lundi 8 juin 2020

Les Béatitudes



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Matthieu 5, 1-12
1 À la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
2 Et, prenant la parole, il les enseignait :
3 « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
4 Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
5 Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
7 Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
8 Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
9 Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.
10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.
11 Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi.
12 Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »

*


D’entrée, l’enseignement-programme de Jésus dans l’Évangile selon Matthieu se fonde sur la Bible hébraïque, ici le premier mot du Premier Psaume. Le mot grec, « makarios », traduit dans nos Bibles par « heureux », est celui par lequel la Bible grecque des LXX traduit le premier mot hébreu du Psaume 1, « asher », qui porte en outre l’idée de mouvement, pour un bonheur qui n’est pas statique. Je cite (Psaume 1, v. 1-3) :

« Heureux qui ne prend pas le parti des méchants, […] mais qui se plaît à la loi du Seigneur et la médite jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près des ruisseaux. »

Où il est question de racines spirituelles, profondes et secrètes. Le bonheur — selon ce sens du mot béatitude — est caché ; dans le propos de Jésus, il est comme la face cachée de nos échecs, de nos fautes et nos gouffres. C’est au cœur du message que nous livrent les Béatitudes. Le bonheur, face cachée de nos défaites reconnues. Cela à l’encontre de l'apparence qui fascine.

Nous voilà appelés au refus de la superficialité. Refus du creux, copie fausse de la vie, qui voudrait que le bonheur ne soit nulle part ailleurs que dans l’aisance matérielle, dans le fait d'être rassasié, dans les réjouissances, dans la considération que l’on nous porte. Jésus enseigne que le bonheur est à peu près le contraire. Tout ce qui brille n'est que clinquant et qui s'y fie rate le bonheur. Ce n’est pas qu'il faille souhaiter la pauvreté, la faim, le deuil, et d'être rejeté et haï !… Mais de savoir où demeure, de façon cachée, la source du bonheur…

Un bonheur au-delà des apparences. Très proche des Psaumes, donc, ce message est proche aussi de celui de l'Ecclésiaste. Car il s’agit de ne pas entendre le bonheur dont il est question comme un bonheur d'arrière-monde qui serait le lot futur de ceux qui décideraient de ne pas vivre dans le temps ! Comme celui de l'Ecclésiaste, le bonheur des Béatitudes est au présent, rachetant ainsi d’avance le futur (par ex. « le Règne des cieux est à eux » — au présent — ; « ils auront la terre en partage » — au futur — etc.). Et c’est là le don de Dieu ! Quoiqu'il en soit des biens temporels.

Ainsi l’Ecclésiaste (5, 19 & 6, 2) : « Si Dieu a donné à [quelqu’un] des biens, s’il l’a rendu maître d’en manger, d’en prendre sa part, et de se réjouir au milieu de son travail, c’est là un don de Dieu. Mais [celui] que Dieu ne laisse pas maître d’en jouir […,] c’est là une vanité. »

« Correctif » de cette vanité, qui reste vanité quoiqu'il en soit : la conscience du don de Dieu, de ses racines spirituelles et secrètes. Là est la source du bonheur, des Béatitudes…


RP, 08.06.2020
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samedi 6 juin 2020

La veuve du Temple et l’Évangile libérateur


Et demain dimanche, culte
ici, D'un autre côté :
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Marc 12, 38-44
38 Dans son enseignement, il disait : « Prenez garde aux scribes qui tiennent à déambuler en grandes robes, à être salués sur les places publiques,
39 à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners.
40 Eux qui dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement, ils subiront la plus rigoureuse condamnation. »
41 Assis en face du tronc, Jésus regardait comment la foule mettait de l’argent dans le tronc. De nombreux riches mettaient beaucoup.
42Vint une veuve pauvre qui mit deux petites pièces, quelques centimes.
43 Appelant ses disciples, Jésus leur dit : « En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc.
44 Car tous ont mis en prenant sur leur superflu ; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

*


Une veuve pauvre qui, avec ses deux petites pièces, donne en fait beaucoup (même si ça semble peu), puisque cela empiète sur son nécessaire, son minimum vital (à l’époque, une veuve est sans ressources financières) : « gardez-vous des gens à la piété exemplaire… » (v. 38, 40), vient — en résumé — de dire Jésus. Certes ils font de belles offrandes — c’est qu'ils ont les moyens, contrairement à la veuve — c’est en ce sens qu’ils dévorent les biens des veuves, selon les termes de Jésus — ; certes ils font de belles prières, signe d’une belle aisance qui se voit jusque dans les dîners. Ils ont déjà leur récompense : avoir brillé. D’autant qu’ils brillent au cœur d’une institution devenue injuste… à laquelle la veuve donne quand même… C’est de ce décalage que parle Jésus.

