samedi 21 mars 2020

Libre confinement et poisson de Saint Pierre



Poisson appelé "Saint Pierre", étant comme marqué de chaque côté par un doigt de Pierre
peint par Nathalie Lemoine - Le Saint Pierre

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Matthieu 17, 24-27
24 Comme ils étaient arrivés à Capharnaüm, ceux qui perçoivent les didrachmes s’avancèrent vers Pierre et lui dirent : « Est-ce que votre maître ne paie pas les didrachmes ? » –
25 « Si », dit-il. Quand Pierre fut arrivé à la maison, Jésus, prenant les devants, lui dit : « Quel est ton avis, Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes ou impôt ? De leurs fils, ou des étrangers ? »
26 Et comme il répondait : « Des étrangers », Jésus lui dit : « Par conséquent, les fils sont libres.
27 Toutefois, pour ne pas causer la chute de ces gens-là, va à la mer, jette l’hameçon, saisis le premier poisson qui mordra, et ouvre-lui la bouche : tu y trouveras un statère. Prends-le et donne-le-leur, pour moi et pour toi. »

*

Quelques chiffres d’abord : un statère égale deux didrachmes (soit deux doubles drachmes), prix de la taxe individuelle du Temple pour deux (l’équivalent, environ, d’un peu plus de 100 € par personne). Dans le poisson on trouve donc de quoi payer pile l’impôt de deux personnes, Jésus et Pierre.

Cette pratique remonte au livre de l’Exode (ch. 30, v. 13) : un demi-sicle pour la construction et l’entretien du Tabernacle. On la retrouve en 2 Chroniques 24, 6 et Néhémie 10, 32-33 pour la reconstruction du Temple.

Elle s’inscrit parmi les différentes pratiques financières de l’Israël biblique, dont la plus connue est la dîme, pratiquée scrupuleusement par les plus attentifs des fidèles : cf. Luc 18, 12 : « je paie la dîme de tout ce que je me procure », dit en silence devant Dieu le pharisien de la parabole. Matthieu 23, 23 mentionne « la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin » — cf. Lévitique ch. 27. Le prophète Malachie (ch. 3, v. 10) s’inscrit dans ce type de lecture de la Torah, alors unanime : « Apportez à la maison du trésor toutes les dîmes, Afin qu’il y ait de la nourriture dans ma maison ; Mettez-moi de la sorte à l’épreuve, dit le Seigneur Tsebaoth. Et vous verrez si je n’ouvre pas pour vous les écluses des cieux, Si je ne répands pas sur vous la bénédiction en abondance. »

*

Apparemment, Jésus estimerait qu’il n’y a pas lieu d’observer l’enseignement biblique sur ce point ?! Tirer du texte de Matthieu cette conclusion est aller un peu vite en besogne. Disons même qu’à y regarder de près le propos de Jésus relève précisément d’une exégèse stricte de la Torah et des Prophètes.

Le peuple à qui il est demandé des taxes est un peuple libre, et libéré politiquement par l’Exode : « je suis le Seigneur qui t’ai libéré du pays de l’esclavage » — première parole du Décalogue. Un peuple d’enfants du Roi, pour reprendre la formule utilisée par Jésus, et donc non soumis à l’impôt ! comme il le dit, dans une allusion, faite à travers son propos sur l’impôt du Temple, à la domination romaine.

Ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit de ne pas contribuer à la vie cultuelle, et à la vie de la Cité en général. Au contraire. Mais pour les fils et les filles de la liberté octroyée par le Père, l’impôt est transformé en contribution pour laquelle le Père lui-même pourvoit (cf. supra Malachie et les écluses des cieux), comme en atteste le signe de la pièce dans le poisson, correspondant pile à la taxe du Temple. Libéré du pays de l’esclavage par l’Exode, on n’en n’est plus à une capitation, ou à un tribut imposé, selon la pratique de l’occupant romain aux non-citoyens que sont les peuples dominés.

Par son geste et ses paroles, Jésus témoigne donc de l’espérance du Royaume dont il est porteur, et dont les filles et fils du Roi, qui est le Seigneur lui-même, sont des hommes et des femmes libres, qui dans la liberté dont ils bénéficient, contribuent à la vie des institutions, passant peut-être aux yeux des « étrangers » à la liberté qu’ainsi ils ne scandalisent point pour de ces « étrangers » eux aussi. Ils n’en savent pas moins qu’ils sont libres et contribuent comme des hommes et des femmes libres. Peut-être est-ce la leçon de cet épisode qui fait dire à Paul : « payez les impôts. Car les magistrats sont des ministres de Dieu appliqués à cette fonction » (Romains 13, 6).

Ouverture universaliste d’une conviction enracinée dans l’Exode d’Israël, et élargie à toutes et tous : la citoyenneté universelle des hommes et des femmes libres, contribuant à la vie commune avec l’intelligence et la discrétion prônées ici par Jésus — comme s’il s’agissait d’un acte non-volontaire, pour ne pas les scandaliser.

En ces jours de quarantaine mondiale, le confinement peut ainsi devenir l’acte libre et citoyen de filles et fils du Seigneur qui nous libère de tous nos esclavages.





