mardi 17 mai 2011

La force du sacré et l'institution du sacerdoce lévitique



Nombres 3
1Voici la généalogie d’Aaron et de Moïse, au jour où le SEIGNEUR parla à Moïse au mont Sinaï.
2Voici les noms des fils d’Aaron : Nadab, le premier-né, Abihou, Eléazar et Itamar. 3Voilà les noms des fils d’Aaron, les prêtres ayant reçu l’onction, ceux qui furent investis pour exercer le sacerdoce. 4Nadab et Abihou moururent devant le SEIGNEUR quand ils présentèrent un feu profane devant le SEIGNEUR, dans le désert du Sinaï ; ils n’avaient pas de fils. Eléazar et Itamar exercèrent le sacerdoce sous la surveillance d’Aaron, leur père.
5Le SEIGNEUR dit à Moïse : 6Présente la tribu de Lévi ; tu la mettras à la disposition d’Aaron, le prêtre, pour qu’elle l’assiste. 7Ils assureront le service pour lui et pour toute la communauté devant la tente de la Rencontre : ils accompliront le service de la Demeure.8Ils seront responsables de tous les ustensiles de la tente de la Rencontre et assureront le service pour les Israélites : ils accompliront le service de la Demeure. 9Tu donneras les lévites à Aaron et à ses fils, à titre de « donnés » ; ils lui seront donnés d’entre les Israélites. 10Tu installeras Aaron et ses fils pour qu’ils exercent leur sacerdoce ; le profane qui approchera sera mis à mort.
11Le SEIGNEUR dit à Moïse : 12Moi, j’ai pris les lévites d’entre les Israélites à la place de tous les premiers-nés, de tout Israélite né le premier de sa mère : les lévites m’appartiennent.
13Car tout premier-né m’appartient ; le jour où j’ai frappé tous les premiers-nés en Egypte, je me suis consacré tous les premiers-nés en Israël ; ceux des hommes comme ceux des bêtes m’appartiennent. Je suis le SEIGNEUR (YHWH).
14Dans le désert du Sinaï, le SEIGNEUR dit à Moïse : 15Recense les fils de Lévi famille par famille, clan par clan ; tu recenseras tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus. 16Moïse les recensa sur l’ordre du SEIGNEUR, comme cela lui avait été ordonné.
17Voici quels sont les noms des fils de Lévi : Guershôn, Qehath et Merari. 18Voici les noms des fils de Guershôn, clan par clan : Libni et Shiméi ; 19les fils de Qehath, clan par clan : Amram, Yitsehar, Hébron et Ouzziel ; 20les fils de Merari, clan par clan : Mahli et Moushi. Ce sont là les clans des lévites, famille par famille.
21De Guershôn, le clan de Libni et le clan de Shiméi ; ce sont là les clans des Guershonites. 22Ceux qui furent recensés parmi eux, en comptant tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, ceux qui furent recensés parmi eux étaient 7 500. 23Les clans des Guershonites campaient derrière la Demeure, à l’ouest. 24Prince de la famille des Guershonites : Eliasaph, fils de Laël. 25Pour ce qui concerne la tente de la Rencontre, les fils de Guershôn étaient responsables de la Demeure : de la tente, de la couverture, du rideau qui est à l’entrée de la tente de la Rencontre, 26des tentures de la cour et du rideau de l’entrée de la cour, tout autour de la Demeure et de l’autel, de tous ses cordages et de tout ce qui en dépend.
27De Qehath, le clan des Amramites, le clan des Yitseharites, le clan des Hébronites et le clan des Ouzziélites ; ce sont là les clans des Qehatites. 28En comptant tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, il y en eut 8 600 pour assurer le service du sanctuaire. 29Les clans des fils de Qehath campaient sur le côté sud de la Demeure. 30Prince de la famille des clans des Qehatites : Elitsaphân, fils d’Ouzziel. 31Ils étaient responsables du Coffre, de la table, du porte-lampes, des autels, des ustensiles du sanctuaire dont on se sert pour officier, du rideau et de tout ce qui en dépend. 32Prince suprême des lévites : Eléazar, fils d’Aaron, le prêtre ; il avait la surveillance de ceux qui assuraient le service du sanctuaire.
33De Merari, le clan de Mahli et le clan de Moushi ; ce sont là les clans de Merari. 34Ceux qui furent recensés parmi eux, en comptant tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, étaient 6 200. 35Prince de la famille des clans de Merari : Touriel, fils d’Abihaïl. Ils campaient sur le côté nord de la Demeure. 36Les fils de Merari s’étaient vu confier la responsabilité des planches de la Demeure, de ses barres, de ses colonnes et de ses socles, de tous ses ustensiles et de tout ce qui en dépend, 37des colonnes de la cour, tout autour, de leurs socles, de leurs piquets et de leurs cordages.
38Moïse, Aaron et ses fils campaient devant la Demeure, à l’est, devant la tente de la Rencontre, au levant ; ils assuraient le service du sanctuaire pour les Israélites ; le profane qui approcherait devait être mis à mort.
39Tous les lévites que Moïse et Aaron recensèrent sur l’ordre du SEIGNEUR, clan par clan, tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, étaient 22 000.

*

Pourquoi tous ces détails, cette organisation stricte de la mise en place du sacerdoce, de ses dignitaires attitrés, de ses rites ?

On est face au divin, au « numineux » pour le dire comme les historiens des religions, face au sacré, à quelque chose de terrible, tremendus en latin, qui fait trembler ! « Nul ne peut voir Dieu et vivre ».

La fonction de la religion est alors là, dans tout le détail de la description du rite et de ses officiants : autant de règles d’approche, pas par n’importe qui, désignant le sacré pour le rencontrer sans le profaner. Des règles à observer minutieusement – ici par les Lévites uniquement - sous peine de voir le sacré déborder dans le recouvrement de son déferlement et de son danger.

Lévitique 10 :
1 Les fils d’Aaron, Nadab et Abihu, prirent chacun un brasier, y mirent du feu, et posèrent du parfum dessus ; ils apportèrent devant l’Eternel du feu étranger, ce qu’il ne leur avait point ordonné.
2 Alors le feu sortit de devant l’Eternel, et les consuma : ils moururent devant l’Eternel.


2 samuel 6 :
1 David rassembla encore toute l’élite d’Israël, au nombre de trente mille hommes.
2 Et David, avec tout le peuple qui était auprès de lui, se mit en marche depuis Baalé-Juda, pour faire monter de là l’arche de Dieu, devant laquelle est invoqué le nom de l’Eternel des armées qui réside entre les chérubins au-dessus de l’arche.
3 Ils mirent sur un char neuf l’arche de Dieu, et l’emportèrent de la maison d’Abinadab sur la colline ; Uzza et Achjo, fils d’Abinadab, conduisaient le char neuf.
4 Ils l’emportèrent donc de la maison d’Abinadab sur la colline ; Uzza marchait à côté de l’arche de Dieu, et Achjo allait devant l’arche.
5 David et toute la maison d’Israël jouaient devant l’Eternel de toutes sortes d’instruments de bois de cyprès, des harpes, des luths, des tambourins, des sistres et des cymbales.
6 Lorsqu’ils furent arrivés à l’aire de Nacon, Uzza étendit la main vers l’arche de Dieu et la saisit, parce que les bœufs la faisaient pencher.
7 La colère de l’Eternel s’enflamma contre Uzza, et Dieu le frappa sur place à cause de sa faute. Uzza mourut là, près de l’arche de Dieu.


Signe que la terreur est présente, à moins que…

Mis en ordre dans la religion, le sacré perd ipso facto quelque chose quelque chose de sa puissance. S’il est institutionnalisé, domestiqué donc, il est moins imprévisible, moins terrible, déjà en marche vers sa profanation et son remplacement. Et on ne profane collectivement que ce qui n’est déjà plus sacré, ou qui est le sacré d’autrui — que ce soit moquerie sur une religion, ses symboles ou ses clercs, ou une institution d’État ou autre personnage royal.

