samedi 5 avril 2014

La foi - "substance des choses qu’on espère"



sickpage: shuttermaki
(photo ici)

La foi - dans l’Épître aux Hébreux : 11,1 – 12,13.


Hébreux 11, 1-7
1  [...] La foi, c’est l’assurance des choses qu’on espère, la démonstration de celles qu’on ne voit pas.
2  C’est à cause d’elle que les anciens ont reçu un bon témoignage.
3  C’est par la foi que nous comprenons que le monde a été formé par la parole de Dieu, de sorte que ce qu’on voit ne provient pas de ce qui est visible.
4  C’est par la foi qu’Abel offrit à Dieu un sacrifice de plus grande valeur que celui de Caïn; par elle, il fut déclaré juste, Dieu lui-même rendant témoignage à ses offrandes; et par elles, quoique mort, il parle encore.
5  C’est par la foi qu’Hénoch fut enlevé, de sorte qu’il ne vit pas la mort; et on ne le trouva plus, parce que Dieu l’avait enlevé. Car avant son enlèvement, il a reçu le témoignage qu’il plaisait à Dieu.
6  Or, sans la foi, il est impossible de lui plaire; celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent.
7  C’est par la foi que Noé, divinement averti de ce qu’on ne voyait pas encore et saisi d’une pieuse crainte, construisit une arche pour sauver sa famille; c’est par elle qu’il condamna le monde et devint héritier de la justice qui s’obtient par la foi.


L’Épître aux Hébreux nous a conduits jusqu’à ce ch. 11 dans sa conviction que si notre temps passager est en train de passer, si ce passage risque même de se faire dans la douleur, ce monde qui passe a un fondement inébranlable que le Christ est venu dévoiler.

Et cela de façon telle qu’ayant vécu la réalité de l’humanité, et cela jusqu’à la mort, il l’a conduite aussi, à travers ce passage de sa propre mort à son fondement éternel. Et cet accès n’est le fait que de la foi, de la foi seule, « substance des choses qu’on espère », « substance » littéralement selon le mot grec employé ici. Ce mot désigne le fondement de ce qui est, en dessous, ce qui se tient en dessous ; ici, ce qui se tient en dessous, ce qui fonde ce que l’on espère et que le Christ a dévoilé.

Rappelons que l’auteur de l’Épître tient là à ses lecteurs un propos visant à leur consolation dans un temps de détresse où ce qui tient lieu de cœur du monde et de sa relation avec Dieu, le Temple, est en proie à la violence de l’armée romaine, à la veille de sa destruction : la foi est la substance de ce que l’on espère. La foi, et rien, pas même l’Église où cette parole doit être proclamée. Comme le rite du Temple, seul rite biblique, symbolise une réalité éternelle, le rite de l’Église a fonction symbolique et la parole qu’elle porte désigne ce fondement éternel.

Les Églises et leurs rites relèvent du provisoire. Le Christ ne se confond pas avec une Église. La réalité éternelle sur laquelle il ouvre relève de la foi seule. L’auteur témoigne ainsi, malgré les différences notables qui l’en distinguent, de sa proximité d’avec Paul, avec lequel on l’a parfois confondu.

Ainsi, ce n’est pas celui qui a fait montre de puissance, Caïn que Dieu justifie, mais celui qui a foi, Abel. Ou encore, Hénoch qui selon la Genèse a accédé à la réalité éternelle par une élévation est le signe de la foi comme substance fondamentale. Noé qui selon la Genèse a traversé la destruction du monde par la foi en est un autre. « La justice s’obtient par la foi ».


Hébreux 11, 8-22
8  C’est par la foi qu’Abraham, obéit à l’appel (de Dieu) en partant vers un pays qu’il devait recevoir en héritage; et il partit sans savoir où il allait.
9  C’est par la foi qu’il vint s’établir dans la terre promise comme en un pays étranger, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers avec lui de la même promesse.
10  Car il attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur.
11  C’est par la foi aussi que Sara elle-même, malgré son âge avancé, fut rendue capable de donner le jour à une descendance, parce qu’elle tint pour fidèle celui qui a fait la promesse.
12  C’est pourquoi d’un seul homme—et d’un homme déjà atteint par la mort—sont issus (des descendants) aussi nombreux que les étoiles du ciel et que le sable qui est au bord de la mer et qu’on ne peut compter.
13  C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises, mais ils les ont vues et saluées de loin, en confessant qu’ ils étaient étrangers et résidents temporaires sur la terre.
14  Ceux qui parlent ainsi montrent clairement qu’ils cherchent une patrie.
15  Et s’ils avaient eu la nostalgie de celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu l’occasion d’y retourner.
16  Mais en réalité ils aspirent à une patrie meilleure, c’est-à-dire céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu; car il leur a préparé une cité.
17  C’est par la foi qu’Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac. C’est son fils unique qu’il offrait, lui qui avait reçu les promesses
18  et à qui il avait été dit: C’est par Isaac que tu auras une descendance qui porte ton nom.
19  Il comptait que Dieu est puissant, même pour faire ressusciter d’entre les morts. C’est pourquoi son fils lui fut rendu: il y a là un symbole.
20  C’est par la foi qu’Isaac bénit Jacob et Ésaü en vue de l’avenir.
21  C’est par la foi que Jacob, au moment de mourir, bénit chacun des fils de Joseph, et qu’il se prosterna en s’appuyant sur l’extrémité de son bâton.
22  C’est par la foi que Joseph, proche de sa fin, fit mention de l’exode des fils d’Israël, et qu’il donna des ordres au sujet de ses ossements.


L’Épître rappelle à présent que le peuple hébreu, auquel l'auteur s’adresse en quelque sorte à travers ses lecteurs fidèles du Temple, a été fondé sur la foi en une promesse concernant quelque chose qu’il ne voyait pas encore.

Pour cela, l’Épître remonte aux racines patriarcales, aux premiers temps de la constitution du peuple, d’Abraham à l’exil égyptien.

Aucun de tous ceux-là, d’Abraham à Joseph, qui n’ait cheminé par la foi sur les routes de la promesse.

Il n’est pas jusqu’aux passages les plus concrets qui n’aient été traversés par la foi, puisque sans la foi de Sarah, devenue trop âgée pour enfanter, Isaac n’aurait pas vu le jour indispensable pour qu’advienne la réalisation de la promesse !

Pas de retour possible vers une nostalgie d’un passé qui ne reviendra pas. Nous voilà « étrangers et résidents temporaires sur la terre. » En marche vers une autre patrie, « c’est-à-dire céleste ». La transposition, pratique typique de l’Épître aux Hébreux, est ici remarquable. Transposition immédiate. La promesse est au fond, en vérité, celle de la rencontre du fondement éternel de ce temps passager : la Cité céleste.

Promesse de résurrection : il n’est pas jusqu’à la ligature d’Isaac par Abraham qui ne soit lue à la lumière de la foi à la résurrection, qui s’est à présent approchée dans le Christ préexistant dans ce monde de la résurrection et venu la dévoiler dans notre temps passager.

C’est ainsi, qu’au moment même de la mort, au moment même de la sépulture, les gestes et rites de Jacob et de Joseph, depuis l’exil d’Égypte, signifient dans la foi la certitude de l’accomplissement de la promesse.


Hébreux 11, 23-40
23  C’est par la foi que Moïse, à sa naissance, fut caché pendant trois mois par ses parents; car ils virent que l’enfant était beau et ne craignirent pas l’édit du roi.
24  C’est par la foi que, devenu grand, Moïse refusa d’être appelé fils de la fille de Pharaon
25  aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que d’avoir la jouissance éphémère du péché.
26  Il estimait en effet que l’opprobre du Christ était une plus grande richesse que les trésors de l’Égypte; car il regardait plus loin, vers la récompense.
27  C’est par la foi qu’il quitta l’Égypte sans craindre la fureur du roi; car il tint ferme, comme voyant celui qui est invisible.
28  C’est par la foi qu’il fit la Pâque et l’aspersion du sang, afin que l’exterminateur ne touche pas aux premiers-nés des Israélites.
29  C’est par la foi qu’ils traversèrent la mer Rouge comme une terre sèche, tandis que les Égyptiens qui en firent la tentative furent engloutis.
30  C’est par la foi que les murailles de Jéricho tombèrent, après qu’on en eut fait le tour pendant sept jours.
31  C’est par la foi que Rahab la prostituée ne périt pas avec les non-croyants, parce qu’elle avait accueilli pacifiquement les espions.
32  Et que dirais-je encore? Car le temps me manquerait si je passais en revue Gédéon, Barak, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes
33  qui, par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions,
34  éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l’épée, reprirent des forces après avoir été malades, furent vaillants à la guerre et mirent en fuite des armées étrangères.
35  Des femmes retrouvèrent leurs morts par la résurrection. D’autres furent torturés et n’acceptèrent pas de délivrance, afin d’obtenir une résurrection meilleure.
36  D’autres éprouvèrent les moqueries et le fouet, bien plus, les chaînes et la prison.
37  Ils furent lapidés, mis à l’épreuve, sciés, ils furent tués par l’épée, ils allèrent çà et là, vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dénués de tout, opprimés, maltraités—
38  eux dont le monde n’était pas digne! errants dans les déserts, les montagnes, les cavernes et les antres de la terre.
39  Et tous ceux-là, qui avaient reçu par leur foi un bon témoignage, n’ont pas obtenu ce qui leur avait été promis.
40  Car Dieu avait en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne parviennent pas sans nous à la perfection.


Après les patriarches et le début de l’exil en Égypte, la revue des pères de la foi se poursuit avec Moïse et l’Exode et avec l’entrée en Canaan.

Moïse donné comme préfiguration du Christ par cette phrase célèbre et remarquable : « Il estimait en effet que l’opprobre du Christ était une plus grande richesse que les trésors de l’Égypte ». Le cœur de la vérité de l’humain est donné dans cette formule choc qui permet de saisir combien l’alternative à l’exil spirituel, le remède à la douleur de l’exil présente au fond des consciences, n’est pas dans une évasion éthérée, mais dans un regard sans concession sur la réalité de notre condition.

C’est aussi cela que symbolise le rite de la Pâques évoqué ici, où « l’aspersion du sang » sauve de « l'exterminateur ».

La contact avec le fondement éternel de nos êtres se fait dans la profondeur de la réalité, fût-elle douloureuse, pas dans sa fuite.

Il en est de même pour les triomphes évoqués ensuite :

Viennent alors les héros — ces anciens dirigeants du peuple que sont les juges —, les rois et les prophètes. Tous leurs combats ont été ceux de la foi en regard d’une promesse pour laquelle ils ont supporté toutes les persécutions, et dont la substance a été dévoilée dans le Christ : non pas de simples lendemains qui s’éloignent toujours et déchantent toujours, mais le fondement préexistant et inébranlable de ce qui passe — fondement qui en est la perfection.

La perfection. Ce qui « nous » a été accordé : « Dieu avait en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne parviennent pas sans nous à la perfection ». Communauté de combat, communauté de foi : la parole qui fonde éternellement le projet de Dieu s’est approchée, dévoilée par le Christ.


