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vendredi 1 septembre 2023

Ne reste que la gratitude




« Nous sommes tous au fond d’un enfer dont chaque instant est un miracle. » (Cioran, Le mauvais démiurge - aphorisme final -, Œuvres p. 1259.)
Éblouissement de l’existant (il y a quelque chose et non pas rien !) — mais un existant miraculeux atrocement griffé par le mal ; du mal métaphysique au mal moral. Vocation de l’humain : réparer le monde, faire apparaître le bien comme transfiguration — « vous aviez pensé me faire du mal, Dieu l’a pensé en bien » (Gn 50, 20), terme du récit de la Création / Genèse.

RP

lundi 24 octobre 2022

Genèse 34 / Dina, ses frères et Sichem




Genèse 34 / Dina, ses frères et Sichem / Châtellerault : 25 octobre / Poitiers 8 novembre 2022


Genèse 34
1 Dina, la fille que Léa avait donnée à Jacob, sortait pour retrouver les filles du pays. 2 Sichem, fils de Hamor le Hivvite, chef du pays, la vit, l’enleva, coucha avec elle et la viola. 3 Il s’attacha de tout son être à Dina, la fille de Jacob, il se prit d’amour pour la jeune fille et regagna sa confiance. 4 Sichem s’adressa à son père Hamor et lui dit : « Prends-moi cette enfant pour femme. » (TOB) — Voir la suite du ch. 34…


Manon Garcia, La conversation des sexes, philosophie du consentement, Climats Flammarion 2021, p. 74-75 : « Agir moralement implique ainsi deux devoirs différents : un devoir négatif de ne pas utiliser les autres comme des moyens et un devoir positif de les traiter comme des fins, c'est-à-dire de les reconnaître comme étant ce que Kant appelle des fins en soi [“Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais seulement comme un moyen." - Kant]. Dans le cadre d'une réflexion sur la sexualité, comme l'ont montré divers articles de philosophie féministe, ce devoir négatif peut être compris comme un devoir de ne pas traiter les autres seulement comme des objets servant à la satisfaction de notre désir ou de notre plaisir. […] l'aspect positif de la formule d'humanité demande non seulement d'agir en fonction de maximes que les autres peuvent partager, mais aussi selon des maximes dont le but est de poursuivre les fins des autres. La formule d'humanité requiert d'avoir pour les autres du respect et de l'amour. Il faut à la fois respecter leurs fins propres et les aimer pour les aider à poursuivre ces fins. Ce devoir positif est donc très exigeant [Suite…]

Vanessa Springora, Le Consentement, Grasset, 2020, p. 167 : « Une violence physique laisse un souvenir contre lequel se révolter. C’est atroce, mais solide. L'abus sexuel, au contraire, se présente de façon insidieuse et détournée, sans qu'on en ait clairement conscience. On ne parle d'ailleurs jamais d' "abus sexuel" entre adultes. D'abus de "faiblesse", oui, envers une personne âgée, par exemple, un personne dite vulnérable. La vulnérabilité, c'est précisément cet infime interstice par lequel des profils psychologiques tels que celui de G. peuvent s'immiscer. C'est l'élément qui rend la notion de consentement si tangente. Très souvent, dans les cas d'abus sexuels ou d'abus de faiblesse, on retrouve un même déni de la réalité : le refus de se considérer comme une victime. [Suite…]

Manon Garcia, op. cit, p. 106-107, citant Muriel Fabre-Magnan : « "Une vision bien éthérée de l'être humain, considéré comme omniscient et surtout transparent à lui-même, c'est-à-dire bien sûr sans inconscient" : le consentement, comme le principe d'autonomie de la volonté sur lequel il se fonde, implique un sujet rationnel, volontaire et non vulnérable, un sujet conscient à chaque instant de sa volonté et de ce qui la fonde. Or la psychanalyse, par exemple (mais plus largement les sciences sociales dans leur ensemble), met en doute la validité d'une telle représentation de la personne en agent libre, rationnel et volontaire. » [Suite…]

Cf. aussi…

PS : cf. Catharine A. MacKinnon, Le viol redéfini. Vers l'égalité, contre le consentement, éd. Climats, 2023. Extrait, p. 151 : "Dans la réalité sociale, creuset des significations, le sexe qui est vraiment désiré ou voulu ou bienvenu n'est pas qualifié de 'consenti'. Il n'a pas besoin de l'être ; sa mutualité y est partout inscrite dans l'enthousiasme et la réciprocité." [Suite…]


Roland Poupin, Étude biblique / catéchisme adultes 2022-2023

Violence et guerres : la Bible, l’Histoire et nous



Église protestante unie de France / 2022-2023
(Poitiers, 5 rue des Écossais / Châtellerault, 1 rue Adrienne Duchemin)
Poitiers : à 14h 30 et à 18h 30 le 2e mardi du mois (sauf décembre et février et/ou indications autres)
Châtellerault : à 17h 00 le 4e mardi du mois (sauf indications autres)
2) Genèse 34 / Dina, ses frères et Sichem / Châtellerault : 25 octobre / Poitiers 8 novembre 2022 - version imprimable


mardi 13 septembre 2022

Genèse 3-6 / fratricide et corruption




Genèse 3-6 / fratricide et corruption (Gn 4 – Caïn et Abel) / Châtellerault : 20 septembre / Poitiers 11 octobre 2022


Hébreux 11, 4 : “‭C’est par la foi qu’Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que celui de Caïn ; c’est par elle qu’il fut déclaré juste, Dieu approuvant ses offrandes ; et c’est par elle qu’il parle encore, quoique mort.‭”

Philon d'Alexandrie Cinzia Arruzza : « [On trouve chez Philon d'Alexandrie] l'élaboration de la notion du péché de superbe [orgueil] en tant qu'amour de soi, opposé à l'amour de Dieu, par exemple dans De Sacrificiis Abelis et Caini, 52, 2-57 et dans Quod deterius potiori insidiari soleat, 32, 4-6, où le péché de superbe explique la conduite de Caïn. Celui-ci représente en fait l'amour de soi, la paresse et la négligence dans la reconnaissance envers Dieu : en remerciant Dieu pour les fruits de son travail seulement “après quelques jours” [v. 3] et non pas “tout de suite”, il refuse de reconnaître le rapport de dépendance qui le lie à Dieu, il ne reconnaît pas les fruits de son travail en tant que don du Créateur. Cette forme de superbe, qui, comme le refus de l'invitation au banquet de noces, consiste dans le fait de privilégier sa propre individualité et son autosuffisance par rapport à la dépendance envers le Créateur, peut être associée aussi à la nature de la chute des créatures rationnelles chez Origène. Pourtant, c'est dans la négligence qu'il faut chercher la source de cette superbe, qui en est de quelque façon l'effet. »
(Cinzia Arruzza, “Le refus du bonheur : négligence et chute dans la pensée d'Origène”, p. 268, in Revue de Théologie et de Philosophie, 141 (2009), p. 261-272)


