification du rite est dans ce que le Christ accomplit et manifeste. « Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie ». Il n’y a d’entrée dans la présence de Dieu que par le don total : là se réalise le projet de l’Alliance. C’est là ce que le Christ seul a accompli, et que dès lors il a accompli pour nous. Plus d’offrande pour le péché quand on accède à la réalité céleste, qui est au-delà du péché. Pâque définitive où se dévoile la vérité de l’Alliance et de sa promesse. On retrouve les prophètes : Jérémie, cité, Ézéchiel aussi (ch. 37). On entre dans le domaine central de l’Alliance, au cœur où elle se scelle : dans l’intériorité, en deçà du rite : la Loi inscrite dans les cœurs. Cela ne dispense pas du rite, de ses symboles. Mais cela les met à leur place : pour nous, pour notre enseignement, et non pas pour Dieu ! Le rite a fonction pédagogique, avant comme après la venue du Christ.

La vérité de l’Alliance elle, se scelle dans les cœurs et les pensées.

*

Allons un pas plus loin, pour percevoir plus précisément quel est le bouleversement qu’initie Jésus en matière de sacrifice qui met fin au cycle du péché et de la culpabilité. Je m’en référerai à ce qu’a écrit René Girard sur le sacrifice en rapport avec le mimétisme (l’imitation les uns des autres) et à son lien avec la violence, et le péché et la culpabilité qu'il nourrit.

Si deux individus désirent la même chose, dit René Girard, il y en aura bientôt un troisième, un quatrième. Le processus fait facilement boule de neige. Il suffit d’observer la naissance d’une querelle chez des enfants au sujet d’une queue de cerise, ou d’un jouet publicitaire dans une boîte de lessive, par exemple. Il suffit qu’il y en ait un pour deux, et que l’un des deux l’ait trouvé intéressant pour que s’amorce une querelle. Qu’est-ce d’autre que le fait d’être plusieurs à le convoiter tel métal jaune — ce désir partagé qui lui donne tant de valeur ? Et on reconnaît là le point de départ de toute querelle, ce que René Girard appelle le « mimétisme », l’imitation les uns des autres dans le désir — ce qui fait que le fautif n’est pas celui qui commence (en fait on ne sait jamais qui c’est), mais celui et ceux qui continuent.

L’objet de la querelle est vite oublié, tandis que les rivalités se propagent, et le conflit se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, « la guerre de tous contre tous » (ce que Girard appelle la «crise mimétique») — fruit du péché, qui nous poursuit ensuite par la culpabilité.

Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ? Ici, les hommes ont trouvé « l’idée » d’un « bouc émissaire » (le terme fait référence à l’animal expulsé au désert chargé symboliquement des fautes du peuple selon la Bible).

Où on retrouve bien sûr, l’idée de sacrifice. C’est ainsi, précisément, qu’au paroxysme de la crise de tous contre tous peut intervenir ce «mécanisme salvateur» du groupe : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un (ou une minorité), qui n’a d’ailleurs même pas de rapport avec le problème de départ ! Si le report sur un «bouc émissaire» ne se déclenche pas, c’est la destruction du groupe. Pourquoi « mécanisme » ? C’est que sa mise en marche ne dépend de personne mais découle du phénomène lui-même.

Plus les rivalités pour le même objet s’exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier ce qui en fut l’origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres. À ce stade de fascination haineuse la sélection d’antagonistes va se faire de plus en plus instable, changeante, et c’est là qu’il se pourra qu’un individu (ou une minorité) polarise l’appétit de violence.

Que cette polarisation s’amorce, et par un effet boule de neige, elle s’emballe : la communauté tout entière (unanime !) se trouve alors rassemblée contre un individu unique (ou une minorité).

Ainsi la violence à son paroxysme aura tendance à se focaliser sur une victime et l’unanimité à se faire contre elle. L’élimination de la victime fait tomber brutalement l’appétit de violence dont chacun était possédé l’instant d’avant et laisse le groupe subitement apaisé et hébété. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme l’origine de la crise et la responsable de ce miracle de la paix retrouvée – par une sorte de « plus jamais ça ». Elle devient sacrée, c’est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. C’est la genèse du religieux selon Girard, du sacrifice rituel comme répétition de l’événement violent fondateur.

Mais l’illégitimité de cette violence va déboucher sur une sorte de réhabilitation des victimes. Pour un « plus jamais ça ».

« Plus jamais ça » ! Eh bien c’est précisément ce cycle infernal vers un «plus jamais ça» que les sacrifices rituels mettent entre parenthèse tandis que Jésus y met fin en ne s’y prêtant pas, en ne répliquant pas, en mourant, donc.