Hébreux 12, 1-13
1  Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée,
2  les yeux fixés sur Jésus, qui est l’auteur de la foi et qui la mène à la perfection. Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a supporté la croix, méprisé la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu.
3  Considérez en effet celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition contre sa personne, afin que vous ne vous fatiguiez pas, l’âme découragée.
4  Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang en combattant contre le péché.
5  Et vous avez oublié l’exhortation qui vous est adressée comme à des fils: Mon fils, ne prends pas à la légère la correction du Seigneur, Et ne te décourage pas lorsqu’il te reprend.
6  Car le Seigneur corrige celui qu’il aime, Et frappe de verges tout fils qu’il agrée.
7  Supportez la correction: c’est comme des fils que Dieu vous traite. Car quel est le fils que le père ne corrige pas?
8  Mais si vous êtes exempts de la correction à laquelle tous ont part, alors vous êtes des enfants illégitimes et non des fils.
9  Puisque nous avons eu des pères selon la chair, qui nous corrigeaient et que nous avons respectés, ne devons-nous pas, à plus forte raison, nous soumettre au Père des esprits pour avoir la vie?
10  Nos pères, en effet, nous corrigeaient pour peu de temps, comme ils le jugeaient bon; mais Dieu nous corrige pour notre véritable intérêt, afin de nous faire participer à sa sainteté.
11  Toute correction, il est vrai, paraît être au premier abord un sujet de tristesse et non de joie; mais plus tard elle procure un paisible fruit de justice à ceux qu’elle a formés.
12  C’est pourquoi redressez les mains abattues et les genoux paralysés.
13  Que vos pieds suivent des pistes droites, afin que ce qui est boiteux ne dévie pas, mais plutôt soit guéri.


Puisque Jésus est au fondement et au terme de la foi par laquelle advient le salut et le monde de paix espérés, reste à garder « les yeux fixés » sur lui en considérant que toutes les épreuves traversées, et toutes les épreuves qui s’annoncent, il les a connues.

Toujours cette exhortation à ne pas céder à la tentation de se décourager. D’autant plus que le combat n’est pas terminé. D’autres persécutions s’annoncent.

Ici l’auteur reprend le thème classique dans la Bible hébraïque de la persécution comme épreuve. L’image biblique classique pour cela est celle du creuset affinant l’or par le feu. Ici la comparaison est celle de la correction — à l’époque châtiment corporel par les verges. L’illustration est donc parlante. Elle dit beaucoup concernant la dimension extrêmement désagréable de ce que vivent les lecteurs de l’Épître.

Elle suggère aussi que le désagrément est partagé par Dieu. Non seulement en ce que le Christ nous a précédés dans l’épreuve, mais aussi — tout parent lecteur de l’Épître le comprend, et cela vaut aussi pour une époque où la pratique n’est plus aux châtiments corporels ! — le parent corrigeant son enfant en partage la souffrance : mais croit cependant devoir le faire pour son avenir.

Le propos de l’Épître n’est pas de dire la légitimité ou pas de la correction paternelle (et surtout pas du châtiment corporel !) — mais de fournir une théodicée (justification de Dieu) auprès de lecteurs qui doivent bien être tentés d’en vouloir à Dieu dont ils attendent la délivrance immédiate. Et loin de voir la délivrance, c’est la persécution qui sévit et s’amplifie. C’est cela que Dieu nous envoie tandis que nous persévérons ?

Voilà alors que l’auteur fait donc des lecteurs, via ce thème du châtiment, l’avant-garde de la purification du monde. Ils subissent par leur douleur, le prix de la solidarité avec le monde où ils cheminent — comme le Christ lui-même est venu en solidarité.

Le monde de violence qui est le nôtre, sort de cette violence dans la souffrance — que subissent les persécutés. C’est là la façon dont Dieu conduit le monde à sa perfection — hélas, on voit peu de délivrances face à l’oppression qui ne prennent pas un terme à travers des souffrances et des épreuves, souffrances dès lors décrites ici comme correction. En vue du « paisible fruit de justice à ceux qu’elle a formés ».

Gardons donc « yeux fixés sur Jésus ».

Ce n’est pas le moment de se décourager. L’auteur vient de le dire. Au contraire, sur la base de la promesse, sur la certitude la fidélité de Dieu, il faut se serrer les coudes et supporter les dernières épreuves du chemin de l’Exode vers le Royaume.

Parole appuyée par les références aux promesses messianiques des prophètes. Ici l’évocation d’Ésaïe est sensible : « le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. Des eaux jailliront dans le désert, des torrents dans la steppe. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif en sources jaillissantes. Dans le repaire où gîte le chacal, l’herbe deviendra roseau et papyrus. Là on construira une route qu’on appellera la voie sacrée » (És 35, 6-8a). Et de même : « Réconfortez, réconfortez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et proclamez à son adresse que sa corvée est remplie, que son châtiment est accompli, qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR deux fois le prix de toutes ses fautes. Une voix proclame: "Dans le désert dégagez un chemin pour le SEIGNEUR, nivelez dans la steppe une chaussée pour notre Dieu. Que tout vallon soit relevé, que toute montagne et toute colline soient rabaissées, que l’éperon devienne une plaine et les mamelons, une trouée !" » (És 40, 1-4).


RP
Une lecture de l’Épître aux Hébreux

Étude biblique 2013-2014
Église protestante unie de France / Poitiers
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
7) Mardi 8 & jeudi 10 avril 2014
VI. La foi : 11,1 – 12,13. (PDF)
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dimanche 16 mars 2014

Présence de Dieu et force de l’humilité



Psaume 8
2 SEIGNEUR, notre Seigneur,
Que ton nom est magnifique
par toute la terre !
Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur !
3 Par la bouche des tout-petits et des nourrissons,
tu as fondé une forteresse
contre tes adversaires,
pour réduire au silence l'ennemi revanchard.
4 Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu as fixées,
5 qu'est donc l'homme pour que tu penses à lui,
l'être humain pour que tu t'en soucies ?
6 Tu en as presque fait un dieu :
tu le couronnes de gloire et d'éclat ;
7 tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ;
tu as tout mis sous ses pieds :
8 tout bétail, gros ou petit,
et même les bêtes sauvages,
9 les oiseaux du ciel, les poissons de la mer,
tout ce qui court les sentiers des mers.
10 SEIGNEUR, notre Seigneur,
que ton nom est magnifique
par toute la terre !


Une tout autre cosmologie que celle d’aujourd’hui, mais déjà l’intuition des infinis…

Cf. au début de l’ère moderne, post-galiléenne, Pascal (Pensées, Fragment 72) — non sans rapport probable avec sa méditation du Psaume :

« Disproportion de l'homme. — Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.
Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est ; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix.
Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ?
Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ses jambes, du sang dans ses veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ses humeurs, des vapeurs dans ces gouttes ; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours ; il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinité d'univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné ; et trouvant encore dans les autres la même chose sans fin et sans repos, qu'il se perde dans ses merveilles, aussi étonnantes dans leur petitesse que les autres par leur étendue; car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l'égard du néant où l'on ne peut arriver ?
Qui se considérera de la sorte s'effraiera de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles ; et je crois que, sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption.
Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti.
Que fera-t-il donc, sinon d'apercevoir quelque apparence du milieu des choses, dans un désespoir éternel de connaître ni leur principe ni leur fin ? Toutes choses sont sorties du néant et portées jusqu'à l'infini. Qui suivra ces étonnantes démarches ? L'auteur de ces merveilles les comprend. Tout autre ne le peut faire.
Manque d'avoir contemplé ces infinis, les hommes se sont portés témérairement à la recherche de la nature, comme s'ils avaient quelque proportion avec elle. C'est une chose étrange qu'ils ont voulu comprendre les principes des choses, et de là arriver jusqu'à connaître tout, par une présomption aussi infinie que leur objet. Car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une présomption ou sans une capacité infinie, comme la nature. […] »



A fortiori dans le cadre de l’astrophysique actuelle…

On estime aujourd’hui que l'Univers observable compte quelques centaines de milliards de galaxies de « masse significative », c’est-à-dire contenant quelques centaines de milliards d’étoiles. Ce nombre n’est toutefois pas limitatif, puisque le nombre d’étoiles des galaxies dites « naines », c’est-à-dire ne comptant « que » quelques millions d'étoiles, est difficile à déterminer du fait de leur masse et de leur luminosité « très faibles », et qu’en outre d’autres, trop lointaines, échappent à notre observation. L’Univers dans son ensemble, dont l'extension réelle n'est pas connue, est susceptible de compter un nombre immensément plus grand de galaxies.

Bref, quelques centaines de milliards de galaxies de masse significative sans compter les galaxies moins grandes, et donc plus difficilement observables, et les autres qui nous échappent !

Notre galaxie, la Voie lactée, est une des centaines de milliards de galaxies observables, et de masse dite « significative ». La Voie lactée a une extension de l'ordre de 100 000 années-lumière. C’est-à-dire que l’on perçoit les étoiles lointaines de notre seule galaxie comme elles étaient il y a 100 000 ans. Et notre galaxie est donc une seule de ces galaxies de quelques centaines de milliards d'étoiles.

Le soleil est une des centaines de milliards d’étoiles de cette galaxie, elle-même une parmi quelques centaines de milliards de galaxies semblables observables. Le soleil est donc l’étoile de notre système solaire, autour duquel tourne la terre — sur laquelle nous nous questionnons sur tout cela aujourd’hui.

Voilà qui met les choses en perspective, et qui est fondé à nous donner le sens du vertigineux en regard de nos préoccupations !

Troublant en un sens, car on pourrait se dire, en considérant les choses que je viens d’essayer de résumer très brièvement, que tout ça est le fait du hasard, un mini-bouillon de culture hasardeux dans l’Univers.

Qu’est-ce que l’homme… ? (Psaume 8)


Un « Laboratoire » ?

Tsimtsoum

- Le tsimtsoum ou retrait (plutôt contraction) : retrait partiel de Dieu pour laisser place à un vide où par l'intermédiaire d'un rayon Il procédera à la création en alimentant dix réceptacles appelés sefirot qui seront à l'origine de la vie et de la création.
- La chevirat hakelim ou brisure des vases : à cette création parfaite initiale fut ajouté un rayon en ligne droite appelé homme primordial que ne purent contenir les réceptacles de la lumière divine. Ils se brisèrent donc libérant la lumière divine sous forme d'étincelles, de copeaux qui se répartirent dans le monde.
- Le tiqoun ou réparation : c'est à l'homme qu'incombe la tâche de réparer les vases. Pour ce faire, l'homme doit agir à l'intérieur de lui même pour faire le tri, rassembler les étincelles, et que le peuple d'Israël répare la brisure originelle.