René Girard

Dans Des choses cachées depuis la fondation du monde, René Girard révèle que son point d’arrivée, la lecture des textes bibliques, les premiers textes religieux où les victimes émissaires sont innocentées, est la source de la théorie mimétique. [...] il suffit de lire la Bible, livre plein de bruit et de fureur, où la violence est omniprésente, mais qui prend ses distances avec les sacrifices et, surtout, révèle le mécanisme du bouc émissaire.
Il suffit de comparer deux mythes semblables, celui du meurtre d’Abel par Caïn et celui de Remus par Romulus : dans les deux cas, le meurtre est « fondateur ». Dans le mythe romain, Remus est coupable, il est tué parce qu’il a été transgresseur en dépassant la limite inscrite par son frère sur le sol. [...] Dans la légende biblique, Dieu s’adresse à Caïn et l’accuse d’avoir tué Abel : « Le sang de ton frère crie du sol vers moi. » Le dieu ne naît donc pas ici du lynchage fondateur. A la différence du mythe, la Bible accuse la violence des hommes et révèle l'innocence de la victime.
[…] Le véritable sujet des mythes n’est pas un héros, mais des frères ennemis (la réciprocité violente des doubles) provoquant le phénomène du bouc émissaire, qui résout la crise. Or, la vérité biblique, en révélant l’innocence des victimes émissaires, dérègle le « mécanisme victimaire » et l’empêche de fonctionner. On ne peut avoir des « boucs émissaires » et s’en servir que si l’on ignore qu’on les a.


Marie Balmary

Extrait de : Marie Balmary, “La GPA devant la Bible”, in Martine Segalen, Nicole Athea, dir., Les marchés de la maternité, Odile Jacob 2021 :

Dans bien des traductions de la Bible [on lit] (Genèse 3, 16) : « Tu enfanteras dans la douleur ». Phrase lourde de conséquences pour d'innombrables générations de femmes. Un mot essentiel a tout simplement disparu dans plusieurs traductions tant juives que chrétiennes, et dans toutes les langues que j'ai pu examiner. D'autres versions ont du moins gardé le même nombre de mots : « Tu enfanteras dans la douleur des fils. » Même quand le mot « fils » n'a pas été purement et simplement supprimé, il n'est pas certain qu'il soit entendu à la hauteur de l'importance qu'il a ici. La phrase mérite qu'on s'y arrête. Elle apparaît comme une des conséquences de la transgression de l'interdit divin, au jardin d'Éden. […] Mot à mot, je lis dans le texte hébreu : Dans la peine et le chagrin, tu enfanteras des fils. La traduction « douleur » est contestable. Car le mot etsev (« chagrin », « peine ») et ses dérivés sont employés aussi pour l'homme. Il ne peut donc s'agir des souffrances de l'accouchement… [Suite…]
[…]
Et l'homme connut Ève sa femme ; et elle conçut, et enfanta Caïn ; et elle dit : J'ai acquis (qaniti) un homme avec l'Éternel (YHWH).
Pas besoin d'être psychanalyste pour entendre les erreurs d'Ève. Sa parole inverse la mise au monde, annule la naissance ; par la parole, elle reprend l'enfant en elle : « J'ai acquis un homme ». Pas un enfant, non : un homme. Pas avec le père de l'enfant - Adam n'est pas nommé -, mais avec Dieu. Le mot « fils » n'apparaît pas. L'enfant est inclus dans le verbe de sa mère à la première personne (qaniti, j'ai acquis »). Et cette possession est son nom même : Caïn (qayin). Comment pourrait-il un jour parler en son propre nom pour signer son offrande, par exemple, ce qu'effectivement il ne pourra faire ? Que fait Dieu dans la phrase d'Ève ? Il n'est pas le sujet d'un verbe, il n'est pas reconnu, il est utilisé. Il a servi à ce qu'elle forme/possède/acquière cet « homme ». Le seul sujet, c'est elle. Dieu : un donneur, un père porteur ?
[64] Le mot fils n'apparaît ni pour Caïn ni pour Abel. Qu'ils ne soient pas « fils » fera qu'ils ne pourront être frères. Ni filiation ni fraternité : reste un meurtrier et un mort. Chagrin. [Suite…]

(Marie Balmary, “La GPA devant la Bible” (extrait), in Les marchés de la maternité, p. 62-65) [Suite…]


Roland Poupin, Étude biblique / catéchisme adultes 2022-2023

Violence et guerres : la Bible, l’Histoire et nous



Église protestante unie de France / 2022-2023
(Poitiers, 5 rue des Écossais / Châtellerault, 1 rue Adrienne Duchemin)
Poitiers : à 14h 30 et à 18h 30 le 2e mardi du mois (sauf décembre et février et/ou indications autres)
Châtellerault : à 17h 00 le 4e mardi du mois (sauf indications autres)
1) Genèse 3-6 / fratricide et corruption (Gn 4 – Caïn et Abel) / Châtellerault : 20 septembre / Poitiers 11 octobre 2022 - version imprimable


dimanche 28 février 2021

Méditation sur la Genèse




Six jours, plus un

Hexaemeron (six jours), formule classique de nombre de commentaires anciens, écrits par les Pères grecs de l'Église, six jours symboliques de Création, plus un septième, jour de Shabbat, d’achèvement et d'accomplissement de la Création. Sept jours qui correspondent, comme les jours de nos semaines, aux sept planètes visibles à l'œil nu, elles seules, dans le monde antique (planètes, à savoir corps céleste en mouvement). Depuis la Terre, perçue par l'expérience des sens comme étant au centre, on peut observer (à l'œil nu) ces corps en mouvement, dans cet ordre : Lune, Vénus, Mercure, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne. Notre calendrier, hérité du monde romain, place le Soleil en premier, et donc réorganise les planètes en fonction de cette primauté solaire : après le Soleil (dimanche), le premier corps céleste en ordre ascendant depuis la Terre, la Lune (lundi), puis le premier corps céleste après le Soleil, Mars (mardi), puis le second corps céleste depuis la Terre, Mercure (mercredi), puis le second après le Soleil, Jupiter (jeudi), puis le troisième depuis la Terre, Vénus (vendredi) et enfin le troisième après le Soleil, Saturne (samedi). L’ordre des cieux est organisé autour du Soleil. La Genèse le remet à sa place (quatrième depuis la Terre dans l’ordre ancien des planètes). Reconnu cependant comme le plus grand luminaire, suivi au même jour par les autres tels qu’ils apparaissent quant à leur taille, la lune et les étoiles, il n’est pas la source de la lumière, qui apparaît au premier jour, précisément au “Jour Un” (ch.1, v.3). La succession des jours de Création apparaît donc comme verticale, culminant d'abord dans la Création de l’Humain, et surtout dans son accomplissement au septième jour, le Shabbat. Récit d’un projet en croissance, ch. 1 de la Genèse, dont le ch. 2 donne l’inscription dans le temps de la géographie...


