dimanche 22 septembre 2013

"Qui dites-vous que je suis ?"


« Qui dit-on que je suis ?... Et vous qui dites-vous que je suis ? » a demandé Jésus à ses disciples. Chez Matthieu la réponse est sous-entendue dans la première question de Jésus — en ces termes : « Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ? » (Matthieu 16, 13-15 – trad. Segond)

Le Fils de Homme est cette figure, connue des disciples, qui annonce dans des livres comme Ézéchiel ou Daniel l’inauguration du Royaume de Dieu : il s'agit d'un être céleste, qui demeure auprès du Père, le Fils de l'Homme qui est dans les cieux — et qui vient sur la terre.

Jésus, qui vient donc de dire que c'est lui ce Fils de l'Homme, celui qui vient inaugurer et apporter le Royaume, renvoie alors les disciples à eux mêmes : qu'en est-il de votre perception ? Qui dites-vous que je suis ? De là la réponse de Pierre : « qui est-tu ? Mais, Fils de l'Homme, tu es donc le Christ — le Messie ! » D'où son refus de le voir mourir. À cette compréhension de Pierre (qui a compris... à sa façon : celui qui est venu du ciel ne peut mourir !), Jésus (Matthieu 16, 20 sq.) a répondu aux disciples qu'il sera crucifié, avant d'ajouter qu'il leur faut aussi se préparer (v, 24) : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. » Voilà qui éclaire la question de Jésus ! : votre réponse vous engage... Notre réponse nous engage...



samedi 31 août 2013

Des scoops sur Jésus...


… Se ramassent à la pelle. Très à la mode, son « mariage », serpent de mer de ces dernières années, utile à l'audience médiatique. C’est France 5 qui nous resservait cela ce 30 août 2013




… À l'occasion de la récente mise en lumière d'un fragment de manuscrit, semblant resservir cette idée. Chacun des intervenants du documentaire, pourtant spécialiste, semble ignorer les conséquences du fait que ce fragment de manuscrit, s'il est authentique, est issu de milieux gnostiques — à l'instar de parties d'un Évangile dit de Philippe redécouvertes dans la collection gnostique de Nag-Hammadi, où l'on a cru trouver trace dudit « mariage », ce qui a fait la fortune de l'auteur du Da Vinci Code.

Or pour les gnostiques, Jésus n'est pas pourvu d'un corps semblable au nôtre, qui est matériel et doté de sens. Pas le sien ! Le terme que l'on retient, concernant cette idée gnostique, est celui de « docétisme », du grec dokein, qui signifie « sembler » : Jésus aurait semblé revêtir un corps matériel comme le nôtre, mais ce ne fut pas le cas…

Voilà qui est décidément assez peu entendu, malgré le fait que la presse-même a relayé cela (quand elle ne s'est pas arrêtée à la tentation tabloïd du scoop) : « Pour les gnostiques, Jésus était un être totalement spirituel. Son mariage avec Marie-Madeleine était, pour ce courant, exclusivement mystique et symbolique. [Il visait, pour ce courant, à] accréditer sa cosmogonie très compliquée ».
Tandis que « Les rabbis faisant autorité appuyaient cette autorité sur le fait d'être mariés et parents, d'avoir en quelque sorte réalisé pleinement le plan de Dieu pour l'homme pour pouvoir être réellement sages. […] Si Jésus avait été marié, il est probable que ses disciples auraient mis cet aspect en valeur comme une preuve de son autorité. » (Cf. Natalia Trouiller, in La Vie 19/09/2012.)

Au XIXe siècle, Jésus, kantien, était un professeur de morale. Au XXe, devenu marxiste, il était un précurseur du Che Guevara, après que, à l'opposé de l’échiquier politique, des scientifiques de l’Allemagne des années 1930 aient tenté d’expliquer qu'il n'était pas juif. Etc. Au temps actuel, où l’expérience sexuelle, après les temps où elle était quasi-interdite, est devenue obligatoire, voire « pour tous », on le retrouve forcément marié… à l'appui des gnostiques pour qui il n'est pas secret que le mariage était pour le moins suspect !