Extrait du livre "L'Arbre de Vie" du Cabaliste le ARI (Isaac Luria) - traduction Nelly Baron © (Cf. aussi) :

« Sache qu'avant la création, seule existait la lumière supérieure
qui, simple et infinie,
emplissait l'univers dans son moindre espace.
Il n'y avait ni premier ni dernier, ni commencement, ni fin,
Tout était douce lumière harmonieusement et uniformément équilibrée
En une apparence et une affinité parfaites,
Quand par Sa volonté furent créés le monde et Ses créatures,
Dévoilant ainsi Sa perfection,
- source de la création du monde -,
Voici qu'Il se contracta en Son point central,
Il y eut alors restriction et retrait de la lumière,
Laissant autour du point central entouré de lumière
Un espace vide formé de cercles.
Après cette restriction, d'En-haut vers En-bas
Un rayon s'est étiré de la lumière infinie
Puis est descendu graduellement par évolution dans l'espace vide.
Épousant le rayon, la lumière infinie dans l'espace vide est alors descendue,
Et tous les mondes parfaits furent émanés.
Avant les mondes, il n'y avait que Lui,
Dans une Unité d'une telle perfection,
Que les créatures ne peuvent pas en saisir la beauté,
- car aucune intelligence ne peut Le concevoir,
Car en aucun lieu Il ne réside, Il est infini, Il a été, Il est et Il sera.
Et le rayon de lumière est descendu
Dans les mondes, dans la noire vacuité,
Chacun de ces mondes étant d'autant plus important
Qu'il est proche de la lumière,
Jusqu'à notre monde de matière, au centre situé,
A l'intérieur de tous les cercles, au centre de la vacuité scintillante,
Bien loin de Celui qui est Un, bien plus loin que tous les autres mondes,
Alourdi à l'extrême par sa matière,
Car à l'intérieur des cercles il est,
Au centre même de la vacuité scintillante... »



Tsimtsoum – Chevirat – Tiqoun // Création – Chute – Rédemption

Tsimtsoum (retrait de Dieu en vue de la Création) :
humilité de Dieu & Prière du vide –> un projet / sephirot (vases)
Chevirat (brisement des vases) :
// imaginaire : big-bang / galaxies / etc.
Tiqoun (réparation) :
prière vers la vie –> laboratoire –> / humilité (contre la frénésie)


… Et en regard de la microphysique contemporaine

L’objet infime de notre observation est modifié par l’observateur…

« Lorsque nous observons un objet, nous le percevons à travers notre regard. Le regard n’est pas neutre. Il agit comme un filtre et sélectionne les éléments en fonction de sa sensibilité. Il ne retient que ce qu’il peut percevoir à la manière d’une pellicule photographique qui s’imprègne d’une image en fonction de sa propre capacité réceptive. Ainsi, le monde entier passe au crible de nos sens. Que voyons-nous vraiment ? En fait, nous ne percevons que ce qui correspond à notre façon de voir. Et inversement, de quelle nature sont les phénomènes que nous ne saisissons pas ? À cela, il ne peut y avoir de réponse, puisque, par définition, nous n’en avons aucune idée. […]

Quid de la science objective ? Selon les termes mêmes du physicien allemand Werner Carl Heisenberg (1901-1976) : « ce que nous observons n’est pas la nature elle-même, mais la nature exposée à notre méthode d’investigation (…) L’objet de la recherche n’est donc plus la nature en soi, mais la nature livrée à l’interrogation humaine et dans cette mesure, l’homme ne rencontre ici que lui-même » (Werner Heisenberg, La Nature dans la Physique contemporaine, Folio essais, p. 137). D’une certaine façon, on serait tenté de dire que dans ses derniers chapitres consacrés à la microphysique, le livre de la nature se referme sur son lecteur. » (
Henri-Marc Becquart, L’épopée de l’univers, p. 12 & 17)

Où la science contemporaine bouscule jusqu’à la logique aristotélicienne, qui continue pourtant de fonctionner au plan quotidien, au plan du sens commun, tout comme la gravitation continue d’être à l’ordre du jour, et comme l’expérience sensorielle nous maintient dans le géocentrisme : nous voyons bien que « le soleil et lève et se couche » — … nous concevons même toujours, à l’instar des hommes de l’époque de l’invention de l’Écriture, la terre comme un espace d’accueil de la vie ! Nous comptons toujours nos jours, sept jours, en regard des sept planètes du monde ancien géocentrique et nos mois en douze cycles que les anciens retrouvaient en symboles dans la sphère des étoiles fixes… L’humain reste un être de signes et de symboles…

*

Humilité

La pensée de l’homme apparaît comme signe de la présence de Dieu. Pensée et étonnement comme mystère et signe personnel de Dieu.

Apparaît alors le rapport entre la figure messianique idéale et l’Homme comme figure primordiale, expression du Fils de l’Homme des Apocalypses.

Nous voilà au point où la grandeur de l’homme apparaît en ce qu’il pense — roseau pensant — son humilité radicale d’être du temps, où il se révèle fondé en éternité.

Pascal à nouveau (Pensées, Fragment 397) :

« La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable.
C'est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. […]
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. »



… Où pour ne pas basculer à nouveau dans l’orgueil face à l’univers, l’on est mis face à la nécessité de l’oubli — où l’humilité se rappelle comme racine du mot « homme » : l’homme concret, au plus concret l’enfant (Ps 8, 3) ancrant la louange du Dieu présent dans la distance entre lui-même (tout petit) et l’idée éternelle de lui-même pensé par Dieu (Ps 8, 5), face à laquelle il est fondé. Force hors mesure face à toute adversité !


RP
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6) Mardi 18 & jeudi 20 mars 2014 - Présence de Dieu et force de l’humilité (PDF)


lundi 10 mars 2014

Offrande unique




Offrande unique du Fils : ch. 10, 1-39


Hébreux 10, 1-18
1  Ne possédant que l’esquisse des biens à venir et non l’expression même des réalités, la loi est à jamais incapable, malgré les sacrifices, toujours les mêmes, offerts chaque année indéfiniment, de mener à l’accomplissement ceux qui viennent y prendre part.
2  Sinon, n’aurait-on pas cessé de les offrir pour la simple raison que, purifiés une bonne fois, ceux qui rendent ainsi leur culte n’auraient plus eu conscience d’aucun péché?
3  Mais, en fait, par ces sacrifices, on remet les péchés en mémoire chaque année.
4  Car il est impossible que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés.
5  Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit: De sacrifice et d’offrande, tu n’as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps.
6  Holocaustes et sacrifices pour le péché ne t’ont pas plu.
7  Alors j’ai dit: Me voici, car c’est bien de moi qu’il est écrit dans le rouleau du livre: Je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté.
8  Il déclare tout d’abord: Sacrifices, offrandes, holocaustes, sacrifices pour le péché, tu n’en as pas voulu, ils ne t’ont pas plu. Il s’agit là, notons-le, des offrandes prescrites par la loi.
9  Il dit alors: Voici, je suis venu pour faire ta volonté. Il supprime le premier culte pour établir le second.
10  C’est dans cette volonté que nous avons été sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus Christ, faite une fois pour toutes.
11  Et tandis que chaque prêtre se tient chaque jour debout pour remplir ses fonctions et offre fréquemment les mêmes sacrifices, qui sont à jamais incapables d’enlever les péchés,
12  lui, par contre, après avoir offert pour les péchés un sacrifice unique, siège pour toujours à la droite de Dieu
13  et il attend désormais que ses ennemis en soient réduits à lui servir de marchepied.
14  Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie.
15  C’est ce que l’Esprit Saint nous atteste, lui aussi. Car après avoir dit:
16  Voici l’alliance par laquelle je m’allierai avec eux après ces jours-là, le Seigneur a déclaré: En donnant mes lois, c’est dans leurs cœurs et dans leur pensée que je les inscrirai,
17  et de leurs péchés et de leurs iniquités je ne me souviendrai plus.
18  Or, là où il y a eu pardon, on ne fait plus d’offrande pour le péché.


Les cultes sont du temps, l’éternité est de l’éternité. Les rites, tous les rites, sont symboliques. Il s’agit d’en venir au cœur de la réalité, qui n’est pas soumise aux fluctuations du temps. À nouveau, la « suppression du premier culte » ne consiste pas à un remplacement par un autre rituel ! — mais à l’ouverture sur l’éternité céleste, sur la réalité dont tout rite est le symbole.

Selon l’auteur, c’est au cœur de la réalité que le Christ a conduit. C’est le sens de la citation de la Bible (prise dans les Psaumes et Jérémie) : « tu n’as pas voulu de sacrifice ou d’offrande, tu m’as façonné un corps ». Sacrifice et offrande ont valeur symbolique. Le Christ préexistant revêtant le corps que Dieu lui « a façonné », y dévoile la réalité éternelle. Il y dévoile ce que les sacrifices et rites symbolisent et ne font que symboliser, avant comme après sa venue.

Tel n’est pas le cœur du rite. Le cœur de la signification du rite est dans ce que le Christ accomplit et manifeste. « Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie ». Il n’y a d’entrée dans la présence de Dieu que par le don total : là se réalise le projet de l’Alliance. C’est là ce que le Christ seul a accompli, et que dès lors il a accompli pour nous. Plus d’offrande pour le péché quand on accède à la réalité céleste, qui est au-delà du péché. Pâque définitive où se dévoile la vérité de l’Alliance et de sa promesse. On retrouve les prophètes : Jérémie, cité, Ézéchiel aussi (ch. 37). On entre dans le domaine central de l’Alliance, au cœur où elle se scelle : dans l’intériorité, en deçà du rite : la Loi inscrite dans les cœurs. Cela ne dispense pas du rite, de ses symboles. Mais cela les met à leur place : pour nous, pour notre enseignement, et non pas pour Dieu ! Le rite a fonction pédagogique, avant comme après la venue du Christ.

La vérité de l’Alliance elle, se scelle dans les cœurs et les pensées.

*

Allons un pas plus loin, pour percevoir plus précisément quel est le bouleversement qu’initie Jésus en matière de sacrifice qui met fin au cycle du péché et de la culpabilité. Je m’en référerai à ce qu’a écrit René Girard sur le sacrifice en rapport avec le mimétisme (l’imitation les uns des autres) et à son lien avec la violence, et le péché et la culpabilité qu'il nourrit.

Si deux individus désirent la même chose, dit René Girard, il y en aura bientôt un troisième, un quatrième. Le processus fait facilement boule de neige. Il suffit d’observer la naissance d’une querelle chez des enfants au sujet d’une queue de cerise, ou d’un jouet publicitaire dans une boîte de lessive, par exemple. Il suffit qu’il y en ait un pour deux, et que l’un des deux l’ait trouvé intéressant pour que s’amorce une querelle. Qu’est-ce d’autre que le fait d’être plusieurs à le convoiter tel métal jaune — ce désir partagé qui lui donne tant de valeur ? Et on reconnaît là le point de départ de toute querelle, ce que René Girard appelle le « mimétisme », l’imitation les uns des autres dans le désir — ce qui fait que le fautif n’est pas celui qui commence (en fait on ne sait jamais qui c’est), mais celui et ceux qui continuent.

L’objet de la querelle est vite oublié, tandis que les rivalités se propagent, et le conflit se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, « la guerre de tous contre tous » (ce que Girard appelle la «crise mimétique») — fruit du péché, qui nous poursuit ensuite par la culpabilité.

Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ? Ici, les hommes ont trouvé « l’idée » d’un « bouc émissaire » (le terme fait référence à l’animal expulsé au désert chargé symboliquement des fautes du peuple selon la Bible).

Où on retrouve bien sûr, l’idée de sacrifice. C’est ainsi, précisément, qu’au paroxysme de la crise de tous contre tous peut intervenir ce «mécanisme salvateur» du groupe : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un (ou une minorité), qui n’a d’ailleurs même pas de rapport avec le problème de départ ! Si le report sur un «bouc émissaire» ne se déclenche pas, c’est la destruction du groupe. Pourquoi « mécanisme » ? C’est que sa mise en marche ne dépend de personne mais découle du phénomène lui-même.

Plus les rivalités pour le même objet s’exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier ce qui en fut l’origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres. À ce stade de fascination haineuse la sélection d’antagonistes va se faire de plus en plus instable, changeante, et c’est là qu’il se pourra qu’un individu (ou une minorité) polarise l’appétit de violence.

Que cette polarisation s’amorce, et par un effet boule de neige, elle s’emballe : la communauté tout entière (unanime !) se trouve alors rassemblée contre un individu unique (ou une minorité).

Ainsi la violence à son paroxysme aura tendance à se focaliser sur une victime et l’unanimité à se faire contre elle. L’élimination de la victime fait tomber brutalement l’appétit de violence dont chacun était possédé l’instant d’avant et laisse le groupe subitement apaisé et hébété. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme l’origine de la crise et la responsable de ce miracle de la paix retrouvée – par une sorte de « plus jamais ça ». Elle devient sacrée, c’est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. C’est la genèse du religieux selon Girard, du sacrifice rituel comme répétition de l’événement violent fondateur.

Mais l’illégitimité de cette violence va déboucher sur une sorte de réhabilitation des victimes. Pour un « plus jamais ça ».