Il faut, pour éclairer le propos, se rappeler le sens précis du mot « aumône » dans la tradition biblique. Le terme traduit ainsi renvoie au mot hébreu signifiant « justice ». L’aumône devient la restitution d’un équilibre qui a été rompu. La richesse, sous l’angle où elle est productrice de déséquilibres, est mal notée par les auteurs bibliques. Ne pas le voir est pour nous tout simplement une façon subtile de nous masquer qu’il est un certain déséquilibre, accepté, jugé normal ou fatal, mais qui relève tout simplement du péché. Où l’accumulation des uns spolie les autres. Ce qu’à la suite des prophètes, Jésus dénonce : « ils dévorent les biens des veuves ».

La veuve livre sa richesse, ces piécettes, sans calcul, à une institution à vue humaine déplorable qui à l’époque est perçue comme déplorable ! Mais qu’importe si elle enseigne encore à donner ! Le don qui libère ! En libérant en premier lieu de la peur de manquer. Cette peur qui parle en ces termes : « Dieu pourvoira-t-il à mon lendemain ? Alors au cas où, je m’assure moi-même, je thésaurise ».

Voilà une attitude assez commune. Qui n’a pas été l’attitude de la veuve de notre texte. Elle n’a pas craint de donner de son nécessaire. Cela contre l’attitude assez commune de thésauriser que l’on pardonne peu aux autres. Car l’avarice, on le sait, suscite peu la compassion, et pourtant elle est souffrance. L’Évangile du pardon libérateur est peu passé dans ce domaine. On a peu reçu de pardon sur un domaine où l’on a peu confessé, et où donc on pardonne peu. « Celle à qui il a été beaucoup pardonné a beaucoup aimé », dit ailleurs Jésus, d’une autre femme.

L’Évangile libérant de la peur de manquer est à même d’ouvrir la source commune de tous biens ; selon les termes du prophète Malachie (ch. 3, v. 10) d’ « ouvrir des écluses des cieux », source d’une libération de tout l’être.


RP, 06.06.2020
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Et demain dimanche, culte
ici, D'un autre côté :


vendredi 5 juin 2020

Il siège à la droite de Dieu



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Marc 12, 35-37
35 Prenant la parole, Jésus enseignait dans le temple. Il disait : « Comment les scribes peuvent-ils dire que le Messie est fils de David ?
36 David lui-même, inspiré par l’Esprit Saint, a dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur :
Siège à ma droite
jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis
sous tes pieds.
37 David lui-même l’appelle Seigneur ; alors, de quelle façon est-il son fils ? » ? La foule nombreuse l’écoutait avec plaisir.

*


Psaume 110, 1 de la Bible hébraïque : « Parole de l’Éternel à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. » Ce texte est cité explicitement dans les versets de Marc que nous venons de lire, de même que dans Matthieu (22, 44) et Luc (20, 42) ; puis au livre des Actes des Apôtres (2, 34) ; dans le passage de Paul sur la résurrection, en 1 Corinthiens (15, 25) ; ou dans l’Épître aux Hébreux pour parler de la filiation divine de Jésus (ch. 1, 13 & ch. 10, 13).

Ce verset du Psaume 110 (numéroté 109 dans la Bible grecque des LXX et dans la version latine, la Vulgate), ce verset est aussi mentionné de façon plus allusive en un nombre considérable de textes du Nouveau Testament ; et on le retrouve de la sorte dans Symbole de Apôtres : « Il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, et il viendra de là juger les vivants et les morts. » Et dans le Symbole de Nicée-Constantinople : « Il siège à la droite du Père et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts, lui dont le règne n'aura pas de fin ».