Tel est le paradoxe du rite qui dessine le sacré, l’espace sacré, le temps sacré, le personnage sacré. Mais en lui faisant perdre son trop grand danger, la religion est déjà, comme telle, en route vers sa propre profanation. S’il n’y a plus lieu de trembler, s’il n’y a là, à terme, plus rien de « tremendus », de terrifiant, il n’y a là bientôt plus rien de particulièrement sacré… Au risque de voir la violence rejaillir par un autre biais, décuplée…

C’est la violence qui est à la racine de nos êtres qui est dévoilée dans la violence du sacré, et dans son lien avec le sacrifice. Cette violence qui se déploie par le mimétisme selon la théorie de René Girard, l’imitation du désir des uns par les autres, violence qui débouche sur la guerre de tous contre tous, et qui est évacuée par le sacrifice, la désignation d’un « bouc émissaire », puis l’organisation d’un rituel autour de ce « bouc émissaire », jusqu’au sacrifice animal en lieu et place du sacrifice humain.

La sacrifice humain interdit par la Bible (cf. l’épisode du sacrifice d’Abraham) ouvre sur l’institution des lévites, consacrés en lieu de place des premiers nés (v.11 & 12) qu’il est illégitime de sacrifier ! Les lévites sont alors consacrés au rituel sacrificiel d’évacuation de la violence au cœur de nos êtres, au cœur du sacré, contact terrible avec l’ultime.

Au fond, nul ne peut voir Dieu et vivre… « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître. » (Jn 1, 18).

La mort du Christ devient dans cette perspective notre mort par laquelle on rencontre Dieu dans sa résurrection, notre résurrection… Vous être morts avec lui, et ressuscités avec lui, écrit Paul à plusieurs reprises.


R.P., 17.05.11, CP Antibes


mardi 10 mai 2011

Afrique-France, Abidjan-Paris : une dérive de continents




Dérive des continents...

Une anecdote pour commencer : le 1er avril dernier (ça ne s’invente pas), en pleine matinée, un ami très proche me téléphone apparemment affolé : il est en train de regarder les infos, zappant de BFM TV à France24, I-télé, etc., chaînes d’infos en continu. Il connaît mon approche des médias concernant la Côte d’Ivoire (je vais y venir) et me demande avec perplexité : « qu’est-ce que je dois croire de ce que je vois ». Ma réponse : qu’est-ce que tu dois croire ? Mais rien ! Il ne s’agit pas de croire, mais de faire des recoupements. S’il s’agit de croire, un conseil, autant ne pas écouter les médias que tu mentionnes (j’avais moi-même écouté ces télés auparavant le matin, puis j’avais eu contact avec l’information ivoirienne). Plutôt que croire, recoupe, recoupe les infos. Manifestement je le choquais (sic). C’est cependant un homme cultivé, vigilant, mais là c’est trop : ne rien croire de ce que disent nos médias, c’en est trop. Et je précise aujourd'hui que moi-même me suis laissé avoir ce jour-là par nos journaux qui annonçaient boucle la chute imminente de Gbagbo, d’une heure à l’autre (c’était 11 jours avant sa capture). Et voilà mon ami à insister : « mais je le vois, c’est là à l’écran ! ». Et moi : Oui mais qu’est-ce que tu vois ? De la fumée sur la ville, au loin (c’est ce qu’on nous montre régulièrement), des pillards (sans nous dire que la rébellion a fait évader tous les prisonniers de la prison d’Abidjan). Mais rien n’y fait : j’évoque les cadavres attribués au « camp Gbagbo » que nos télés nous ont montrés avant chaque sommet de l’UA ou de l’Onu et qui se relèvent après le film au vu (qu’ils ignorent) des caméras cachées ! Ce qui achève de le convaincre que j’en suis à lui dire que ce qu’il est en train de voir est un montage ! Et le voilà qui passe à Simone Gbagbo jugée hystérique par les télés qu’il est en train de regarder, étant évangélique, etc. (et du coup me voilà en soutien des hystériques et d’une théorie du complot ! Sic !). Il finit par préférer raccrocher sous un prétexte que j’accepte avec soulagement, fatigué moi-même par la situation…

C’était une illustration concrète de la dérive des continents médiatiques : deux discours complètement étrangers l’un à l’autre, celui qui prévaut en France et un autre qu'on reçoit en Afrique en général (pas seulement en Côte d'Ivoire) entre lesquels j’essaye, souvent en vain (je viens de l’illustrer) de faire la médiation.

Une dérive médiatique qui vaut pour les journaux français de droite comme de gauche. Le discours de Libération, par exemple, est reçu en Côte d'Ivoire comme nettement colonialiste, insupportablement colonialiste, à l'instar du Monde ou des journaux dits de droite et des magazines de gauche ou de droite qui se disputent le pompon du plus imbuvable des néo-colons. Cela à l'exception du Gri-Gri international, marginal, mais aussi, dans une moindre mesure de L'Humanité, et parfois du Canard enchaîné. Pour tous les autres c'est l'unanimité... (cf. R. Girard, citant Emmanuel Lévinas évoquant le Talmud : « si tout le monde est trop vite d'accord pour condamner un prévenu, alors mieux vaut le libérer, car tout jugement unanime est suspect »… – Achever Clausewitz, p. 63.)

C’est sous cet angle, celui d'une dérive d'une profondeur qu'on ne perçoit que peu en France, que je vais essayer d’aborder le sujet pour lequel vous m’avez invité - et je vous en remercie - : la dérive est déjà sans doute fracture, d'une gravité telle qu'elle sera difficile à résoudre.

L’anecdote que j'ai relatée pour commencer date d’avant la capture de Gbagbo, qui, elle, remonte au 11 avril 2011.

Depuis… F. Fillon (entre autres) a déclaré sa fierté de ce qu'a fait la France, ce qui est totalement incompréhensible à un très grand nombre, non seulement d'Ivoiriens, mais d’Africains.

Une autre illustration de ce décalage : je viens de parler de la capture de Gbagbo. « Capture » : un mot que j'ai choisi à dessein, comme mot intermédiaire entre « arrestation », préféré par les autorités françaises et leurs alliés (alliés au moins objectifs, pour rester réservé) en Côte d’Ivoire, et « kidnapping », qui est celui qu'emploient non-seulement les pro-Gbagbo, mais nombre de sites africains, et pas seulement ivoiriens, faisant remarquer qu'il n'y a aucune base légale ou juridique pour une « arrestation » !

Voilà qui donne encore un aperçu de la dérive dans laquelle on se trouve. On pourrait multiplier les exemples de cet ordre, et on aura l'occasion de le faire.

Cette dérive vaut jusqu'au cœur des Églises. On en est à un point où la neutralité semble illusoire – ou bien, il faudra expliquer où elle se situe ! Que signifie la neutralité entre ceux qui sont perçus comme les agresseurs dotés de toute la puissance économique et militaire d'un côté, et qui en usent sans équivoque – et ceux qui se perçoivent comme des agressés, injustement attaqués – et il ne manquent pas d’arguments – ? C'est ainsi que quand les Églises et institutions ou journaux d’inspiration chrétienne en France reprochent aux Églises ivoiriennes d’avoir choisi un camp, les chrétiens ivoiriens (et pas uniquement ivoiriens) leur retournent le compliment. Qu'est-ce que cette neutralité qui prend parti pour l’agresseur et les élites ? C'est de la sorte que sont perçus Églises et institutions (ERF, FPF, Défap, Cévaa) et journaux (La Croix, Réforme, etc.) qui soutiennent « la communauté internationale » (expression que l'on met en Afrique entre guillemets), qui au regard d'un nombre considérable d’Africains, s'est clairement fourvoyée dans une agression illégale, commençant par la mise en place d'une rébellion instrumentalisée pour fomenter un coup d’État et couper la Côte d’Ivoire en deux, et finissant par une intervention directe avec bombardements d'une capitale à la clef !

Terme d’une dérive, qui s’enracine très loin dans l’histoire. Pour ne pas revenir à un passé plus lointain, remontons simplement à la décolonisation :


L' « indépendance » selon la constitution française de 1958 (cf. ex. titre XII)

Les données suivantes sont partie intégrante de la Constitution de la Ve République jusqu'en 1995 (où l'Ancien titre XII est retiré, mais n'est remplacé par rien ! Les choses demeurant concrètement en l’état, sur leur lancée) – où apparaît tout un aspect de la profondeur mimétique ! – :

« Au cours des mois d’octobre novembre et décembre 1958, rappelle en 2005 le président de l'Assemblée nationale ivoirienne, Mamadou Koulibaly, tous les territoires ayant approuvé la Constitution française ont formulé expressément leur volonté par des délibérations de leurs assemblées.