« Plus jamais ça » ! Eh bien c’est précisément ce cycle infernal vers un «plus jamais ça» que les sacrifices rituels mettent entre parenthèse tandis que Jésus y met fin en ne s’y prêtant pas, en ne répliquant pas, en mourant, donc.

Une seule solution contre le cycle sans fin de la violence : le pardon, déjà dans nos relations quotidiennes. Ce qui suppose l’acceptation de la violence contre soi — pour la stopper. Jésus acceptant la croix : c’est là sa mission. Peu dans l’histoire ont compris cela, même après Jésus.

Jésus est venu pour mettre fin à un cycle infernal qui est tout simplement ce qui empêche l’avènement du Royaume : il est venu stopper le cycle de la violence qui empêche la venue du Royaume.

Il se fait lui-même, qui est innocent, la victime qui met fin aux sacrifices par lesquels on détournait provisoirement la violence. Voilà ce que dit, en ses termes à elle, l’Épître aux Hébreux.

*

Hébreux 10, 19-31
19  Nous avons ainsi, frères, pleine assurance d’accéder au sanctuaire par le sang de Jésus.
20  Nous avons là une voie nouvelle et vivante, qu’il a inaugurée à travers le voile, c’est-à-dire par son humanité.
21  Et nous avons un prêtre éminent établi sur la maison de Dieu.
22  Approchons-nous donc avec un cœur droit et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de toute faute de conscience et le corps lavé d’une eau pure;
23  sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.
24  Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux œuvres bonnes.
25  Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour.
26  Car si nous péchons délibérément après avoir reçu la pleine connaissance de la vérité, il ne reste plus pour les péchés aucun sacrifice,
27  mais seulement une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui doit dévorer les rebelles.
28  Quelqu’un viole-t-il la loi de Moïse? Sans pitié, sur la déposition de deux ou trois témoins, c’est pour lui la mort.
29  Quelle peine plus sévère encore ne méritera-t-il pas, vous le pensez, celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura profané le sang de l’alliance dans lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce?
30  Nous le connaissons, en effet, celui qui a dit: A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai! Et encore: Le Seigneur jugera son peuple.
31  Il est terrible de tomber aux mains du Dieu vivant.


Résistance à la tentation de tout abandonner quand apparemment, non seulement le salut promis par Jésus n’apparaît pas de façon ostensible, mais quand par-dessus le marché, tout semble au contraire partir à vau l’eau. La menace romaine sur le Temple, la persécution…

Alors face à la tentation de l’apostasie (c’est bien ainsi que l’auteur l’interprète), les arguments classiques reprennent du service. Arguments des plus sévères : du jugement à la Loi de Moïse sur la lapidation ! « Quelqu’un viole-t-il la loi de Moïse? Sans pitié, sur la déposition de deux ou trois témoins, c’est pour lui la mort » ! Qu’on se rassure, la menace est livresque.

La tradition rabbinique nous permet de savoir que les lapidations envisagées par la Torah n’ont pas à être appliquées ! Elles ont valeur pédagogique : dire la gravité de la faute, mettre en garde contre le péril que fait courir à la société de tels dérapages. C’est dans cette tradition que Jésus s’inscrit en dénonçant la proposition de lapidation de la femme adultère (Jean 8). Et il le fait avec les mêmes arguments que les rabbins talmudiques. « Pour qui se prend le lapidateur, au fond non moins suspect que sa victime, pour la mettre à mort ? » Et Jésus, qui lui, est présenté comme le saint par excellence, de conclure en disant à la femme : « moi non plus, je ne te condamne pas, va et ne pèche plus ».

On est dans ce genre de menace pédagogique contre la gravité de tout abandonner, au moment où de plus, la victoire est à portée de main, au cœur même de la menace romaine. Malgré la menace le Christ a triomphé et apporté le salut définitif. Quelle stupidité que d’abandonner l’espérance et sa parole proclamée dans les assemblées (avec en grec un mot qui parle de « Synagogues ») que certains sont tentés d’abandonner !


Hébreux 10, 32-39
32  Mais souvenez-vous de vos débuts: à peine aviez-vous reçu la lumière que vous avez enduré un lourd et douloureux combat,
33  ici, donnés en spectacle sous les injures et les persécutions; là, devenus solidaires de ceux qui subissaient de tels traitements.
34  Et, en effet, vous avez pris part à la souffrance des prisonniers et vous avez accepté avec joie la spoliation de vos biens, vous sachant en possession d’une fortune meilleure et durable.
35  Ne perdez pas votre assurance, elle obtient une grande récompense.
36  C’est d’endurance, en effet, que vous avez besoin, pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation de la promesse.
37  Car encore si peu, si peu de temps, et celui qui vient sera là, il ne tardera pas.
38  Mon juste par la foi vivra, mais s’il fait défection, mon âme ne trouve plus de satisfaction en lui.
39  Nous, nous ne sommes pas hommes à faire défection pour notre perte, mais hommes de foi pour le salut de nos âmes.


L’exhortation à la persévérance s’appuyant sur l’appel à l’endurance, sur le rappel des combats passés et l’inopportunité de perdre leur bénéfice, n’est pas sans péril par rapport au fondement du salut : « Mon juste par la foi vivra » — citation d’Habacuc 2, 4.

Telle est la nuance que l’auteur de l’Épître apporte lui-même à son propos antécédent, expliquant en ces termes ce qu’il a voulu dire à travers ses menaces d’un côté et sa mise en exergue de la récompense à saisir de l’autre : nous sommes hommes et femmes « de foi pour le salut de nos âmes ».

C’est cette foi, seul fondement du salut, qu’il s’agit de ne pas abandonner. (Il n’a pas voulu dire à travers l’alternance de menaces et de promesses de victoire proche qu’il s’agirait de mesurer les acquis précédents de la foi.) C’est bien le fondement qu’il s’agit de ne pas lâcher, la foi. Il s’agit de ne pas faire défection par rapport à la foi qui tient à portée, déjà là, le triomphe espéré…


RP
Une lecture de l’Épître aux Hébreux

Étude biblique 2013-2014
Église protestante unie de France / Poitiers
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6) Mardi 11 & jeudi 13 mars 2014
V. Offrande unique du Fils : 10,1-39. (PDF)
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lundi 17 février 2014

Les prières bibliques et Jésus Christ



(Image ici)


I. Jésus priant les Psaumes récapitule l'humanité devant Dieu et ipso facto pose Israël peuple des Psaumes comme archétype de l’humanité réconciliée.
Le Christ priant les Psaumes nous rejoint au point que, lui qui n'a pas commis de péché, Paul en dira qu' « il a été fait péché pour nous » (1 Corinthiens 5, 21) ! Il nous rejoint jusqu'en ce que nous — voire nos prières — avons de plus trouble, il se repent de nos péchés ! Il se solidarise avec nous à ce point !

Voilà qui nous dit pourquoi des prières comme les Psaumes, emplies de paroles de repentance, sont vraiment et sérieusement les prières de Jésus : avec les Psaumes, Jésus, qui n'a jamais commis le péché, se repent sérieusement en solidarité avec nous : il a pris nos péchés à ce point-là !


II. Le Christ devient ainsi pour nous l'expression, le « visage » de Dieu comme Dieu personnel.

Hébreux 1 :
1 Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé autrefois aux pères dans les prophètes, Dieu, 2 en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous en un Fils qu'il a établi héritier de tout, par qui aussi il a créé les mondes. 3 Ce Fils est resplendissement de sa gloire et expression de son être et il porte l'univers par la puissance de sa parole. Après avoir accompli la purification des péchés, il s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, 4 devenu d'autant supérieur aux anges qu'il a hérité d'un nom bien différent du leur.
5 Auquel des anges, en effet, a-t-il jamais dit :
Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ? (Ps 2, 7)
et encore :
Moi, je serai pour lui un père et lui sera pour moi un fils ? (2 S 7, 14 ; 1 Ch 7, 13 //)
6 Par contre, lorsqu'il introduit le premier-né dans le monde, il dit :
Et que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu. (LXX : Ps 96, 7 — cf. Ps 97, 7)
7 Pour les anges, il a cette parole :
Celui qui fait de ses anges des esprits et de ses serviteurs une flamme de feu. (Ps 104, 4 — LXX 103, 4)
8 Mais pour le Fils, celle-ci :
Ton trône, Dieu, est établi à tout jamais ! Et : Le sceptre de la droiture est sceptre de ton règne. (Ps 45, 6 — LXX 44, 7)
9 Tu aimas la justice et détestas l'iniquité, c'est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu te donna l'onction d'une huile d'allégresse, de préférence à tes compagnons. (Ps 45, 7 — LXX 44, 8)
10 Et encore :
C'est toi qui, aux origines, Seigneur, fondas la terre, et les cieux sont l'œuvre de tes mains.
11 Eux périront, mais toi, tu demeures.Oui, tous comme un vêtement vieilliront
12 et comme on fait d'un manteau, tu les enrouleras, comme un vêtement, oui, ils seront changés, mais toi, tu es le même et tes années ne tourneront pas court. (Ps 102, 25-27 — LXX 101, 25-27)
13 Et auquel des anges a-t-il jamais dit :
Siège à ma droite, de tes ennemis, je vais faire ton marchepied ?" (Ps 110, 1 — LXX 109, 1)


De même dans les évangiles, citant le Psaume 110, v. 1. Marc 12, 36 :
Le Seigneur a dit à mon Seigneur Siège à ma droite, de tes ennemis, je vais faire ton marchepied.

*

Que dire d’un Dieu infini — et qui pourtant existe ?!

La théologie classique posait le questionnement de son propre discours. Son discours théologique s'articulait en termes de théologie affirmative d'une part et de théologie négative (ou "apophatique") d'autre part. La théologie affirmative, donnait une série de propositions sur Dieu, le dotait d'attributs (Dieu est sage, fort, miséricordieux, etc.). Ce faisant, la théologie mettait aussi en question ses propres affirmations, elle s'obligeait à se déposséder — voire contre ses propres tendances — de ses propres affirmations. C'était le moment négatif de sa parole sur le divin. Chacune de ses affirmations n'avait de sens qu'en relation avec la négation qui l'accompagnait (que veut-on dire quand on dit que Dieu est sage, fort, miséricordieux ? Quel sens ont de telles affirmations ?).

Ce questionnement qui vaut depuis l’Antiquité est très connu chez le moine du VIe siècle Denys l’Aréopagite ; il se retrouve dans la mystique de l’islam comme du Moyen Âge chrétien, et s’enracine dans la tradition juive. Dieu personnel et Dieu caché :

Ibn ‘Arabi (soufi musulman du XIIe-XIIe siècle), selon Henry Corbin, dans Le paradoxe du monothéisme : Sa pensée « est axée sur cette différenciation entre l’Absolu indéterminé et inconnaissable, l’Absconditum, et […] le seigneur personnel, le Deus revelatus, le seul dont l’homme puisse parler, parce qu’il en est le terme corrélatif. »

Ou, toujours selon Corbin, Maître Eckhart (dominicain du XIVe siècle) : « Pour un Maître Eckhart, la Deitas transcende le Dieu personnel, et c’est celui-ci qu’il faut dépasser, parce qu’il est corrélatif de l’âme humaine, du monde, de la créature. […] L’âme eckhartienne cherche donc à… s’échapper à elle-même pour se plonger dans l’abîme de la divinité, un Abgrund dont par essence elle ne pourra jamais atteindre le fond. »

Cf. Matthieu 18, 10-11 : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. »

Cf. M.-A. Ouaknin, Tsimtsoum – Introduction à la méditation hébraïque : « Tsimtsoum signifie originellement « concentration » ou « contraction ». Dans le langage cabaliste, il est mieux traduit par « retrait » ou « rétraction ». Rabbi Isaac Louria [XVIe siècle] se posa les questions suivantes : Comment peut-il y avoir un monde si Dieu est partout ? Si Dieu est « tout en tout », comment peut-il y avoir des choses qui ne soient pas Dieu ? Comment Dieu peut-il créer le monde, s’il n’y a pas de néant ? Rabbi Isaac Louria répondit en formulant la théorie du Tsimtsoum ou « retrait ». Selon cette théorie, le premier acte du Créateur ne fut pas de se révéler lui-même à quelque chose d’extérieur. Loin d’être un mouvement sur le dehors ou une sortie de son identité cachée, la première étape fut un repli, un retrait ; Dieu « se retira de Lui-même en lui-même » et, par cet acte, abandonna au vide une place en son sein, créa un espace pour le monde à venir. (…) Dieu ne put se manifester que parce qu’au préalable il se retira. » (p. 32.)