La citation de ce verset du Psaume que l’on retrouve selon les Évangiles dans la bouche de Jésus a donc une importance considérable, s’inscrivant dans une lecture de ce Psaume qui précède le christianisme, comme le souligne Marc disant : « La foule nombreuse l’écoutait avec plaisir. » La remarque de Jésus n’est pas en soi une nouveauté : le Psaume présente bien le Seigneur, l’Éternel, le Nom imprononçable comme invitant à sa droite celui que le Psalmiste, ici David, appelle « mon Seigneur » — avec un autre terme que le Nom imprononçable, mais qui place bien David dans une position seconde par rapport à celui qui correspond ici au Messie espéré, espéré par David lui-même.

Voilà qui nous dit beaucoup de choses . En premier lieu, la figure de David apparaît dans la Bible hébraïque comme simple moment historique, certes important, mais d’une réalité dont la racine spirituelle le déborde infiniment, et dans laquelle se fonde l’espérance messianique des contemporains de Jésus. En second lieu, Jésus de façon allusive mais non-explicite, suggère ici qu’il pourrait bien incarner lui-même cette figure messianique fondée en Dieu. Et enfin, dès le Nouveau Testament, plusieurs textes reconnaissent clairement en Jésus l’incarnation de cette figure perçue comme préfiguration céleste du Messie — céleste, voire éternelle : son règne étendu jusqu’à ce que tous jusqu’à ses ennemis le reconnaissent, n’a pas de fin, comme le dit explicitement le Symbole de Nicée-Constantinople, cela parce que, dès le Nouveau Testament, il est perçu dans plusieurs textes comme n’ayant pas de commencement, de même que la figure céleste présentée dans le Psaume est perçue comme éternelle.


RP, 05.06.2020
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jeudi 4 juin 2020

Le premier commandement et le Royaume de Dieu



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Marc 12, 28-34
28 Un scribe s’avança. Il les avait entendus discuter et voyait que Jésus leur avait bien répondu. Il lui demanda : « Quel est le premier de tous les commandements ? »
29 Jésus répondit : « Le premier, c’est : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur ;
30 tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force.
31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. »
32 Le scribe lui dit : « Très bien, Maître, tu as dit vrai : Il est unique et il n’y en a pas d’autre que lui,
33 et l’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices. »
34 Jésus, voyant qu’il avait répondu avec sagesse, lui dit : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.

*


Le scribe de notre texte interroge Jésus à la suite, a précisé Marc, de la discussion qu’il vient d’avoir avec les sadducéens sur la résurrection des morts ; Jésus faisait sienne l’argumentation rabbinique, celle des scribes. D’où la question de notre scribe. Voulant en savoir plus sur ce qu’enseigne Jésus, il l’interroge sur le principal précepte de la Torah. Et voilà donc à nouveau Jésus en plein accord avec les scribes.

C’est qu’il est question ici du fond des choses. Il est question du texte du Deutéronome qui est au cœur de la foi juive : Sh’ma Israël, « écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force » (Deutéronome ch. 6, v. 4-5) ; c’est l’appel fondateur, énoncé quotidiennement, écrit symboliquement sur la main, le front, les portes de la maison. Point de discussion évidemment là-dessus.

Quant au second commandement, il est lui aussi au cœur de la Torah, au Lévitique ch. 19, v. 18, « tu aimeras ton prochain comme toi-même », littéralement « pour ton prochain comme toi-même » ; il est perçu par les scribes comme central — au point qu’en Luc (ch. 10), ce n’est pas Jésus qui énonce le double commandement comme ici, mais un scribe.

Sur cela, le cœur de enseignement biblique, il n’y a pas débat. Le scribe interroge Jésus pour savoir s’il est bien au courant, dans le foisonnement des préceptes de la Torah (on sait que la tradition juive en dénombre 613) — de ce qui en est le cœur.

Aimer Dieu, ou se déplacer de soi, se libérer pour le prochain. Dieu, on ne le voit pas, on ne prononce même pas son Nom. Aussi, on l’aimera où il se rend présent, et en premier lieu en celui, celle, qu’il fait approcher de nous, prochaine, prochain, fait selon son image (cf. 1 Jn 4, 20).

