mercredi 15 avril 2020

"Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous ?"



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Luc 24, 13-35
13 Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux se rendaient à un village du nom d’Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem.
14 Ils parlaient entre eux de tous ces événements.
15 Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux ; 16mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
17 Il leur dit : « Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? » Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre.
18 L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : « Tu es bien le seul à séjourner à Jérusalem qui n’ait pas appris ce qui s’y est passé ces jours-ci ! » –
19 « Quoi donc ? » leur dit-il. Ils lui répondirent : « Ce qui concerne Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple :
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié ;
21 et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés.
22 Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau
23 et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant.
24 Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ce qu’ils ont trouvé était conforme à ce que les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
25 Et lui leur dit : « Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes !
26 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire ? »
27 Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
28Ils approchèrent du village où ils se rendaient, et lui fit mine d’aller plus loin.
29 Ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée. » Et il entra pour rester avec eux.
30 Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna.
31 Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible.
32 Et ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures ? »
33 A l’instant même, ils partirent et retournèrent à Jérusalem ; ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons,
34 qui leur dirent : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon. »
35 Et eux racontèrent ce qui s’était passé sur la route et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.

*


Comme pour les autres apparitions du Ressuscité, les disciples d'Emmaüs ne le reconnaissent pas.

Nous cantonnerions volontiers l'éternité à son domaine attitré : un futur plus ou moins lointain. Et le Ressuscité viendrait-il lui-même à nos côtés nous dévoiler son visage dans les Écritures, notre certitude confortable que tout est bien à sa place — l'hypothétique éternité d'un côté, notre quotidien moyen de l'autre, — cette certitude hurlerait dans son pesant silence à nos cœurs se consumant, qu'il s'agit surtout de ne pas voir.

Comme les disciples d’Emmaüs, on a un point de vue sur le Christ. Limitatif. Alors, lorsqu’il apparaît tel qu’il est, on ne le reconnaît pas : on aimerait qu'il se montre d'une façon qui ne nous surprenne pas. Sous une forme connue, repérable, habituelle. Mais ce n'est pas ce qu'il fait.

Les disciples d’Emmaüs regardaient l’inconnu comme on regarde habituellement les inconnus. Un peu aussi comme nous risquons de regarder chacun de ceux qu’il nous donne de côtoyer au jour le jour. Un peu comme quand nous n’en voyons qu’un quotidien toujours le même, alors que nous avons devant nous, à côté de nous, un frère, une sœur du Ressuscité.

C’est un peu ainsi que les disciples d’Emmaüs ne reconnaissent pas le Ressuscité. « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous ? »

C'est au moment de la fraction du pain, moment de partage, d'intimité, que les disciples reconnaissent Jésus. Pour nous qui n'avons pas vu, heureux, heureuses sommes-nous pourtant si nous croyons que l'éternité brise notre temps clos sur lui-même ! C'est là que nous attend l'indicible de la résurrection. Au dimanche de Pâques, l'éternité du Christ a brisé nos clôtures, nos enfermements, nos confinements. En laissant vide son tombeau, il fait entrer le temps et le monde, notre temps, notre monde, dans leur fondement éternel.


RP, 15.04.2020
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mardi 14 avril 2020

"Dis-leur que je monte vers mon Père"



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Jean 20, 11-18
11 Marie était restée dehors, près du tombeau, et elle pleurait. Tout en pleurant elle se penche vers le tombeau
12 et elle voit deux anges vêtus de blanc, assis à l’endroit même où le corps de Jésus avait été déposé, l’un à la tête et l’autre aux pieds.
13 « Femme, lui dirent-ils, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répondit : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis. »
14 Tout en parlant, elle se retourne et elle voit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était lui.
15 Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? qui cherches-tu ? » Mais elle, croyant qu’elle avait affaire au gardien du jardin, lui dit : « Seigneur, si c’est toi qui l’as enlevé, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le prendre. »
16 Jésus lui dit : « Marie. » Elle se retourna et lui dit en hébreu : « Rabbouni » – ce qui signifie maître.
17 Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. »
18 Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. »

*


Larmes de Marie de Magdala sur un passé qui ne reviendra pas, larmes définitivement légitimes. C’est sur un autre temps qu’ouvre la résurrection, un temps éternel dont le cœur est le tabernacle céleste dont la vision est alors donnée à Marie : « elle voit deux anges vêtus de blanc, assis à l’endroit même où le corps de Jésus avait été déposé, l’un à la tête et l’autre aux pieds », dit le texte. Écho au tabernacle des origines, au Sinaï, gardé par deux anges, deux kérouvim, édifié sur le modèle dévoilé à Moïse sur la Montagne. Vision donnée à présent à Marie. C’est ici que s’ouvre à elle, pour nous tous, le tabernacle céleste, le mystère de la Pâque éternelle.

C’est ce que la parole du Ressuscité dit encore à Marie, en ces mots : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu » (v. 17). Ne me retiens pas, souvent traduit, suite à la version latine de la Vulgate : « ne me touche pas ». Le texte permet les deux.

Dans le même Évangile de Jean, un peu plus loin, huit jours après, Jésus ressuscité invite Thomas à toucher ses plaies de crucifié (Jn 20, 26). À lire de près, on sait que Thomas ne touchera pas : il se rend à la foi — « mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 27).

Entre les deux moments, Marie de Magdala au tombeau et Thomas huit jours plus tard, la parole de Jésus aux disciples quelques jours avant (Jn 16, 7) : « il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, l’Esprit consolateur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai. » Marie inconsolée pleure celui qui vient de mourir… avant de le retrouver, comme avant, croit-elle ! « Ne me touche », ou « ne me retiens pas », « ne t’accroche pas à moi », selon une autre traduction : à savoir, celui que tu nommes Rabbouni, ton maître relevé d’entre les morts que tu retrouves ne réinstaure pas un passé, mais ouvre à l’éternité signifiée dans son absence à ce monde, comme tu n’es pas de ce monde. Désormais, c’est du monde éternel qu’il est question, où mon Père est ton Père, mon Dieu est ton Dieu (v. 17).

Ne me retiens pas dans le passé de ma crucifixion, dans les larmes définitivement légitimes, retrouve-moi tel que je suis dans l’éternité, consolation éternelle qui n’est pas de l’ordre de la nostalgie, consolation qui n’invalide pas les larmes, qui ne remplace pas les larmes par un effacement de ce qui a eu lieu, la croix… Mais est déjà vie d’éternité. La résurrection du Christ est élévation à l’éternité de tout ce qu’il fut dans le temps, de tout ce que nous fûmes dans le temps. Le ressuscité n’efface pas ce qui a eu lieu pas mais l’élève à Dieu, son Dieu et ton Dieu, son Père et ton Père. Quand, avec Marie, nous nous asseyons et pleurons, selon les mots de Bach, le Ressuscité transfigure nos larmes.



Bach BWV 244-78 - Passion selon saint Matthieu, "Wir setzen uns mit Tränen nieder"


RP, 14.04.2020
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lundi 13 avril 2020

Un monde nouveau



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Matthieu 28, 8-15
8 Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui.
10 Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
11 Comme elles étaient en chemin, voici que quelques hommes de la garde vinrent à la ville informer les grands prêtres de tout ce qui était arrivé.
12 Ceux-ci, après s’être assemblés avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une bonne somme d’argent,
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : “Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé pendant que nous dormions.”
14 Et si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, c’est nous qui l’apaiserons, et nous ferons en sorte que vous ne soyez pas inquiétés. »
15 Ils prirent l’argent et se conformèrent à la leçon qu’on leur avait apprise. Ce récit s’est propagé chez les Juifs jusqu’à ce jour.

*


Avec crainte et grande joie, dit le texte, les femmes du dimanche de Pâques courent vers les disciples ; premières témoins de la victoire sur la mort, elles quittent le tombeau. Le tombeau est vide : l’Ange en a roulé la pierre pour que nous n’y restions pas.

« Il n’est pas ici », vient-il de dire aux femmes. Allez vers les disciples, puis, plus tard, au bout du monde, dans la Cité terrestre, où il vous précède. Parce que ce qui vaut pour lui, et c’est là que son relèvement d’entre les morts est aussi un dévoilement, une révélation ; ce qui vaut pour lui, vaut, en lui, aussi pour nous : un monde nouveau s’est ouvert pour nous aussi.

Jésus vient à la rencontre des femmes en chemin vers les disciples. Dites-leur qu’il les précède en Galilée. La mission commence où demeurent les vôtres, les êtres humains, elle est où vous serez envoyés bientôt, pas autour d’un tombeau.

Le monde nouveau va à présent prendre son départ où tout a commencé, en Galilée : c’est là qu’ils me verront. Un monde nouveau, le monde de la résurrection, donné à la foi, quand, comme avant, les pouvoirs de ce monde ne voient pas : les autorités sacerdotales conservent la crainte qu’elles avaient du pouvoir romain, crainte qui les menaient à leur livrer Jésus. Une autre crainte que celle des femmes devant l’inouï de la résurrection.

À présent, les mêmes autorités, restant dans le monde du temps et des manœuvres de pouvoir, craignent simplement que cela continue, que ce qui s’est passé, ce dont témoignent les disciples, ne leur cause des ennuis ! « Si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur… » Alors on se dégage de toute responsabilité pouvant passer pour subversive, attribuant le tout aux disciples : les gardes se seront endormis, ils seront venus enlever le corps… premiers linéaments de futures poursuites reportées sur les disciples pour donner des gages de bonne volonté face à Rome.

Les disciples, eux, à l’instar des femmes, sont entrés dans le monde qui vient, où la mort est vaincue. Que peuvent en savoir les régnants de ce monde ?


RP, 13.04.2020
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samedi 11 avril 2020

Temps de repos et de paix


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Jean 19, 38-42
38 Après ces événements, Joseph d’Arimathée, qui était un disciple de Jésus mais s’en cachait par crainte des autorités judéennes, demanda à Pilate l’autorisation d’enlever le corps de Jésus. Pilate acquiesça, et Joseph vint enlever le corps.
39 Nicodème vint aussi, lui qui naguère était allé trouver Jésus au cours de la nuit. Il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres.
40 Ils prirent donc le corps de Jésus et l’entourèrent de bandelettes, avec des aromates, suivant la manière juive d’ensevelir.
41 À l’endroit où Jésus avait été crucifié il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau tout neuf où jamais personne n’avait été déposé.
42 En raison de la fête juive de la Préparation, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

*


Jésus réellement mort, c’est ce que nous dit aujourd’hui l’Évangile selon Jean, qui a annoncé à plusieurs reprises la croix comme élévation. Élevé à la gloire éternelle, sur la croix, peu avant, Jésus nous a rejoints dans le temps jusque dans cette mort qui le voit à présent dépouillé, entouré de bandelettes, parfumé des aromates qui couvrent la cruauté de la mort.

Bach y lira, en ses passions, l’entrée dans le repos de ses membres meurtris dans l’épreuve pour fermer le séjour des morts, jusqu’où il proclame son triomphe.

Repos et paix, ce dont témoigne la mention de deux Judéens membres du Sanhédrin, Joseph d’Arimathée, qui, avant l’entrée dans le Shabbath, lui offre son tombeau, et Nicodème qui apporte les aromates, Nicodème le pharisien que l’on rencontrait au ch. 3 de ce même Évangile.

Joseph d’Arimathée, précise le texte, est disciple de Jésus. Quant à Nicodème, on sait juste qu’il est pharisien, à l’instar de rabbi Gamaliel au livre des Actes des Apôtres, dont il est sûr quant à lui qu’il n’est pas disciple de Jésus, mais qui se sépare pourtant lui aussi de l’avis des autorités judéennes ayant livré Jésus. Des pharisiens, aujourd’hui deux Judéens entourant Jésus dans la mort, voilà qui nous dit qu’il n’y a aucune inimitié en tout cela, au-delà du tragique réalisme d’autorités judéennes soumises à la puissance romaine à laquelle elles ont livré Jésus.

Quelques versets qui nous disent ainsi la paix et la réconciliation qui sont dans ce repos de Shabbath partagé, au jour de cette entrée dans le silence du tombeau — repos et paix remarquablement soulignés dans les derniers moments de la Passion selon saint Jean de Bach… Reposez en paix, saints ossements, et emmenez-moi aussi vers le repos…


Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine,
die ich nun weiter nicht beweine,
ruht wohl,
und bringt auch mich zur Ruh'.

Das Grab, so euch bestimmet ist,
und ferner keine Not umschließt,
macht mir den Himmel auf,
und schließt die Hölle zu.

Ruht wohl,…

Reposez en paix, saints ossements,
que désormais je ne pleure plus ;
reposez en paix,
et emmenez-moi aussi vers le repos.

Le tombeau, tel qu'il vous est destiné,
et qui, de plus, ne recèle aucune détresse,
m'ouvre le ciel,
et ferme les enfers.

Reposez en paix,...



Bach - Passion selon saint Jean - BWV 245 Part 39. Ruht wohl ihr heiligen Gebeine | dir. René Jacobs


RP, 11.04.2020
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Et demain dimanche, culte ici, d'un autre côté

vendredi 10 avril 2020

Vendredi saint, temps d’enfantement



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Jean 19, 23-37
23 Lorsque les soldats eurent achevé de crucifier Jésus, ils prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique : elle était sans couture, tissée d’une seule pièce depuis le haut.
24 Les soldats se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, tirons plutôt au sort à qui elle ira », en sorte que soit accomplie l’Écriture : Ils se sont partagé mes vêtements, et ma tunique, ils l’ont tirée au sort. Voilà donc ce que firent les soldats.
25 Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala.
26 Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »
27 Il dit ensuite au disciple : « Voici ta mère. » Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
28 Après quoi, sachant que dès lors tout était achevé, pour que l’Écriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif » ;
29 il y avait là une cruche remplie de vinaigre, on fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche.
30 Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit.
31 Cependant, comme c’était le jour de la Préparation, les autorités judéennes, de crainte que les corps ne restent en croix durant le sabbat – ce sabbat était un jour particulièrement solennel –, demandèrent à Pilate de leur faire briser les jambes et de les faire enlever.
32 Les soldats vinrent donc, ils brisèrent les jambes du premier, puis du second de ceux qui avaient été crucifiés avec lui.
33 Arrivés à Jésus, ils constatèrent qu’il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes.
34 Mais un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau.
35 Celui qui a vu a rendu témoignage, et son témoignage est conforme à la vérité, et d’ailleurs celui-là sait qu’il dit ce qui est vrai afin que vous aussi vous croyiez.
36 En effet, tout cela est arrivé pour que s’accomplisse l’Écriture : Pas un de ses os ne sera brisé ;
37 il y a aussi un autre passage de l’Écriture qui dit : Ils verront celui qu’ils ont transpercé.

*


Vendredi saint, temps d’enfantement — selon ce que Jésus annonçait lui-même : le grain, en mourant, porte son fruit. Aujourd’hui, mourant dans la soif de Dieu, le Fils de Dieu voit éclore les Écritures, s’ouvrant sur un autre sens de tant de versets cités ici, dans les Psaumes, et de tant d’autres textes non cités, en train d’éclore.

Temps de naissance d’un monde éternel dans l’élévation du Fils à la croix, à la gloire, donné ici dans la parole adressée au disciple bien-aimé et à la mère du Fils de Dieu : voici ton fils, voici ta mère (v. 26 et 27).