Douze d’entre eux, les plus importants par leur étendue géographique et le chiffre de leur population, ont choisi la situation d’État membre de la Communauté. Cette catégorie comprend notamment les sept territoires d’Afrique occidentale française.

La façon dont sont réglé les rapports entre la France et la communauté sont précisés notamment dans l’article 78 de la constitution de 1958. Il est ainsi rédigé :
« Le domaine de la compétence de la Communauté comprend la politique étrangère, la défense, la monnaie, la politique économique et financière commune ainsi que la politique des matières premières stratégiques.
Il comprend en outre, sauf accord particulier, le contrôle de la justice, l’enseignement supérieur, l’organisation générale des transports extérieurs et communs et des télécommunications.
Des accords particuliers peuvent créer d’autres compétences communes ou régler tout transfert de compétence de la Communauté à l’un de ses membres. »

Les transferts de compétence dont il est question devraient résulter suivant cet article 78, d’accords particuliers. Le mode d’établissement de ces derniers est fixé par l’article 87, aux termes duquel, les accords particuliers conclus pour l’application du titre XII « sont approuvés par le Parlement de la République et par l’Assemblée législative intéressée ». Les accords en question ont donc pour parties contractantes la République française et un autre État, non pas la Communauté et l’un de ses membres.

Dans l’ordre juridique de la République française, les conventions dont il s’agit sont mentionnées, sous le nom « d’accord de Communauté », dans deux articles du titre II relatif au Président de la République. D’après l’article 5, celui-ci est le garant du respect des accords de Communauté.
Dans l’ordre juridique de la Communauté, l’article 5 de l’ordonnance du 19 décembre 1958, portant loi organique sur le Conseil exécutif, dispose que le président de la Communauté veille au respect « des accords de Communauté prévus aux articles 78 et 87 de la Constitution.

Le président de la République française est donc, aux termes de la constitution de 1958, le véritable chef des États africains auxquels cette constitution a permis d’octroyer l’indépendance. Et la révision constitutionnelle française de août 1995 n’y a rien changé dans le fond comme dans la logique.. »

« Nous avons vécu quarante et quatre années d’illusions d’indépendance », conclut, en 2005 donc, Mamadou Koulibaly (Ivoire forum, avril 2005). Fin de citation.

*

Depuis lors le temps a passé, l'Afrique a fonctionné d’abord comme rempart occidental en forme de pré-carré français contre la menace soviétique.

C'est l'époque des partis uniques, avec des dirigeants placés ou estampillés conformes par la France...

… Jusqu’à la chute du mur de Berlin, où plus que le discours de Mitterrand à La Baule, c'est la mise en place de Premiers ministres qui continueront à garantir les intérêts français et occidentaux après la chute du mur, qui marque la nouveauté. Pour la Côte d'Ivoire ce sera Ouattara, imposé à Houphouët-Boigny pour mettre en place la nouvelle politique du FMI, les fameux PAS. Privatisation de toute l’économie ivoirienne, livrée aux groupes français et amis pour un franc symbolique. Une politique du FMI qui sera dénoncée comme un échec par le même FMI une quinzaine d’année après.

Au plan des politiques intérieures, il s'agira pour Paris de garantir que tout candidat éligible lors d'élections aux allures libres soit favorable au maintien du statu quo économique France-Afrique.

Wade ou Diouf au Sénégal, Bédié ou Ouattara en Côte d'Ivoire. Sans quoi soit les élections seront truquées, soit elles seront purement et simplement remplacées par des coups d'État, entérinés au final.

Mais il n'est pas envisageable qu'un candidat démocrate, risquant donc d'être démocratiquement élu, ne soit pas du sérail... Bref un Gbagbo est inenvisageable !... Il sera donc accusé de tous les maux, à l'appui de médias réputés neutres, et unanimes. (cf. R. Girard, Clausewitz, p. 63.)


Qui veut noyer son chien... ou : le bouc émissaire

Sitôt élu en 2000, dans des conditions qu'il juge déplorables, Gbagbo est confronté à une mise au pilori médiatique international, par la diffusion, initiée par RFI, d'une info passée en boucle à propos du désormais célèbre charnier de Yopougon.


Charnier de Yopougon

Mais quid de la vérité dans les massacres d’octobre 2000, et donc fameux le charnier de Yopougon ? Une commission indépendante avait été mise en place en 2000 par le ministère de la Justice de Gbagbo pour mener les enquêtes. Les travaux étaient fort avancés. Quand le RDR a pris le ministère de la Justice après Marcoussis et que Henriette Dagri Diabaté, SG du RDR et adjointe de Ouattara, a été nommée Garde des Sceaux, elle a automatiquement dissous la commission et interrompu les investigations. Elle n’a jamais mis sur pied une nouvelle commission ni réactivé les enquêtes. L’on saura plus tard par des sources judiciaires que les résultats partiels auxquels étaient parvenus les enquêteurs accablaient le RDR... http://www.notrevoie.com/develop.asp?id=36504


« Escadrons de la mort »

«Escadrons de la mort : la Cour d’appel de Paris blanchit le couple Gbagbo»
Le Courrier d’Abidjan — Parution N° 700 du Jeudi 27 Avril 2006 :
«Procès – Après une procédure longue de trois ans, Laurent et Simone Gbagbo ont gagné, en appel, malgré un premier verdict politisé en correctionnelle, leur procès contre Le Monde. Qui n’a pas pu établir qu’ils étaient les commanditaires de prétendus escadrons de la mort. Et qui est allé jusqu’à produire des documents considérés comme faux au tribunal. Détails.
Cela a pris plus de trois ans, mais le président de la République de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo et son épouse, Simone Ehivet Gbagbo, ont enfin vu leur honneur entièrement lavé dans l’affaire des «escadrons de la mort», orchestrée par les services secrets français et diffusée par le grand quotidien français du soir, Le Monde. La Cour d’appel de Paris, par deux arrêts du 5 avril 2006, a établi de manière claire qu’en accusant le couple présidentiel ivoirien d’être à la tête de prétendus «escadrons de la mort», le quotidien Le Monde, le site Internet lemonde.fr et le magazine Le Monde 2, se sont rendus coupables de diffamation contre les deux plaignants. Ces supports médiatiques ont été condamnés au total à 3000 euros (environ 2 millions de F CFA) de dommages et intérêts. Le Monde et son site Internet devront rendre publique la publication judiciaire suivante : «Par arrêt en date du 5 avril 2006, la cour d’appel de Paris, 11è chambre, a condamné Jean-Marie Colombani, directeur de la publication du journal Le Monde et du site Internet www .lemonde.fr pour avoir publiquement diffamé Laurent et Simone Gbagbo en publiant dans les numéros datés des 8 et 20 février 2003, en ligne depuis la veille, d’une part, sous le titre «Côte d’Ivoire : enquête sur les exactions des escadrons de la mort», un article intitulé «Le rôle clé des gardes du corps du couple présidentiel», les mettant en cause, d’autre part sous le titre «Le sommet à Paris d’une France-Afrique en crise», un article intitulé «La crise ivoirienne, un condensé des caractéristiques de tout un continent» les mettant également en cause.» Le magazine Le Monde 2 est condamné à financer la publication dans Le Monde mais aussi dans des supports du choix du couple Gbagbo, à hauteur de 3000 euros (un peu moins de 2 millions de F CFA), ce texte : «Par arrêt en date du 5 avril 2006, la cour d’appel de Paris, 11è chambre, a condamné Jean-Marie Colombani et la société Issy Presse pour avoir publiquement diffamé Laurent et Simone Gbagbo en publiant dans Le Monde daté du mois de février 2003 un article intitulé «Gbagbo, Simone, Dieu et le destin», les mettant en cause.» »


« Bombardement » de Bouaké

« Selon une information de France Inter (du vendredi 06 novembre 2009 à 0700 GMT – cf. http://www.abidjantalk.com/forum/viewtopic.php?p=172994), Maître Balan, avocat des victimes du bombardement de Bouaké, cite MAM à venir comparaître. Selon l’avocat parisien, la version officielle donnée par l’Élysée n’est que pur mensonge. L’ordre de tirer sur le camp militaire n’est pas venu de la Présidence ivoirienne. Aussi il demande au juge de cette affaire de convoquer l’ancienne ministre de la Défense afin qu’elle vienne témoigner. Il souligne par ailleurs que des enregistrements indiquent bien qu’une voix russe (avec un mauvais accent) a demandé aux pilotes de bombarder le collège Descartes, base de l’armée française à Bouaké. Pour Maître Balan cette voix serait celle du Français Robert Montoya, ancien de la cellule antiterroriste sous François Mitterrand, qui avait vendu les Sukhoi à l’armée ivoirienne. Il est de tout même étonnant que Robert Montoya ne soit pas convoqué, ni entendu par les juges français poursuit l’information France Inter. »

Ce sont quelques uns des éléments principaux – il y en a d'autres –, qui font décalage entre ce que croit, ou affirme le public occidental et ses élites d'un côté, et de l'autre ce qu'un nombre de plus en plus important d’Africains perçoit par un accès autre que les grands médias : Internet, la presse africaine qui ne suit pas les grands médias, souvent presse en ligne.