Sur cet accord total, celui qui avait été interrogé, Jésus, se présente en une phrase comme le porteur du Règne de Dieu : « tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. » Ce Règne s’approche par la lecture de la Torah partagée par Jésus et le scribe, non seulement par sa lecture, mais par sa mise en pratique : il ne suffit pas de s’en réclamer, mais il s’agit de la lire et la pratiquer. Un monde auto-centré, sans amour du prochain, brandirait-il la Bible, mais s’en l’ouvrir pour en découvrir le cœur, s’éloigne du Royaume de Dieu, laissant place, au lieu de l’amour, à l’égoïsme, à la haine, au racisme, et à toutes les dérives équivalentes. Hélas l’histoire et l’actualité ne cessent de le démontrer.

Ouvrir les Écritures et en pratiquer le cœur ; se déplacer de soi vers l’amour de Dieu pour aimer, pour vouloir pour le prochain ce que l’on voudrait pour soi, c’est se rapprocher, et rapprocher la société et le monde du Royaume de Dieu.


RP, 04.06.2020
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mercredi 3 juin 2020

Dieu des vivants



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Marc 12, 18-27
18 Des Sadducéens viennent auprès de lui. Ces gens disent qu’il n’y a pas de résurrection. Ils lui posaient cette question :
19 « Maître, Moïse a écrit pour nous : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une femme, mais sans laisser d’enfant, qu’il épouse la veuve et donne une descendance à son frère…
20 Il y avait sept frères. Le premier a pris femme et est mort sans laisser de descendance.
21 Le second a épousé cette femme et est mort sans laisser de descendance. Le troisième également,
22 et les sept n’ont laissé aucune descendance. Après eux tous, la femme est morte aussi.
23 A la résurrection, quand ils ressusciteront, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme, puisque les sept l’ont eue pour femme ? »
24 Jésus leur dit : « N’est-ce point parce que vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu que vous êtes dans l’erreur ?
25 En effet, quand on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux.
26 Quant au fait que les morts doivent ressusciter, n’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au récit du buisson ardent, comment Dieu lui a dit : “Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob” ?
27 Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes complètement dans l’erreur. »

*


Les sadducéens de notre texte ont soulevé, non sans humour, un problème qui ne pouvait que jeter le trouble dans le jardin des partisans d'une conception un peu matérialiste de la résurrection ; conception dont Jésus montre ici qu'il ne la fait pas sienne. Si les sadducéens, à en croire ce qu’on dit d’eux, n’admettent pas plus d’anges que de résurrection, Jésus leur affirme que les ressuscités sont semblables aux anges ! L'argumentation, en apparence étrange — dans la résurrection on est « comme des anges dans les cieux » — nous déplace de nos compréhensions.

« Quant au fait que les morts doivent ressusciter, dit alors Jésus, n’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse » ?… Par ces mots, Jésus reprend à son compte l’argument lisant la résurrection dans les mots de l'Exode (ici au ch. 3), lecture dont on sait qu’elle est celle de la tradition juive rabbinique : on la retrouve dans le Talmud.

S'y résume la certitude que tout repose sur la réalité efficace de la Parole de Dieu, la force créatrice de sa Parole, qui « ne retourne pas à lui sans effet ». La Torah est reçue comme Parole de Dieu. Dieu y nomme les patriarches. Ainsi lorsqu’il nomme Abraham, Isaac et Jacob, qui plus est en les liant à sa présence — « Je serai » —, il les situe dans sa propre éternité ; sa Parole éternelle sur eux les place au-dessus de leur quotidien, elle les place d’emblée dans l’éternité de Dieu : Dieu est éternel, en les nommant, ils les a nommés dans l’éternité, ils sont donc eux aussi dans l’éternité. « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».

« Je serai » a dit le Dieu d'éternité, qui se présente comme le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. À Moïse lui demandant son nom, il le dévoile comme promesse : « Je serai », quoiqu'il arrive. Écho dans les mots du Ressuscité adressés à chacun de nous : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du temps » (Mt 28, 20b).

Notre vie éternelle est fondée dans la Parole par laquelle Dieu nous nomme, dans le regard qu'il porte sur nous, et qui transfigure les méandres de nos quotidiens grisâtres (illustration remarquable dans les jours que nous venons de traverser et dont nous ne sommes pas pleinement sortis) ; notre quotidien dans lequel il nous faut vivre à la suite de Jésus. Y retentit la promesse d'amour d'un Dieu révélé déjà comme amour au buisson ardent, c'est là son être-même. Je serai avec toi quoiqu'il arrive. Même si mon souvenir se perd dans la brume de ta mémoire, de ton esprit, de tes mots en défaut, moi, Dieu d'éternité, je me souviens (c'est au cœur du passage de l'Exode). Dieu d'éternité, Je serai avec toi.