À quand le prochain scoop à l'ordre du jour ? — genre nouvelle découverte des ossements de Jésus, sachant ou pas que ce fondement de la foi chrétienne qu'est sa résurrection a toujours été inaccessible à la raison…


mercredi 28 août 2013

"Je fais un rêve" (1963 / 2013)


Le 28 août 1963, Martin Luther King « n’est qu’un parmi 16 intervenants et il n'a que 5 minutes […]. Martin Luther King a senti qu’il manquait un quelque chose qui distingue un grand discours d’un discours historique. Il l’a ajouté au dernier moment. […] Le discours a duré 17 minutes au lieu de 5. » (Béatrice Toulon)
Aujourd'hui, « le vrai sens du message de King est lamentablement bafoué. Peut-être parce qu’il ne rentre pas nettement dans une phrase choc de douze secondes ni un tweet de 140 caractères » (Tavis Smiley)


« Lorsque Martin Luther King a commencé à critiquer la guerre dans le Sud-Est asiatique, le président Lyndon B. Johnson a annulé l’invitation qu’il lui avait lancée de venir à la Maison-Blanche. Le Prix Nobel de la paix est devenu persona non grata. […] Dans les années qui ont suivi la Marche, la cote de popularité de Martin Luther King s’est effondrée. Mais il a continué à se battre. […] » (Tavis Smiley)


samedi 29 juin 2013

Mais quelle mouche a piqué Fath ?



Etrange article de S. Fath. Le sociologue, qui pour être « évangélique » n’en est pas moins habituellement très… comment dire… « Télérama compatible » (selon l’expression par laquelle lui-même qualifie « les certitudes » des « hommes d’appareil » de l’EPUdF et de la FPF), donne ici l’impression très nette de… se lâcher !… Avec modération toutefois, convoquant d’entrée un élu protestant lyonnais qu’il couvre de compliments… Bons points décernés comme pour dire qu’il ne les octroie pas, oh non !, aux présidents de l’EPUdF et de la FPF…

L’article commence par l’annonce de la « fusion » (sic !) que serait l’ « EPUF ». Avec l’ombre d’un regret : que ce phénomène « minoritaire » (il y insiste à plusieurs reprises) ait été quand même « l'événement protestant du mois [de mai 2013], et l'un des faits majeurs de l'année au sein des Eglises issues de la Réforme » — bien que la chose ait été « "montée en épingle" par ses promoteurs » (l’expression "montée en épingle", pour recevoir des guillemets, n’en est pas moins de S. Fath, qui semble ne pas trop goûter le fait que les luthéro-réformés essaient de leur mieux de prendre la leçon des évangéliques en matière de communication)…

Après cette introduction pour le moins imprécise, et après les bons points décernés à l’élu lyonnais, S. Fath passe donc au cœur de son propos, la « la tentation, jamais démentie chez les protestants français réformés, de préempter l'identité protestante à leur profit ». Pour cela, il attaque vivement… l’AFP !, visant une dépêche pour le moins lamentable, en effet. Le rapport avec l’EPUdF ? On se dit que S. Fath aurait pu se renseigner : l’AFP n’est pas un organe de l’EPUdF, ni de la FPF (elle aussi interpellée) ! Si comme le remarque à juste titre S. Fath, l’AFP a produit une phrase déplorable sur les évangéliques, est-ce forcément à l’EPUdF ou à la FPF d’envoyer « un correctif à l'AFP » ? Pourquoi pas le CNEF, puisqu’il semble que ce soit certains de ses membres qui seraient visés par la dépêche caricaturale, le CNEF ou telle ou telle Eglise évangélique (celle de S. Fath par ex.) ?

Voilà qui me rappelle une récrimination de certains de mes collègues évangéliques souhaitant que l’ERF, désormais EPUdF, soit pour eux l’interface organisant leur participation auprès des catholiques lors de la semaine de l’unité — alors qu’ils sont censés être participants à plein, en tant qu’Eglise souveraine au même titre que l’EPUdF.