Éric Serra - Le grand bleu, Ouverture

samedi 7 mars 2020

Évangile selon Matthieu - Exigences du Royaume



Rencontres suspendues à compter du 14 mars 2020

Lire Matthieu 18-22

(Voir ICI, la nouvelle version 2020 – 68 pages – du tableau des citations de la Bible des Septante dans l’Évangile de Matthieu - © Philip van Tienhoven)


• Le plus grand et les petits (18, 1-14)
• Si ton frère a péché (18, 15-35)
• Pardonner jusqu'à 77 fois 7 fois

• Que l'homme ne le sépare pas ce que Dieu a uni (19, 1-15)
• Le jeune homme riche (19, 16-30)

• Ouvriers de la onzième heure (20, 1-16)
• Troisième annonce de la passion (20, 17-19)
• Les fils de Zébédée (20, 20-28)
• Les aveugles de Jéricho (20, 29-34)

• L'entrée à Jérusalem (21, 1-11)
• L'expulsion des marchands du Temple (21, 12-17)
• Le figuier desséché (21, 18-22)
• L'autorité de Jésus (21, 23-27)
• Parabole des deux fils (21, 28-32)
• Parabole des vignerons (21, 33-46)

• Parabole des invités à la noce (22, 1-14)
• Rendez à César… (22, 15-22)
• La résurrection des mort (22, 23-33)
• Le grand commandement (22, 34-40)
• Fils de David ? (22, 41-46)


Rencontres suspendues à compter du 14 mars 2020


RP
Évangile selon Matthieu

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique / catéchisme adultes 2019-2020
– 1ère part. Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
– 2ème part. Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
6 — Exigences du Royaume (Mt ch. 18-22)
(Poitiers : 10 & 12 + 17 & 19 mars / Châtellerault : 24 mars) (PDF)



samedi 29 février 2020

Égalité de toutes les âmes


Benjamin Lay par William Williams 1750

« Benjamin Lay était quaker – c’est très important de le comprendre parce c’est central dans son identité. Les quakers sont un groupe de protestants anglais radicaux qui trouvent leurs origines dans la Révolution anglaise, entre les années 1640-1650. À l’époque ils s’opposaient à la monarchie, ils faisaient partie d’un mouvement révolutionnaire qui tentait de réinventer l’Angleterre, et en particulier les quakers étaient connus pour leur croyance, leur foi très profonde dans l’égalité de toutes les âmes, une égalité d’ordre spirituel. Toutes les personnes, qui que vous soyez, quelles que soient vos richesses, votre pauvreté, que vous soyez blanc, noir, homme ou femme, toutes les personnes pour les quakers étaient égales aux yeux de Dieu. Et c’était une idée extrêmement radicale, puisque ça signifie que l’ordre naturel des classes n’était pas légitime. » (Interview Marcus Rediker à 12mn 52)

« Le Woman’s Movement en Amérique fut officiellement lancé à la convention de Seneca Falls les 19 et 20 juillet 1848. Ce meeting était lui aussi issu du mouvement abolitionniste, parce qu’à la Convention mondiale contre l’esclavage qui s’était tenue à Londres en 1840, Lucretia Mott et Elisabeth Stanton, en tant que simples femmes, avaient été exclues des débats, événement qui les rapprocha et les amena à s’unir pour se lancer dans l’aventure de Seneca Falls. Lucretia Mott était une quaker de Nantucket dont la maison servait de gare au réseau ferroviaire souterraine ; elle fut la fondatrice de la première Société féminine contre l’esclavage […]. La chapelle wesleyenne qui vit naître ce grand mouvement national et international est maintenant transformée en station-service, et seule une petite plaque sur le côté rappelle cet événement. » (Kate Millett, Sexual Politics, La politique du mâle, éd. des femmes 2020, p. 137-138)

*

« Dieu créa êtres les humains à son image : il les créa à l'image de Dieu ; homme et femme il les créa. » (Genèse 1, 27)

« Cette lumière était la vraie lumière, celle qui vient dans le monde et qui éclaire tous les êtres humains. » (Jean 1, 9)

« Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni libre ; il n’y a plus l’homme et la femme. » (Galates 3, 28)

*

Sortant de la malédiction où l'altérité condamne l'autre ! (Cf. Gn 3, 4-8 sq. ; Gn 9, 21-26 sq. ; 1 Ti 2, 14-15)… Elle devient signe de notre manque de la Parole qui nous advient par l'autre, et par laquelle tout être humain est appelé à recevoir la lumière manquante qui le fonde…

vendredi 7 février 2020

Évangile selon Matthieu - Mystères du Royaume



Lire Matthieu ch. 13-17

(Voir ICI, la nouvelle version 2020 - 68 pages - du tableau des citations de la Bible des Septante dans l’Évangile de Matthieu - © Philip van Tienhoven)


Paraboles (13, 1-58)
• Parabole du semeur – et raison des paraboles (13, 1-23)
• Paraboles : ivraie, grain de moutarde, levain – raison des paraboles et ivraie expliquée (13, 24-43)
• Paraboles : trésor, perle et filet – tirer de son trésor du neuf et de l'ancien (13, 44-52)
• À Nazareth (13, 53-58)


Signes du Royaume : tensions suscitées (14, 1 – 16, 12)
• La mort de Jean le Baptiste (14, 1-12)
• La multiplication des pains (14, 13-21)
• La marche sur les eaux – et guérisons diverses (14, 22-36)
• Le pur et l'impur (15, 1-20)
• La fille de la Cananéenne – et guérisons diverses (15, 21-31)
• Seconde multiplication des pains (15, 32-39)
• Les signes des temps (16, 1-4)
• Le levain des pharisiens et des sadducéens (16, 5-12)


Annonces de la Passion (16, 13 – 17, 27)
• Confession de foi de Pierre (16, 13-20)
• Première annonce de la Passion – comment suivre Jésus (16, 21-28)
• La transfiguration – … à propos d’Élie (17, 1-13)
• Guérison de l'enfant « lunatique » (17, 14-21)
• Seconde annonce de la passion (17, 22-23)
• Les deux drachmes de l’impôt (17, 24-27)



RP
Évangile selon Matthieu

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique / catéchisme adultes 2019-2020
– 1ère part. Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
– 2ème part. Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
5 — Mystères du Royaume (Mt ch. 13-17)
(Poitiers : 11 & 13 + 18 & 20 février / Châtellerault : 25 février)



mardi 4 février 2020

« À toi, mon Dieu, mon cœur monte… »




Psaume 25 (TOB)
1  De David.
SEIGNEUR, je suis tendu vers toi.
2  Mon Dieu, je compte sur toi ; ne me déçois pas ! Que mes ennemis ne triomphent pas de moi !
3  Aucun de ceux qui t’attendent n’est déçu, mais ils sont déçus, les traîtres avec leurs mains vides.
4  Fais-moi connaître tes chemins, SEIGNEUR ; enseigne-moi tes routes.
5  Fais-moi cheminer vers ta vérité et enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. Je t’attends tous les jours.
6  SEIGNEUR, pense à la tendresse et à la fidélité que tu as montrées depuis toujours !
7  Ne te souviens pas des péchés de ma jeunesse ni de mes révoltes ; Souviens-toi de moi selon ta bienveillance, À cause de ta bonté, SEIGNEUR.
8  Le SEIGNEUR est si bon et si droit qu’il montre le chemin aux pécheurs.
9  Il fait cheminer les humbles vers la justice et enseigne aux humbles son chemin.
10  Toutes les routes du SEIGNEUR sont fidélité et vérité, pour ceux qui observent les clauses de son alliance.
11  Pour l’honneur de ton nom, SEIGNEUR, pardonne ma faute qui est si grande !
12  Un homme craint-il le SEIGNEUR ? Celui-ci lui montre quel chemin choisir.
13  Il passe des nuits heureuses, et sa postérité possédera la terre.
14  Le SEIGNEUR se confie à ceux qui le craignent, en leur faisant connaître son alliance.
15  J’ai toujours les yeux sur le SEIGNEUR, car Il dégage mes pieds du filet.
16  Tourne-toi vers moi ; aie pitié, car je suis seul et humilié.
17  Mes angoisses m’envahissent ; dégage-moi de mes tourments !
18  Vois ma misère et ma peine, enlève tous mes péchés !
19  Vois mes ennemis si nombreux, leur haine et leur violence.
20  Garde-moi en vie et délivre-moi ! J’ai fait de toi mon refuge, ne me déçois pas !
21  Intégrité et droiture me préservent, car je t’attends.
22  O Dieu, rachète Israël ! Délivre-le de toutes ses angoisses !

*

Que dit ce Psaume 25 en son premier sens ? Que dit-il dans le contexte proposé au premier verset ? — Que le roi David est entouré de traîtres. C’est un peu le destin normal d’un chef politique.

Face à cela, ce qui peut faire la faiblesse du roi attaqué, ce sont ses fautes éventuelles. Que font ses ennemis ? Ils lui lâchent au train une troupe de paparazzis ou autres fouilleurs d’arrière-boutiques pour le discréditer. Quel homme en position de pouvoir ne connaît pas cela ?

Or le roi sera d’autant plus accessible à ses ennemis, à ceux qui le trahissent, qu’ils auront « du grain à moudre » comme on dit — fût-ce un tissu de faussetés. Comme c’est le cas dans le Ps 25.

Mais, et c’est là la leçon importante du Psaume, quand les accusations sont fausses, que fait David ? Il demande à Dieu de le pardonner ! Non pas pour les péchés qu’il n’a pas commis, et dont on l’accuse à tort pour mieux l’abattre, pour mieux de trahir ; mais pour ce qu’il est un homme en proie à la faiblesse : si on l’accuse à tort, il ne prétend pas pour autant être l’agneau qui vient de naître. Il n’en sait que mieux le danger auquel il est exposé. Et il ne présume pas de ses forces propres.

Il ne s’appuie donc pas sur son innocence, pourtant réelle en l’espèce, mais sur la fidélité de Dieu, qui s’est allié avec lui, et dont il n’a pas trahi l’alliance, contrairement à ses ennemis tapis dans l’ombre pour l’abattre.

Et quelle est cette alliance ? L’alliance royale bien sûr — il y fait allusion —, selon laquelle son trône subsistera parce que Dieu en est garant. Mais aussi l’alliance qui nous concerne tous, scellée avec Abraham, l’Alliance de la foi, de la fidélité de Dieu qui ne laisse pas tomber celui qui compte sur lui, et de la confiance qu’on peut lui faire.

*

Voilà qui vaut pour chacun de nous : je suis d’autant plus faible que je suis loin de Dieu. Ce qui fait de moi la proie de toutes les attaques. Derrière les ennemis de David, on peut imaginer tout ce qui peut nous séparer de Dieu — autant de figures, comme les ennemis de David, de celui que le Nouveau Testament appelle l’ « ennemi de nos âmes ».

Alors la prière, le Psaume, commence par : « à toi mon Dieu, mon cœur monte » et termine par : « délivre-moi, ne me déçois pas », avant la louange finale : Dieu a exaucé cette prière.

Auprès de Dieu est la vie : monter vers Dieu est recevoir la vie, loin de lui, sont tous dangers. En moi je suis faible, susceptible de chuter, de me laisser abattre par mes ennemis, mon ennemi. Et cela je le reconnais : combien de fois m’est-il arrivé de succomber, et de devenir ainsi la proie de ceux qui veulent me séparer de Dieu, rompre l’Alliance.

Alors, « pardonne les péchés de ma jeunesse » — c’est-à-dire éventuellement ceux d’hier matin. Et garde-moi de présumer de mes forces, et de croire que je puisse me mettre moi-même à l’abri. Dès aujourd’hui je me place devant toi tel que je suis.

Et, « montre-moi, Seigneur la route, qui seule conduit à toi. »

Nous voilà donc entre l’élévation vers Dieu — et l’éloignement de Dieu, qui conduit à la faute, et nous laisse en proie à tous les dangers, et à toutes les attaques injustes de l’ennemi qui veut nous abattre, et qui peut être parfois tout à fait personnalisé — voir les exemples mentionnés d’entrée : les gens en vue s’exposent aux attaques, mais pas eux seuls. La haine gratuite, ça existe ! Et rappelons-nous que nous sommes porteurs d’une parole qui dérange, et vaut persécution. Rappelez-vous : « heureux serez-vous lorsqu’on dire de vous toute sorte de mal à cause moi ».

Face à cela est la montée de notre cœur vers Dieu, qui est notre seul abri.

Et déjà ce seul tournement vers Dieu, cette conversion, est le salut, l’entrée sur le chemin de vérité et de vie, quels que soient les dangers, risques, les tentations, etc.

*

Et à ce point le Psaume a été lu dans l’histoire de l’Église comme parlant du Christ.

« Fais-moi connaître tes chemins, Seigneur ; enseigne-moi tes routes. Fais-moi cheminer vers ta vérité et enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. Je t’attends tous les jours. » (v. 4-5)

Cf. Jean 14, 4-6 : « "Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin." Thomas lui dit: "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin?" Jésus lui dit: "Je suis le chemin et la vérité et la vie. Nul ne va au Père si ce n’est par moi." »

Les Psaumes ont été lus dans l’histoire de l’Église comme parlant du Christ en ce sens que Jésus s’est identifié aux pécheurs.

Il a fait siennes nos prières, en faisant sienne notre humanité. Le juste, parole éternelle qui ne passe pas, est devenu l’un de nous, un homme mortel. Selon les termes de l’Épître aux Hébreux (4:15) : « Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses ; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher. »

Cela au point de faire siennes nos prières, nos Psaumes tout humains, à un point qui nous choque lorsque dans les Psaumes où nous croyons reconnaître le Christ — on en arrive à des confessions de péché et des demandes de pardon. Mais ce n’est plus le Christ cela, pensons-nous naturellement !

Eh bien en un sens, si, c’est lui. Non pas qu’il aurait péché lui-même ! — mais qu’il a fait siennes les conséquences de nos fautes. Et que donc, il confesse notre faute, nos fautes, en solidarité avec nous.

Il a fait siennes toutes nos limites, jusqu’aux ressentiments exprimés dans les Psaumes. Il a aussi fait sienne jusqu’à notre mortalité. Il a fait siens nos deuils : il a pleuré la mort de Lazare. Il a fait sienne notre humanité au sens le plus précis. Comme nous, il est devenu un individu, cet individu, appartenant à ce moment de l’histoire — né sous César Auguste, crucifié sous Ponce Pilate — ; appartenant à ce peuple, le peuple juif, préparé comme peuple de l’Alliance et donc peuple premier de Dieu. Cela aussi Jésus le fait sien jusqu’au bout ! Par exemple dans l’histoire de la femme syro-phénicienne. Et bien, c’est comme cela, qu’il nous sauve. Celui qui est la parole éternelle, qui a fondé le monde et connaît tous les méandres de nos vies a emprunté un chemin, celui de l’Alliance qui va d’Abraham au Royaume. Et il contraint cette femme à le confesser en ses termes à elle, parlant pour sa part de miettes, comme il nous y contraint tous.

Comme il le dit d’une autre façon à une autre femme, la Samaritaine, en devenant cet homme, membre du peuple juif d’où vient le salut pour tous les hommes de tous les peuples. Héritier de l’Alliance royale scellée avec David : nous venons de le lire : « ses enfants après lui auront la terre en partage ». Et ses enfants, particulièrement, en cet enfant particulier qui est le chemin, le Christ. « Montre-moi, Seigneur, la route qui seule conduit à Toi » priait le Psaume de David.

Il est entré en nos chemins pour devenir notre chemin, chemin de vérité en qui seul est la vie. Faisant dès lors de la prière du Psaume celle de notre salut. Une prière où il est aussi question de miettes. Miettes en effet que ma justice : on m’accuse à tort, certes, prie le Psalmiste ; cela dit, mon salut n’est pas dans ma justice, mais dans la fidélité de Dieu à son Alliance. Ma justice n’est rien, elle n’est certes que miette, petit commencement.

L’ennemi est celui qui voudrait me déstabiliser à cause de cela et me séparer de mon seul soutien, de ma seule assurance : Dieu m’a rejoint dans mon chemin, et m’a ainsi montré le chemin, la vérité et la vie : Dieu venu tout petit dans nos petits cheminements. Alors « à toi mon Dieu mon cœur monte ! »




Psaume 25, traduction Clément Marot 1543, adaptée par Marc-François Gonin (éd. Vida 1998) :

I
1 À Toi, mon Dieu, mon cœur monte,
2 En Toi mon espoir est mis ;
Dois-je tomber dans la honte
Au gré de mes ennemis,
3 Jamais on n'est confondu
Quand sur Toi l'on se repose ;
Mais le méchant est perdu,
Car c'est à Dieu qu'il s'oppose.

II
4 Montre-moi, Seigneur, la route
Qui seule conduit à Toi ;
Fais-moi dépasser le doute,
Et progresser dans la foi.
5 Car enfin j’ai reconnu
Ta vérité évidente ;
En Toi, Dieu de mon salut
Est chaque jour mon attente.

III
6 Seigneur si fidèle, pense
Que tu montras en tout temps
La miséricorde immense
À laquelle je m’attends.
7 Mets loin de ton souvenir
Les péchés de ma jeunesse,
Et daigne encor me bénir,
Seigneur, selon ta promesse.

IV
8 Dieu, très juste et véritable,
Est aussi plein de pitié ;
Il ramène le coupable
Sur le bon et droit sentier.
9 Il prend le pauvre homme en main,
Vers la justice il l'oriente.
Il enseigne son chemin
À l'âme pauvre et souffrante.

V
10 Fidélité, bienveillance
Sont les sentiers du Seigneur
Pour qui garde l'alliance
En fidèle adorateur.
11 Hélas, Seigneur Dieu parfait,
Pour l'amour de ton Nom même,
Pardonne-moi mon forfait
Car c'est une faute extrême.


VI
12 Est-il quelqu'un à vrai dire
Cherchant Dieu sincèrement ?
L’Éternel pour le conduire
Parle au cœur du vrai croyant.
13 Il peut reposer la nuit
La paix est son héritage
Et ses enfants après lui.
Auront la terre en partage,

VII
14 Dieu révèle ses pensées
À ceux qui l’aiment vraiment ;
Il les leur fait voir tracées
Au long se son testament.
15 Quant à moi tous mes regards
Se dirigent vers sa face,
Il me sauve sans retard
Du filet où l’on m’enlace.

VIII
16 Jette enfin sur moi la vue,
Je suis seul et humilié ;
Que ta pitié soit émue,
Les hommes sont sans pitié.
17 Hélas, je sens empirer
De jour en jour ma détresse.
Seigneur, viens me délivrer
De ce fardeau qui m'oppresse.

IX
18 Fais sur moi briller ta face,
Vois ma peine et mon souci.
J'ai péché! Seigneur, efface
Tout le mal que j'ai commis.
19 Vois les ennemis qui sont
Contre nous en si grand nombre ;
Tu sais la haine qu'ils ont,
Combien l'avenir est sombre !

X
20 Préserve de toute embûche
Ma vie, et délivre-moi
De peur que je ne trébuche.
Alors que j'espère en Toi.
21 Que la simple intégrité
Qui convient aux tiens me serve.
22 Sauve Israël ; ta bonté
Seule, ô Seigneur, le conserve.


mardi 28 janvier 2020

"Ils nous ont témoigné une humanité peu ordinaire"



Actes 27, 18 - 28, 10 ; Psaume 107, 8-9.19-22.28-32 ; Marc 16, 14-20

Actes 27, 18 - 28, 10
(Ch. 27) 18 Le lendemain, comme nous étions toujours violemment secoués par la tempête, on jetait du fret
19 et, le troisième jour, de leurs propres mains les matelots ont affalé le gréement.
20 Ni le soleil ni les étoiles ne se montraient depuis plusieurs jours ; la tempête, d’une violence peu commune, demeurait dangereuse : tout espoir d’être sauvés nous échappait désormais.
21 On n’avait plus rien mangé depuis longtemps quand Paul, debout au milieu d’eux, leur a dit : « Vous voyez, mes amis, il aurait fallu suivre mon conseil, ne pas quitter la Crète et faire ainsi l’économie de ces dommages et de ces pertes.
22 Mais, à présent, je vous invite à garder courage : car aucun d’entre vous n’y laissera la vie ; seul le bateau sera perdu.
23 Cette nuit même, en effet, un ange du Dieu auquel j’appartiens et que je sers s’est présenté à moi
24 et m’a dit : “Sois sans crainte, Paul ; il faut que tu comparaisses devant l’empereur et Dieu t’accorde aussi la vie de tous tes compagnons de traversée !”
25 Courage donc, mes amis ! Je fais confiance à Dieu : il en sera comme il m’a dit.
26 Nous devons échouer sur une île. »
27 C’était la quatorzième nuit que nous dérivions sur l’Adriatique ; vers minuit, les marins ont pressenti l’approche d’une terre.
28 Jetant alors la sonde, ils ont trouvé vingt brasses [une brasse = 1,85 mètre ; soit 37 mètres de profondeur] ; à quelque distance, ils l’ont jetée encore une fois et en ont trouvé quinze [soit env. dix mètres de moins].
29 Dans la crainte que nous ne soyons peut-être drossés [entraînés] sur des récifs, ils ont alors mouillé quatre ancres à l’arrière et souhaité vivement l’arrivée du jour.
30 Mais, comme les marins, sous prétexte de s’embosser [s’attacher] sur les ancres de l’avant, cherchaient à s’enfuir du bateau et mettaient le canot à la mer,
31 Paul a dit au centurion et aux soldats : « Si ces hommes ne restent pas à bord, vous, vous ne pourrez pas être sauvés. »
32 Les soldats ont alors coupé les filins du canot et l’ont laissé partir.
33 En attendant le jour, Paul a engagé tout le monde à prendre de la nourriture : « C’est aujourd’hui le quatorzième jour que vous passez dans l’expectative sans manger, et vous ne prenez toujours rien.
34 Je vous engage donc à reprendre de la nourriture, car il y va de votre salut. Encore une fois, aucun d’entre vous ne perdra un cheveu de sa tête. »
35 Sur ces mots, il a pris du pain, a rendu grâce à Dieu en présence de tous, l’a rompu et s’est mis à manger.
36 Tous alors, reprenant courage, se sont alimentés à leur tour.
37 Au total, nous étions deux cent soixante-seize personnes à bord.
38 Une fois rassasiés, on a allégé le bateau en jetant le blé à la mer.
39 Une fois le jour venu, les marins ne reconnaissaient pas la terre, mais ils distinguaient une baie avec une plage et ils avaient l’intention, si c’était possible, d’y échouer le bateau.
40 Ils ont alors filé les ancres par le bout, les abandonnant à la mer, tandis qu’ils larguaient les avirons de queue ; puis, hissant au vent la civadière [voile carrée à l’avant du navire], ils ont mis le cap sur la plage.
41 Mais ils ont touché un banc de sable et y ont échoué le vaisseau ; la proue, enfoncée, est restée prise, tandis que la poupe se disloquait sous les coups de mer.
42 Les soldats ont eu alors l’idée de tuer les prisonniers, de peur qu’il ne s’en échappe à la nage.
43 Mais le centurion, décidé à sauver Paul, les a empêchés d’exécuter leur projet ; il a ordonné à ceux qui savaient nager de sauter à l’eau les premiers et de gagner la terre.
44 Les autres le feraient soit sur des planches soit sur des épaves du bateau. Et c’est ainsi que tous se sont retrouvés à terre, sains et saufs.

(Ch. 28) 1 Une fois hors de danger, nous avons appris que l’île s’appelait Malte.
2 Les autochtones nous ont témoigné une humanité peu ordinaire. Allumant en effet un grand feu, ils nous en ont tous fait approcher, car la pluie s’était mise à tomber, et il faisait froid.
3 Paul avait ramassé une brassée de bois mort et la jetait dans le feu, lorsque la chaleur en a fait sortir une vipère qui s’accrocha à sa main.
4 A la vue de cet animal qui pendait à sa main, les autochtones se disaient les uns aux autres : « Cet homme est certainement un assassin ; il a bien échappé à la mer, mais la justice divine ne lui permet pas de vivre. »
5 Paul, en réalité, a secoué la bête dans le feu sans ressentir le moindre mal.
6 Eux s’attendaient à le voir enfler, ou tomber raide mort ; mais, après une longue attente, ils ont constaté qu’il ne lui arrivait rien d’anormal. Changeant alors d’avis, ils répétaient : « C’est un dieu ! »
7 Il y avait, dans les environs, des terres qui appartenaient au premier magistrat de l’île, nommé Publius. Il nous a accueillis et hébergés amicalement pendant trois jours.
8 Son père se trouvait alors alité, en proie aux fièvres et à la dysenterie. Paul s’est rendu à son chevet et, par la prière et l’imposition des mains, il l’a guéri.
9 Par la suite, tous les autres habitants de l’île qui étaient malades venaient le trouver, et ils étaient guéris à leur tour.
10 Ils nous ont donné de multiples marques d’honneur et, quand nous avons pris la mer, ils avaient pourvu à nos besoins.

Marc 16, 14-20
14 Ensuite, il se manifesta aux Onze, alors qu’ils étaient à table, et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité.
15 Et il leur dit : « Allez par le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création.
16 Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné.
17 Signes, en revanche, [des envoyés] pour ceux qui auront cru, ces [signes des envoyés les] accompagneront en mon nom : [les envoyés] chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles,
18 ils prendront dans leurs mains des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris. »
19 Donc le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu.
20 Quant à eux, ils partirent prêcher partout : le Seigneur agissait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

*

« Ils nous ont témoigné une humanité peu ordinaire » (Ac 28, 2). Ce sont les mots qu’ont retenus nos frères et sœurs maltais préparant cette célébration œcuménique 2020. « Ils », à savoir, dans le texte, « les autochtones », maltais du 1er siècle donc, accueillant avec une humanité rare des naufragés échoués sur leur terre. Comment ne pas penser, avec nos frères et sœurs maltais, à notre actualité méditerranéenne, avec ses réfugiés, naufragés s’échouant sur les côtes européennes ? Or, ce que nous enseignent les textes que nous avons entendus c’est que nous, humanité, serons sauvés tous ensemble, ou condamnés tous ensemble…

Le texte des Actes des Apôtres nous fait toucher du doigt que l’accueil, avec cette humanité peu ordinaire qu’ont montrée les Maltais, est un bénéfice… pour ceux qui accueillent ! Cela a été un bénéfice pour les Maltais du premier siècle ! Chose que l’on ne sait pas à l’avance, comme les Maltais des Actes des Apôtres ne l’ont d’abord pas su. On ne sait pas par où Dieu nous fait advenir ses dons… L’Épître aux Hébreux le dit ainsi : « certains ont logé des anges sans le savoir » (Hé 13, 2). En écho, le constat des Maltais à propos de Paul en Ac 28, 6 : « c’est un dieu », selon leur vocabulaire propre, c’est-à-dire ; en termes bibliques, un ange, messager de Dieu ! Cela après qu’ils eussent pensé — Ac 28, 4-6 : « Cet homme est certainement un assassin… » Accueille-t-on, avec humanité, une menace, comme le disent certains, comme la menace d’une vipère que l’on réchauffe en son sein, ou accueille-t-on sans le savoir notre salut ? — porté alors par Paul, considéré d’abord comme « un assassin », suite à ce signe néfaste : une vipère.

*

« La chaleur [du feu préparé par les Maltais] en a fait sortir une vipère qui s’accrocha à [la] main [de Paul]. À la vue de cet animal qui pendait à sa main, les autochtones se disaient les uns aux autres : "Cet homme est certainement un assassin ; il a bien échappé à la mer, mais la justice divine ne lui permet pas de vivre." » (Ac 28, 3-4). Mais non ! La vipère ne lui fait aucun mal. C’est donc plutôt « un dieu », un ange. Ce qui se confirme par les guérisons qu’il opère (Ac 28, 3-9) — où, nous, lecteurs de la Bible, retrouvons les signes accompagnant les Apôtres selon Marc (16, 20) : « le Seigneur agissait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » — selon la promesse de Jésus (Mc 16, 17-18), dont il convient de la lire comme faisant suite à l’annonce (au verset qui précède, v. 16) de la menace d’une condamnation, pour la renverser : « en revanche, signes pour ceux qui auront cru, ces [signes des envoyés les] accompagneront en mon nom : [les envoyés] chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront dans leurs mains des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris. »

Ce sont bien les envoyés, ici Paul, qui opèrent les signes, pas les Maltais, qui eux, en sont bénéficiaires (« signes pour ceux qui auront cru », rapporte Marc 16, 17-18).

En parallèle, comme après coup, l’Épître aux Hébreux rappelle, au passé (ch. 2, 3b-4) : « […] un pareil salut, qui commença à être annoncé par le Seigneur, puis fut confirmé pour nous par ceux qui l’avaient entendu, et fut appuyé aussi du témoignage de Dieu par des signes et des prodiges, des miracles de toute sorte, et par des dons de l’Esprit Saint répartis selon sa volonté » — où l’on retrouve notre « finale longue » de Marc, ch. 16, 19-20 : « le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils partirent prêcher partout : le Seigneur agissait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. »

Bref, on a affaire à des signes de la fin (i.e. eschatologiques). Des signes de ce que le Royaume qui s’est approché en Jésus s’est approché de nous par la Parole de ses envoyés : des signes miraculeux accompagnent dans la Bible les temps où le Royaume s’approche. Ils n’adviennent qu’en ces temps-là, depuis Moïse et les Prophètes : lors du don de la Loi (signes opérés par Moïse et ses successeurs), au temps des Prophètes bibliques (Élie, puis Élisée), lors de la venue du Règne de Dieu en Jésus (par Jésus, puis les Apôtres).

Signes du Royaume. Ce qui se confirme par le texte des Actes des Apôtres que nous avons entendu — où nous est montré un Paul devenu quasi « capitaine » du navire dans la tempête pour le conduire à bon port ! Dans l’espérance du Royaume promis.

*

Vous êtes-vous posé la question ? Actes ch. 27 à 28 : Où est passé le capitaine ? C’est Paul, prisonnier, captif de l’armée romaine, qui prend les commandes ! Cf. ch. 27, 9-12 : « […] il devenait désormais dangereux de naviguer, puisque le Jeûne [Yom Kippour — septembre : Paul est juif et Actes un texte juif] était déjà passé. Paul a voulu donner son avis : "Mes amis, leur a-t-il dit, j’estime que la navigation va entraîner des dommages et des pertes notables non seulement pour la cargaison et le bateau, mais aussi pour nos personnes." Le centurion néanmoins se fiait davantage au capitaine et au subrécargue [i.e. l’agent de l’affréteur du navire] qu’aux avertissements de Paul [et on peut le comprendre ! Paul, un prisonnier : de quoi se mêle-t-il ?!]. Comme le port, en outre, se prêtait mal à l’hivernage, la majorité a été d’avis de reprendre la mer ».

Et voilà que plus loin, dans le texte que nous avons entendu, c’est carrément le prisonnier qui prend les commandes. Annonce d’un monde nouveau et pas prise de pouvoir — Paul reste un prisonnier !

Ac 28 v. 20 : « la tempête, d’une violence peu commune, demeurait dangereuse : tout espoir d’être sauvés nous échappait désormais ». (Et on peut penser à d’autres tempêtes, comme la menace écologique actuelle, en lien avec la crise entraînant des guerres et des réfugiés.)

*

Cf. Mc 16, 16 : « qui croira […] sera sauvé, qui ne croira pas sera condamné ». Croire ce que l’on n’a pas vu, mais que d’autres ont vu (Mc 16, 14). Aujourd’hui croire aussi par la Parole qui nous vient par l’autre Église, par les autres Églises. Au-delà de chacun, cela concerne toute la création (v. 15) — pour les deux aspects : être sauvé ou être condamné ! Cela se confirme par la précision du texte mentionnant le baptême : « qui croira et sera baptisé sera sauvé, qui ne croira pas sera condamné ». La précision concernant le baptême, « et sera baptisé », indique une participation : être baptisé signifie participer à un corps, et en l’occurrence, pour une mission, si ce corps est l’Église, puisque le mot traduit dans la Bible grecque l’hébreu Qahal, signifiant « appelée », appelée pour une mission concernant toute la création (v. 15) — menacée d’être condamnée, mais appelée à être sauvée. Dans Actes 28 : « aucun d’entre vous n’y laissera la vie ; seul le bateau sera perdu » (ch. 28 v. 22). Condamnés ou sauvés tous ensemble, pour traverser la même tempête, dans le même bateau provisoire. Rassasiés par un même pain rompu, comme au jour de la Pâque, pour la traversée de la mer au jour de l’Exode, la traversée de la mort au jour de la croix : Paul « prit du pain, rendit grâce à Dieu en présence de tous, le rompit et se mit à manger. Tous alors, reprenant courage, s’alimentèrent à leur tour » (ch. 28 v. 35-36).

Tous dans le même bateau, Actes 28, 30-32 : « comme les marins, sous prétexte de s’embosser [s’attacher] sur les ancres de l’avant, cherchaient à s’enfuir du bateau et mettaient le canot à la mer [i.e. pour se sauver seuls !], Paul a dit au centurion et aux soldats : "Si ces hommes ne restent pas à bord, vous, vous ne pourrez pas être sauvés. Les soldats ont alors coupé les filins du canot et l’ont laissé partir." » Écho à nouveau dans l’Épître aux Hébreux (ch. 12 v. 14) : « sans la sanctification, nul ne verra le Seigneur » — la sanctification des uns vaut ici pour tous : sans elle, personne ne verra le Seigneur…

Plus loin, au livre des Actes, ch. 28 v. 41-44 : « tandis que la poupe se disloquait sous les coups de mer, les soldats ont eu alors l’idée de tuer les prisonniers, de peur qu’il ne s’en échappe à la nage. Mais le centurion, décidé à sauver Paul, les a empêchés d’exécuter leur projet ; il a ordonné à ceux qui savaient nager de sauter à l’eau les premiers et de gagner la terre. Les autres le feraient soit sur des planches soit sur des épaves du bateau. Et c’est ainsi que tous se sont retrouvés à terre, sains et saufs. » — Saufs ! Sauvés ! Tous… Telle est la promesse qui nous est renouvelée dans les textes que nous avons lus, et les signes qui nous y sont relatés : nous n’échapperons à la menace qui pèse sur nous tous ; nous ne traverserons l’épreuve qui nous concerne tous que par la confiance en la Parole qui peut nous sauver, et cela concrètement, via les signes que nous en ont donnée les premiers témoins du Christ, et nous ne recevrons ce salut que tous ensemble, comme témoins ensemble et œcuméniques, pour le bénéfice de tous.


RP, Châtellerault, Semaine de l’Unité, 20 janvier 2020



Samuel Barber - Adagio for Strings | Leonard Bernstein / New York Philharmonic


lundi 13 janvier 2020

Évangile selon Matthieu - Les Douze et leur mission



Lire Matthieu ch. 8-12

(Voir ICI, tableau des citations de la Bible des Septante dans l’Évangile de Matthieu)


Suivre Jésus (8,1-9,38)
• Descente de la Montagne (8, v. 1)
• Guérison d’un lépreux (8, v. 2-4)
• Guérison du serviteur du centurion, de la belle-mère de Pierre, etc. Ésaïe 53 (8, v, 5-17)

• Pour suivre Jésus (8 v. 18-22)
• La tempête apaisée (8 v. 23-27)
• Les démonisés de Gadara (8 v. 28-34)
• Guérison d’un paralysé (9 v. 1-8)

• L'appel de Matthieu, etc. (9 v. 9-17)
• La fille du chef et la femme qui souffrait d'hémorragies (9 v. 18- 26)
• Guérison de deux aveugles, etc. (9 v. 27-34)

• Foules sans berger et moisson abondante (9 v. 35-38)

Discours d'envoi en mission (10,1-11,1)
• L'envoi des disciples (10 v. 1-15)
• Instructions et avertissements aux disciples (10 v. 16 – 11 v. 1)

Paroles et gestes de Jésus (11,2-12,50)
• La question de Jean le Baptiste (11 v. 2-19)
• Malheur à Chorazin et Bethsaïda (11 v. 20-24)
• Ce qui est caché aux sages et aux savants… et joug (11 v. 25-30)


• Épis arrachés le jour du sabbat (12 v. 1-8)
• Guérisons le jour du sabbat, etc.(12 v. 9-21)
• Béelzéboul et le péché contre l'Esprit (12 v. 22-32)

• Ce que dit la bouche déborde du cœur, etc. (12 v. 33-45)
• La mère et les frères de Jésus (12 v. 46-50)


RP
Évangile selon Matthieu

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique / catéchisme adultes 2019-2020
– 1ère part. Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
– 2ème part. Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
4 — Les Douze et leur mission (Mt ch. 8-12)
(Poitiers : 14 & 16 + 21 & 23 janvier / Châtellerault : 28 janvier) (PDF)