RP, 03.06.2020
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mardi 2 juin 2020

Laissez la vanité à l’idole



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Marc 12, 13-17
13 Ils envoient auprès de Jésus quelques Pharisiens et quelques Hérodiens pour le prendre au piège en le faisant parler.
14 Ils viennent lui dire : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu ne te laisses pas influencer par qui que ce soit : tu ne tiens pas compte de la condition des gens, mais tu enseignes les chemins de Dieu selon la vérité. Est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? Devons-nous payer ou ne pas payer ? »
15 Mais lui, connaissant leur hypocrisie, leur dit : « Pourquoi me tendez-vous un piège ? Apportez-moi une pièce d’argent, que je voie ! »
16 Ils en apportèrent une. Jésus leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils lui répondirent : « De César. »
17 Jésus leur dit : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et ils restaient à son propos dans un grand étonnement.

*


Que de succès la formule de Jésus « rendez à César… » n’a-t-elle pas eu ! Dernier usage connu en date : on en a fait depuis 1905, la racine de la laïcité et de la séparation des Églises et de l’État, certes bienvenue… Sauf que ce n’est pas le propos de Jésus — qui disait cela bien avant 1905 et les autres lois de séparation modernes. Ou alors le christianisme historique est un peu long à la détente !

Le texte annonce la couleur : il s’agit d’un piège… On envoie auprès de Jésus des pharisiens et des hérodiens. Étrange attelage. Les pharisiens, comme les disciples de Jésus, perçoivent les hérodiens comme les tristes pantins des Romains.

Le piège consiste à amener Jésus — soit à dire devant les hérodiens, qui s’empresseront de faire leur rapport aux autorités, qu’il se veut le porte-parole d’un royaume souverain, Israël, et qu’il n’est évidemment pas comme Hérode, à la solde de Rome ; — soit à se défiler et se discréditer auprès des siens en prônant la soumission symbolique à Rome par l’impôt ! Auquel cas, c’est parmi les pharisiens que certains se chargeront de colporter la nouvelle.

C’est pourquoi la réponse de Jésus ne signifie pas ce qu’on a pris l’habitude d’en faire : une réponse qui serait au fond hérodienne, légitimant l’Empire romain. N’a-t-on pas, en effet, fait professer à Jésus une théorie du double pouvoir : le temporel à César, le spirituel aux représentants attitrés de Dieu…

Une telle lecture de ce texte revient — s’en rend-on compte ? — à dire qu’on aurait réussi à montrer aux pharisiens et aux disciples de Jésus qu’il est au fond au service — conscient ou pas — du pouvoir romain. Or ce n’est manifestement pas ce que pharisiens et hérodiens ont compris.

Quand Jésus dit « rendez à César ce qui est à César », il parle de la vanité de ce qu’il s’agit de lui rendre. Sur la pièce est une idole, César figure cette idole — Jésus et ses interlocuteurs ne peuvent que s’y accorder sans peine. Que les affaires d’idoles restent donc des affaires d’idolâtres : laissez leur cela. Pas de quoi satisfaire les hérodiens, traités implicitement de païens.

Quant aux pharisiens, la teneur de la seconde proposition ne leur échappe pas. « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu » n’est aucunement parallèle à « rendez à César ce qui est à César ». Comme si Dieu et César étaient chacun à la tête de deux banques fonctionnant en parallèle, comme les euros qui reçoivent les symboles souverains de chaque État européen.

Les pharisiens ne s’y sont bien sûr pas trompés. Dieu est au-delà de César, infiniment au-delà, et tout lui appartient, César y compris… Quand César n’est plus d’actualité, mais que Mammon, l’argent devenu idole, la vraie idole derrière tous les César, l’est plus que jamais, ce texte vient nous enseigner de rendre à Dieu ce qui est à Dieu en laissant les idoles à leur vanité pour vivre dès à présent une autre réalité, celle du Règne de Dieu, qui n’est pas de ce monde.