Le sociologue, après avoir reproché au président de l’EPUdF de n’avoir pas fait la promotion des évangéliques dans une interview journalistique consacrée à l’union luthéro-réformée, chapitre le prochain président de la FPF (sans prendre en compte que les retranscriptions écrites des deux interviews ne rendent peut-être pas au mieux l’esprit des conversations initiales), lequel tiendrait des propos « mal informés » ; — le sociologue aurait été bien inspiré de s’informer lui-même auprès de ceux qu’il attaque, avant d’écrire sa diatribe, bardée d’inexactitudes dès sa première phrase. Ayant participé à mon humble mesure (à un plan synodal régional) au travail du processus d’union, je peux témoigner de l’insistance avec laquelle on a répété qu’il ne s’agissait pas de « fusion » (terme que S. Fath reprend systématiquement), mais d’union — et qu’il fallait écrire EPUdF (avec un d) et éviter l’abréviation EPUF (que S. Fath reprend à l’envi ici, et dans tous ses articles) : à éviter au motif que ce serait très gênant dans nos relations avec les Eglises allemandes — vu que Epuf y évoquerait… le bordel / Puff ! S. Fath n’est pas obligé de connaître l’allemand, mais enfin, on se renseigne… À moins qu’il n’ait voulu suggérer que la… « bordélique » diversité protestante demeure malgré tout au sein de la nouvelle « fusion » à laquelle il semble pourtant reprocher de l’oblitérer.

J’ajoute une information qui semble aussi avoir échappé à S. Fath : il ne corrige en effet aucun de ses commentateurs qui répètent l’erreur qui veut que la dénomination-même « EPUdF » soit « préemptioniste », entre autres par son « U » : sauf que le « U » de « Unie » répond notamment à une demande des… évangéliques, transmise par le président évangélique de la FPF d’alors : ce « Unie » permet de ne pas risquer de finir par résumer en usage courant le nom de la nouvelle Union en « Eglise Protestante », sachant qu’il y en a d’autres.

À un point de sa lecture, on ne peut s'empêcher de se demander si l’article de S. Fath n'a pas quelque chose d'une saute d’humeur en forme de lapsus révélateur : on est fondé à se demander si la fameuse « préemption réformée » ne relève pas en grande partie d’un fantasme né d’un complexe de minoritaires qui ne se sentent pas suffisamment « Télérama compatibles » (contrairement aux autres « hommes d’appareil », quant à des « certitudes maquillées en doutes », dont ils ne manquent pas d’user aussi à l’occasion comme les autres — une « Télérama compatibilité » souvent réelle, qui ne manque pas de m’agacer aussi).

Finalement, que ressort-il du coup de gueule de S. Fath — qui va jusqu’à friser le point Godwin en convoquant Marine Le Pen en regard de la dépêche déplorable de l’AFP mettant en cause les « populations immigrées » de mouvance pentecôtiste ? Propos de l’AFP effectivement condamnables. Mais à nouveau l’AFP n’est pas un organe de l’EPUdF — dans laquelle, à ma connaissance du moins, on n’a pas trouvé de pasteurs membres du FN, contrairement à ce qui a pu se voir côté évangélique.

Voilà un autre point où il y aurait à balayer chacun devant sa porte, outre le complexe de « préemption » des uns largement nourri par le complexe d’infériorité des autres.

Notons en outre que le processus d’union de l’EPUdF est bien plus prudent et humble que celui qui avait présidé à l’enthousiasme de la création de l’ERF en 1938, qui avait laissé plusieurs pans des Eglises de côté : nombre de méthodistes, une moitié des libristes, les « EREI » / UNEPREF. Avec l’EPUdF, aucune Eglise de l’ex-EELF ou de l’ex-ERF n’est restée de côté.

L’enthousiasme de 1938 n’est sans doute pas étranger à l’impression de certains, dont S. Fath, qu’il y aurait — « tentation jamais démentie chez les protestants français réformés » (sic) — une « étrange spécificité nationale qui fait sourire dans bien d'autres pays, où l'on sait fort bien que le protestantisme se conjugue au pluriel. » Les protestants luthéro-réformés français (S. Fath oublie systématiquement les luthériens : seuls les réformés, apparemment, seraient victimes de « l’impensé catholico-jacobin ») ne sont peut-être pas toujours si incultes que le suggère S. Fath : ils savent parfois eux aussi « fort bien », comme dans « bien d’autres pays », que « le protestantisme se conjugue au pluriel » ! À ce point, on a l’impression que S. Fath en est resté à un état-parenthèse de la sociologie réformée française post-1938, ce qui conduirait à lui suggérer une mise à jour de ses logiciels.