On est passé dans un outre temps de ce monde en agonie jusqu’à la fin du temps. Déjà germe le monde éternel de la résurrection, fruit de l’ensemencement donné de Dieu dans le sein de la femme aujourd’hui au pied de la croix. Enfantant la Parole devenue chair, c’est le monde à venir qui germait d’elle. Aujourd’hui la germination de cette semence est annoncée au disciple bien-aimé, comme un premier fruit, qui découvre la provenance éternelle de sa vie dans le temps, conçue à l’image de celui qui meurt pour qu’un monde éternel advienne à ce temps.

Dès lors, « tout est achevé », dit Jésus (v. 30), faisant encore éclore une dernière fois avant sa mort, le fruit d’éternité que souffle l’Esprit éternel, expiré par celui qui, inclinant la tête, remet son esprit, pour entrer dans son Shabbath, comme pour la Genèse de l’achèvement de la création nouvelle.


RP, 10.04.2020
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jeudi 9 avril 2020

"Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ?"


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Jean 13, 1-15
1 Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême.
2 Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait jeté au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, la pensée de le livrer,
3 sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu,
4 Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint.
5 Il verse ensuite de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.
6 Il arrive ainsi à Simon-Pierre qui lui dit : « Toi, Seigneur, me laver les pieds ! »
7 Jésus lui répond : « Ce que je fais, tu ne peux le savoir à présent, mais par la suite tu comprendras. »
8 Pierre lui dit : « Me laver les pieds à moi ! Jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu ne peux pas avoir part avec moi. »
9 Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, non pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
10 Jésus lui dit : « Celui qui s’est baigné n’a nul besoin d’être lavé, car il est entièrement pur : et vous, vous êtes purs, mais non pas tous. »
11 Il savait en effet qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il dit : « Vous n’êtes pas tous purs. »
12 Lorsqu’il eut achevé de leur laver les pieds, Jésus prit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ?
13 Vous m’appelez “le Maître et le Seigneur” et vous dites bien, car je le suis.
14 Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ;
15 car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi.


*


En cette nuit de commémoration de la sortie du pays de l’esclavage dans nos exiguïtés, Pessah, la Pâque juive, mémoire de la libération opérée par Dieu seul, mémoire pour un vécu de liberté par l’observance de sa parole comme loi qui libère — Jésus et ses disciples sont réunis eux aussi.

Commémoration de la liberté donnée par Dieu seul, quand tout est perdu, quand le destructeur va répandre son ombre — l’ange de la mort qui rode sur le monde lors de l’Exode, ombre qui vient d’envahir Judas dans notre texte —, la nuit s’est épaissie, qui ne laissera saufs que ceux qui se confient en Dieu Sauveur seul.

C’est la nuit de la croix qui s’avance en ce soir du jeudi saint où Jésus et ses disciples commémorent, actualisent, à l’instar de tout juif, la nuit de la liberté. S’avance la Pâque de la libération de la mort, Pâque de la liberté et de la pureté de la résurrection.

Déjà, aujourd’hui, « vous êtes purs », a annoncé Jésus à ses disciples… Alors qu’il vient de laver les pieds de Pierre tentant de protester : « Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt », lui dit Jésus (v. 7). Puis, v. 10, « Celui qui est lavé n’a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur ; et vous êtes purs ».

Et, v. 12, « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ? » On est au dernier repas au cours duquel les autres Évangiles donnent l’institution de la Cène eucharistique. Paul donnera aux Corinthiens la même leçon, celle de Jésus — « c’est un exemple que je vous ai donné », avait dit Jésus —, Paul parlant dans un reproche du retard du Royaume : « lorsque vous vous réunissez, ce n’est pas pour partager le repas du Seigneur ; chacun mange pour lui, l’un a faim, l’autre est ivre » (1 Co 11, 20-21). « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ? » avait demandé Jésus.