On peut rappeler ici les paraboles évangéliques du maître absent (le Dieu caché) :

Marc 13, 34-36 : « 34 Il en sera comme d’un homme qui, partant pour un voyage, laisse sa maison, remet l’autorité à ses serviteurs, indique à chacun sa tâche, et ordonne au portier de veiller. 35 Veillez donc, car vous ne savez quand viendra le maître de la maison, ou le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin ; 36 craignez qu’il ne vous trouve endormis, à son arrivée soudaine. »

Autant de mises à distance qui renvoient au Dieu caché, inaccessible.


III. Or les Psaumes parlent aussi d’un Dieu personnel, on y prie un Dieu personnel, qui se dessine pour David comme « archétype » parfait (cf. Psaume 110, 1) de sa propre figure messianique, imparfaite, elle, à ses propres yeux — combien de fois ne se repend-il pas ?

Apparaît donc un figure archétypique, l’image éternelle et divine de lui-même, le Seigneur personnel de sa propre existence, et de là, de toute existence, l’Ange de l’Éternel, manifestation personnelle du Dieu qui est au-delà de toute compréhension. C’est là l’image éternelle de Dieu dont les premiers disciples du Ressuscité ont reconnu l’Incarnation et l’avènement en Jésus. D’où la lecture donnée par l’Épître aux Hébreux, qui permet de reprendre non seulement toutes les applications christologiques des Psaumes, — comme le Psaume 22 (entre autres) prononcé du haut de la croix —, mais d’autres textes prophétiques où Jésus ratifie lui-même cette lecture christologique.

Avec comme débouché une piété annoncée par ex. dans Actes 7, 55-59 : « Étienne, rempli du Saint-Esprit, et fixant les regards vers le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. […] Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! »

On a là une prière à Jésus, où le « Dieu personnel » prend la figure concrète de celui qui est reçu comme son Incarnation, fondement des lectures christologiques des prières bibliques, notamment les Psaumes.


RP
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5) Mardi 18 & jeudi 20 février 2014 - Les prières bibliques et Jésus Christ (PDF)


jeudi 13 février 2014

Dans le Tabernacle céleste




Jésus, grand desservant par sa vie : ch. 8 & 9


Hébreux 8
1  Or voici le point capital de ce que nous disons: nous avons un souverain desservant qui s’est assis à la droite du trône de la majesté divine dans les cieux;
2  il est ministre du sanctuaire et du véritable tabernacle, dressé par le Seigneur et non par un homme.
3  Tout souverain desservant, en effet, est établi pour présenter des offrandes et des sacrifices; d’où la nécessité, pour lui aussi, d’avoir quelque chose à présenter.
4  Or, s’il était sur la terre, il ne serait pas même desservant, étant donné qu’il y en a d’autres qui présentent des offrandes selon la loi.
5  Ceux-ci célèbrent un culte qui est une image et une ombre des réalités célestes, ainsi que Moïse en fut divinement averti, quand il allait construire le tabernacle: Regarde, lui dit (Dieu), tu feras tout d’après le modèle qui t’a été montré sur la montagne.
6  Mais maintenant, Christ a obtenu un ministère d’autant supérieur qu’il est médiateur d’une alliance meilleure, fondée sur de meilleures promesses.
7  Si, en effet, la première alliance avait été irréprochable, il n’y aurait pas lieu d’en chercher une seconde.
8  C’est bien en effet sous la forme d’un reproche que (Dieu) dit: Voici que les jours viennent, dit le Seigneur, Où je conclurai une alliance nouvelle avec la maison d’Israël, et la maison de Juda.
9  Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai traitée avec leurs pères, Le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte. Puisqu’eux-mêmes n’ont pas persévéré dans mon alliance, Moi aussi je ne me suis pas soucié d’eux, dit le Seigneur.
10  Or voici l’alliance que j’établirai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit le Seigneur: Je mettrai mes lois dans leur intelligence, Je les inscrirai aussi dans leur cœur; Je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple.
11  Personne n’enseignera plus son concitoyen, Ni personne son frère, en disant: Connais le Seigneur! En effet, tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu’au plus grand d’entre eux.
12  Car je leur ferai grâce de leurs injustices, Et je ne me souviendrai plus de leurs péchés.
13  En appelant nouvelle cette alliance, il a rendu ancienne la première. Or ce qui est ancien et vieilli, est sur le point de disparaître.


Nous voilà entre l’usure du temps et l’éternité de la parole de Dieu. L’usure du temps n’épargne pas même le Tabernacle construit sur l’ordre de Moïse. C’est qu’il a été construit dans le temps, avec des matériaux périssables.

Mais il l’a été sur le modèle céleste contemplé par Moïse, selon la Torah, au mont Sinaï. On reconnaît la lecture judéo-hellénistique que fait de ce texte l’auteur de l’Épître : le modèle céleste correspond au Tabernacle idéel et éternel, au monde des Idées préexistantes, en Dieu-même. Réalité éternelle, qui ne passe pas, qui n’est pas soumise au temps.

Le culte céleste est une image du culte éternel (où, selon l’Épître, autre figure : le Christ officie). (Figure d’un culte éternel et non pas culte à une image !)

Un office céleste du Christ, au cœur d’une réalité éternelle, distinct de l’office qui se déroule dans le tabernacle, ou le Temple — construits sur ce modèle céleste — où Jésus, non-lévite, ne pourrait pas, selon la Torah, officier.

L’Alliance dont il est question est donc l’Alliance éternelle. Non pas une autre Alliance, comme on a pris l’habitude de le croire (« nouvelle alliance » — « ancienne alliance »). Il s’agit l’Alliance scellée par Dieu, déjà avec Abraham, dont le fondement éternel est céleste, et dont les rites successifs sont autant d’expressions.

Cela correspond à la promesse donnée au Livre de Jérémie, cité ici (31, 31-34) : l’inscription « dans les cœurs » de l’Alliance dont les rites sont le symbole. L’auteur de l’Épître aux Hébreux se saisit de cet enseignement prophétique et en voit la manifestation en Jésus-Christ : prêtre préexistant dans le tabernacle éternel contemplé par Moïse, cœur de l’Alliance. Cette Alliance a été proclamée à plusieurs reprises comme étant éternelle, au-delà de ses manifestations temporelles rituelles, soumises au vieillissement et à l’usure comme la destruction du Temple n’en laisse point de doute. Mais que l’on se console, l’Alliance elle-même est indestructible. La manifestation, selon la foi de l’Auteur, en Jésus ressuscité, son témoin éternel, en est la garantie : telle est la consolation proposée par l’Épître aux Hébreux en ces temps de détresse.


Hébreux 9, 1-15
1  La première alliance avait donc un rituel pour le culte et un temple terrestre.
2  En effet, une tente fut installée, une première tente appelée le Saint, où étaient le chandelier, la table et les pains d’offrande.
3  Puis, derrière le second voile, se trouvait une tente, appelée Saint des Saints,
4  avec un brûle-parfum en or et l’arche de l’alliance toute recouverte d’or; dans celle-ci un vase d’or qui contenait la manne, le bâton d’Aaron qui avait fleuri et les tables de l’alliance.
5  Au-dessus de l’arche, les chérubins de gloire couvraient de leur ombre le propitiatoire. Mais il n’y a pas lieu d’entrer ici dans les détails.
6  L’ensemble étant ainsi installé, les prêtres, pour accomplir leur service, rentrent en tout temps dans la première tente.
7  Mais, dans la seconde, une seule fois par an, seul entre le grand prêtre, et encore, ce n’est pas sans offrir du sang pour ses manquements et pour ceux du peuple.
8  Le Saint Esprit a voulu montrer ainsi que le chemin du sanctuaire n’est pas encore manifesté, tant que subsiste la première tente.
9  C’est là un symbole pour le temps présent: des offrandes et des sacrifices y sont offerts, incapables de mener à l’accomplissement, en sa conscience, celui qui rend le culte.
10  Fondés sur des aliments, des boissons et des ablutions diverses, ce ne sont que rites humains, admis jusqu’au temps du relèvement.
11  Mais Christ est survenu, grand prêtre des biens à venir. C’est par une tente plus grande et plus parfaite, qui n’est pas œuvre des mains-c’est-à-dire qui n’appartient pas à cette création-ci,
12  et par le sang, non pas des boucs et des veaux, mais par son propre sang, qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire et qu’il a obtenu une libération définitive.
13  Car si le sang de boucs et de taureaux et si la cendre de génisse répandue sur les êtres souillés les sanctifient en purifiant leur corps,
14  combien plus le sang du Christ, qui, par l’esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour servir le Dieu vivant.
15  Voilà pourquoi il est médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau; sa mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel déjà promis.


L’Épître renvoie au Tabernacle, la Tente, nécessairement provisoire comme tente, où se célébrait le culte de l’Exode, plus précisément qu’au Temple. Description livresque donc, empruntée à la Torah, dans sa version grecque, celle des LXX, comme toutes les citations bibliques de l’Épître.

Le passé rendu nécessaire par le renvoi à un sanctuaire (c’est le mot employé, traduit ici par « temple » – v. 1), en l’occurrence une Tente (v. 2) du passé (le Tabernacle du désert) permet à l’auteur de souligner la dimension passagère, comme pour toute chose, du culte qu’il décrit. Culte « cosmique » (terme grec littéral traduit ici par « terrestre »), remarquable donc, mais nécessairement provisoire — tant que dure le monde (« cosmos »), mais seulement tant que dure le monde. Or, l’ancien monde est en train de passer.

Ayant décrit le Sanctuaire au passé, l’auteur passe ensuite au présent, pour parler de l’office. Il laisse ainsi à penser que le Sanctuaire, devenu le Temple de Jérusalem, n’a alors pas encore été détruit. Il n’en emploie pas moins toujours le terme « Tente » : provisoire, donc, comme le monde.

Provisoire qui est encore souligné par le fait, connu de tous, que le rituel des offrandes d’animaux est un rituel qui doit se répéter, y compris celui du Yom Kippour qui a lieu une fois l’an, célébré, celui-ci, dans le lieu très-saint, par le grand-prêtre uniquement, qui doit requérir ainsi le pardon des péchés, des siens y compris.

On retrouve ici la distinction des choses terrestres et des réalités célestes, ou de ce qui se voit et de ce qui existe en profondeur. Ou encore, peut-être plus éloquent ici, de notre présent et des enfouissements de notre mémoire. Cet « étagement » des enfouissements du passé peut, sous un certain angle, recouper la conception antique des cieux, considérés alors comme étagés. Au ch. 1, l’Épître aux Hébreux parle de même des « mondes », ou mieux des « temps », littéralement les « éons » — (le mot « éon » ne fait que transcrire le mot grec « aïon »), traduit, on l'a dit, par « les siècles » dans le « Notre Père », par exemple : « aux siècles des siècles ». Étagement mémoriel.