L’enthousiasme de 1938 a pu faire espérer une nouvelle forme d’union, ecclésiale, là où le protestantisme français n’était pas plus ignorant de son évidente diversité (organisée en partie de façon fédérative), voire division (d’où la démarche de 1938 voulant y remédier). La pluralité, la diversité, se conjuguent avec l’unité, contrairement à la division — cf. la question de la Cène résolue dans le respect des diversités pour les luthériens et réformés. La question de l’autre sacrement, le baptême, divise encore quand un très grand nombre d’évangéliques nient la validité du baptême administré par les luthériens et les réformés, certains allant jusqu’à leur refuser le titre de « chrétiens ». À ce point la polémique soulevée par S. Fath pourrait être à double tranchant et la « préemption » pourrait se retourner, invitant chacun à modérer son ton et à prendre garde à sa poutre dans l’œil…

Où il eût été plus évangélique (au sens non-confessionnel/dénominationnel du terme — mon usage du mot dans les lignes qui précèdent aurait mérité des guillemets : les luthéro-réformés le revendiquent aussi) — où il eût été plus évangélique, au sens propre donc, de la part de S. Fath, de lire dans un esprit de bienveillance, sinon de pardon, les propos retranscrits d’interviews orales des pasteurs qu’il met en cause (quand on sait en outre combien les retranscriptions journalistiques écrites peuvent parfois trahir volens nolens les propos tenus dans une conversation informelle, en éroder les pointes d’humour, etc.). En retour je ne doute pas que, dans le même esprit évangélique, les concernés pardonneront à S. Fath son étrange coup de sang.

Attitude plus fraternelle que de renvoyer les luthéro-réformés à René Girard en enjoignant les évangéliques à s'autoproclamer martyrs sous figure de « tiers-exclu ».

Dernier point, à titre d’info : on notera que le site de la paroisse de Poitiers de l’EPUdF consacre deux (2 !) onglets aux « autres Eglises protestantes de la ville » (qu’elles soient FPF, CNEF, ou sans rattachement para-local), présentées en termes bienveillants. On serait ravi de voir apparaître la réciproque sur leurs sites, que celui de l’EPUdF met en liens…

R.P.


lundi 17 juin 2013

Résurrection & vie éternelle



« Je crois [...] la résurrection de la chair et la vie éternelle. »

« Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. »


*

Résurrection — resurrectio (de resurgere) en latin, anastasis en grec — signifie littéralement « relèvement » (et donc, ici, relèvement d’entre les morts).

Si la notion relève, dans les Credo, de la foi, et de la foi en Christ ressuscité, elle correspond aussi, en soi, à un héritage philosophique, qui précède l’événement du dimanche de Pâques — c’est ce que souligne 1 Corinthiens 15 : « si les morts ne ressuscitent point, Christ non plus n'est pas ressuscité » (v. 17).

Un héritage reçu déjà auparavant par les pharisiens, et connu en Perse. C’est toute la question de la destinée humaine, et via l’homme qui conçoit cette notion, de la destinée de Création, qui est posée. L’intuition de l’éternité qui habite l’être humain passager (intuition « mise par Dieu dans le cœur de l’homme » — Ecc 3, 11) débouche sur des réflexions diverses, depuis celle de la mortalité en dépit de cette intuition (Ecc 9, 10), jusqu’à la conception de l’immortalité de l’âme (développée rationnellement par Platon). La notion de résurrection, qui ne reçoit, en général, pas l’aval des Grecs du premier siècle, admet que l’âme a pour fonction d’animer un corps, qui est pleinement constitutif de l’être humain : l’intuition de l’éternité concerne l’humain en son entier.

Les textes du Nouveau Testament mentionnant les apparitions du Ressuscité appuient cette approche là : le Christ ressuscité est doté de chair et d’os ! Ainsi là où le Symbole de Nicée-Constantinople parle de résurrection des morts, attend la résurrection des morts, le Symbole des Apôtres parle, lui, de résurrection de la chair, croit la résurrection de la chair — c’est-à-dire qu’il insiste sur l’idée que l’être humain est assumé en son entier dans l’éternité.