Une seule solution contre le cycle sans fin de la violence : le pardon, déjà dans nos relations quotidiennes. Ce qui suppose l’acceptation de la violence contre soi — pour la stopper. Jésus acceptant la croix : c’est là sa mission. Peu dans l’histoire ont compris cela, même après Jésus.

Jésus est venu pour mettre fin à un cycle infernal qui est tout simplement ce qui empêche l’avènement du Royaume : il est venu stopper le cycle de la violence qui empêche la venue du Royaume.

Il se fait lui-même, qui est innocent, la victime qui met fin aux sacrifices par lesquels on détournait provisoirement la violence. Voilà ce que dit, en ses termes à elle, l’Épître aux Hébreux.

*

Hébreux 10, 19-31
19  Nous avons ainsi, frères, pleine assurance d’accéder au sanctuaire par le sang de Jésus.
20  Nous avons là une voie nouvelle et vivante, qu’il a inaugurée à travers le voile, c’est-à-dire par son humanité.
21  Et nous avons un prêtre éminent établi sur la maison de Dieu.
22  Approchons-nous donc avec un cœur droit et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de toute faute de conscience et le corps lavé d’une eau pure;
23  sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.
24  Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux œuvres bonnes.
25  Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour.
26  Car si nous péchons délibérément après avoir reçu la pleine connaissance de la vérité, il ne reste plus pour les péchés aucun sacrifice,
27  mais seulement une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui doit dévorer les rebelles.
28  Quelqu’un viole-t-il la loi de Moïse? Sans pitié, sur la déposition de deux ou trois témoins, c’est pour lui la mort.
29  Quelle peine plus sévère encore ne méritera-t-il pas, vous le pensez, celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura profané le sang de l’alliance dans lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce?
30  Nous le connaissons, en effet, celui qui a dit: A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai! Et encore: Le Seigneur jugera son peuple.
31  Il est terrible de tomber aux mains du Dieu vivant.


Résistance à la tentation de tout abandonner quand apparemment, non seulement le salut promis par Jésus n’apparaît pas de façon ostensible, mais quand par-dessus le marché, tout semble au contraire partir à vau l’eau. La menace romaine sur le Temple, la persécution…

Alors face à la tentation de l’apostasie (c’est bien ainsi que l’auteur l’interprète), les arguments classiques reprennent du service. Arguments des plus sévères : du jugement à la Loi de Moïse sur la lapidation ! « Quelqu’un viole-t-il la loi de Moïse? Sans pitié, sur la déposition de deux ou trois témoins, c’est pour lui la mort » ! Qu’on se rassure, la menace est livresque.

La tradition rabbinique nous permet de savoir que les lapidations envisagées par la Torah n’ont pas à être appliquées ! Elles ont valeur pédagogique : dire la gravité de la faute, mettre en garde contre le péril que fait courir à la société de tels dérapages. C’est dans cette tradition que Jésus s’inscrit en dénonçant la proposition de lapidation de la femme adultère (Jean 8). Et il le fait avec les mêmes arguments que les rabbins talmudiques. « Pour qui se prend le lapidateur, au fond non moins suspect que sa victime, pour la mettre à mort ? » Et Jésus, qui lui, est présenté comme le saint par excellence, de conclure en disant à la femme : « moi non plus, je ne te condamne pas, va et ne pèche plus ».

On est dans ce genre de menace pédagogique contre la gravité de tout abandonner, au moment où de plus, la victoire est à portée de main, au cœur même de la menace romaine. Malgré la menace le Christ a triomphé et apporté le salut définitif. Quelle stupidité que d’abandonner l’espérance et sa parole proclamée dans les assemblées (avec en grec un mot qui parle de « Synagogues ») que certains sont tentés d’abandonner !


Hébreux 10, 32-39
32  Mais souvenez-vous de vos débuts: à peine aviez-vous reçu la lumière que vous avez enduré un lourd et douloureux combat,
33  ici, donnés en spectacle sous les injures et les persécutions; là, devenus solidaires de ceux qui subissaient de tels traitements.
34  Et, en effet, vous avez pris part à la souffrance des prisonniers et vous avez accepté avec joie la spoliation de vos biens, vous sachant en possession d’une fortune meilleure et durable.
35  Ne perdez pas votre assurance, elle obtient une grande récompense.
36  C’est d’endurance, en effet, que vous avez besoin, pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation de la promesse.
37  Car encore si peu, si peu de temps, et celui qui vient sera là, il ne tardera pas.
38  Mon juste par la foi vivra, mais s’il fait défection, mon âme ne trouve plus de satisfaction en lui.
39  Nous, nous ne sommes pas hommes à faire défection pour notre perte, mais hommes de foi pour le salut de nos âmes.