La mémoire ainsi étagée, comme les cieux, est aussi l’étagement des blessures, l’entassement d’un passé qui blesse et qui assaille le souvenir par le rappel des fautes, des péchés. Or c’est bien ce dont le rituel veut signifier le pardon. Et face aux blessures du passé, à la douleur récurrente, le signe du pardon se fera dans un rituel évoquant douleur et sang : le rituel sacrificiel. Rituel certes, chargé de cette faiblesse : la transposition, seulement symbolique, de la douleur dans la mort d’un animal. Et on sait très bien, l’auteur de l’Épître le rappelle, que cela est symbolique, que l’octroi du pardon est au-delà du rite, au-delà du sang des boucs et des taureaux, au-delà de la cendre de la génisse requise pour le rituel.

En bref, le Tabernacle céleste, le vrai Tabernacle qu’a contemplé Moïse et sur le modèle duquel il a fait construire le Tabernacle historique, est au-delà de ce qui se signifie par le rituel accompli dans le Tabernacle, ou le Temple, historiques.

Ce « lieu » céleste-là, cette « profondeur »-là, au-delà, ou en deçà, des abîmes de notre mémoire, lieu de notre vrai fondement, au cœur de Dieu, lieu d’en deçà, ou d’au-delà des blessures du temps, du péché et de la culpabilité, est le vrai cœur du vrai Sanctuaire. C’est là qu’officie le Christ éternellement, c’est là qu’il s’est offert lui-même éternellement (« par l’Esprit éternel ») une seule fois. Et cela, comme grand-prêtre, donc, mais puisque non lévite, selon l’ordre — éternel — de Melkisédeq.

S’étant « offert lui-même par l’Esprit éternel » : mourir à tout ce qui blesse est le passage, la traversée des cieux, des profondeurs de la mémoire, pour l’obtention de la paix. C’est là ce qu’a effectué le Christ, dévoilant le cœur de l’Alliance éternelle, le cœur de l’Alliance avec Abraham, et de la promesse faite à Abraham. C’est en ce sens que la mort du Christ est « intervenue pour le rachat des transgressions » en vue de « l’héritage éternel déjà promis ».


Hébreux 9, 16-28
16  Car là où il y a testament, il est nécessaire que soit constatée la mort du testateur.
17  Un testament ne devient valide qu’en cas de décès; il n’a pas d’effet tant que le testateur est en vie.
18  Aussi la première alliance elle-même n’a-t-elle pas été inaugurée sans effusion de sang.
19  Lorsque Moïse eut proclamé à tout le peuple chaque commandement conformément à la loi, il prit le sang des veaux et des boucs, puis de l’eau, de la laine écarlate et de l’hysope, et il en aspergea le livre lui-même et tout le peuple,
20  en disant: Ceci est le sang de l’alliance que Dieu a ordonnée pour vous;
21  puis il aspergea aussi avec le sang la tente et tous les ustensiles du culte,
22  et c’est avec du sang que, d’après la loi, on purifie presque tout, et sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon.
23  Si donc les images de ce qui est dans les cieux sont purifiées par ces rites, il est nécessaire que les réalités célestes elles-mêmes le soient par des sacrifices bien meilleurs.
24  Ce n’est pas, en effet, dans un sanctuaire fait de main d’homme, simple copie du véritable, que Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de paraître maintenant pour nous devant la face de Dieu.
25  Et ce n’est pas afin de s’offrir lui-même à plusieurs reprises, comme le grand prêtre qui entre chaque année dans le sanctuaire avec du sang étranger.
26  Car alors il aurait dû souffrir à plusieurs reprises depuis la fondation du monde. En fait, c’est une seule fois, à la fin des temps, qu’il a été manifesté pour abolir le péché par son propre sacrifice.
27  Et comme le sort des hommes est de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement,
28  ainsi le Christ fut offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude et il apparaîtra une seconde fois, sans plus de rapport avec le péché, à ceux qui l’attendent pour le salut.


À partir de la connotation d’Alliance avec Testament, l’Épître poursuit sa réflexion autour de la question de la mort.

Il est depuis quelque temps question, dans son développement, des sacrifices, du sang qu’évoque leur pratique — bref, de la mort ; pour la vie. L’auteur vient de mettre ces sacrifices en rapport avec la mort du Christ, don de sa vie. Voilà qui évoque naturellement des références comme l’agneau de Dieu, signifiant pascal : la sortie d’Égypte — mais aussi référence au serviteur du livre d’Ésaïe, fréquemment évoqué dans la prédication du Nouveau Testament pour rattacher la mort de Jésus à la Pâque.

C’est autour de cette thématique que tourne le passage d’aujourd’hui. Mort comme lieu de scellement d’Alliance, Alliance comme Testament, donc. Le tout rappelé dans les sacrifices et notamment ceux du Yom Kippour, cela en regard de la question du pardon. Passage par delà la culpabilité, purification de la conscience. Passage de la culpabilité à la grâce. Passage : « Pessah » en hébreu : c’est la Pâque ! Passage du Christ de la mort à la vie. Passage unique par la mort, de celui qui demeure dans la préexistence divine, pour nous amener nous aussi « devant la face de Dieu ».

Le tout dans une évocation du rituel pascal, de Pessah, « ceci est le sang de l’alliance que Dieu a ordonnée pour vous », qui est aussi une évocation du rituel de la Cène, et qui renvoie au Christ.

« Le sort des hommes est de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement », rappelle l’auteur. « Ainsi le Christ fut offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » : texte décisif au temps de la Réforme pour contester le sacrifice de la messe, comme réactualisation du sacrifice du Christ, nécessairement unique. La Pâque éternelle est unique, le passage de la mort à la vie est unique.

Unicité décisive aussi, pour contrer ce qui a été appelé la théologie de la substitution par laquelle un certain christianisme a prétendu se substituer au judaïsme en portant un rite de remplacement. Rien de cela ici, point question de rite temporel en lieu et place du seul rite temporel dont il soit question dans la Bible : le rite mosaïque.

Le rite chrétien ne fait que s’y appuyer, comme rite d’un temps d’absence de Temple, simple alternative chrétienne à l’option synagogale pour la même absence de Temple.

Ce qui deviendra le rite chrétien naît de là, mais en aucun cas comme rite éternel. Le seul rite éternel que connaisse le christianisme est le rite céleste, sur le modèle duquel Moïse a établi le rite lévitique. Le christianisme reçoit la vie — et la mort — du Christ comme expression, et point de contact de cette réalité supra-historique avec l’Histoire. Le rite chrétien (les rites chrétiens) est (sont) moment d’expression symbolique, comme l’est (le sont) le rite juif (les rites juifs). Le rite chrétien n’est en aucun cas le dépassement a-temporel d’un précédent auquel il se substituerait. Le rite chrétien est lui aussi expression symbolique et historique — passagère — d’une réalité éternelle dont il perçoit pour sa part la manifestation dans un moment unique. La venue dans l’Histoire jusqu’à la mort, du Christ perçu, dans la foi à sa résurrection, comme préexistant, est reçu dès lors comme manifestation — unique — de cette réalité éternelle, exprimée dans l’Histoire par des rites. Une seule Alliance éternelle, un seul Testament, qui est passage — Pessah — de l’esclavage à la liberté, de la mort à la vie.


RP
Une lecture de l’Épître aux Hébreux

Étude biblique 2013-2014
Église protestante unie de France / Poitiers
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
5) Mardi 11 & jeudi 13 février 2014
IV. Jésus, grand prêtre/desservant par son sang (= sa vie) : 8,1 – 9,28. (PDF)
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lundi 13 janvier 2014

"L’aujourd’hui" de Dieu




Psaume 2, 7 : « Je publierai le décret ; Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui. »
Psaume 95, 7 : « Car il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit… Oh ! si vous pouviez écouter aujourd’hui sa voix ! »


Deux Psaumes, le Ps 2 et le Ps 95, soulignant une constante de la Parole de la foi : « aujourd’hui ». Deux Psaumes qui sont repris, bien plus tard, pour un autre « aujourd’hui », dans l’Épître aux Hébreux :

Hébreux 1, 5 : « Auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, Je t’ai engendré aujourd’hui ? Et encore : Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils ? »
Hébreux 5, 5 : « Et Christ ne s’est pas […] attribué la gloire de devenir souverain sacrificateur, mais il la tient de celui qui lui a dit : Tu es mon Fils, Je t’ai engendré aujourd’hui ! »

Aujourd’hui éternel !...

Hébreux 3, 7-8a : « C’est pourquoi, selon ce que dit le Saint-Esprit : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs ».
Hébreux 3, 13 : « Mais exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire : Aujourd’hui ! afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. »
Hébreux 3, 15 : « pendant qu’il est dit : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de la révolte. »
Hébreux 4, 7 : « Dieu fixe de nouveau un jour — aujourd’hui — en disant dans David si longtemps après, comme il est dit plus haut : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs. »


*

Un « aujourd’hui » qui vaut toujours… aujourd’hui


Cf. Kierkegaard et la contemporanéité avec l’Absolu — manifesté en Christ.


Sur Exercice en christianisme. Citation de Daniel Vidal, « Søren Kierkegaard, Exercice en christianisme », Archives de sciences sociales des religions, 140, 2007 (extraits) :

Le christianisme est « l’Absolu », et c’est à cet Absolu que le croyant est invité à se confronter. Par quelles voies, avec quelles armes ? En se portant contemporain du Christ : « Aucune parole de Christ, pas même une seule, tu n’as le droit de te les approprier, tu n’as pas la moindre part en lui, pas la plus éloignée des communautés avec lui, si tu n’es pas contemporain avec lui dans son abaissement ». Être du même « temps », ce temps de l’irruption du scandale [l'Incarnation], quand rien encore n’est avéré, ni accompli, mais que tout est déjà joué, que tout apparaît « absurde », et que cet « absurde » est marque d’ « extraordinaire » : « Que Dieu ait vécu ici sur terre comme un homme singulier, c’est infiniment extraordinaire. Si cela n’avait eu strictement aucune conséquence, ce serait la même chose, cela resterait parfaitement extraordinaire, infiniment extraordinaire ». Être en exacte contemporanéité avec cet événement au revers de tout ordre, conditionne une nouvelle, et à proprement parler, intransitive, conception du temps. « Par rapport à l’absolu, il n’y a qu’un seul temps, le présent ». Christ ? : « Une personne au plus haut point anhistorique » : si l’histoire dit « ce qui s’est réellement passé », et si l’on applique cette formule au christianisme, on rend impensable du même coup le temps de la pure présence, et donc sans cesse recommencée, de l’« événement christique ».

Si, comme il en va dans l’Exercice, ne peut véritablement comprendre que celui qui se fait « contemporain » de son « objet » — l’homme-Dieu ici, là cet autrui singulier, là encore tous les autruis —, alors cette exigence de contemporanéité induit un « rapport à la vérité où chacun “recommence à zéro” ».



Sur Miettes philosophiques. Citation de Hélène Politis, Le vocabulaire de Kierkegaard (extrait) :

C'est comme croyant que le disciple se rapporte « à ce maître-ci » (Mi, SV3 VI, p. 58-59/0C VII, p. 58). [...] Le contemporain et le non-contemporain rencontrent exactement la même difficulté. Nul n'a le moindre privilège comparé à l'autre ni le contemporain parce qu'il aurait vu personnellement l'événement, ni le non-contemporain parce qu'il pourrait être mieux documenté sur les circonstances et les conséquences historiques, ou encore parce qu'il serait meilleur théologien. On ne reçoit pas la foi de seconde main [ :] tout croyant est disciple de première main, tout croyant, en tant que tel, est contemporain de l'événement christique.