*

Dans l’Évangile selon Jean : « "Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi." Thomas lui répondit : "Mon Seigneur et mon Dieu." » (Jean 20, 27-28)

Dans le même ordre d’idées, dans l’Évangile selon Luc, Jésus s’adresse aux disciples de la sorte (Luc 24, 39) : « Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai. » Étrange invite que cette invite de Jésus… Scandale pour la raison que cette résurrection de la chair que Jésus signe ici dans son corps ressuscité : « un esprit n’a ni chair ni os ». Scandale pour la raison. D’où la tentation de « spiritualiser » tout cela… et de professer la résurrection, mais pas vraiment « de la chair » !

C’est contre cela qu’en Jean, Jésus invite Thomas à toucher ses plaies. Et il y invite aussi les douze et avec eux, par leur intermédiaire, tous ceux qui viendront ensuite, nous : heureux ceux qui n’ont pas vu comme Thomas, et qui ont cru, pourtant. Ici, on passe de la réflexion philosophique à la foi — « résurrection de la chair ». Car, quel est l’enjeu ? L’enjeu est rien moins que le sens — éternel ! — de notre vie, de notre vie « terrestre ».

Notre vie ne se réalise, ne se concrétise, que dans notre histoire, dans nos rencontres, dans la trivialité du quotidien, bref, dans la chair ! Et c’est cela qui est racheté, radicalement et éternellement racheté au dimanche de Pâques. Le rachat dont il est question n’est pas l’accès à un statut d’esprit évanescent. C’est bien tout ce qui constitue notre être, notre histoire, l’expérience de nos rencontres et donc de nos sens, de notre chair, qui est racheté. Notre histoire qui a fait de nous, qui fait de nous, qui fera de nous, ce que nous sommes, cette réalité de nos vies uniques devant Dieu. C’est l’extraordinaire nouvelle qui nous est donnée par le Ressuscité : lui aussi, Fils éternel de Dieu, advient à l’éternité qui est la sienne par le chemin de son histoire dans la chair : ses plaies elles-mêmes, qui ont marqué sa chair, sont constitutives de son être !

… Signe que tous nos instants, ceux de Thomas, des Apôtres, les nôtres, chacun de nos moments uniques dans l’éternité, est porteur de notre propre vocation à l’éternité !… à la « vie éternelle » (Symbole de Apôtres — vitam aeternam), ou « vie des siècles » (Nicée-Constantinople — vitam ventúri saeculi / ζωὴν τοῦ μέλλοντος αἰῶνος).

On retrouve ici la notion de « siècles », ou « mondes » que l’on a vue en parlant de la création du monde — selon la configuration antique du monde — que l’on retrouve dans le grec de la louange finale du Notre Père : « aux siècles des siècles » « aïonia ») : c’est le même mot que « siècle / monde (à venir) » employé dans le Symbole de Nicée-Constantinople. C’est aussi le mot qui traduit le terme hébreu « ‘olam » qui l’on trouve dans Ecclésiaste 3, 11, et que l’on rend souvent par « éternité » — ainsi dans « la vie éternelle ».

Un vocabulaire qui, compte tenu de la vision du monde qu’il suppose (« monde étagé » en plusieurs niveaux, ou « cieux ») parle d’une vie, la nôtre, dotée d’une richesse spirituelle, vie éternelle que l’Évangile de Jean appelle parfois simplement « La Vie ». Confesser la vie éternelle suppose donc affirmer que la vie dont il est question dans les textes bibliques ne se limite pas à sa dimension biologique, ni même culturelle, mais que ces dimensions-là trouvent leur sens et leur plénitude dans une dimension qui les dépasse, comme un autre niveau d’être, « siècle », « monde », « ciel » qui dès maintenant, et sans limitation de temps, pas même par la mort, investi notre être entier :

« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11, 25-26).

« Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu » (Colossiens 3, 3).


R.P.
Une lecture protestante des Credo.

Église réformée de Poitiers.
Catéchisme pour adultes.
2012-2013.
Chaque 3e mardi du mois à 20 h 30.
8) 18 juin 2013 — Résurrection & vie éternelle