La Création et le mal

Lisant la Genèse, le judaïsme remarque que le premier mot, "au commencement", en hébreu bereshith, débute par la deuxième lettre de l’alphabet hébraïque : la Création vient en second, la première lettre absente la précède. De plus, la forme grammaticale du mot en hébreu permet d’imaginer que le commencement en question, un commencement, n’est pas le premier : comme s’il y avait un "avant la création", comme s’il y avait avant cette création, plusieurs essais, où les modernes imaginent parfois volontiers par exemple les dinosaures - façon imagée, et pas illégitime, de dire la concrétion de la matière posée pour la Création ; concrétion comme durée qui précède et accompagne l'Histoire, comme une pré-Histoire, ici pré-Histoire biblique. Concrétion signifiée depuis les concrétions fossiles des paléontologues, jusqu'au "rayonnement fossile" d'astres disparus depuis des milliards d'années, ce jusqu'à quinze milliards d'années, des astrophysiciens.

Quant au commencement qui est prononcé dans la Genèse, il s’agit d’“un commencement de” quelque chose, qui pourrait donc être traduit par “à un moment donné” (sans imaginer pour autant qu’il y a un “avant” ce moment donné !), ou comme Chouraqui, “En tête”. Très tôt, les lecteurs de la Genèse - déjà S. Augustin (Ve siècle) - remarqueront, qu’au sens absolu, il n’y a pas d’”avant la Création”, parce qu’ultimement, “là commence le temps”. Si l’on recule dans le temps, il y a un point où il n’y a pas d’avant parce qu’il n’y a pas encore de temps. À moins d’admettre que Dieu ait créé un monde éternel, comme Moïse Maïmonide (XIIe siècle), puis Thomas d’Aquin (XIIIe s.), en reconnaissaient la possibilité. Cela, comme le disait déjà S. Augustin, à la manière d’un pied imprimant éternellement son empreinte dans la poussière. Alors il faudrait comprendre non pas “au commencement”, mais “en principe”, comme le permet la traduction grecque de bereshith, en arkhe. Si l’hypothèse leur paraissait possible, ils ne la faisaient pas leur, jugeant que la Genèse implique un commencement temporel, un début du temps.

“À un moment donné”, donc, Dieu crée un monde chaotique - tohu-bohu selon le terme hébraïque passé en français (sans imaginer, non plus qu’un “avant”, un chaos qui précèderait la Création, puisqu’un qu’un tohu-bohu, chaos, perçu comme tel est, de ce fait, déjà Création !). Puis il l’ordonne. Tout cela en six jours, qui ne sont pas des jours solaires, puisque le soleil n’apparaît qu’au 4e jour. S. Augustin, remarquant que le septième jour ne se terminait pas, considérait ces jours comme des périodes (à éviter d'imaginer comme nos ères géologiques !) : nous sommes dans le septième jour (façon de “déjà” et “pas encore”). Irénée de Lyon (IIe siècle) considérait chaque jour comme une période de mille ans (voir le Psaume 90 et la IIe Épître de Pierre, ch.3) symboliques.

Dieu ordonne le monde par sa Parole (v.3, “Dieu dit”). L’Évangile de Jean (ch.1), en écho à cela, enseigne que la Parole est au commencement, en vis-à-vis de Dieu. En vis-à-vis comme l’image est en vis-à-vis dans le miroir qui réfléchit cette image. De même dans la Parole, Dieu réfléchit, la Parole est Dieu même réfléchissant : “la Parole était Dieu”. Le mot pour Parole qu’emploie l’Évangile de Jean est le même mot grec que pour “raison”, en grec logos ce mot qui a donné “logique”. Dieu réfléchit, se réfléchit lui-même, Dieu raisonne, et il parle, xprimant ce raisonnement. L’expression par excellence de ce raisonnement est, dans la perspective chrétienne de l'Évangile de Jean,  Jésus-Christ, la Parole de Dieu faite chair (Jn 1, 14). Lorsqu’il l’exprime, le monde prend forme et s’éclaire (voir Colossiens ch. 1, concernant Jésus-Christ : “tout a été fait en lui, par lui et pour lui”). “En cette Parole est la lumière du monde” (Jn 1, 9-10). Lorsqu’elle s'exprime, la lumière apparaît : “Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut” (Gn 1, 3).

Revenons donc à la Genèse. Cette lumière originelle précède la lumière du soleil qui n’apparaît qu’au 4e jour. C’est la lumière spirituelle dans laquelle le monde prend forme.

Le déroulement ultérieur de la création est le développement de cette illumination du monde, de sa sortie du chaos. Les choses s’ordonnent en se distinguant, en se séparant : le jour d’avec la nuit ;  les eaux d’avec les eaux, séparées par une sorte de voûte, ferme comme le laisse bien apparaître la traduction en latin, puis en français : le firmament ; il sépare aussi le sec d’avec le mouillé, permettant la germination de cette terre féconde ; etc. - du 1er au 3e jour. Le monde ainsi créé est peuplé par Dieu d’astres (4e jour), de poissons, d’être marins, et d’oiseaux (5e jour) ; puis d’animaux terrestres. Il est ainsi apte à recevoir l’homme.

La réalité de l’homme comme image de Dieu, reflet de Dieu, apparaît dans la réflexion de Dieu, non mentionnée auparavant. Pour la création de l’homme, la Genèse emploie le même mot très fort, impliquant une radicale dépendance, que pour les origines et pour les monstres marins, le mot hébreu bara. Tout dépend de Dieu : l’univers entier, y compris les monstres marins, si effrayants, y compris l’homme si autonome. Jusque là il donne des ordres, mais ici, pour l’homme, apparaît un élément nouveau : Dieu réfléchit : “Faisons l’homme à notre image” (v.26). Dieu parle à la 2e personne. Le judaïsme, se demandant à qui Dieu parle-t-il ainsi, y a souvent vu les anges, ou encore, l'homme lui-même. Les anges ainsi présentés dans cette perspective comme littéralement “ses messagers”, ses interlocuteurs vis-à-vis du monde, entre lui et le monde, et finalement, en tant que tels représentants de sa Parole. Ou l'homme comme participant à sa propre création, à son achèvement.