L’exhortation à la persévérance s’appuyant sur l’appel à l’endurance, sur le rappel des combats passés et l’inopportunité de perdre leur bénéfice, n’est pas sans péril par rapport au fondement du salut : « Mon juste par la foi vivra » — citation d’Habacuc 2, 4.

Telle est la nuance que l’auteur de l’Épître apporte lui-même à son propos antécédent, expliquant en ces termes ce qu’il a voulu dire à travers ses menaces d’un côté et sa mise en exergue de la récompense à saisir de l’autre : nous sommes hommes et femmes « de foi pour le salut de nos âmes ».

C’est cette foi, seul fondement du salut, qu’il s’agit de ne pas abandonner. (Il n’a pas voulu dire à travers l’alternance de menaces et de promesses de victoire proche qu’il s’agirait de mesurer les acquis précédents de la foi.) C’est bien le fondement qu’il s’agit de ne pas lâcher, la foi. Il s’agit de ne pas faire défection par rapport à la foi qui tient à portée, déjà là, le triomphe espéré…


RP
Une lecture de l’Épître aux Hébreux

Étude biblique 2013-2014
Église protestante unie de France / Poitiers
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
6) Mardi 11 & jeudi 13 mars 2014
V. Offrande unique du Fils : 10,1-39. (PDF)
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vendredi 8 février 2013

“Deux grandes institutions de la religion archaïque, les prohibitions et le sacrifice”



Textes du jour : Ps 112, Lév. 18

Psaume 112
1 Louez l’Eternel ! Heureux l’homme qui craint l’Eternel, Qui trouve un grand plaisir à ses commandements.
2 Sa postérité sera puissante sur la terre, La génération des hommes droits sera bénie.
3 Il a dans sa maison bien-être et richesse, Et sa justice subsiste à jamais.
4 La lumière se lève dans les ténèbres pour les hommes droits, Pour celui qui est miséricordieux, compatissant et juste.
5 Heureux l’homme qui exerce la miséricorde et qui prête. Qui règle ses actions d’après la justice.
6 Car il ne chancelle jamais ; La mémoire du juste dure toujours.
7 Il ne craint point les mauvaises nouvelles ; Son cœur est ferme, confiant en l’Eternel.
8 Son cœur est affermi ; il n’a point de crainte, Jusqu’à ce qu’il mette son plaisir à regarder ses adversaires.
9 Il fait des largesses, il donne aux indigents ; Sa justice subsiste à jamais ; Sa tête s’élève avec gloire,
10 Le méchant le voit et s’irrite, Il grince les dents et se consume ; Les désirs des méchants périssent.

*

“Les deux grandes institutions de la religion archaïque, les prohibitions et le sacrifice, ont joué un rôle essentiel dans le passage des sociétés pré-humaines aux sociétés humaines en empêchant précisément les hominidés de se détruire.” (René Girard, Achever Clausewitz, Champs Flammarion, p. 123.)

“L’objet des prohibitions et des sacrifices rituels […] était bien de maintenir la violence en dehors du groupe.” (Ibid.)

“Si l’anthropologie récente cesse de comprendre les prohibitions archaïques, c’est qu’elle ne voit pas qu’elles étaient dirigées contre la violence. On a alors sauté sur la psychanalyse pour dire : ce sont les complexes des législateurs qui ont peur du sexe ! Mais si on considère ces prohibitions on s’aperçoit qu’elles ne sont jamais dirigées contre la sexualité en tant que telle, mais contre les rivalités mimétiques dont la sexualité n’est que l’objet ou l’occasion.” (Ibid., p. 121-122.)

“Les rapports humains, l’humanisme des Lumières les juge stables. (…) Il ne voit pas que la violence est ce qui se développe spontanément entre les hommes lorsqu’ils rivalisent pour un objet.” (René Girard, in Philosophie magazine / hors série nov. 2011)

*

“C’est à bon droit que dans les sectes où la fécondité était tenue en suspicion, chez les Bogomiles et les Cathares, on condamnait le mariage, institution abominable que toutes les sociétés protègent depuis toujours, au grand désespoir de ceux qui ne cèdent pas au vertige commun.” (Cioran, Le mauvais démiurge, nrf, p. 20.)

“Sans son concours [celui du plaisir], la continence, gagnant du terrain, séduirait même les rats.” (Ibid.)