*

« Rachetez le temps » ( Ep 5:16 ; Col 4:5)

Une façon de comprendre le temps — celui qui passe — nous empêcherait d'en parler plus longtemps que cet autre temps — la pluie et le beau temps — : il s'agit de la façon de le comprendre comme un fleuve qui coule. Sous cet angle, le fameux « rachetez le temps », est tout simplement incompréhensible — ce rachat du temps devenant rattrapage de temps perdu : « on ne rattrape pas le temps perdu ».

Si cela a un sens, c’est qu’il y a un autre temps, où « mille ans sont comme un jour », d’où se « rachète » le temps, comme on sort quelqu’un d’un fleuve. « Béni soit celui qui vient » parmi nous… depuis le « plus haut des cieux » (Mt 21, 9), depuis hors du fleuve de ce temps.

Notre temps, notre maintenant, est appelé à être sauvé, racheté — car notre temps se corrompt, contrairement au temps éternel, inauguré ici-bas dans la résurrection du Christ, selon le temps céleste où un jour est comme mille ans et où mille ans sont comme un jour. L’Écriture nous invite à revêtir en Jésus Christ l’incorruptibilité où le temps cesse d’être perte.

Car si notre temps, nos moments qui se succèdent, qui perpétuent l’exil, sont signe de perte, de manquement, de déficience, de captivité sous une griffe diabolique, ils sont cependant rachetables : « rachetez le temps », le moment (« kairos »). Il s’agit d’imprégner ce temps du rythme du temps céleste du monde à venir, dans lequel on est entré par la résurrection du Christ. Ce « rachetez le temps » s’accompagne d’une citation d’Amos (5, 13) – « car les jours sont mauvais » – où le prophète recommande au peuple une conduite intelligente de silence et de recherche de Dieu, pour détourner sa colère contre la corruption d’un mauvais temps.

1 Jean 5, 19 & 20 : « Nous savons […] que le monde entier est sous la puissance du malin. Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu’il nous a donné l’intelligence pour connaître le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus-Christ. C’est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. »

Il s’agit de racheter ce temps en vivant selon le temps céleste, s'ancrer dans le repos de Dieu — telle est la prière. C’est la brèche de l’irruption du salut du temps. C’est ainsi que se rachète le temps, cette mesure de notre déperdition.

Dans la foi qu’il est un temps céleste, celui du Royaume à venir, qui n’est pas marqué par le manque, un regard sur notre temps nous enseigne la confiance en Dieu, et l’espérance actuelle de ce temps total qui nous est donné d’En haut, irruption promise à notre foi, de l’éternité du Royaume.

Ainsi apparaît ce qu’il faut faire dans le présent pour « racheter le temps » : ne pas se soumettre à ses fluctuations, ne pas se conformer au siècle présent et à ses clameurs médiatiques, aux clameurs des foules trompées, mais s'ancrer par la prière, se fixer résolument dans la vérité, loi du siècle à venir, incorruptible, pour racheter celui-ci. Et vivre dans le siècle à venir se manifeste en ce siècle dans une attitude concrète : il ne s’agit pas de le fuir, mais d’en signifier dans la fidélité au quotidien, le rachat de chaque instant par la confiance à la loi du siècle à venir (Mt 6, 33-34).


RP
Une prière qui engage

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2013-2014
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
4) Mardi 14 & jeudi 16 janvier 2014 : « L’aujourd’hui » de Dieu (PDF)


jeudi 9 janvier 2014

Desservant éternel




Jésus, Grand desservant éternel : 5,11 – 7,28.


Hébreux 5, 11 – 6, 8
11  Sur ce sujet, nous avons bien des choses à dire et leur explication s’avère difficile, car vous êtes devenus lents à comprendre.
12  Vous devriez être, depuis le temps, des maîtres et vous avez de nouveau besoin qu’on vous enseigne les tout premiers éléments des paroles de Dieu. Vous en êtes arrivés au point d’avoir besoin de lait, non de nourriture solide.
13  Quiconque en est encore au lait ne peut suivre un raisonnement sur ce qui est juste, car c’est un bébé.
14  Les adultes, par contre, prennent de la nourriture solide, eux qui, par la pratique, ont les sens exercés à discerner ce qui est bon et ce qui est mauvais.
1  Ainsi donc, laissons l’enseignement élémentaire sur le Christ pour nous élever à une perfection d’adulte, sans revenir sur les données fondamentales: repentir des œuvres mortes et foi en Dieu,
2  doctrine des baptêmes et imposition des mains, résurrection des morts et jugement définitif.
3  Voilà ce que nous allons faire, si du moins Dieu le permet.
4  Il est impossible, en effet, que des hommes qui un jour ont reçu la lumière, ont goûté au don céleste, ont eu part à l’Esprit Saint,
5  ont savouré la parole excellente de Dieu et les forces du monde à venir,
6  et qui pourtant sont retombés, - il est impossible qu’ils trouvent une seconde fois le renouveau, en remettant sur la croix le Fils de Dieu pour leur conversion et en l’exposant aux injures.
7  Lorsqu’une terre boit les fréquentes ondées qui tombent sur elle et produit une végétation utile à ceux qui la font cultiver, elle reçoit de Dieu sa part de bénédiction.
8  Mais produit-elle épines et chardons, elle est jugée sans valeur, bien près d’être maudite, et finira par être brûlée.


La foi ouvre l’accès à des réalités inaccessibles aux sens, inaccessibles à la vue. Hors la foi, ces réalités sont a priori incompréhensibles. Et voilà donc que les lecteurs ont de la difficulté à les comprendre (et on peut donc se mettre à leur place : ce qui ne se voit pas est difficilement accessible).

Voilà donc qu’ils n’ont pas assis — sur la foi — ce qu’ils auraient dû dès lors acquérir en compréhension. Bref, en termes imagés, ils n’ont pas assimilé une nourriture d’adultes dans la foi : ils en sont au lait, nourriture de bébés, facilement assimilable. Métaphore d’une incapacité à assimiler ce qui est au-delà des sens, au-delà du visible. Façon de dire « je crois ce que je vois », ou, à la limite, je veux bien croire ce qui ne demande pas trop d’efforts au-delà de ce qui se voit : les ablutions (le mot technique utilisé pour ce faire étant « baptême » – ici comme dans la traduction grecque de la Bible hébraïque dite des LXX, utilisée par l’Épître aux Hébreux. Le même mot pour « ablutions », « baptêmes », est employé par Luc, par ex.) ; les ablutions, donc, depuis les ablutions traditionnelles du judaïsme, voire celles de Qumran, jusqu’au baptême de Jean et au baptême chrétien (facile : cela se voit). On veut bien aller jusqu’à assimiler que cela symbolise le repentir et la foi en Dieu. Imposition des mains, de même : cela se voit. Mais dans tous les cas, on peine à en venir à la signification du rite concernant la dimension de l’Esprit Saint : la signification spirituelle.

On veut même aller jusqu’à admettre l’enseignement catéchétique sur la résurrection des morts et le jugement dernier (on n’est pas à une époque rationaliste : on peut admettre cette forme d’une fin de l’Histoire et d’un au-delà) ! On admet aussi les choses élémentaires de ce qu’ont dit les Apôtres sur le Christ. Là pourtant cela ne se voit pas ! On se contente de l’admettre : cet homme remarquable a existé ! Mais pas au point d’y voir un point de départ pour un approfondissement. Pas au point de réfléchir à la signification spirituelle que cela implique : il ne faut tout de même pas trop en demander ! Bref, rien en tout cela de suffisamment fermement cru pour que l’on bâtisse à partir de là.

Or c’est à cette réflexion, disons « métaphysique », ou « spirituelle », sur la base de la foi, que l’auteur se propose de conduire ses disciples. « Il faut croire lorsqu’on veut apprendre » enseigne le philosophe Aristote lui-même, ainsi que le rappellera Thomas d’Aquin ! « Il faut croire », préalable d’humilité pour tout disciple qui en sait au départ moins que son maître. Il faut donc accorder au maître un certain crédit. C’est l’équivalent de la foi aux réalités inaccessibles aux sens que requiert l’Épître aux Hébreux.

Et pourtant les lecteurs de l’Épître ont cru. Ils ont par là montré qu’ils ont reçu une part de la lumière céleste, bref qu’il ont participé au don de l’Esprit Saint. La chose est suffisante pour être cultivée, suffisante pour connaître un développement conséquent, suffisante pour que l’on ne se contente pas de vivre le rite sur ce qui se voit seulement, ou sur les rudiments catéchétiques comme simples éléments de répétition. Il y a pourtant là de quoi ancrer des convictions sur qui est vraiment Jésus, sur sa provenance céleste, et donc sur le sens de ce qu’il a accompli : sa mort comme œuvre sacerdotale par laquelle Dieu nous ouvre l’accès au Tabernacle céleste de sa grâce.

Sans quoi il n’y a là que crucifixion comme toutes les crucifixions qu’opèrent les Romains. Bref un Jésus cloué comme les autres cloués sans autre signification que cela, tragique. Sans sens rédempteur, sans sortie céleste pour notre rachat : bref le ramener sur la croix, le crucifier à nouveau. Où l’on en reste à ce que l’on voit : un crucifié !

Pour ne pas en rester là, une mort inutile comme l'on ressent toutes les morts, il faut cultiver le sens que la foi y dévoile, pour que la terre où elle a été semée ne reste pas en friche, qu’elle produise autre chose que des épines, qu'elle ne retourne pas au tohu-bohu, au chaos.


Hébreux 6, 9-20
9  Quoique nous parlions ainsi, bien-aimés, nous sommes convaincus que vous êtes dans des conditions meilleures et favorables au salut.
10  Car Dieu n’est pas injuste pour oublier votre action, ni l’amour que vous avez montré pour son nom par les services que vous avez rendus et que vous rendez encore aux saints.
11  Mais nous désirons que chacun de vous montre jusqu’à la fin le même empressement en vue d’une pleine espérance,
12  en sorte que vous ne soyez pas nonchalants, mais que vous imitiez ceux qui, par la foi et l’attente patiente, reçoivent l’héritage promis.
13  En effet, comme Dieu, en faisant la promesse à Abraham, ne pouvait jurer par un plus grand que lui, il jura par lui-même
14  en disant: Certainement, je te comblerai de bénédictions et je multiplierai ta descendance.
15  Et c’est ainsi qu’après avoir patiemment attendu, Abraham obtint ce qui lui avait été promis.
16  Car les hommes jurent par ce qui est plus grand qu’eux, et le serment, en confirmant leur parole, met un terme à toute contestation.
17  En ce sens, Dieu, voulant donner aux héritiers de la promesse une preuve supplémentaire du caractère immuable de sa décision, intervint par un serment,
18  afin que, par deux actes immuables, dans lesquels il est impossible que Dieu mente, nous ayons un puissant encouragement, nous dont le seul refuge a été de saisir l’espérance qui nous était proposée.
19  Cette espérance, nous l’avons comme une ancre solide et ferme, pour notre âme; elle pénètre au-delà du voile,
20  là où Jésus est entré pour nous comme un précurseur, devenu souverain sacrificateur pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédek.


Ce qui est acquis fait office de fondement pour ce qui se construit. Ce qui s’est bâti sur la foi subsiste. Ce qui correspond à la réalité de la mémoire : ce que j’ai fait, dit, vécu, etc., me constitue aujourd’hui. Je ne suis pas seulement la part superficielle de moi-même. Mon être d’aujourd’hui est constitué de tout le passé qui m’a mené à être ce que je suis. C’est mon matériau de base, posé sur une mémoire assumée ou niée, mais présente de toute façon. Rien de désespérant en cela, même en regard d’un passé très lourd : on a parlé du phénomène de la résilience (Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur) : c’est-à-dire résister à ce qui blesse et construire cependant pour le mieux. Il est toujours temps de bâtir pour le mieux.