Parole que l’Évangile de Jean présente comme éternelle et manifestée dans le Christ. Aussi dans une perspective chrétienne, au-delà des anges, ce “faisons” renvoie à une deuxième réalité en Dieu, sa Parole en vis-à-vis de lui, son image, parfaitement réalisée dans un homme, le Christ, mais présente en tout être humain. Ce vis-à-vis, fécond par lui-même, induit un troisième terme, expression de cette fécondité. En théologie chrétienne, on parle de l’Esprit, troisième terme de la Trinité - où l'on retrouve les deux premiers versets de la Genèse : l’Esprit planait au-dessus des eaux... Dieu dit. Avant même cet ordonnancement par sa Parole, l’Esprit de Dieu planait, comme couvant en vue de l’éclosion dans le vis-à-vis de Dieu avec lui-même. Ce vis-à-vis fécond est la condition même de toute fécondité. Dans la Création, il s’exprime dans le vis-à-vis de l’homme et de la femme, expression par excellence de l’image de Dieu : “il le créa à l’image de Dieu, homme et femme il les créa” (v.27). Le vis-à-vis de Dieu et de sa Parole, cette autre lui-même où il réfléchit, se réfléchit, existe aussi en l’homme pour la femme et en la femme pour l’homme dans leur division en sexes. De plus, si les animaux ne participent pas de ce vis-à-vis dans la Parole du dialogue, il y a là la promesse de leur rachat par une réalité que les êtres humains partagent avec eux, la sexuation ; cette réalité qui pour les êtres humains est l’expression de l’image de Dieu, la différence qui permet le dialogue. Tel est le 6e jour qui rassemble les animaux et les êtres humains.

Pour revenir à nouveau à la Genèse, le second récit, qui entre dans le concret de la création de l’homme, le présente comme ne se satisfaisant pas du vis-à-vis des animaux, inaptes au dialogue, qui ne pourra s’effectuer pour l’homme que par un autre lui-même, autre mais semblable, semblable mais autre. Telle est la femme pour l’homme, l’homme pour la femme : en vis-à-vis. Les rabbins imaginent qu’avant la séparation en deux côtés (plutôt que côte) qui rend l’homme et la femme aptes à se situer en vis-à-vis, les deux existaient dos à dos. Cette séparation, préalable à toute rencontre, s’opère comme révélation prophétique. Le sommeil d’Adam est, selon le terme employé, sommeil prophétique, qui lui fait découvrir à son réveil cet autre semblable apte au dialogue, lieu de l’image de Dieu. Adam, l’homme, rencontrant Ève, la vie, est ainsi homme et femme, isch, et ischa - tirée de l’homme.

Cette faille, qui fait la différence et permet le dialogue, est aussi ce par quoi le mal peut s’introduire. Figuré par le serpent, souvent figure des divinités dans les religions environnant l’Israël ancien, le mal provient de la réalité chaoti­que, non encore ordonnée, qui entoure le jardin. En quelque sorte des premiers essais non satisfaisants de la création et de la mise en ordre.

Une difficulté terrible apparaît en même temps que cette figure du mal déjà présent quelque part. La difficulté  de la question de sa provenance, précisément. Difficulté d’autant plus terrible que le mal est intense. Et l’Histoire ne cesse de le montrer chaque jour plus intense. D’où vient ce mal présent dans les champs qui entourent le jardin ? À cette question insoluble, on a avancé plusieurs esquisses de réponses. Depuis le dualisme le plus typé, qui place une réalité mauvaise faisant éternellement face à Dieu, jusqu’à la conception inverse qui en vient à placer le mal en Dieu. Entre les deux, des développements célèbres. En premier lieu le mythe de Lucifer remontant sans doute à Origène (IIIe siècle). Ce père de l’Église primitive, lisant Ésaïe 14 et Ezéchiel 28, y trouve, allégoriquement décrite, la chute du diable, astre brillant devenu prince des ténèbres pour s’être révolté contre Dieu en voulant s’égaler à lui. Origène rejoignait ainsi et dépassait les lectures juives de Genèse 6, y voyant la chute des anges (cf. Jude 6). Cet astre brillant d’Ésaïe 14, 12, à l’origine roi de Tyr en Ézéchiel et de Babylone en Ésaïe, “étoile du matin”, sera traduit, selon l’équivalent latin “Lucifer” dans la Vulgate, la version  de la Bible de S. Jérôme (Ve siècle). On sait la fortune de ce terme transmis jusqu'à aujourd'hui via le romantisme. Une autre approche célèbre est celle proposée par le judaïsme dans la Kabbale d’Isaac Luria (XVIe siècle), et qui apparaît déjà dans le Zohar (XIIe s.). Il s’agit de l’idée du tsimtsoum, en français “contraction”, en l’occurrence contraction de Dieu mettant l’univers au monde : Dieu emplit tout. Pour que quelque chose d’autre que lui puisse être, il faut que Dieu se contracte, fasse un espace en lui-même. Dès lors, le monde peut advenir, être créé, mais il l’est dans une absence de Dieu. Mais dans ce creux, ce vide, le mal aussi peut s’infiltrer.

Dans la Genèse, le mal s’infiltre entre Adam et Ève, séparés pour se rencontrer. Avant la séparation, l’ordre de l’interdit est donné, l’interdit qui toujours structure, fait grandir. Mais l’ordre est donné au moment de l’unité, avant la séparation entre homme et femme. Une fois la séparation intervenue, ce mal venu d’on ne sait où, trouve à s’infiltrer. La femme étant le signe de cette séparation de l’être humain, celle par qui l’homme se trouve, c’est elle aussi du coup, qui est présentée comme l’origine de la possibilité de cette infiltration entre les deux, qui avant, étaient un. D’où sans doute, la tentation qui s’adresse à elle pour atteindre l’homme en son entier. Autre moitié de lui-même, tout homme est mâle et femelle avant d’être mâle ou femelle. Le mal l’atteint en son entier, en ce qu’il est divisé d’avec lui-même, en cela qu’il refuse cette division qui marque qu’il est un être fini. Refuser d’être fini, prétendre être tout par soi, c’est là la porte du mal qui nous atteint tous.


L’entrée dans la géographie et dans l’Histoire

On admet souvent que cette accession au mal de l’homme et de la femme marque leur entrée dans l’Histoire. C’est en tout cas probablement l’affirmation qu’ils y sont bel et bien. Peut-être pas plus. En attendant d’en venir à cet aspect, il faut remarquer que la Genèse, avec son second chapitre situe tout d’abord la Création dans la géographie. Là où le premier chapitre nous parle d’une Création qui peut-être dite idéale (idéelle), comme un projet parfait, dont Dieu proclame “cela est bon” et finalement “très bon” - projet parfait ou plutôt idéal et inachevé, le second chapitre nous situe dans sa concrétisation terrestre et pour le coup imparfaite, loin de l’idéal. On y reconnaît, sans localisation très précise, toutes les conditions géographiques de la civilisation, de la culture, à commencer par celle de la terre, pour un jardin. Première de ces conditions, des fleuves. Et les principaux fleuves de la civilisation antique arrosent le jardin, deux parfaitement repérables, ceux de la condition du Croissant fertile mésopotamien, le Tigre et l’Euphrate ; les deux autres nous situent en cet autre lieu de la civilisation d’alors qu’est le complexe ethiopien - yéménite - égyptien, sans qu’il soit possible de bien repérer nominativement tel ou tel fleuve. On pense certes, au Nil. Quoiqu’il en soit, il est dès lors difficile de situer le jardin d’Éden. Il s’agit d’une géographie plus civilisationnelle que cartographique. Elle renvoie à la fois aux deux lieux d’exil et d’origine, croissant mésopotamien et matrice afro-égyptienne - et peut-être en même temps, la tradition juive y renvoie, au lieu devenu le carrefour de ces deux matrices, la terre de Canaan avec en son centre Jérusalem.

Autre lieu de repère, la mention de l’Orient, lieu de repère géographique et symbolique à la fois lui aussi. Ici, il ne s’agit plus de conditions climatiques et fluviales de civilisation, mais solaires et originaires. Solaires sans connotation religieuse mythologique. Au seul sens où l’on dit en français que l’on s’oriente, c’est-à-dire que l’on se repère d’après le côté où le soleil se lève. Le paradis est originaire. En même temps toutefois, comme le point d’où le soleil se lève, il est illuminant. Ici, apparaît la dimension symbolique. Comme il y a une lumière antécédente au soleil, lumière spirituelle, il peut être question d’Orient spirituel.

C’est dans cet espace civilisationnel, déjà situé géographiquement, quoiqu’en un sens non précisément localisant, que l’homme et la femme concrets prendront place. Ici la parole de Dieu qui les fonde en humanité au ch.1, s’insère dans la matière, dans la glèbe. L’être humain participe de la minéralité. Et de l’animalité, dont il se distingue toutefois par sa capacité nominatrice - et donc dominatrice - sur les animaux. Dès lors l’être humain est un être de sens, pas un ange, un pur intellect. Il n’accède au réel que par le moyen de ses sens. Des sens qui limitent et ouvrent à la fois. Signe de finitude. Ici se pose aussi la question des relations de ce que l’on appelle l’âme et le corps, le corps et l’esprit, la dimension spirituelle en fonctionnant de toute façon dans le corps qu’à l’occasion des sens, les fameux cinq sens. Les sens en cause jusqu’à l’intuition et à ce qui relève de l’inconscient personnel et collectif ; au fondement, au carrefour, du démoniaque, ce puits de l’idolâtrie. L’homme être confus, complexe, qui de sa dualité perçoit la dimension aberrante de sa propre mort. Les anthropologues contemporains y ont vu le lieu de rupture qui marque l’humain : le moment de l’apparition des premières tombes intentionnelles.


R.P.
(d'après un texte de 2007)

lundi 20 novembre 2017

Création bonne et acte de foi




« Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. » (Genèse 1, 31)

*

Genèse 4 :
3 Caïn fit à l’Éternel une offrande des fruits de la terre ;
4 et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L’Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ;
5 mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu.
6 Et l’Éternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ?
7 Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui.
8 Cependant, Caïn adressa la parole à son frère Abel ; mais, comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua.


*

René Girard : « L’œuvre de Clausewitz [1780-1831 – théoricien allemand de la guerre] est révélatrice de ce que j’appelle un conflit de type mimétique. La France et l’Allemagne veulent la même chose : dominer l’Europe. Après la mort de Charlemagne, ses deux petits-fils, Charles le Chauve et Louis Le Germanique, vont commencer la guerre de jumeaux qui va marquer l’histoire de l’Europe jusqu’à prendre une forme virulente après la victoire de Napoléon à Iéna en 1806 et le réarmement de la Prusse qui mènera aux trois guerres que nous connaissons. C’est pour cela que le geste de réconciliation entre de Gaulle et Adenauer, en 1963 à Reims, est si important. » Interview de René Girard, « L’apocalypse peut être douce » (dans Le Figaro, 8 nov. 2007), à propos de son livre Achever Clausewitz, Champs Flammarion, 2007.

*

2 Pierre 3, 3-9 : 3 […] dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, marchant selon leurs propres convoitises,
4 et disant : Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création.
5 Ils veulent ignorer, en effet, que des cieux existèrent autrefois par la parole de Dieu, de même qu’une terre tirée de l’eau et formée au moyen de l’eau,
6 et que par ces choses le monde d’alors périt, submergé par l’eau,
7 tandis que, par la même parole, les cieux et la terre d’à présent sont gardés et réservés pour le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies.


René Girard : « Clausewitz a commencé son grand livre, De la guerre, à la fin du règne de Napoléon et il y a travaillé jusqu’à sa mort. En trente ans, il n’a pas réussi à le terminer. Achever Clausewitz, c’est donc essayer de penser le livre dans sa totalité. […] j’ai été frappé par le terme de « montée aux extrêmes » qu’il utilise concernant les rapports guerriers. Cette formule dément l’humanisme des Lumières qui suggère que les rapports normaux entre les hommes sont un peu comme ceux des boules de billard : leur action est prévisible, purement rationnelle. Or Clausewitz, qui est pourtant un homme des Lumières, va mettre en évidence ce qui est implicite dans les rapports humains quand ils deviennent hostiles. Il nous dit des choses fondamentales sur cette loi de l’imitation qui nourrit l’emballement guerrier et peut mener au pire.
[Étant] entrés dans une ère où les moyens de destruction [sont] démesurés, [sommes-nous] assez raisonnables pour ne pas nous en servir [ ? Cf.] l’échec de la politique de l’Occident qui n’a pas réussi à empêcher la prolifération des armes atomiques, comme on le voit avec l’Iran. Ce que Clausewitz a dit au fond sur la « montée aux extrêmes », où le pire peut se produire à travers une violence non maîtrisable, se poursuit donc à mes yeux. C’est la loi même de l’histoire. »
René Girard, « L’apocalypse peut être douce », ibid.

*

Parmi les autres conséquences du phénomène mimétique – lu en regard de « l’événement Déluge » comme extension cosmique du premier conflit mimétique (Caïn/Abel) – : exploitation illimitée, en concurrence mimétique, des ressources limitées de la planète, ou la montée en fictif financier qui débouche invariablement sur les crises financières toujours au bord de susciter des guerres menaçant notre survie, au regard des moyens techniques de destruction dont nous nous sommes dotés.

« De toute façon, lorsque la prochaine crise financière globale éclatera (et elle éclatera forcément si, d'ici là, les différents États de la planète ne se sont pas mis d'accord pour mettre définitivement hors d'état de nuire les 29 banques “systémiques” qui tiennent en otage l'économie du globe – et donc, par la même occasion, pour effacer inconditionnellement toutes les dettes qu'ils ont été contraints de contracter auprès de ces aventuriers sans foi ni loi), les effets de l'effondrement en chaîne seront tels – puisque, cette fois, les États surendettés n'auront plus les moyens de se précipiter à nouveau au chevet du système financier mondial – qu'il n'y aura plus guère d'autre possibilité raisonnable, pour l'humanité, de surmonter cette nouvelle catastrophe que de renoncer définitivement à l'utopie absurde d'une accumulation illimitée du capital dans un monde aux ressources naturelles par définition limitées. » Jean-Claude Michéa, dans Michéa-Julliard, La gauche et le peuple, Champs Flammarion, p. 172-173.

Ou Michéa ne fait-il pas preuve d’un trop grand optimisme, au vu de l’histoire passée ?

*

La création n’apparaîtrait-elle pas alors plutôt comme un inouï… et redoutable acte de foi ? C’est peut-être ce que suggère le récit biblique de la création tel qu’il s’étend des ch. 1 à 6 de la Genèse, où le monde confié à l’humain est donné comme pouvant, par sa violence, s’autodétruire. Cela via une relecture de cette auto-destruction comme acte de Dieu (Gn 6, 6-7), c’est-à-dire atteignant le point où les choses échappent totalement à notre maîtrise, ouvrant dès lors, via le regret de Dieu d’avoir crée et créant, re-créant quand même, sur la création comme acte de foi valant quand même et malgré tout promesse et alliance (Gn 6, 16 & Gn 9, 9-17).


RP
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samedi 11 novembre 2017

Déluge




Quelques questions et éléments de réflexion et méditation…

Genèse 6 – Déluge universel ? Ou, selon que le terme hébreu « ha’aretz » peut signifier la terre ou le pays, déluge local ? L’archéologie a pu renvoyer notamment aux débordements du Tigre et de l’Euphrate, soulignant le parallèle avec le récit babylonien (Épopée de Gilgamesh). À partir de quoi on peut constater aussi la quasi universalité, dans nombre de traditions et mythologies du monde, de récits de déluge.

Une configuration qui parle alors d’un monde radicalement autre que celui que nous connaissons, un monde irrémédiablement disparu, celui qui porte les dernières traces d’un paradis originel, où les espèces célestes cohabitent avec l’humain, qui y connaît alors sa propre dimension céleste, lui qui cohabite aussi avec les animaux. Où le déluge emporte tout un univers perdu, dont on devine aussi la proximité, dont garde la nostalgie, espérant quand même en Celui qui peut sauver « toute chair, toute race » (Ps 36).

Où, à partir des « fils de Élohim, peut-être simplement des enfants de princes et de juges (Beréchith raba 26, 5) », explication mentionnée par Rachi, apparaît une autre explication donnée aussi par Rachi : « Les fils de Élohim étaient des êtres célestes accomplissant une mission divine. Eux aussi s’étaient mélangés avec elles [les filles de hommes]. » Et en naissent « des géants » (néphilim).

Rachi : « Les nefilim. Du verbe nfl (« tomber »). Parce qu’ils sont tombés et ont fait tomber l’humanité (Beréchith raba 26). En hébreu, cela a le sens de : "géants" ».

Cf. aussi Paul, 1 Corinthiens 11, 10.

On rejoint la lecture faite par le livre d’Hénoch (non canonique, sauf pour l’Église éthiopienne), cité par Jude 14 — Hénoch 19, 1-2 : « Alors Uriel s’écria : Voici les anges qui ont cohabité avec les femmes, et se sont désignés des chefs ; 2 Qui ont souillé les hommes, multiplié parmi eux les erreurs, au point de leur faire faire des sacrifices aux démons, comme à des dieux. Mais au grand jour, ils seront jugés et ils périront, et leurs femmes avec eux, parce qu’elles se sont laissé séduire sans résistance. »

Jude 6 : Il a réservé pour le jugement du grand jour, enchaînés éternellement par les ténèbres, les anges qui n’ont pas gardé leur dignité, mais qui ont abandonné leur propre demeure.

Jude 14-15 : C’est aussi pour eux qu’Enoch, le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes : Voici, le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, 15 pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d’impiété qu’ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu’ont proférées contre lui des pécheurs impies.

2 Pierre 2, 4-5 : Car, si Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais s’il les a précipités dans les abîmes de ténèbres et les réserve pour le jugement ; 5 s’il n’a pas épargné l’ancien monde, mais s’il a sauvé Noé, lui huitième, ce prédicateur de la justice, lorsqu’il fit venir le déluge sur un monde d’impies […].

Ici, le déluge préfigure une menace permanente, en-deçà de la promesse de grâce universelle signifiée par l’arc-en-ciel (Genèse 9, 16)…

2 Pierre 3, 3-9 : 3 […] dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, marchant selon leurs propres convoitises,
4 et disant : Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création.
5 Ils veulent ignorer, en effet, que des cieux existèrent autrefois par la parole de Dieu, de même qu’une terre tirée de l’eau et formée au moyen de l’eau,
6 et que par ces choses le monde d’alors périt, submergé par l’eau,
7 tandis que, par la même parole, les cieux et la terre d’à présent sont gardés et réservés pour le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies.


*

Alors — commentaire de Rachi — :

Mon esprit ne plaidera plus pour l’homme. Mon esprit ne se tourmentera plus à défendre contre moi la cause de l’homme. Éternellement : Pendant longtemps. En ce moment, mon esprit se débat en moi-même : faut-il l’anéantir ? faut-il user de miséricorde ? Ce débat ne va pas se prolonger à perpétuité, c’est-à-dire pendant longtemps.
Puisque lui n’est que chair c’est-à-dire : « il n’est constitué que de chair », et pourtant il refuse de se soumettre à mon autorité ! Qu’en serait-il s’il était constitué de feu ou d’un élément fort ?
Ses jours seront… Je retiendrai ma colère pendant cent vingt ans, et s’ils ne se repentent pas, j’amènerai sur eux le déluge. […] Il existe de nombreux midrachim sur « mon esprit ne plaidera plus éternellement pour l’homme », mais tel est le sens littéral dans toute sa clarté.


2 Pierre 3, 9 : « Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. » Sous-entendu (?) : Jusqu’à quand ?

Rachi : Hachem se ravisa d’avoir créé. Le midrach rend wayinna‘hem (« se ravisa ») par : « se consola ». Dieu se consola de ce qu’au moins Il avait créé l’homme sur la terre. Car s’Il l’avait créé au ciel, il aurait entraîné dans sa rébellion les mondes supérieurs (Beréchith raba, fin du chapitre 26).
Autre explication de « Hachem se ravisa » (wayinna‘hem) : La pensée de Dieu s’est ravisée en passant de la miséricorde à la stricte justice.
Il s’affligea en Son cœur. Dieu se désola de l’échec de l’œuvre de Ses mains (Beréchith raba, fin du chapitre 26), comme dans : « Le roi est affligé à cause de son fils » (II Chemouel 15, 11).
Hachem dit : J’effacerai l’homme. Il n’est que poussière, j’amènerai sur lui les eaux et je l’effacerai (Beréchith raba 28, 2). D’où l’emploi du mot èm‘hè (« j’effacerai »).
Depuis l’homme jusqu’à la bête. Les bêtes aussi avaient « corrompu leur voie » (Beréchith raba 28, 2). Autre explication : Tout n’a été créé qu’en vue de l’homme, et puisqu’il va disparaître, en quoi a-t-on besoin du reste ? (Beréchith raba 28, 6).
Car je regrette de les avoir faits. Je me suis demandé quoi faire, du moment que je les ai créés.