Les mieux informés ne sont pas ceux que l'on croit en Europe ! En Afrique, on ironise volontiers sur l'information dite libre des Occidentaux et les perceptions qu'elle induit...


La suite...

« [...] En gros, écrit en janvier 2011 Sylvie Kouamé dans Le Nouveau Courrier (d'Abidjan), il s’agit d’un pays où un roi nègre s’accroche au pouvoir. Alors qu’il a perdu des élections transparentes et validées par une «communauté internationale» forcément honnête, vertueuse et mue par sa mission civilisatrice et «démocratisante». Non violent, porteur d’espoir, son adversaire a appelé «le peuple» à descendre pacifiquement dans la rue, mais la soldatesque aux ordres du président sortant a sévi. Depuis, les puissances occidentales essaient de faire prévaloir les valeurs universelles…
Cette belle fable ne résiste ni à la réalité ivoirienne, bien plus complexe, ni à la froide logique de la diplomatie internationale. [...] ».

Ironisant amèrement autour des « élections » de 2010, un tel article connaîtrait des problèmes avec la censure en Côte d'Ivoire depuis le renversement de Gbagbo — sous lequel la presse était très plurielle, accessible dans les kiosques où les journaux d’opposition (pro-Ouattara) étaient très majoritaires. Depuis son renversement, la presse est étroitement surveillée (sujet sensible : les questions sur les élections de 2010). Il n'y a plus là qu'une seule voix (un peu comme en France ! mais en plus direct, puisque la divergence sur les points sensibles peut valoir emprisonnement, voire la mort).

Un état de fait qui est consécutif, donc, à l’abattement du régime sous les coups des bombardements français et onusiens ; et quand je dis cela, on mesure le décalage – au point que cela parait incroyable – et pourtant cela s'est passé il y a un mois, et c'est tout à fait perceptible sur nos journaux, au prix d'un petit effort de lecture, éventuellement entre les lignes.

Ces bombardements sur Abidjan, intervention directe, sont l'aboutissement d'un processus commencé en 2000-2002.

En 2000 : sitôt Gbagbo élu, et même déjà avant, les médias internationaux, relayés par leurs pendants ivoiriens l'on mis dans le collimateur. On lui prête notamment ce à quoi il s'est toujours opposé, comme l' « ivoirité » de Bédié, selon le nom donné à cette loi excluant de l'éligibilité à la présidentielle, un peu à la façon américaine, des candidats qui ne seraient pas nés ivoiriens. Cette loi vise évidement Ouattara. Gbagbo alors député a voté contre. Nombre de Français croient, de bonne foi, qu'il en est à l’origine ! Non content d’avoir voté contre, il octroie en 2000, lors du forum de réconciliation qu'il met en place avec un gouvernement d’union nationale, la nationalité ivoirienne à Ouattara, et il le rendra éligible par décret en 2005.

Cela n'empêche qu'en 2002, un coup d’État éclate, et échoue : des rebelles, dont nombre de déserteurs de l'armée régulière, venus de leur base-arrière du Burkina Faso descendent jusqu'à Abidjan où ils vont jusqu'à tuer le ministre l'Intérieur, mais ils sont repoussés par l'armée régulière jusqu'à Bouaké, où l'armée française s'interpose au motif de l'évacuation de ses ressortissants. Le gouvernement ivoirien demande alors l’activation des accords de défense, qui lui est refusée par le pouvoir français. Depuis le pays est coupé en deux. Des exactions épouvantables ont lieu au Nord, au point que la population d’Abidjan croît exponentiellement du fait du très grand nombre de réfugiés. Les médias français ne rendent jamais compte de ces exactions : le parti-pris est manifestement trop fort. Ex. : Libération qui trace un portrait élogieux des rebelles illustré d'une photo les présentant comme « gueules d'amour » (sic).

En 2003, cette partition est entérinée dans le stade rugby de Marcoussis, en région parisienne où sont réunis les partis politiques et les groupes rebelles qui sont multipliés en trois représentations. géographiques. Le pouvoir ivoirien n'est pas représenté, mais il est sommé d'accepter les accords de Marcoussis, qui ont pour propos de transformer, selon une expression devenue célèbre, Gbagbo en « reine d’Angleterre ». Tout Abidjan descend dans la rue pour s'opposer à ce qu'on y nomme « coup d’État constitutionnel ». C'est là qu’apparaît en boucle un mort célèbre, un ancien acteur, Camara H., dont le corps est exposé sur le terre-plein central d'une voie rapide d'Abidjan : est née la fameuse expression « escadrons de la mort de Gbagbo », diffusée par Le Monde, ce qui lui vaudra donc (cf. supra) condamnation par la justice française pour diffamation de Gabgbo et de son épouse. Mais on connaît la formule : calomniez calomniez, il en restera toujours quelque chose...

2004. 6 novembre : 9 soldats français sont tués au camp de Bouaké. Le Président Chirac déclare qu'il s'agit d'un bombardement intentionnel commandé par son homologue L. Gbagbo – en marge de l’opération aérienne de désarmement des rebelles qui était selon toute probabilité en train d'être achevée. Dans la foulée tourte la flotte aérienne ivoirienne est détruite au sol.
Quant à la mort des soldats français, on n'en connaît toujours pas la cause, la France ayant alors interdit toute enquête, française ou ivoirienne, sur les événements de Bouaké.
Depuis les familles de soldats tués ont requis un avocat, Me Balan, qui, avec l'aide de la juge aux armées Brigitte Raynaud, qui depuis a été dessaisie du dossier, est arrivé à la certitude que Gbagbo n'a rien à voir avec tout cela (cf. supra).
Il n’empêche que les conséquences considérables ont déjà pris place, avec les manifestations des patriotes menaçant les biens français (mais jamais les personnes : zéro mort), durement réprimées par l'armée française. Selon les Ong internationales 60 morts et des centaines de blessés suite aux tirs français – ce qui fait dire à un livre célèbre : la France a perdu l'Afrique à Abidjan en nov. 2004.

2007 : accord de Ouagadougou. Depuis 2002-2003, Gbagbo n'a pas réellement le pouvoir, mais il déploie des efforts pour gérer la transition, jusqu’à signer l'accord de Ouagadougou qui promet l’accession du leader rebelle Guillaume Soro au poste de Premier ministre. Clause centrale de l'accord : l'Onu assurera le désarmement des rebelles avant (au minimum trois mois avant) que des élections puissent être organisées. Cette clause ne sera jamais respectée. Malgré cela, les pressions se multiplieront sur Gbagbo pour qu'il vienne aux élections. Il finira, manifestement trop tôt, l’histoire l'a montré ces derniers mois, par céder.

2010 : les élections se déroulent dans ces conditions pour le moins surprenantes : plus de la moitié du territoire n'est pas contrôlée par l’État, étant aux mains de chefs de guerre célèbres pour leur violence. Résultat : dans la zone contrôlée par l’État, des élections « normales » en termes démocratique, de l'ordre de 60% - 40%. Dans les zones rebelles, des scores soviétiques pour Ouattara, dépassant (sic) parfois les 100% !
La commission électorale dite indépendante (Cei – composée à 80% de ouattaristes sur la base du quota de représentation de Marcoussis), prévue par les accords de Pretoria, ne parvient à aucun accord. Ce qu'annonce son Président, Y Bakayoko, un quart d’heure avant sa forclusion,
Le lendemain, il est requis et conduit au QG du candidat Ouattara par les ambassadeurs de France et des USA et annonce des chiffres qui donnent Ouattara vainqueur, au prix de augmentation de 10% de participation par rapport à celle officialisée par l'Onu, Le représentant du SG de l'Onu, J.Y. Choï valide toutefois ce qui est donné depuis comme résultat, invalidé pour fraude massive par le conseil constitutionnel, qui proclame l'élection de Gbagbo. Depuis, Gbagbo ne cesse demander que l'on recompte les voix, ce que refusent Ouattara, Sarkozy et le SG de l'Onu, lequel ira jusqu'à affirmer que recompter serait « injuste » (sic). Face à cette proposition ses adversaires, France, USA, UE, et une majorité de potentats africains via l'UA et la CEDEAO, requièrent l’option militaire pour déloger Gbagbo.