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Lévitique 18
1 L’Eternel parla à Moïse, et dit:
2 Parle aux enfants d’Israël, et tu leur diras : Je suis l’Eternel, votre Dieu.
3 Vous ne ferez point ce qui se fait dans le pays d’Egypte où vous avez habité, et vous ne ferez point ce qui se fait dans le pays de Canaan où je vous mène : vous ne suivrez point leurs usages.
4 Vous pratiquerez mes ordonnances, et vous observerez mes lois : vous les suivrez. Je suis l’Eternel, votre Dieu.
5 Vous observerez mes lois et mes ordonnances: l’homme qui les mettra en pratique vivra par elles. Je suis l’Eternel.
6 Nul de vous ne s’approchera de sa parente, pour découvrir sa nudité. Je suis l’Eternel.
7 Tu ne découvriras point la nudité de ton père, ni la nudité de ta mère. C’est ta mère : tu ne découvriras point sa nudité.
8 Tu ne découvriras point la nudité de la femme de ton père. C’est la nudité de ton père.


[Etc.]

L’interdit de l’inceste, l’interdit sur les proches, connote aussi le péril de la rivalité :

18 Tu ne prendras point la sœur de ta femme, pour exciter une rivalité, en découvrant sa nudité à côté de ta femme pendant sa vie.
19 Tu ne t’approcheras point d’une femme pendant son impureté menstruelle, pour découvrir sa nudité.
20 Tu n’auras point commerce avec la femme de ton prochain, pour te souiller avec elle.
21 Tu ne livreras aucun de tes enfants pour le faire passer à Moloc, et tu ne profaneras point le nom de ton Dieu. Je suis l’Eternel.

La rivalité débouche sur le bouc émissaire et le sacrifice anarchique.

La sexualité est alors ramenée du désir, toujours en passe de déboucher sur la rivalité, à sa simple dimension procréatrice, et à l’institution matrimoniale qui y est corrélée :

[S’en suit l’interdit sur diverses pratiques sexuelles, dont les relations entre personnes de même sexe - de l'ordre du seul désir (sans visée procréatrice) donc potentiellement chargées avant tout de possibilités de rivalités, et donc de mimétisme : v. 22 Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. […]]

24 Ne vous souillez par aucune de ces choses, car c’est par toutes ces choses que se sont souillées les nations que je vais chasser devant vous.
25 Le pays en a été souillé ; je punirai son iniquité, et le pays vomira ses habitants.
26 Vous observerez donc mes lois et mes ordonnances […].

Apparaît le risque de la destruction, de l’autodestruction.

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Lévitique 19
1 L’Eternel parla à Moïse, et dit:
2 Parle à toute l’assemblée des enfants d’Israël, et tu leur diras : Soyez saints, car je suis saint, moi, l’Eternel, votre Dieu.
3 Chacun de vous respectera sa mère et son père, et observera mes sabbats. Je suis l’Eternel, votre Dieu.
4 Vous ne vous tournerez point vers les idoles, et vous ne vous ferez point des dieux de fonte.
5 Quand vous offrirez à l’Eternel un sacrifice d’actions de grâces, vous l’offrirez en sorte qu’il soit agréé.


[Etc.]

Le sacrifice régulé est donné comme alternative à l’autodestruction dans la violence. Sacrifice régulé contre le déferlement de la violence contre le bouc émissaire, ou le sacrifice des enfants à Moloc.

Contre la violence, le soin, le regard attentionné envers tous, et notamment les plus faibles…

9 Quand vous ferez la moisson dans votre pays, tu laisseras un coin de ton champ sans le moissonner, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner.
10 Tu ne cueilleras pas non plus les grappes restées dans ta vigne, et tu ne ramasseras pas les grains qui en seront tombés. Tu abandonneras cela au pauvre et à l’étranger. Je suis l’Eternel, votre Dieu.
11 Vous ne déroberez point, et vous n’userez ni de mensonge ni de tromperie les uns envers les autres.
12 Vous ne jurerez point faussement par mon nom, car tu profanerais le nom de ton Dieu. Je suis l’Eternel.
13 Tu n’opprimeras point ton prochain, et tu ne raviras rien par violence. Tu ne retiendras point jusqu’au lendemain le salaire du mercenaire.
14 Tu ne maudiras point un sourd, et tu ne mettras devant un aveugle rien qui puisse le faire tomber ; car tu auras la crainte de ton Dieu. Je suis l’Eternel.
15 Tu ne commettras point d’iniquité dans tes jugements : tu n’auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice.
16 Tu ne répandras point de calomnies parmi ton peuple. Tu ne t’élèveras point contre le sang de ton prochain. Je suis l’Eternel.
17 Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur ; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui.
18 Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Eternel.
19 Vous observerez mes lois. Tu n’accoupleras point des bestiaux de deux espèces différentes ; tu n’ensemenceras point ton champ de deux espèces de semences ; et tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces de fils.

Le regard favorable, celui de la réconciliation, en place de la rivalité destructrice.

R.P
Pastorale consistoriale,
Poitiers, 8.02.13