*

Alors Dieu fait avec !... Une création qui semble décidément avoir mal tourné, dans un livre qui se termine quand même — comme en écho à la promesse d’alliance indéfectible signifiée par l’arc-en-ciel (Genèse 9, 16) —, par l’affirmation de Joseph à ses frères qui l’ont vendu en esclavage (Genèse 50, 20) : « Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l’a changé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. »


RP
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2) 14 & 16 novembre | Déluge – Genèse 6 (PDF ici)


vendredi 6 octobre 2017

Genèse 1,1 à 2,3 : achèvement et repos divin




« Quand le roi voulut émaner et créer les mondes, la dure étincelle grava une gravure dans la lumière supérieure. Elle grava une gravure – le départ et la restriction de la lumière, qui laisse un endroit vacant et vide de lumière. Elle est ainsi regardée comme une gravure parce qu’avant la création “la lumière supérieure remplissait toute la réalité”. Et quand Il voulut créer les mondes, Il fit une gravure dans la lumière supérieure, qui a restreint et rejeté la lumière […] » Premiers mots du Zohar, Berechit (le Zohar, commentaire “mystique” de la Torah)

*

Genèse 2, 1-3
1 Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et toute leur armée.
2 Le septième jour, Dieu avait achevé tout le travail qu'il avait fait ; le septième jour, il se reposa de tout le travail qu'il avait fait.
3 Dieu bénit le septième jour et en fit un jour sacré, car en ce jour Dieu se reposa de tout le travail qu'il avait fait en créant.


Shabbat, c’est-à-dire “cessation”. Question : quand ? Le texte vient de dire (ch. 1, v. 31) : “Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. » Même question : quand ? Voit-on un monde bon, très bon ? Voilà qui pourrait bien inscrire la Genèse dans le “déjà” et le “pas encore”, faisant ipso facto du récit de la Création un récit de “fin du monde”, de l’ordre du projet, vers un “après” qui débouche sur l’ouverture vers celui qui est “avant” le monde.

*

Lisant la Genèse, le judaïsme remarque que le premier mot, “au commencement”, en hébreu bereshith, débute par la deuxième lettre de l’alphabet hébraïque : la création vient en second par rapport à Dieu, signifié par la première lettre absente. De plus, la forme grammaticale du mot en hébreu permet d’imaginer que le commencement en question, un commencement, n’est pas le premier : comme s’il y avait un “avant la création”, comme s’il y avait avant cette création, plusieurs essais, où les modernes imaginent parfois volontiers par exemple les dinosaures - façon imagée, et pas illégitime, de dire la concrétion de la matière posée pour la Création ; concrétion comme durée qui précède et accompagne l'Histoire, comme une pré-Histoire, ici pré-Histoire biblique. Concrétion signifiée depuis les concrétions fossiles des paléontologues, jusqu'au “rayonnement fossile” d'astres disparus depuis des milliards d'années, ce jusqu'à 13, 8 milliards d’années, des astrophysiciens.

Quant au commencement qui est prononcé dans la Genèse, il s’agit d’“un commencement de” quelque chose, qui donc pourrait être traduit par “à un moment donné”. Cela dit, les lecteurs ultérieurs de la Genèse - déjà S. Augustin (Ve siècle) - remarqueront, qu’au sens absolu, il n’y a pas d’”avant la Création”, parce qu’ultimement, “là commence le temps”. Si l’on recule dans le temps, il y a un point où il n’y a pas d’avant parce qu’il n’y a pas encore de temps. À moins d’admettre que Dieu ait créé un monde éternel, comme Moïse Maïmonide (XIIe siècle), puis Thomas d’Aquin (XIIIe s.), en reconnaissaient la possibilité. Cela, comme le disait déjà S. Augustin, à la manière d’un pied imprimant éternellement son empreinte dans la poussière. Alors il faudrait comprendre non pas “au commencement”, mais “en principe”, comme le permet la traduction grecque de bereshith, en arkhe. Si l’hypothèse leur paraissait possible, ils ne la faisaient pas leur, jugeant que la Genèse implique un commencement temporel, un début du temps.

“À un moment donné”, donc, Dieu crée un monde chaotique - tohu-bohu selon le terme hébraïque passé en français. Puis il l’ordonne. Tout cela en six jours, qui ne sont pas des jours solaires, puisque le soleil n’apparaît qu’au 4e jour. S. Augustin, remarquant que le septième jour ne se terminait pas, considérait ces jours comme des périodes : nous sommes dans le septième jour. Irénée de Lyon (IIe siècle) considérait chaque jour comme une période de mille ans (voir le Psaume 90 et la IIe Épître de Pierre, ch. 3). Les Pères sont ici dans la lignée du judaïsme lisant la Bible, “mille ans comme un jour”.

Dieu ordonne le monde par sa Parole (v.3, “Dieu dit”). L’Évangile de Jean (ch.1), en écho à cela, enseigne que la Parole est au commencement, en vis-à-vis de Dieu. En vis-à-vis comme l’image est en vis-à-vis dans le miroir qui réfléchit cette image. De même dans la Parole, Dieu réfléchit, la Parole est Dieu même réfléchissant : “la Parole était Dieu”. Le mot pour Parole qu’emploie l’Évangile de Jean est le même mot grec que pour “raison”, en grec logos, ce mot qui a donné “logique”. Dieu réfléchit, se réfléchit lui-même, Dieu raisonne, et il parle, exprimant ce raisonnement. L’expression par excellence de ce raisonnement est, dans la perspective chrétienne de l'Évangile de Jean, Jésus-Christ, la Parole de Dieu devenue chair (Jean 1, 14). Lorsqu’il l’exprime, le monde prend forme et s’éclaire (voir Colossiens ch. 1, concernant Jésus-Christ : “tout a été fait en lui, par lui et pour lui”). “En cette Parole est la lumière du monde” (Jean 1, 9-10). Lorsqu’elle s’exprime la lumière apparaît : “Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut” (Genèse 1, 3).

Revenons donc à la Genèse. Cette lumière originelle précède la lumière du soleil qui n’apparaît qu’au 4e jour. C’est la lumière spirituelle dans laquelle le monde prend forme.

Le déroulement ultérieur de la création est le développement de cette illumination du monde, de sa sortie du chaos. Les choses s’ordonnent en se distinguant, en se séparant : le jour d’avec la nuit ;  les eaux d’avec les eaux, séparées par une sorte de voûte, ferme comme le laisse bien apparaître la traduction en latin, puis en français : le firmament ; il sépare aussi le sec d’avec le mouillé, permettant la germination de cette terre féconde ; etc. - du 1er au 3e jour. Le monde ainsi créé est peuplé par Dieu d’astres (4e jour), de poissons, d’être marins, et d’oiseaux (5e jour) ; puis d’animaux terrestres. Il est ainsi apte à recevoir l’homme.