Cela dit, un passé établi sur la foi, et qui s’est traduit en services rendus et en amour, est un fondement déjà solide. On est appelé à l’affermir encore. À bâtir encore sur la foi, comme Abraham a bâti sur la foi en la promesse de Dieu, d’autant plus solide et fiable que c’est celle de Dieu lui-même, établie sur la vérité de Dieu-même. Ce que l’auteur de l'Épitre illustre de cette référence biblique voyant Dieu jurer fidélité par lui-même !

C’est de cette même certitude que relève l’espérance en laquelle l’auteur de l’Épître invite ses lecteurs à tenir ferme. Une espérance qui s’illustre comme une ancre plongée au Temple céleste — au-delà du voile c’est-à-dire dans le lieu très saint. Il s’agit du lieu où entre le grand desservant pour l’office de Yom Kippour, lieu séparé par un voile, et où, nous a dit l’auteur, est entré Jésus comme grand desservant à la façon de Melchisédek.

L’auteur rappelle donc, avant d’aller plus loin, le fondement sur lequel il va s’avancer : le pardon, l’accès auprès de Dieu, est acquis par l’œuvre et la mort de Jésus, comme par un Yom Kippour accompli dans le Temple céleste.


Hébreux 7, 1-10
1  Ce Melkisédeq, roi de Salem, desservant du Dieu Très-Haut, est allé à la rencontre d’Abraham, lorsque celui-ci revenait du combat contre les rois, et l’a béni.
2  C’est à lui qu’Abraham remit la dîme de tout. D’abord, il porte un nom qui se traduit "roi de justice", et ensuite, il est aussi roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix.
3  Lui qui n’a ni père, ni mère, ni généalogie, ni commencement pour ses jours, ni fin pour sa vie, mais qui est assimilé au Fils de Dieu reste desservant à perpétuité.
4  Contemplez la grandeur de ce personnage, à qui Abraham a donné en dîme la meilleure part du butin, lui, le patriarche.
5  Or, ceux des fils de Lévi qui reçoivent le sacerdoce ont ordre, de par la loi, de prélever la dîme sur le peuple, c’est-à-dire sur leurs frères, qui sont pourtant des descendants d’Abraham.
6  Mais lui, qui ne figure pas dans leurs généalogies, a soumis Abraham à la dîme et a béni le titulaire des promesses.
7  Or sans aucune contestation, c’est l’inférieur qui est béni par le supérieur.
8  Et ici, ceux qui perçoivent la dîme sont des hommes qui meurent, là c’est quelqu’un dont on atteste qu’il vit.
9  Et pour tout dire, en la personne d’Abraham, même Lévi, qui perçoit la dîme, a été soumis à la dîme.
10  Car il était encore dans les reins de son ancêtre, lorsque eut lieu la rencontre avec Melkisédeq.


Retour sur le personnage de Melkisédeq dans la Genèse (ch. 14), ce personnage isolé auquel réfère le Psaume 110 pour y fonder la notion de sacerdoce royal messianique.

Melkisédeq, selon la Genèse, est roi de Salem, à laquelle on identifie Jérusalem, où régnera David, auquel est attribué et auquel renvoi le Psaume 110. Le sacerdoce mosaïque, institué par la Torah, est un sacerdoce légitimé dans la généalogie de Lévi, descendant d’Abraham « il était dans ses reins », dit l’Épître. Or, Abraham (et Lévi en lui) a reconnu symboliquement, à travers ses gestes envers lui, le sacerdoce de Melkisédeq, auquel renvoie le Psaume 110.

Et non seulement Melkisédeq n’est évidemment pas de la généalogie de Lévi, descendant d’Abraham, mais la Genèse ne lui attribue aucune généalogie précise. Voilà un personnage isolé, qui, pour l’Épître aux Hébreux, est, par là-même, chargé de signification. Cela en rapport avec la déclaration du Psaume 110 sur le sacerdoce messianique : compte tenu de l’identification de Salem, dont le nom signifie « paix » — comme le rappelle l’Épître — à Jérusalem, ville du roi messianique ; compte de tenu de cette autre signification, de son nom cette fois, Melkisédeq, « roi de justice », qui le fait préfigurer Jésus aux yeux de l’auteur de l’Épître ; compte de tenu de tout cela, il y a en ce personnage, via la déclaration du Psaume 110, un signe remarquable.

L’absence de généalogie précise du personnage de Melkisédeq, faisant que la Torah ne légitime pas son sacerdoce dans une succession temporelle comme le sacerdoce lévitique, devient signe de l’éternité et de l’unicité du sacerdoce de Jésus.


Hébreux 7, 11-28
11  Si on était parvenu à un parfait accomplissement par le sacerdoce lévitique, car il était la base de la législation donnée au peuple, quel besoin y aurait-il eu encore de susciter un autre desservant, dans la ligne de Melkisédeq, au lieu de le désigner dans la ligne d’Aaron?
12  Car un changement de sacerdoce entraîne forcément un changement de loi.
13  Et celui que vise le texte cité fait partie d’une tribu dont aucun membre n’a été affecté au service de l’autel.
14  Il est notoire, en effet, que notre Seigneur est issu de Juda, d’une tribu pour laquelle Moïse n’a rien dit dans ses textes sur les desservants.
15  Et l’évidence est plus grande encore si l’autre desservant suscité ressemble à Melkisédeq,
16  et ne devient pas desservant en vertu d’une loi de filiation humaine, mais en vertu de la puissance d’une vie indestructible.
17  Ce témoignage, en effet, lui est rendu: Tu es desservant pour l’éternité à la manière de Melkisédeq.
18  De fait, on a là, d’une part, l’abrogation du précepte antérieur en raison de sa déficience et de son manque d’utilité,
19  car la loi n’a rien mené à l’accomplissement, et, d’autre part, l’introduction d’une espérance meilleure, par laquelle nous approchons de Dieu.
20  Et dans la mesure où cela ne s’est pas réalisé sans prestation de serment-car s’il n’y a pas eu prestation de serment pour le sacerdoce des autres,
21  pour lui il y a eu le serment prononcé par celui qui a dit à son intention: Le Seigneur l’a juré et il ne reviendra pas sur cela: Tu es desservant pour l’éternité,
22  dans cette mesure, c’est d’une meilleure alliance que Jésus est devenu le garant.
23  De plus, les autres sont nombreux à être devenus desservants, puisque la mort les empêchait de rester;
24  mais lui, puisqu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce exclusif.
25  Et c’est pourquoi il est en mesure de sauver d’une manière définitive ceux qui, par lui, s’approchent de Dieu, puisqu’il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur.
26  Et tel est bien le grand desservant qui nous convenait, saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs, élevé au-dessus des cieux.
27  Il n’a pas besoin, comme les autres grands desservants, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses propres péchés, puis pour ceux du peuple. Cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même.
28  Alors que la loi établit grands desservants des hommes qui restent déficients, la parole du serment qui intervient après la loi établit un Fils qui, pour l’éternité, est arrivé au parfait accomplissement.


Pas de supériorité du christianisme sur le judaïsme, pas de supériorité d’un rite sur autre, ou d’une loi sur une autre, pas de remplacement d’une alliance temporelle par une autre alliance ultérieure. Rien de tout cela dans ce texte que l’on a pourtant investi de ce genre de significations !

Le retour au contexte est donc indispensable. Une seule religion biblique, alors : le judaïsme, qui est la seule religion des lecteurs de l’Épître.

Un sacerdoce, celui d’Aaron, dans la tradition lévitique, dont l’office est menacé par la menace sur le Temple, sa destruction, avérée ou imminente. Face à cela, l’Épître est une épître de consolation, adressée aux juifs « hébreux », c’est-à-dire, dans le vocabulaire de la diaspora, la religion de ceux qui vivent en Palestine (cf. Actes 6, v. 1) ; Épître adressée, sa théologie n’en laisse pas de doute, par un juif « helléniste », ceux de la diaspora, vivant probablement en Italie (cf. ch. 13, v. 24) — Rome ?

La théologie des « hellénistes », la théologie judéo-hellénistique, est élaborée dans la mouvance de la ville grecque d’Alexandrie, en Égypte — on en connaît le maître : Philon d’Alexandrie. Cette théologie est fortement marquée par une tendance à transposer les données historiques d’un texte vers une signification spirituelle.

L'Épître aux Hébreux relève de cette théologie. Ici la transposition tourne autour de la signification du Tabernacle décrit dans la Torah. Le Tabernacle historique, devenu historiquement le Temple, est voué à présent à une destruction imminente, ou déjà avérée. La consolation face à cela proposée par l’Épître repose sur sa théologie de la transposition : le Temple historique est passager, comme tout ce qui est historique, serait-ce religion ou rite. Le rite du Temple repose sur une succession sacerdotale dans la lignée lévitique d’Aaron, signe s’il en est de la dimension passagère de cela-même !

Que l’on se rassure, ce rituel historique, à présent menacé, n’en a pas moins une signification éternelle : le Tabernacle visible, devenu le Temple, est l’image, le symbole du vrai Tabernacle, céleste. Vocabulaire symbolique lui aussi, on le comprend. La verticalité visible du regard se portant vers les cieux signifie une autre verticalité, vers les réalités spirituelles : évidemment le Tabernacle céleste n’est pas à chercher dans une géographie céleste — dans l’espace intersidéral ! De même que lorsque l’on parle des réalités spirituelles en termes de profondeur et d’intériorité — le cœur : évidemment, il ne s’agit pas d’une intériorité matérielle ! À l’intérieur physique, il n’y a que des organes physiques, le cœur est une pompe ! L’intériorité ainsi désignée est celle d’une épaisseur « métaphysique », pas « physique ». La comparaison la plus significative serait peut-être celle qui réfère à la mémoire : on perçoit bien qu’il y a un passé, que l’on a un passé, « présent » et agissant « quelque part » en nous, en « profondeur ». Il serait vain de le chercher corporellement ! Il en est de même, donc du Tabernacle céleste ; au-delà de tout ce qui nous est accessible, ou au cœur le plus intime de notre intimité, cœur de la présence de Dieu, au-delà des zones accessibles de notre mémoire. Cœur mystérieux de nos êtres… Origine de notre Création. Préexistence. C’est là que s’opère la rencontre de Dieu. C’est là le cœur très saint du Tabernacle. C’est de ce cœur mystérieux de toutes choses que vient le Christ, pour nous rencontrer dans notre humanité et notre mortalité.

Tel est le cœur de l’Alliance, le cœur de la signification du rite, symbolisé par la référence à Melkisédeq concernant le sacerdoce messianique annoncé par le Psaume 110 — Melkisédeq devenu symbole de la signification éternelle du rite. On n’est plus dans l’histoire où évoluent tant Aaron et ses descendants, que les lecteurs, et l’auteur, de l’Épître.

Tel est le sens de ce serment de Dieu : « Le Seigneur l’a juré et il ne reviendra pas sur cela : Tu es desservant pour l’éternité ». Voilà qui est appliqué à Jésus en fonction de la foi à sa résurrection qui signe son existence éternelle. En sa seule œuvre d’Incarnation s’est ainsi opérée une œuvre éternelle, signe d’Alliance éternelle, d’une grâce et d’un pouvoir d’intercession inaccessibles à l’usure du temps et de l’Histoire.


RP
Une lecture de l’Épître aux Hébreux

Étude biblique 2013-2014
Église protestante unie de France / Poitiers
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
4) Mardi 7 & jeudi 9 janvier 2014
III. Grand prêtre/desservant éternel : 5,11 – 7,28 (PDF)
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