lundi 13 octobre 2014

Ève




Genèse ch. 1, v. 26-28 :
26 Elohîms dit : "Nous ferons Adâm ­ le Glébeux ­ à notre réplique, selon notre ressemblance. Ils assujettiront le poisson de la mer, le volatile des ciels, la bête, toute la terre, tout reptile qui rampe sur la terre".
27 Elohîms crée le glébeux à sa réplique, à la réplique d'Elohîms, il le crée, mâle et femelle, il les crée.
28 Elohîms les bénit. Elohîms leur dit : "Fructifiez, multipliez, emplissez la terre […]"


Genèse ch. 2, v. 18 & v. 21-24 :
18 IHVH-Adonaï Elohîms dit : "Il n'est pas bien pour le glébeux d'être seul ! Je ferai pour lui une aide contre lui".

21 IHVH-Adonaï Elohîms fait tomber une torpeur sur le glébeux. Il sommeille. Il prend un/e de ses côtes [/côtés], et ferme la chair dessous.
22 IHVH-Adonaï Elohîms bâtit la côte [/le côté], qu'il avait pris/e du glébeux, en femme. Il la fait venir vers le glébeux.
23 Le glébeux dit : "Celle-ci, cette fois, c'est l'os de mes os, la chair de ma chair, à celle-ci il sera crié femme ­ Isha ­ : oui, de l'homme ­ Ish ­ celle-ci est prise".
24 Sur quoi l'homme abandonne son père et sa mère : il colle à sa femme et ils sont une seule chair.


Genèse ch. 3 :
1 Le serpent était nu, plus que tout vivant du champ qu'avait fait IHVH-Adonaï Elohîms. Il dit à la femme : "Ainsi Elohîms l'a dit : 'Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin'..".
2 La femme dit au serpent : "Nous mangerons les fruits des arbres du jardin,
3 mais du fruit de l'arbre au milieu du jardin, Elohîms a dit : Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, afin de ne pas mourir'".
4 Le serpent dit à la femme : "Non, vous ne mourrez pas, vous ne mourrez pas,
5 car Elohîms sait que du jour où vous en mangerez vos yeux se dessilleront et vous serez comme Elohîms, connaissant le bien et le mal".
6 La femme voit que l'arbre est bien à manger, oui, appétissant pour les yeux, convoitable, l'arbre, pour rendre perspicace. Elle prend de son fruit et mange. Elle en donne aussi à son homme avec elle et il mange.
7 Les yeux des deux se dessillent, ils savent qu'ils sont nus. Ils cousent des feuilles de figuier et se font des ceintures.
8 Ils entendent la voix de IHVH-Adonaï Elohîms qui va dans le jardin au souffle du jour. Le glébeux et sa femme se cachent, face à IHVH-Adonaï Elohîms, au milieu de l'arbre du jardin.
9 IHVH-Adonaï Elohîms crie au glébeux, il lui dit : "Où es-tu ?
10 Il dit : "J'ai entendu ta voix dans le jardin et j'ai frémi ; oui, moi-même je suis nu et je me suis caché".
11 Il dit : "Qui t'a rapporté que tu es nu ? L'arbre dont je t'avais ordonné de ne pas manger, en as-tu mangé ?
12 Le glébeux dit : "La femme qu'avec moi tu as donnée m'a donné de l'arbre, elle, et j'ai mangé".
13 IHVH-Adonaï Elohîms dit à la femme : "Qu'est-ce que tu as fait ? La femme dit : "Le serpent m'a abusée et j'ai mangé".
14 IHVH-Adonaï Elohîms dit au serpent : "Puisque tu as fait cela, tu es honni parmi toute bête, parmi tout vivant du champ. Tu iras sur ton abdomen et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.
15 Je placerai l'inimitié entre toi et entre la femme, entre ta semence et entre sa semence. Lui, il te visera la tête et toi tu lui viseras le talon".
16 À la femme, il a dit : "Je multiplierai, je multiplierai ta peine et ta grossesse, dans la peine tu enfanteras des fils. À ton homme, ta passion : lui, il te gouvernera".
17 Au glébeux, il dit : "Oui, tu as entendu la voix de ta femme et mangé de l'arbre, dont je t'avais ordonné pour dire : 'Tu n'en mangeras pas'. Honnie est la glèbe à cause de toi. Dans la peine tu en mangeras tous les jours de ta vie.
18 Elle fera germer pour toi carthame et chardon : mange l'herbe du champ.
19 À la sueur de tes narines, tu mangeras du pain jusqu'à ton retour à la glèbe dont tu as été pris. Oui, tu es poussière, à la poussière tu retourneras".
20 Le glébeux crie le nom de sa femme : Hava-Vivante. Oui, elle est la mère de tout vivant.
21 IHVH-Adonaï Elohîms fait au glébeux et à sa femme des aubes de peau et les en vêt.
22 IHVH-Adonaï Elohîms dit : "Voici, le glébeux est comme l'un de nous pour connaître le bien et le mal. Maintenant, qu'il ne lance pas sa main, ne prenne aussi de l'arbre de vie, ne mange et vive en pérennité "!
23 IHVH-Adonaï Elohîms le renvoie du jardin d''Édèn, pour servir la glèbe dont il fut pris.
24 Il expulse le glébeux et fait demeurer au levant du jardin d''Édèn les Keroubîm et la flamme de l'épée tournoyante pour garder la route de l'arbre de vie.