La réalité de l’homme comme image de Dieu, reflet de Dieu, apparaît dans la réflexion de Dieu, non mentionnée auparavant. Pour la création de l’homme, la Genèse emploie le même mot très fort, impliquant une radicale dépendance, que pour les origines et pour les monstres marins, le mot hébreu bara. Tout dépend de Dieu : l’univers entier, y compris les monstres marins, si effrayants, y compris l’homme si autonome. Jusque là il donne des ordres, mais ici, pour l’homme, apparaît un élément nouveau : Dieu réfléchit : “Faisons l’homme à notre image” (v.26). Dieu parle à la 2e personne. Le judaïsme, se demandant à qui Dieu parle-t-il ainsi, y a souvent vu les anges, ou encore, l'homme lui-même. Les anges ainsi présentés dans cette perspective comme littéralement “ses messagers”, ses interlocuteurs vis-à-vis du monde, entre lui et le monde, et finalement, en tant que tels représentants de sa Parole. Ou l'homme comme participant à sa propre création, à son achèvement.

Parole que l’Évangile de Jean présente comme éternelle et manifestée dans le Christ. Aussi dans une perspective chrétienne, au-delà des anges, ce “faisons” renvoie à une deuxième réalité en Dieu, sa Parole en vis-à-vis de lui, son image, parfaitement réalisée dans un homme, le Christ, selon le christianisme, mais présente en tout être humain. Ce vis-à-vis, fécond par lui-même, induit un troisième terme, expression de cette fécondité. En théologie chrétienne, on parle de l’Esprit, troisième terme de la Trinité - où l’on retrouve les deux premiers versets de la Genèse : l’Esprit planait au-dessus des eaux… Dieu dit. Avant même cet ordonnancement par sa Parole, l’Esprit de Dieu planait, comme couvant en vue de l’éclosion dans le vis-à-vis de Dieu avec lui-même. Ce vis-à-vis fécond est la condition même de toute fécondité. Dans la Création, il s’exprime dans le vis-à-vis de l’homme et de la femme, expression par excellence de l’image de Dieu : “il le créa à l’image de Dieu, homme et femme il les créa” (v.27). Le vis-à-vis de Dieu et de sa Parole, cette autre lui-même où il réfléchit, se réfléchit, existe aussi en l’homme pour la femme et en la femme pour l’homme dans leur division en sexes. De plus, si les animaux ne participent pas de ce vis-à-vis dans la Parole du dialogue, il y a là la promesse de leur rachat par une réalité que les êtres humains partagent avec eux, la sexuation ; cette réalité qui pour les êtres humains est l’expression de l’image de Dieu, la différence qui permet le dialogue. Tel est le 6e jour qui rassemble les animaux et les êtres humains.

Pour revenir à nouveau à la Genèse, le second récit, qui entre dans le concret de la création de l’homme, le présente comme ne se satisfaisant pas du vis-à-vis des animaux, inaptes au dialogue, qui ne pourra s’effectuer pour l’homme que par un autre lui-même, autre mais semblable, semblable mais autre. Telle est la femme pour l’homme, l’homme pour la femme : en vis-à-vis. Les rabbins imaginent qu’avant la séparation en deux côtés (plutôt que côte, donc !) qui rend l’homme et la femme aptes à se situer en vis-à-vis, les deux existaient dos à dos. Cette séparation, préalable à toute rencontre, s’opère comme révélation prophétique. Le sommeil d’Adam est, selon le terme employé, sommeil prophétique, qui lui fait découvrir à son réveil cet autre semblable apte au dialogue, lieu de l’image de Dieu. Adam, l’homme, rencontrant Ève, la vie, est ainsi homme et femme, isch, et ischa - tirée de l’homme.

Cette faille, qui fait la différence et permet le dialogue, est aussi ce par quoi le mal peut s’introduire. Figuré par le serpent, souvent figure des divinités dans les religions environnant l’Israël ancien, le mal provient de la réalité chaotique, non encore ordonnée, qui entoure le jardin. En quelque sorte des premiers essais non satisfaisants de la création et de la mise en ordre.

Une difficulté terrible apparaît en même temps que cette figure du mal déjà présent quelque part. La difficulté de la question de sa provenance, précisément. Difficulté d’autant plus terrible que le mal est intense. Et l’Histoire ne cesse de le montrer chaque jour plus intense. D’où vient ce mal présent dans les champs qui entourent le jardin ? À cette question insoluble, on a avancé plusieurs esquisses de réponses. Depuis le dualisme le plus typé, qui place une réalité mauvaise faisant éternellement face à Dieu, jusqu’à la conception inverse qui en vient à placer le mal en Dieu. Entre les deux, des développements célèbres. En premier lieu le mythe de Lucifer remontant sans doute à Origène (IIIe siècle). Ce père de l’Église primitive, lisant Ésaïe 14 et Ézéchiel 28, y trouve, allégoriquement décrite, la chute du diable, astre brillant devenu prince des ténèbres pour s’être révolté contre Dieu en voulant s’égaler à lui. Origène rejoignait ainsi et dépassait les lectures juives de Genèse 6, y voyant la chute des anges (cf. Jude 6). Cet astre brillant d’Ésaïe 14:12, à l’origine roi de Tyr en Ézéchiel et de Babylone en Ésaïe, “étoile du matin”, sera traduit, selon l’équivalent latin “Lucifer” dans la Vulgate la version de la Bible de S. Jérôme (Ve siècle). On sait la fortune de ce terme transmis jusqu’aujourd’hui via le romantisme. Une autre approche célèbre est celle proposée par le judaïsme dans la Cabale d’Isaac Luria (XVIe siècle) – déjà présente dans le Zohar (XIIe siècle) : cf. supra, la citation des premiers mots. Il s’agit de l’idée du tsimtsoum, en français “contraction”, en l’occurrence contraction de Dieu mettant l’univers au monde : Dieu emplit tout. Pour que quelque chose d’autre que lui puisse être, il faut que Dieu se contracte, fasse un espace en lui-même. Dès lors, le monde peut advenir, être créé, mais il l’est dans une absence de Dieu. Mais dans ce creux, ce vide, le mal aussi peut s’infiltrer.

Dans la Genèse, le mal s’infiltre entre Adam et Ève, séparés pour se rencontrer. Avant la séparation, l’ordre de l’interdit est donné, l’interdit qui toujours structure, fait grandir. Mais l’ordre est donné au moment de l’unité, avant la séparation entre homme et femme. Une fois la séparation intervenue, ce mal venu d’on ne sait où, trouve à s’infiltrer. La femme étant le signe de cette séparation de l’être humain, celle par qui l’homme se trouve, c’est elle aussi du coup, qui est présentée comme l’origine de la possibilité de cette infiltration entre les deux, qui avant, étaient un. D’où sans doute, la tentation qui s’adresse à elle pour atteindre l’homme en son entier. Autre moitié de lui-même, tout homme est mâle et femelle avant d’être mâle ou femelle. Le mal l’atteint en son entier, en ce qu’il est divisé d’avec lui-même, en cela qu’il refuse cette division qui marque qu’il est un être fini. Refuser d’être fini, prétendre être tout par soi, c’est là la porte du mal qui nous atteint tous.


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