RP, 02.06.2020
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lundi 1 juin 2020

La pierre rejetée devenue pierre angulaire



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Marc 12, 1-12
1 Et il se mit à leur parler en paraboles. « Un homme a planté une vigne, l’a entourée d’une clôture, il a creusé une cuve et bâti une tour ; puis il l’a donnée en fermage à des vignerons et il est parti.
2 « Le moment venu, il a envoyé un serviteur aux vignerons pour recevoir d’eux sa part des fruits de la vigne.
3 Les vignerons l’ont saisi, roué de coups et renvoyé les mains vides.
4 Il leur a envoyé encore un autre serviteur ; celui-là aussi, ils l’ont frappé à la tête et insulté. 5 Il en a envoyé un autre – celui-là ils l’ont tué –, puis beaucoup d’autres : ils ont roué de coups les uns et tué les autres.
6 Il ne lui restait plus que son fils bien-aimé. Il l’a envoyé en dernier vers eux en disant : “Ils respecteront mon fils.”
7 Mais ces vignerons se sont dit entre eux : “C’est l’héritier. Venez ! Tuons-le, et nous aurons l’héritage.”
8 Ils l’ont saisi, tué et jeté hors de la vigne.
9 Que fera le maître de la vigne ? Il viendra, il fera périr les vignerons et confiera la vigne à d’autres.
10 N’avez-vous pas lu ce passage de l’Écriture : "La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire.
11 C’est là l’œuvre du Seigneur : quelle merveille à nos yeux !" »
12 Ils cherchaient à l’arrêter, mais ils eurent peur de la foule. Ils avaient bien compris que c’était pour eux qu’il avait dit cette parabole. Et le laissant, ils s’en allèrent.

*


Qui ces vignerons indignes représentent-ils ? Et par qui seront-ils remplacés ? Serait-on dans la tristement célèbre théologie de la substitution de l’Église à Israël — comme on l’a pensé si souvent à travers l’histoire ? Théologie débouchant à terme sur des violences antisémites. N’est-ce pas l’impression que peut donner ce texte ? La vigne de Dieu confiée à d’autres !

Et bien non, ce n’est pas là une parabole contre les juifs. Ceux qui cherchent à arrêter Jésus sont divers responsables. Ils font cela conformément à une habitude qui n’est pas nouvelle contre les porte-parole que Dieu envoie. Et qui correspond à une manie universelle de rejeter ceux dont le message dérange. Une attitude qui au temps de Jésus n’est donc pas nouvelle, et ne l’est pas plus en Israël qu’ailleurs.

Il n’est qu’à lire ce qui se passait déjà au temps des anciens prophètes. Il n’est qu’à voir aussi la façon dont ont été traités les divers envoyés de Dieu aux époques ultérieures et notamment dans les diverses périodes de l’Église chrétienne, et particulièrement, peut-être, la nôtre (pensons par ex. au cas célèbre de M.-L. King) ; et cela en premier lieu de la part de ceux qui se voient octroyer des tâches et responsabilités, toujours provisoires !…

De tout temps, on a donné des bons points à ceux qui les caressaient dans le sens du poil. Et de tout temps, on a mal noté, critiqué, maltraité, voire physiquement, les prophètes que Dieu envoie, mais qui bien sûr ne disent pas forcément ce que l’on voudrait entendre ; mais, dans la mesure du possible, ce que Dieu dit. À partir de là, c’est une parabole sur la limite d'une période qui nous est donnée : les limites d'un temps qui passe sont atteintes. Et si vous ne changez pas, les choses changeront, malgré vous et contre vous.

Au temps où Jésus parle, et pour plusieurs décennies encore, il n’est pas question d’une Église non-juive et institution de pouvoir qui serait substituée à Israël ! Il est question de responsables d’un pays soumis à Rome, et qui pour garder ce pouvoir reçu de Rome sont prêts à toutes les compromissions et à la violence contre ceux qui remettent cela en question. Tôt ou tard, cela prend terme et ceux qui ont porté la parole de vérité se voient justifiés, la parole de vérité se révèle comme pierre angulaire. Cette parole que porte Jésus, et dont la vérité exclue avec lui aura, malgré les apparences raison d’autorités compromises alors avec Rome, en tout temps avec les faux-semblants qui passeront.


RP, 01.06.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm