lundi 15 juin 2020

La gifle et la joue



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Matthieu 5, 38-42
38 « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent.
39 Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre.
40 A qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau.
41 Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
42 A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos.

*


La gifle et l’autre joue… Que n’a-t-on pas entendu, le plus souvent sur le mode de l’ironie sur cette parole de Jésus, parole qui débouche sur celle qui la suit : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (v. 44). Au jour où Jésus prononce ces paroles, les Romains qui ont colonisé le pays, y ont tous les droits. Il semble normal de plutôt les haïr, de vouloir se venger de toutes les exactions dont ils sont les auteurs.

Jésus fait allusion à quelques aspects de l'oppression romaine, que ses contemporains ne connaissaient que trop. Par exemple, les Romains occupants pouvaient réquisitionner les populations pour telle ou telle tâche (ainsi les « mille pas » en question au v. 41). Pratique courante de la réquisition en temps de domination.

Sachant cela, Jésus, loin d’un invraisemblable utopiste, apparaît comme tout-à-fait réaliste, d’une façon qui, elle, n’est pas sans ironie.

Ce faisant, commentant la loi biblique du talion, il ne la remet pas en cause, mais la situe à sa place : le talion n’a pas vocation à être une attitude individuelle s’apparentant à la « vendetta ». C’est au contraire une institution juridique qui pose les principes mettant terme à la « vendetta » : ne te venge pas toi-même, mais remets-t’en à la justice, institution commune dont le principe doit être l’équilibre. C’est cela, le talion biblique. Mais que faire lorsqu’il n’y a plus de justice, lorsque le pouvoir n’a d’autre fin qu’asseoir le plus fort, ici Rome ? Se confronter à un mur de frustration en prétendant, en vain, se faire justice soi-même, selon un talion détourné de sa signification ? Ce qui revient en outre à s’infliger à soi-même une double peine : non seulement des torts m’ont été faits, mais en plus, je suis chargé d’un ressentiment impuissant, celui d’une impossible vengeance !

Laisse agir la vengeance céleste, enseigne le livre des Proverbes (25, 21-22) cité par Paul (Ro 12, 19-21), proverbe biblique dont la forme africaine donne : « assieds-toi devant ta case, tu finiras par voir passer le cadavre de ton ennemi ». On n’est pas loin de la sagesse ironique de Jésus, qui ouvre en outre carrément sur la liberté de la compassion, même pour l’ennemi et le persécuteur : quelle est la souffrance intérieure qui l’a conduit à son injustice, à sa méchanceté ? Prie pour lui, porte-le devant Dieu, sois pleinement libéré de la tentation de t’infliger toi-même la double peine. Liberté inouïe de Jésus derrière sa parole sur la gifle et la joue, liberté qu’il nous appelle à faire nôtre.


dimanche 14 juin 2020

"Le pain vivant qui descend du ciel"


Culte et prédication in extenso
ici, D'un autre côté :
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Jean 6, 51-58 (et Deutéronome 8, 1-16 ; Psaume 147 ; 1 Corinthiens 10, 16-17)
51 « Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
52 Sur quoi, les Judéens se mirent à discuter violemment entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
53 Jésus leur dit alors : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas en vous la vie.
54 Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
55 Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang vraie boisson.
56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.
57 Et comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi.
58 Tel est le pain qui est descendu du ciel : il est bien différent de celui que vos pères ont mangé ; ils sont morts, eux, mais celui qui mangera du pain que voici vivra pour l’éternité. »

*


Propos troublant que le propos de Jésus. On comprend la question qu’il suscite : « comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Au fond que veut dire Jésus ? Cela s’inscrit bien sûr dans le discours donné au lendemain de la multiplication des pains de ce chapitre 6 de l’Évangile de Jean ; ça en est le point culminant. Notons que les Judéens qui « discutent violemment entre eux » (v. 52) sont disciples de Jésus, comme cela apparaît juste après (v. 60 et 66). À traduire donc par Judéens et non juifs, ce qu'ils sont tous : Jésus et tous ses disciples, qu'ils soient Galiléens ou Judéens, et quelle que soit la réaction à son enseignement de ceux qui sont parmi ses disciples.

En termes outranciers, qui entendent rendre le propos incontournable, Jésus nous renvoie chacun à nous-mêmes. De la manne des Pères aux pains multipliés de la veille, qui n’ont pas rassasié le cœur, un chemin de désert vers la délivrance, symbolisé aujourd’hui pour nous par le désert confiné de ces dernières semaines. Chemin au désert, manne et pains du désert, en route vers le Royaume espéré. Une histoire passée de combats héroïques — histoire inachevée… Est-on en effet parvenu au Royaume promis ?

L'actualité nous rappelle régulièrement que ce n'est pas le cas. Certes les bases théoriques de jours heureux et fraternels sont posées : le cœur de la Loi biblique, sur la justice et sur l'amour du prochain, qui s'exprime aujourd'hui dans les Déclarations de Droit qui en sont issues, et notamment les Déclarations américaines et françaises, Constitution, Déclaration de 1789, et leur extension universelle en 1948. Hélas comme au temps de l’Exode, ou au temps où Jésus est venu dans le monde, de nos jours aussi, cela reste théorique, comme vient de le montrer le meurtre de George Floyd.

La Parole de Dieu appelle à être vécue, à être mise en pratique, vécue dans la chair, incarnée. C'est ce que signifie le partage qui se dit dans la multiplication des pains, et aussi, pour nous, dans la sainte Cène, l’eucharistie, écho à une multiplication des pains présentée par Jésus comme « ma chair à manger ». C'est-à-dire Parole de Dieu partagée, qui ne nourrit que par sa mise en pratique, dans le concret de la chair ; comme aujourd’hui la leçon universaliste des Droits de l’Homme est à vivre dans la chair.

Nous en sommes tous là : quelque chose manque, quelque chose de l'ordre du concret, de la chair. Alors, au cœur de notre manque, Jésus nous dit qu'il donne sa chair pour la vie du monde ; en d’autres termes, il se dépouille de sa vie, s'identifie à toutes celles et ceux dont la vie est méprisée, volée par le mépris ; Jésus rejoint l'homme humilié, genou à terre, ployant sous la croix… Et il nous appelle à recevoir ce dépouillement, en termes de « manger sa chair ». Recevoir de son dépouillement, la parole, la promesse de notre propre dépouillement.

Alors prend place la promesse de la Résurrection, de nouveaux cieux et d'une nouvelle terre. Dans le signe d'un monde enfin fraternel, la résurrection prend place alors comme récapitulation dans le Christ de ce que nous sommes vraiment, de ce que nous désirons vraiment, l’ignorerions-nous. C’est là la vérité profonde de la parole où Jésus mène ses interlocuteurs, où Jésus nous mène : « Qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité ». C’est la parole par laquelle, mystérieusement, Jésus répond en vérité aujourd’hui à toutes nos demandes.


Culte et prédication in extenso
ici, D'un autre côté :


samedi 13 juin 2020

Que tes paroles soient peu nombreuses


Et demain dimanche, culte
ici, D'un autre côté :

et sur RCF à 9h15,
la parole du dimanche, ici
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Matthieu 5, 33-37
33 « Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments.
34 Et moi, je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le ciel car c’est le trône de Dieu,
35 ni par la terre car c’est l’escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem car c’est la Ville du grand Roi.
36 Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux en rendre un seul cheveu blanc ou noir.
37 Quand vous parlez, dites “Oui” ou “Non” : tout le reste vient du Malin. »

*


Pourquoi une telle exigence de Jésus ? Pourquoi ne pas utiliser, pas même par des métaphores, le Nom de Dieu ? Pas respect strict, de sa part, du précepte biblique de la sanctification du Nom — « Que ton Nom soit sanctifié ! », première demande de la prière qu’il enseigne.

Un Nom que l’on ne prononce pas, sauf à en faire… un nom, précisément, une idée : c’est pourquoi on ne prononce pas ce Nom, plutôt que parce qu’on aurait perdu les voyelles — y lisant « mon Seigneur », Adonaï, un titre disant une relation, un titre qui nous met en relation avec celui qui est ainsi reconnu comme « mon Seigneur », plutôt qu’une description, qui fournirait quelque chose de l’ordre de l’idée, de l’image que l’on s’en fait.

Le respect du Nom de Dieu fonde le respect de quiconque : un nom n’épuisant jamais ce qu’est celui ou celle qui le porte, le mystère autour du Nom dont on n’a aucune approche suffisante, sauf à le réduire à un aspect, une idole, implique le respect de quiconque, qui est fait à son image…

Même les circonvolutions : le ciel, lieu symbolique, la terre, son pendant dans le récit de la création, Jérusalem, ville symbole de la présence de Dieu, valent d’être évitées, y compris dans les serments (dont le minimum est au moins de les tenir) ; cette réserve demandée par Jésus n’invalide pas la justice, mais induit que l’usage que l’on y fait du Nom (en levant symboliquement la main droite par exemple) ne doit pas nous leurrer, sachant que la vérité ultime n’est pas à notre portée.

En arrière-plan de cet enseignement de Jésus, une sentence de l’Ecclésiaste : « Que ta bouche ne se précipite pas et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole devant Dieu. Car Dieu est dans le ciel, et toi sur la terre. Donc, que tes paroles soient peu nombreuses ! Car de l’abondance des occupations vient le rêve et de l’abondance des paroles, les propos ineptes » (Ecc 5, 1-2).

À l’heure où des fanatiques tuent au nom de Dieu, où des figures politiques en mal de pouvoir s’approprient des symboles religieux, les paroles de Jésus deviennent criantes de sens. Ces attitudes devenues courantes sont rien moins que transgression du Décalogue : « tu ne prendras pas pour la vanité le Nom du Seigneur », transgression qui est à la racine du mépris des êtres humains faits à son image. Cela, dit Jésus, vient du Malin. Contentez-vous d’être humblement vous-mêmes dans vos « oui » ou vos « non », sachant que la vérité ultime n’est pas à votre portée !


Et demain dimanche, culte
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vendredi 12 juin 2020

Adultère et vide en forme de Dieu



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Matthieu 5, 27-32
27 « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.
28 Et moi, je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l’adultère avec elle.
29 « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne.
30 Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne.
31 « D’autre part il a été dit : Si quelqu’un répudie sa femme, qu’il lui remette un certificat de répudiation.
32 Et moi, je vous dis : quiconque répudie sa femme – sauf en cas d’union illégale – la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une répudiée, il est adultère.

*


Comme pour l’interdit du meurtre, ici non plus, concernant l’adultère, Jésus ne s’oppose à l’enseignement biblique et à la lecture qu’en fait le judaïsme. Loin d’un « mais moi je vous dis », comme s’il s’agissait d’antithèses, il s’agit d’une invitation à aller au cœur de l’enseignement biblique : « et moi je vous dis » où l’adultère commence, comme je vous ai dit où le meurtre commence — colère et mépris dans un cas, convoitise dans l’autre.

Ici l’enseignement biblique, le Décalogue en l’occurrence, est déjà explicite. La psychothérapeute Esther Perel, travaillant sur cette question, fait remarquer avec humour que le commandement interdisant l’adultère est le seul qui soit donné deux fois dans le Décalogue, puisqu’il est repris une seconde fois, on le sait, sous la forme : « tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain ».

On voit que Jésus ne s’oppose en rien à l’enseignement reçu, mais affirme que le problème précède le passage à l’acte : il s’enracine dans le manque, l’incomplétude qui est au cœur de l’humain, ce qui est mis en lumière dans le récit de la création. Jésus ici cite le texte de la Loi de Moïse réglant les cas de séparation, texte qu’il reprend plus loin (au ch. 19) pour renvoyer au récit de la création de l’homme et de la femme  : l’humain coupé en deux : Dieu prit un côté de l’humain (pas une côte).

Nous voilà tous dès les origines avec un côté qui manque. De ce manque non-perçu naît la convoitise érotique : chercher ce dont l’épreuve qu’est le quotidien du couple nous a appris que cela continue à nous manquer.

D’où la tentation de chercher ailleurs cette part manquante de tout être humain, de la convoiter ailleurs, ignorant qu’elle se s’y trouve pas ! Le passage à l’acte adultère ne ferait que confirmer cela. D’où le vocabulaire volontairement excessif de Jésus enseignant de prévenir un passage à l’acte blessant pour l’autre et inutile pour soi.

La moitié de moi-même qui me manque, qui manque à chacune et chacun, et continuera de nous manquer, que l’on soit marié ou pas, est en Dieu, pas en autrui, autrui qu’il s’agit de laisser être lui-même, elle-même, devant Dieu. Il n’y a pas lieu de projeter sur lui, sur elle, la part manquante de moi-même, ni a fortiori d’aller la projeter sur une autre personne convoitée.

Concernant la part manquante de moi-même, Blaise Pascal a dit les choses en ces mots célèbres : « Il y a dans le cœur de chaque homme un vide en forme de Dieu, et nul autre que Lui ne peut le combler. »


RP, 12.06.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
Fréquences radio : — Châtellerault : 99.2 fm — Civray : 91.9 fm
— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
— Parthenay : 94.4 fm — Poitiers : 94.7 fm

jeudi 11 juin 2020

Quiconque se met en colère contre son frère



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Matthieu 5, 20-26
20 Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.
21 « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal.
22 Et moi, je vous le dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; celui qui dira à son frère : “Imbécile” sera justiciable du Sanhédrin ; celui qui dira : “Fou” sera passible de la géhenne de feu.
23 Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24 laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande.
25 Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire, tant que tu es encore en chemin avec lui, de peur que cet adversaire ne te livre au juge, le juge au gendarme, et que tu ne sois jeté en prison.
26 En vérité, je te le déclare : tu n’en sortiras pas tant que tu n’auras pas payé jusqu’au dernier centime.

*


En regardant notre texte de près, il est facile de voir que Jésus ne remet pas en cause la Torah, mais certaines interprétations accommodantes qui en sont faites, pour une justice qui reste théorique même chez ses meilleurs auditeurs — « si votre justice ne surpasse pas » un comportement théorique, n’entrant jamais dans les faits…

Ce en quoi Jésus est en parfait accord avec l’enseignement juif. Opposer les deux Testaments est erroné. La Loi se trouve aussi dans le Nouveau Testament, elle y est la même que celle de la Bible hébraïque.

C'est une prise à la légère de l’enseignement biblique que Jésus dénonce, prise à la légère qui conduit, ici via la colère, aux pires dérives, jusqu'au mépris de l'humain à l'image de Dieu que l'on ne reconnaît plus comme tel, estimant dès lors que les insultes, signes de ce mépris, ne comptent pas. Ignorant que cela peut déboucher sur le meurtre.

Voilà qui, à nouveau, nous conduit au cœur de l’actualité. « Le racisme, écrit Romain Gary, c’est quand ça ne compte pas. Quand ils ne comptent pas. Quand on peut faire n’importe quoi avec eux, ça ne compte pas, parce qu’ils ne sont pas comme nous. Tu comprends ? Ils ne sont pas des nôtres. On peut s’en servir sans déchoir. On ne perd pas sa dignité, son “honneur”. Ils sont tellement différents de nous qu’il n’y a pas à se gêner, il ne peut y avoir… il ne peut y avoir jugement voilà. On peut leur faire faire n’importe quelle besogne parce que de toute façon, le jugement qu’ils portent sur nous, ça n’existe pas, ça ne peut pas salir… C’est ça, le racisme. » Romain Gary écrit cela en 1975.

L'actualité nous plonge hélas dans ce à quoi conduit le refus de cet enseignement biblique parlant des racines du meurtre qui plongent dans la colère et fructifient en haine. Alors, nous dit Jésus, les rites religieux-mêmes — « ton offrande » — n’ont pas de sens si réconciliation et pardon ne sont pas passés. Laisse-là ton offrande. Ici aussi on retrouve l’enseignement juif prônant la même chose pour le jour du pardon, Yom Kippour.

Laisse-là ton offrande destinée pourtant à Dieu, laisse ta Bible exhibée, ou ton chapelet brandi, et obtiens le pardon, car l’impunité pour tes exactions finira pas cesser. Non seulement le tourment intérieur te guette — « la géhenne » — mais la venue d’une vraie justice — « le Sanhédrin » — : déjà s’approche le Règne de Dieu, règne de paix, de justice et de fraternité.


RP, 11.06.2020
En direct sur RCF Poitou à 8H45
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— Montmorillon : 90.3 fm — Niort : 89.3 fm
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mercredi 10 juin 2020

Je suis venu pour mettre pleinement en pratique



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Matthieu 5, 17-19
17 « N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais accomplir.
18 Car, en vérité je vous le déclare, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i ne passera de la loi, que tout ne soit arrivé.
19 Dès lors celui qui transgressera un seul de ces plus petits commandements et enseignera aux hommes à faire de même sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux ; au contraire, celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.

*


« Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir » (Mt 5, 17) — « accomplir », c’est-à-dire « mettre en pratique », précisément « mettre en pratique pleinement ». Il n’est qu’à lire le développement qui suit pour voir que cette affirmation de Jésus est comme le programme qu’il résume ensuite en quelques points ; de sorte que « mais moi je vous dis » ne consiste en aucun cas en opposition à la Torah, ou « dépassement » de la Torah, mais à sa prise au sérieux, sans évitement de quelque implication que ce soit.

Quel est le cœur de l’enseignement biblique dont il s’agit pour Jésus de le mettre pleinement en pratique ? C’est ce en quoi il s’accorde parfaitement avec la tradition juive et pharisienne : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu et tu aimeras ton prochain, tu voudras pour ton prochain ce que tu voudrais pour toi ». Or, et c’est ce sur quoi insiste Jésus, il ne s’agit pas seulement de reconnaître la valeur de cet enseignement, mais de le mettre en pratique.

Nous voilà en pleine actualité ! Ce que dit Jésus du cœur de la Loi biblique, vaut de son expression moderne dans les Déclarations de Droit qui en sont issues, et notamment les Déclarations américaines et françaises, Constitution, Déclaration de 1789, et leur extension universelle en 1948. Qu’entend-on à l’heure où le meurtre de George Floyd vient de réveiller des pays ayant en commun cet héritage issu de la Loi biblique ? Que nos institutions ne sont pas racistes ! Certes ! Mais il s'agirait peut-être de mettre en pratique, pleinement en pratique, ce qu’elles nous disent. Que n’entend-on pas sur l’universalisme français, sur l’égalité des Droits qui y est traditionnelle, sous-entendant que ce ne serait pas le cas aux États-Unis et que cela nous protégerait de dérives similaires…

Voilà qui ressemble bien à un déni, le même que celui auquel s’en prenait le pasteur Martin Luther King, rappelant que l’égalité des Droits est certes dans les textes américains depuis longtemps, mais que pour les noirs, cela ressemble à un chèque sans provisions ! Pourquoi ? Pour la raison dont parle Jésus ! C’est bien beau d’avoir un texte fondateur dont chaque lettre, chaque trait de lettre, vaudra jusqu’à la fin du temps, dont rien ne doit être aboli… Mais il s'agirait peut-être de le vivre, de le mettre en pratique, de l’incarner. C’est ce que je suis venu faire, nous dit aujourd'hui Jésus, avant de nous dire de faire de même, précisant en reprenant l'enseignement de la Torah « aimez-vous les uns les autres » : « comme je vous ai aimés. » À mettre en pratique donc, comme aujourd’hui la leçon universaliste des Droits de l’Homme, sans quoi toutes les dérives restent possibles, des deux côtés de l'Atlantique, jusqu’à, comme on l’entend trop, inverser l’accusation de racisme à l’encontre de celles et ceux dont le cri ne parvient pas à percer la surdité de ceux qui sous prétexte d’universalisme des textes n’entendent pas que cela ne s’incarne pas concrètement, sauf à se mettre à la place de celles et ceux dont les droits ne parviennent pas au concret de leur vie. Je suis venu accomplir, dit Jésus, incarner au concret de la vie un bel enseignement, qui n’est pas là pour rester théorique.


RP, 10.06.2020
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mardi 9 juin 2020

Sel de la terre et lumière du monde



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Matthieu 5, 13-16
13 « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il ne vaut plus rien ; on le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes.
14 « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une hauteur ne peut être cachée.
15 Quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous le boisseau, mais sur son support, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
16 De même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux.

*


Sel et lumière. Commençons par la lumière. « Que votre lumière brille devant les humains afin qu’ils voient vos œuvres bonnes ». Quel rapport entre cette parole de Jésus et celle qu’il donne quelques versets plus loin (ch. 6, v. 1) : « gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes pour en être vus » ? Dans l’une, il invite ses disciples au secret : « Gardez-vous de pratiquer votre justice pour être vus » — et dans l’autre : « Que votre lumière brille devant tous »… Y aurait-il contradiction ? À bien y regarder, les deux paroles s'expliquent l'une par l'autre.

Dans les deux cas Jésus appelle à prendre au sérieux le message de la Bible. En commençant par ce que dit le Psaume 119, v. 11 : « Je serre ta parole / ou ta promesse dans mon cœur afin de ne pas pécher contre toi ». Et alors seulement ce que Dieu attend de nous se produira, et se verra, sans qu’on le sache ou même qu’on le veuille.

Autrement dit, il ne s’agit pas de faire voir une pratique religieuse particulière, qui au fond ne change rien à la situation du monde.

Une lampe est faite pour éclairer, la chose est claire. On ne la cache pas. Et la lumière vient de l’intérieur de la lampe. Comme la lumière de la parole de Dieu rayonne depuis le cœur qui la reçoit : « Je serre ta parole dans mon cœur ».

Une lampe est faite pour éclairer comme le sel a pour effet d’empêcher la corruption ; et de donner du goût… Il ne sert pas s’il est « devenu fou », littéralement : qu’est-ce à dire ? — « devenu fou » ? Et si cela consistait tout simplement à se considérer comme le plat à soi tout seul, la chose la plus importante, et que du coup il faut en mettre beaucoup (ce qui, en fait, gâte le plat)…

Le sel et la lampe sont deux illustrations que donne Jésus pour expliquer ce qu’il enseigne dans ce discours-programme qu’est le Sermon sur la Montagne.

Il ne s’agit pas de se distinguer par des rites ou pratiques — Jésus avait les mêmes que tout un chacun en Israël de son temps —, il s’agit d’écoute de la Parole de Dieu et de ce qui en découle. « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux. »


RP, 09.06.2020
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