2011 : l’option militaire se met peu à peu en place. la rébellion est fortement appuyée (pour rester modéré) par la force française Licorne et par l'Onuci, qui finissent par défaire les forces régulières ivoiriennes et par renverser le Président Gbagbo. Cela au prix de très nombreuses victimes civiles des bombardements, et au prix de multiplications d’exactions des rebelles, tortures, viols, meurtres, jusqu’à ce qui s’apparente, pour de nombreux observateurs (dont le CIRC et Caritas) à une épuration ethnique.


Face à cela, la protestation, apparemment vaine, s'est pourtant auparavant étendue jusqu'aux anciens de la Françafrique et à la droite historique française, qui depuis 2010, a pris position... pour Gbagbo : de Jean-François Probst, ancien conseiller de J. Chirac, à Philippe Evanno, ex-collaborateur de Foccart, dont le nom est synonyme de Françafrique. La politique française actuelle sert au fond, pour eux, les intérêts des USA, qui seuls pourraient retirer les marrons du feu... C'est un des éléments premiers de la prise de position de ceux qui s’avèrent au bout du compte très nombreux : la droite historique, gaullienne et au-delà (ça va jusqu'au FN inclus) ainsi que la gauche mitterrandienne (mais aussi le Front de gauche) se démarquent nettement, à l’insu des Français, de la politique de Sarkozy en Côte d’Ivoire. Cette politique nuit nettement, à leurs yeux, aux intérêts de la France !

Il n'est pas jusqu'à cette ultime sonnette d'alarme qui n'interroge, n'ayant été entendue ni par le pouvoir, ni par l’opposition socialiste, ni, encore moins par les médias, ni même par les instances d'Églises : la dérive serait donc inéluctable...

RP,
Marseille, Parvis du protestantisme,
10 mai 2011



mercredi 27 avril 2011

Paul. L'Esprit et l'Eglise



L’Esprit / souffle est chez Paul une notion riche. La manifestation de l’Esprit saint / souffle saint concerne des réalités qui vont des « profondeurs » de Dieu jusqu’à l’intimité la plus cachée de l’âme / vie humaine.

C’est au point qu’il est parfois difficile de trouver, dans le vocabulaire de Paul, un point de distinction entre l’esprit humain et l’Esprit de Dieu qui le pénètre.

De même, l’Esprit saint peut être l’Esprit du Dieu Père, celui du Christ, voire le Christ, le Ressuscité lui-même, Esprit vivifiant.



Pénétrant depuis les profondeurs de Dieu jusqu’à celles de l’âme humaine, rien n’est caché à l’Esprit de Dieu, ce qui ne présume en rien de l’accessibilité rationnelle des vérités dont il est porteur — lesquelles ne court-circuitent pas l’effort intellectuel !

Ainsi, étant au cœur de la prière, l’Esprit la déploie depuis un pré-vocabulaire, qui sort du silence, et est invité à se revêtir d’intelligence, d’intelligibilité, rejoignant ainsi ces sortes d’archétypes des prières humaines que sont les Psaumes, où la prière devient musique, jusqu’à se recueillir dans le Notre Père (Abba) pour se résoudre dans la prière du Christ revenant au silence du Gethsémani. L’Esprit saint en est la promesse tout en étant tout au long de la prière…

L’Esprit saint est alors le souffle libérateur, qui précède la liberté qu’il crée, dévoilant où il est donné la vérité ultime de chacun, unique devant Dieu.

Par lui se révèle alors la réalité de vies comme Temple de Dieu, et Temple du Christ ressuscité, c’est-à-dire déployées en Église, Église universelle, mystère qui précède le temps, et Eglise concrète, où l’Esprit est signifié par le geste du baptême, qui rend visible le baptême d’Esprit, invisible, qui le précède.

L’Eglise apparaît alors comme réalité concrète, déploiement de dons, charismes divers, sources des ministères institutionnels aussi bien que du vécu de la prière, de la parole annoncée ou du service.


*


I. L’Esprit, les profondeurs de Dieu et l’intimité humaine

1 Corinthiens 2
7 Nous prêchons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire,
8 sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue, car, s’ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire.
9 Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment.
10 Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu.
11 Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu.
12 Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce.
13 Et nous en parlons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles.
14 Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge.


Romains 8
10 Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’esprit est vie à cause de la justice.
11 Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
12 Ainsi donc, frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair.
13 Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez,
14 car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.
15 Et vous n’avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba ! Père !
16 L’Esprit lui–même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

26 nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables,
27 et celui qui scrute les cœurs sait quelle est l'intention de l'Esprit : c'est selon Dieu en effet que l'Esprit intercède […].


II. Esprit de Dieu, Christ et Esprit du Christ

Romains 8
9 Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas.
10 Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’esprit est vie à cause de la justice.
11 Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

1 Corinthiens 15:45 : C’est pourquoi il est écrit : Le premier homme, Adam, devint une âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant.

2 Corinthiens 3:17-18 : Or, le Seigneur c’est l’Esprit ; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit.


III. Le don de la liberté et les arrhes de l’Esprit

Galates 3:2-3 : Voici seulement ce que je veux apprendre de vous : Est–ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la prédication de la foi ?
Etes–vous tellement dépourvus de sens ? Après avoir commencé par l’Esprit, voulez–vous maintenant finir par la chair ?
Galates 3:5 : Celui qui vous accorde l’Esprit, et qui opère des miracles parmi vous, le fait–il donc par les œuvres de la loi, ou par la prédication de la foi ?

Galates 5:18 : Si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes point sous la loi.
Galates 5:22 : Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité,
Galates 5:25 : Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit.

2 Corinthiens 3:17-18 : Or, le Seigneur c’est l’Esprit ; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit.
2 Corinthiens 4:13 : Et, comme nous avons le même esprit de foi qui est exprimé dans cette parole de l’Ecriture : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ! nous aussi nous croyons, et c’est pour cela que nous parlons,
2 Corinthiens 5:5 : Et celui qui nous a formés pour cela, c’est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l’Esprit.


IV. Temple de l’Esprit et Eglise

Ephésiens 2:22 : En lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit.

1 Corinthiens 3:16 : Ne savez–vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?

1 Corinthiens 6:19-20 : Ne savez–vous pas que votre corps est le temple du Saint–Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous–mêmes ?
Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu.


V. L’Esprit, le signe du baptême et l’Eglise concrète

1 Corinthiens 12
4 Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ;
5 diversité de ministères, mais le même Seigneur ;
6 diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous.
7 Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune.
8 En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ;
9 à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ;
10 à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l’interprétation des langues.
11 Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut.
12 Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il de Christ.
13 Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit.



Paul (7) - L'Esprit et l'Eglise
R.P., KT Adultes / Enregistrements ici.
Antibes 28.04.2011



jeudi 17 mars 2011

Paul. Le "mystère" et la "plénitude"



Le « mystère » désigne ce que l’on peut appeler une transposition de ce temps, celui de l’histoire, à un temps éternel, caché, et à présent dévoilé comme manifestation du Royaume dans le Christ ressuscité.

En lui, tout est « récapitulé ». Il est la « plénitude » d’un univers réconcilié.

La question de la transposition du niveau historique et temporel au niveau d’un temps éternel est ici essentielle : sans cela, on risque en permanence de lire le « mystère » comme une simple substitution historique, substitution de l’Église temporelle à Israël !

Or l’Église historique est tout autant historique que l’Israël historique ! Il n’y a là nul « mystère » !

L’Église dont il est question ici, référence au peuple au désert dans la Torah — le Qahal / Ecclesia / Église —, est la transposition vers le temps éternel de ce peuple en cheminement dans l’histoire. Cela concerne Israël comme les Églises historiques, locales (ou nationales) chez Paul, l’Église du temps éternel étant seule universelle, étant le Qahal en cheminement transposé (une transposition qui n’est pas absente dans la tradition juive, mais dont Paul estime qu’elle est dévoilée dans sa plénitude par la résurrection du Christ). L’Église (le Qahal) en chemin dans le temps est transposée dans la foi en Église (Qahal) éternelle, comme plénitude d’un temps éternel, celui de la résurrection, incluant anges et hommes, juifs et nations.

C’est cela qui ouvre dans le temps l’intégration des nations à l’Alliance. Cela reste dans le temps, sans substitution. L’élargissement aux nations consécutif au dévoilement du mystère ne se confond pas avec l’Église du temps éternel comme « plénitude » du Christ ressuscité…




Éphésiens 1
9 Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le projet bienveillant qu'il s'était proposé en lui,
10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : récapituler tout dans le Christ, ce qui est dans les cieux comme ce qui est sur la terre.


Éphésiens 3
3 C'est par révélation que le mystère a été porté à ma connaissance, comme je viens de l'écrire en quelques mots.
4 En lisant cela, vous pouvez comprendre l'intelligence que j'ai du mystère du Christ.
5 Ce mystère n'avait pas été porté à la connaissance des fils des hommes dans les autres générations comme il a été révélé maintenant par l'Esprit à ses saints apôtres et prophètes :
6 à savoir que les non-Juifs ont un même héritage, sont un même corps et participent à la même promesse, en Jésus-Christ, par la bonne nouvelle
7 dont je suis devenu ministre, selon le don de la grâce de Dieu qui m'a été accordée par l'opération de sa puissance.
8 A moi, le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d'annoncer aux non-Juifs, comme une bonne nouvelle, la richesse insondable du Christ
9 et de mettre en lumière pour tous la réalisation du mystère caché de tout temps en Dieu, le créateur de tout ;
10 afin que la sagesse de Dieu, dans sa grande diversité, soit maintenant portée, par l'Eglise, à la connaissance des principats et des autorités dans les lieux célestes
11 selon le projet éternel qu'il a réalisé en Jésus-Christ, notre Seigneur.



Colossiens 1
25 je suis devenu le ministre [de l’Église] en vertu de la charge que Dieu m'a confiée à votre égard : achever l'annonce de la parole de Dieu,
26 le mystère tenu caché tout au long des âges et que Dieu a manifesté maintenant à ses saints.



Romains 11
24 si toi tu as été retranché de l'olivier naturellement sauvage et, contrairement à la nature, greffé sur l'olivier franc, à plus forte raison eux seront-ils greffés selon leur nature sur leur propre olivier.
25 Car je ne veux pas, mes frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous croyiez pas trop avisés […].



Éphésiens 1
19 la grandeur surabondante de sa puissance envers nous qui croyons, selon l'opération souveraine de sa force.
20 Il l'a mise en œuvre dans le Christ, en le réveillant d'entre les morts et en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes,
21 au-dessus de tout principat, de toute autorité, de toute puissance, de toute seigneurie, de tout nom qui puisse se prononcer, non seulement dans ce monde-ci, mais encore dans le monde à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds et l'a donné comme tête, au-dessus de tout, à l'Eglise 23qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous.



Colossiens 1
12 rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d'accéder à la part d'héritage des saints dans la lumière.
13 Il nous a délivrés de l'autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé,
14 en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.
15 Il est l'image du Dieu invisible,
le premier-né de toute création ;
16 car c'est en lui que tout a été créé
dans les cieux et sur la terre,
le visible et l'invisible,
trônes, seigneuries,
principats, autorités ;
tout a été créé par lui et pour lui ;
17 lui, il est avant tout,
et c'est en lui que tout se tient ;
18 lui, il est la tête du corps — qui est l'Eglise.
Il est le commencement,
le premier-né d'entre les morts,
afin d'être en tout le premier.
19 Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude
20 et, par lui, de tout réconcilier avec lui-même,
aussi bien ce qui est sur la terre que
ce qui est dans les cieux,
en faisant la paix par lui,
par le sang de sa croix.
21 Quant à vous qui étiez autrefois étrangers et ennemis, dans votre façon de penser et par vos œuvres mauvaises,
22 il vous a maintenant réconciliés, par la mort, dans son corps de chair, pour vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et sans reproche.



Colossiens 2, 9
En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.



Paul (6) - Le "mystère" et la "plénitude"
R.P., KT Adultes
Antibes 17.03.2011




vendredi 4 mars 2011

"Ne vous conformez pas au monde présent" (Romains 12,2)



Le cas de la Côte d’Ivoire au prisme du discours médiatique dominant…

« Quelque chose cloche à Abidjan ». C’est le titre d’un article de l’écrivain et journaliste Jean-Claude Guillebaud : « Les résultats électoraux ne sont pas si clairs que ça, affirme-t-il ; le jeu des grandes sociétés occidentales l'est encore moins. Quelque chose commence à se troubler dans le discours médiatique concernant la Côte d'Ivoire. »


D’autres expriment leur trouble de façon plus explicite encore.

Ainsi le célèbre écrivain béninois Olympe Bhêly-Quenum, citant le professeur de Droit Albert Bourgi : « Jamais dans l'histoire des relations franco-africaines, une crise n'aura soulevé autant de parti pris médiatico-politique en France que celle que vit la Côte d'Ivoire depuis bientôt une dizaine d'années. Aujourd'hui, comme hier en septembre 2002, lors du déclenchement d'une rébellion militaire ouvertement soutenue, voire totalement planifiée par un chef d'État voisin […] ».

Ou encore Gaston Kelman, auteur de plusieurs essais à succès : « Le désarmement de la rébellion [était le] préalable indispensable à la tenue d’élections fiables. La communauté internationale n’en a cure et [presse le président ivoirien] d’organiser les élections dans des conditions dont on sait qu’elles conduiront inévitablement vers une impasse. Les élections ont lieu. Au Nord, la rébellion est toujours armée. Le lendemain du deuxième tour [on s’accorde sur] la baisse de la participation par rapport au premier tour. On parle de 70%. Le même jour, un communiqué de […] la représentation armée des Nations Unies en Côte d’Ivoire fait état d’un taux de participation "avoisinant les 70%". Le jour après, miracle, le taux de participation fait un bond de sauteur à la perche et franchit la barre des 80%. La "communauté internationale" et l’ONUCI valident […]. [Les] élites françaises, la journaliste et l’intellectuelle, ne sont pas en reste. La presse tout entière [à de rares exceptions] relaie à l’envi [...] ».

Ce sont là les interrogations de trois écrivains, parmi tant d’autres. Sans écho ; comme sont tombées dans le silence ou ont été traitées par l’ironie celles de politiques français, à droite comme à gauche, de (entre autres) Philippe Évanno à Jean-François Probst ou à Roland Dumas, qui affirment avoir « les preuves » que le gagnant n’est pas celui qui a été proclamé tel par les médias de la « communauté internationale » !

Face à l’unanimité médiatique, le soupçon s’est alors fait jour. J.-C. Guillebaud cite le Talmud : « si tout le monde est trop vite d'accord pour condamner un prévenu, alors mieux vaut le libérer, car tout jugement unanime est suspect »… Invitant à y voir de plus près… En deçà des raccourcis médiatiques : le président de la commission électorale, à quelques minutes de sa forclusion, annonçait à la Côte d’Ivoire n’avoir abouti à aucun résultat. Conduit le lendemain au QG d’un des deux candidats par les ambassadeurs de France et des États-Unis, il y annonce à une TV étrangère un chiffre qui sera repris en boucle par les médias… et validé par le représentant du secrétaire général de l’Onu, donnant ce candidat, A.D. Ouattara, vainqueur — avec un surplus de 10% de la participation par rapport à celle retenue la veille. Le chiffre annoncé ne sera pas ratifié par le conseil constitutionnel : l’organe suprême ivoirien proclame la victoire de l’autre candidat, L. Gbagbo… Mais le discours médiatique et politique dominant passe outre ou déconsidère, apparemment inaccessible au doute…

Sur cette base médiatique, pleuvent les menaces — militaires, économiques…, et les ultimatums, pour que Gbagbo se démette. Ce qui conduit… à discréditer son adversaire ! Déjà les oppositions du continent africain ont pris position en faveur de Gbagbo. Celui-ci en appelle à un recomptage des voix et à un examen des PV électoraux, démarche de plus en plus largement soutenue en Afrique… Mais que refusent obstinément ses antagonistes, jusqu’au secrétaire général de l’Onu qui juge qu’un recomptage serait… « injuste » (sic) !…

Des faits brouillés par une unanimité médiatique trop imperméable aux questions. Aux jours qui sont les nôtres, ceux des puissances médiatiques, nouvelles idoles, dans un monde trouble et confus, avec ses nombreux foyers d’instabilité —, l’exhortation de Paul, en vue de l’exercice de l’esprit critique face à tout discours ambiant trop unanime, revêt une criante actualité : « Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence » (Romains 12, 2).