« Faites ceci en mémoire de moi ("comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ?"). […] Car toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 24-26). Jusqu’à ce que « ce que j’ai fait pour vous » soit devenu la loi de tous, ce cœur de l’enseignement de la loi de liberté comme sortie du pays des exiguïtés, jusque là, la Pâque n’est pas complète, l’histoire est encore dans la nuit.


RP, 09.04.2020
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mercredi 8 avril 2020

"Serait-ce moi ?"



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Matthieu 26, 14-25
14 Alors l’un des Douze, qui s’appelait Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres
15 et leur dit : « Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? »
Ceux-ci lui fixèrent trente pièces d’argent.
16 Dès lors il cherchait une occasion favorable pour le livrer.
17 Le premier jour des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ? »
18 Il dit : « Allez à la ville chez un tel et dites-lui : “Le Maître dit : Mon temps est proche, c’est chez toi que je célèbre la Pâque avec mes disciples.” »
19 Les disciples firent comme Jésus le leur avait prescrit et préparèrent la Pâque.
20 Le soir venu, il était à table avec les Douze.
21 Pendant qu’ils mangeaient, il dit : « En vérité, je vous le déclare, l’un de vous va me livrer. »
22 Profondément attristés, ils se mirent chacun à lui dire : « Serait-ce moi, Seigneur ? »
23 En réponse, il dit : « Il a plongé la main avec moi dans le plat, celui qui va me livrer.
24 Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est écrit de lui ; mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il aurait mieux valu pour lui qu’il ne fût pas né, cet homme-là ! »
25 Judas, qui le livrait, prit la parole et dit : « Serait-ce moi, rabbi ? » Il lui répond : « Tu l’as
dit ! »

*


Alors que Judas est déjà convenu avec les autorités de leur livrer Jésus (v. 14-15), alors, donc, qu’en lui-même, il sait, Jésus ne le désigne pas nommément. Chaque disciple est renvoyé à sa conscience, aucun n’accusant l’autre. Parlant de celui qui le livre, « il vaudrait mieux pour lui qu'il ne soit pas né », dit alors Jésus.

« Serait-ce moi ? » ont demandé les disciples. Attitude juste. Contrairement à celle qui consiste, et ça vaut jusqu’aujourd’hui, à désigner Judas, en se disant : « ce ne pourrait pas être moi ». C’est l’inverse qui est juste. Car au fond, de son point de vue, Judas imagine peut-être d’abord n’être pas dans son tort ! D’où les nombreuses théories qui ont fait le succès de romanciers et de cinéastes à ce sujet.

Le Nouveau Testament, lui, reste très sobre : de l’argent reçu, dont il cherche ensuite à le rendre selon Matthieu, un peu plus loin (ch. 27), finissant par le jeter dans le Temple avant de se pendre !

Manifestement Judas, dans cette perspective, ne voulait pas la mort de Jésus. Que cherchait-il précisément ? Nul ne sait. Ce que l’on perçoit, c’est qu’il n’avait sans doute pas mesuré la portée et les conséquences de son geste. C’est en cela qu’il ressemble finalement aux autres disciples… et à chacun de nous !…

Les onze autres, la parole de Jésus les a placés face à leur conscience et à l’abîme qui s’ouvre. « Serait-ce moi ? » se demande chacun. Et ils ont raison. C’est peut-être cela précisément qui les distingue de Judas qui lui sait, ou croit savoir, et n’a pas conçu les conséquences de sa décision… jusqu’à sa réaction tragique lorsqu’il découvre que cela va déboucher sur la mort de son maître !

Connaissons-nous les conséquences de nos actes, des actes que nous avons posés sans nous mettre à la place d’autrui ? En connaissons-nous les conséquences sur autrui… et sur nous-mêmes ? Sur notre conscience voire notre inconscient ?… qui nous mène inéluctablement à subir ce que nous avons conçu sans en avoir mesuré le prix… « Serait-ce moi ? » — question des disciples qui renvoie chacune et chacun de nous à soi-même, juste après l’enseignement qui précède (Mt 25), où Jésus rappelait : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »…


RP, 08.04.2020
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