R.P.
Paru dans Echanges n°359 mars 2011, p. 26


jeudi 24 février 2011

Paul. Le salut par la foi




Où l’on passe de l’impossibilité de se sauver soi-même en accédant, à la justice dessinée par la loi, à la justice « imputée », déclarative…

Captifs d’un temps corrompu, participants et acteurs d’un temps corrompu, un seul constat s’impose : aucun débouché que le constat de cette captivité jusque dans la prétention à la vérité.

Or là s’esquisse l’issue. Reconnaître, confesser l’inéluctabilité de cette captivité, reconnaître sa propre captivité au mensonge est un point d’ancrage de la vérité !

Or le Christ est mort à ce temps corrompu et injuste, injuste jusqu’en ses mots mensongers, et il a été relevé par sa résurrection pour la vie radicalement nouvelle, étant au-delà de la mort.

Un moment qui dévoile la justice de la foi : rien en moi qui ne relève de ce temps corrompu d’en deçà de la mort, il n’est de salut que dans la mort à ce temps, à ses prétentions et à ses mensonges, pour ne recevoir de salut que de Dieu seul — Romains 1, 17 : « le juste vivra par la foi » (Habacuc 2, 4).


Romains 3
4 […] que Dieu soit vrai et tout être humain menteur, ainsi qu'il est écrit :
Afin que tu sois trouvé juste dans tes paroles
et que tu triomphes dans ton procès.
10 Comme il est écrit :
Il n'y a pas de juste, pas même un seul.
11 Il n'y a pas d'homme sensé, pas un qui cherche Dieu.
12 Ils sont tous dévoyés, ensemble pervertis,
pas un qui fasse le bien, pas même un seul.
13 Leur gosier est un sépulcre béant ;
de leur langue ils sèment la tromperie ;
un venin d'aspic est sous leurs lèvres ;
14 leur bouche est pleine de malédictions et d'amertume ;
15 leurs pieds sont prompts à verser le sang ;
16 la ruine et le malheur sont sur leurs chemins ;
17 et le chemin de la paix, ils ne le connaissent pas.
18 Nulle crainte de Dieu devant leurs yeux !
19 Or, nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée et que le monde entier soit reconnu coupable devant Dieu.
20 Voilà pourquoi personne ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi ; la loi, en effet, ne donne que la connaissance du péché.
21 Mais maintenant, indépendamment de la loi, la justice de Dieu a été manifestée ; la loi et les prophètes lui rendent témoignage.
22 C'est la justice de Dieu par la foi en/de Jésus Christ pour tous ceux qui croient, car il n'y a pas de différence :
23 tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu,
24 mais sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus Christ.
25 C'est lui que Dieu a destiné à servir d'expiation par son sang, par le moyen de la foi, pour montrer ce qu'était la justice, du fait qu'il avait laissé impunis les péchés d'autrefois,
26 au temps de sa patience. Il montre donc sa justice dans le temps présent, afin d'être juste et de justifier celui qui vit de la foi en Jésus.
27 Y a-t-il donc lieu de s'enorgueillir ? C'est exclu ! Au nom de quoi ? Des œuvres ? Nullement, mais au nom de la foi.
28 Nous estimons en effet que l'homme est justifié par la foi, indépendamment des œuvres de la loi.


Romains 4
13 En effet, ce n'est pas en vertu de la loi, mais en vertu de la justice de la foi que la promesse de recevoir le monde en héritage fut faite à Abraham ou à sa descendance.
14 Si les héritiers le sont en vertu de la loi, la foi n'a plus de sens et la promesse est annulée.
15 Car la loi produit la colère ; là où il n'y a pas de loi, il n'y a pas non plus de transgression.
16 Aussi est-ce par la foi qu'on devient héritier, afin que ce soit par grâce et que la promesse demeure valable pour toute la descendance d'Abraham, non seulement pour ceux qui se réclament de la loi, mais aussi pour ceux qui se réclament de la foi d'Abraham, notre père à tous.
17 En effet, il est écrit : J'ai fait de toi le père d'un grand nombre de peuples. Il est notre père devant celui en qui il a cru, le Dieu qui fait vivre les morts et appelle à l'existence ce qui n'existe pas.
18 Espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi le père d'un grand nombre de peuples, selon la parole :Telle sera ta descendance.
19 Il ne faiblit pas dans la foi en considérant son corps — il était presque centenaire — et le sein maternel de Sara, l'un et l'autre atteints par la mort.
20 Devant la promesse divine, il ne succomba pas au doute, mais il fut fortifié par la foi et rendit gloire à Dieu,
21 pleinement convaincu que, ce qu'il a promis, Dieu a aussi la puissance de l'accomplir.
22 Voilà pourquoi cela lui fut compté comme justice.
23 Or, ce n'est pas pour lui seul qu'il est écrit : Cela lui fut compté,
24 mais pour nous aussi, nous à qui la foi sera comptée, puisque nous croyons en celui qui a ressuscité d'entre les morts Jésus notre Seigneur,
25 livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification.


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« Compté comme justice » : « Être justifié » ne signifie pas « être rendu juste », mais « être déclaré juste ». Luther et la Réforme parlaient ainsi de justification « forensique », « étrangère », « extérieure », de ce mot qui a donné en français « forain », c'est-à-dire, extérieur, étranger, quelqu'un qui est d'ailleurs. De même, la justification selon la Bible, expliquaient Luther et les Réformateurs, nous est étrangère, elle nous vient d'ailleurs. Nous ne sommes pas justes en nous-mêmes. Dieu nous déclare justes, par la grâce, c'est-à-dire gratuitement. Cette justice qui n'est pas nôtre, qui est celle du Christ seul, est donnée gratuitement à notre seule foi. Nous sommes donc déclarés justes, ce que nous ne sommes pas — et non pas rendus justes, ce qui serait désespérant, puisqu'il nous faudrait sans cesse mesurer notre justification à nos œuvres de justice pour savoir si nous sommes réellement justifiés. Nous sommes déclarés justes par la seule grâce de Dieu et nous recevons cela, cette grâce gratuite, par notre seule foi.

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Romains 7
14 Nous savons que la loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché.
15 Effectivement, je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais.
16 Or, si ce que je ne veux pas, je le fais, je suis d'accord avec la loi et reconnais qu'elle est bonne ;
17 ce n'est donc pas moi qui agis ainsi, mais le péché qui habite en moi.
18 Car je sais qu'en moi — je veux dire dans ma chair — le bien n'habite pas : vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir,
19 puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais.
20 Or, si ce que je ne veux pas, je le fais, ce n'est pas moi qui agis, mais le péché qui habite en moi.
21 Moi qui veux faire le bien, je constate donc cette loi : c'est le mal qui est à ma portée.
22 Car je prends plaisir à la loi de Dieu, en tant qu'homme intérieur,
23 mais, dans mes membres, je découvre une autre loi qui combat contre la loi que ratifie mon intelligence ; elle fait de moi le prisonnier de la loi du péché qui est dans mes membres.
24 Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ?
25 Grâce soit rendue à Dieu par Jésus Christ, notre Seigneur ! Me voilà donc à la fois assujetti par l'intelligence à la loi de Dieu et par la chair à la loi du péché.


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Captivité et délivrance — ou : Religion des œuvres face à religion de la foi seule, religion d’une illusoire capacité humaine à se rendre digne de la faveur de Dieu, ou au contraire de la stricte incapacité — et, au cœur de ce dilemne, religion du libre-arbitre ou religion du « serf-arbitre », selon l'expression que Luther empruntera au Contra Julianum d'Augustin (II, viii, 23).

La nature centrale de ce dilemne est ce que face à Luther, avait bien compris Erasme, qui par son De libero arbitrio entendait atteindre le cœur du paulinisme de Luther : l'affirmation de la « corruption totale » du sujet humain, qui le rend incapable de faire quoi que ce soit pour son salut. Luther ne s'y trompe d'ailleurs pas non plus, écrivant à Erasme au début de sa réponse, De servo arbitrio :

« Toi, au moins, tu ne me fatigues pas avec des chicanes à côté sur la papauté, le purgatoire, les indulgences, et autres niaiseries qui leur servent à me harceler. Seul, tu as saisi le nœud, tu as mordu à la gorge » (Luther, Du Serf-arbitre).

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De la captivité au péché au salut par la foi : Avant Luther, c’est Paul qui établissait la réalité de ce « serf-arbitre » — « captivité au péché » — pour affirmer la justification par la foi seule. L'idée selon laquelle nous aurions libre-arbitre pour succomber au mal ou accomplir le bien est sous-tendue par un optimisme — c'est cela que décèle Luther, — tel qu'il nous laisserait espérer en nous-mêmes, en une capacité qui serait nôtre et qui nous permettrait d'accomplir les bonnes œuvres par lesquelles on concevrait l'espérance de parvenir à se justifier devant Dieu. Mais la conscience de « captivité au péché » de notre mauvaise volonté, ne nous laisse d'espoir que dans la bonne nouvelle de la libération gratuite, indépendamment de tout mérite.



Paul (5) - Le salut par la foi
R.P., KT Adultes
Antibes 24.02.2011




jeudi 3 février 2011

« Si tout le monde est trop vite d'accord pour condamner un prévenu... »



« Si tout le monde est trop vite d'accord pour condamner un prévenu, alors mieux vaut le libérer, car tout jugement unanime est suspect » (Le Talmud).

Le cas de la Côte d’Ivoire — trois interrogations : Jean-Claude Guillebaud, Olympe Bhêly-Quenum, Gaston Kelman...

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« Quelque chose commence à se troubler dans le discours médiatique concernant la Côte d'Ivoire. Une interrogation se répand dans l'opinion : tout n'est peut-être pas aussi simple qu'on l'a cru dans cette affaire. Jusqu'alors, nous pensions [...] : vaincu par les urnes, désavoué par une majorité d'électeurs, condamné par la communauté internationale unanime, Laurent Gbagbo s'accrochait coupablement au pouvoir, au risque de provoquer un carnage dans le pays. [...]

La cause paraissait donc entendue. La France comme l'Amérique et l'ONU avaient d'ailleurs reconnu en Alassane Ouattara le vrai vainqueur du scrutin, c'est-à-dire le président légitime. Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, du même avis, se disaient prêts à intervenir militairement pour chasser le mauvais perdant du pouvoir. Je dois dire que c'est justement cette unanimité qui, depuis le début, m'a dérangé. J'ai pensé à une sage tradition juive, citée par Emmanuel Levinas dans l'une de ses « Leçons talmudiques » : si tout le monde est trop vite d'accord pour condamner un prévenu, alors mieux vaut le libérer, car tout jugement unanime est suspect » (Jean-Claude Guillebaud, janvier 2011).

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« Jamais dans l'histoire des relations franco-africaines, une crise n'aura soulevé autant de parti pris médiatico-politique en France que celle que vit la Côte d'Ivoire depuis bientôt une dizaine d'années.
Aujourd'hui, comme hier en septembre 2002, lors du déclenchement d'une rébellion militaire ouvertement soutenue, voire totalement planifiée par un chef d'État voisin, Blaise Compaoré, et fait inédit en Afrique subsaharienne, coupant le pays en deux, l'opinion publique africaine et internationale s'est vue servir une interprétation unilatérale, voire tronquée, des événements.
Et pour couronner le tout, voire pour conforter le courant d'opinion, la position officielle française s'est réduite à accabler le chef de l'État ivoirien, Laurent Gbagbo, à voir en lui le seul responsable de la rébellion qui a provoqué la partition du pays, et aujourd'hui, de la crise post électorale. [...]

Jamais l'ONU n'a outrepassé de telle manière son mandat, y compris au Timor oriental, au Kosovo, en République démocratique du Congo, pour ne citer que ces exemples. Faisant fi des institutions d'un pays souverain, membre des Nations Unies depuis cinquante ans, et ne se donnant pas le temps de permettre à la Commission électorale de débattre des contestations soulevées au cours des délibérations, M. Choi [représentant du secrétaire général de l’Onu] a incontestablement cédé aux pressions de certains pays, dont et surtout la France [...].

La crise post électorale en Côte d'Ivoire illustre à l'évidence la perpétuation de la politique d'ingérence de la France en Afrique, qui tout en ne prenant plus les formes caricaturales d'actions militaires directes destinées à maintenir l'ordre intérieur au profit de « présidents amis », n'en aboutit pas moins aux mêmes résultats que naguère » (Olympe Bhêly-Quenum, janvier 2011, citant le professeur de Droit Albert Bourgi).

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« Le désarmement de la rébellion [était le] préalable indispensable à la tenue d’élections fiables. La communauté internationale n’en a cure et pilonne systématiquement le président ivoirien élu, le pressant d’organiser les élections dans des conditions dont on sait qu’elles conduiront inévitablement vers une impasse.

Les élections ont lieu. Au Nord, la rébellion est toujours armée. Le lendemain du deuxième tour – le 29 novembre 2010 – la presse, qu’on la dise favorable à un bord ou à un autre, est unanime pour souligner la baisse de la participation par rapport au premier tour. On parle de 70%. Le même jour, un communiqué de l’ONUCI – la représentation armée des Nations Unies en Côte d’Ivoire - fait état d’un taux de participation «avoisinant les 70%». Le jour après, miracle, le taux de participation fait un bond de sauteur à la perche et franchit la barre des 80%.

La «communauté internationale» et l’ONUCI valident, adoubent leur champion, le portent sur les fonts baptismaux de l’innommable et le couronnent nuitamment dans son quartier général de campagne, sous l’œil attendri des ambassadeurs de France et des USA. [...]

La presse tout entière, de la plus révolutionnaire à la plus révoltante, à l’exception notable du Gri-Gri international – si j’en oublie, mea culpa - , relaie à l’envie, le discours nauséeux des politiques aveugles et les pétitions impies – le Monde des idées - d’une intelligentsia borgne en cette occasion – elle ne l’a pas toujours été, Dieu merci – que signent, assourdis par le tintamarre ambiant, quelques Africains dont l’un d’eux m’avouera implicitement son erreur et rectifiera le tir avec une tribune intermédiaire. [...]

Communauté internationale et consorts, me direz-vous un jour de quel charme improbable, de quelle virginité soudaine, vous habillez Alassane Ouattara l’ancien Premier Ministre dont on peut dire sans méchanceté aucune qu’il incarne un passé bien peu démocratique dont furent d’ailleurs victimes des ivoiriens coupables d’opposition, et son âme damnée le rebelle Guillaume Soro, improbable faiseur de rois, qui promet des châtiments à tire-larigot ! Me direz-vous un jour ce que vous récompensez en eux - pour Salomé, fille d’Hérodiade, ce furent ses talents de danseuse - pour leur offrir sur un plateau comme jadis celle de Jean-Baptiste, la tête de la Côte d’Ivoire qui ne vous appartient pas ! Quels intérêts – permettez-moi une naïveté passagère, ponctuelle – vous poussent à la diabolisation subite d’un homme, Laurent Gbagbo, qui fut le seul leader ivoirien à mener une opposition impossible mais pacifique à Félix Houphouët-Boigny, à accepter la prison et l’exil, à briguer la magistrature suprême, à la gagner en venant de l’opposition, sans jamais avoir compromis son combat par l’acceptation d’un maroquin corrupteur. [...]

Qui pourrait comprendre qu’au lendemain de la célébration du cinquantenaire des indépendances des anciennes colonies françaises d’Afrique, ce continent soit encore regardé avec les yeux du documentaire récemment diffusé par France télévision sur la Françafrique, documentaire inattendument prophétique, qui annonçait la victoire de Ouattara –, les explications alambiquées du réalisateur n’y pourront rien – alors qu’il avait été produit des mois avant les élections ivoiriennes ? Qui peut accepter qu’un certain Monsieur Choi se comporte encore comme un commandant de cercle ? Nos enfants ne nous mépriseraient-il pas à juste titre s’ils savaient que nous étions restés muets devant le spectacle grotesque d’une furtive proclamation de la victoire d’un candidat par les ambassadeurs étrangers dans son Quartier Général » (Gaston Kelman, janvier 2011).