Nous sommes en chemin. Un chemin où l'on quitte ce d’où l'on vient, pour aller à la rencontre — de ce qui est différent de nous, différent de ce d’où on vient : l’autre sexe, l’autre lieu, l’autre temps, celui qui est Autre (Dieu).
Cette rencontre suppose un envoi — on n’y va pas spontanément : on a tendance à rester. Cet envoi est une parole de loi : quitte et va. Une loi en « quitte et va », qui se décline sous différents angles (ou commandements négatifs : ne pas — « tu ne resteras pas », et positifs — « tu iras »). Chaque accomplissement est un pas, un moment de coopération de chacun et chacune, sur la route du projet, donné comme grâce, de Dieu créant le monde.

*

Adam et Ève comme deux moitiés d'un androgyne primitif. L'androgyne chez Platon

« Premièrement, il y avait trois catégories d'êtres humains et non pas deux comme maintenant, à savoir le mâle et la femelle. Mais il en existait encore une troisième qui participait des deux autres, dont le nom subsiste aujourd'hui, mais qui, elle, a disparu. En ce temps-là en effet il y avait l'androgyne, un genre distinct qui, pour le nom comme pour la forme, faisait la synthèse des deux autres, le mâle et la femelle. Aujourd'hui, cette catégorie n'existe plus [...].

Deuxièmement, la forme de chaque être humain était celle d'une boule, avec un dos et des flancs arrondis. Chacun avait quatre mains, un nombre de jambes égal à celui des mains, deux visages sur un cou rond avec, au-dessus de ces deux visages en tout point pareils et situés à l'opposé l'un de l'autre, une tête unique pourvue de quatre oreilles. En outre, chacun avait deux sexes et tout le reste à l'avenant [...].

Suite à leur prétention de concurrencer les dieux, « Zeus coupa les humains en deux, ou comme on coupe les oeufs avec un crin.

« Chacun d'entre nous est donc la moitié complémentaire d'un être humain, puisqu'il a été coupé, à la façon des soles, un seul être en produisant deux ; sans cesse donc chacun est en quête de sa moitié complémentaire. Aussi tous ceux des mâles qui sont une coupure de ce composé qui était alors appelé "androgyne" recherchent-ils l'amour des femmes et c'est de cette espèce que proviennent la plupart des maris qui trompent leur femme, et pareillement toutes les femmes qui recherchent l'amour des hommes et qui trompent leur mari. En revanche, toutes les femmes qui sont une coupure de femme ne prêtent pas la moindre attention aux hommes ; au contraire, c'est plutôt vers les femmes qu'elles sont tournées, et c'est de cette espèce que proviennent les lesbiennes. Tous ceux enfin qui sont une coupure de mâle recherchent aussi l'amour des mâles.

« Les mâles de cette espèce sont les seuls [...] qui, parvenus à maturité, s'engagent dans la politique. Lorsqu'ils sont devenus des hommes faits, ce sont de jeunes garçons qu'ils aiment et ils ne s'intéressent guère par nature au mariage et à la procréation d'enfants, mais la règle les y contraint ; ils trouveraient plutôt leur compte dans le fait de passer leur vie en célibataires, côte à côte, en renonçant au mariage. Ainsi donc, de manière générale, un homme de ce genre cherche à trouver un jeune garçon pour amant et il chérit son amant, parce que dans tous les cas il cherche à s'attacher à ce qui lui est apparenté. »
(Platon, Le Banquet, 190b – 193e : discours d'Aristophane.)

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"Batshéva était destinée à David depuis les six jours de la Genèse […]".
Si l’on est mis en présence de son âme sœur […], rien ne pourra alors s’opposer à l’élan qui nous portera vers elle, ni la loi, ni la morale, ni le regard des autres, ni même la parole de Dieu. […]
D’après [Joseph Gikatila (1248-1325)], David ne pouvait échapper à la force qui s’était emparée de lui car il avait reconnu Batshéva, sa jumelle, son épouse parfaite. Sitôt aperçue, son image était venue s’imbriquer exactement dans la forme laissée en creux par la partie manquante de lui-même. Ce que ressentit David ? À la fois une douleur, une tension et un élan, puisqu’il avait perçu dans le même temps son incomplétude intrinsèque et la promesse de la combler.


Tobie Nathan, Philtre d’amour, éd. Odile Jacob, 2013, p. 161-162 - commentant Joseph Gikatila (1248-1325), Le secret du mariage de David et Bethsabée, éd. de L’Éclat, 2003.

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Ève et la figure du féminin

C.G. Jung — Anima et animus

C.G. Jung parle du « besoin de retrouver son unité par le moyen d’un amour intégral pour un autre » (C.G. Jung, Problèmes de l’âme moderne.).

Une unité qui se symbolise par l'unité perdue du masculin et du féminin en nous.

« L'anima est féminine ; elle est uniquement une formation de la psyché masculine et elle est une figure qui compense le conscient masculin.

Chez la femme, à l'inverse, l'élément de compensation revêt un caractère masculin, et c'est pourquoi je l'ai appelé l'animus. Si, déjà, décrire ce qu'il faut entendre par anima ne constitue pas précisément une tâche aisée, il est certain que les difficultés augmentent quand il s'agit de décrire la psychologie de l'animus.

Le fait qu'un homme attribue naïvement à son Moi les réactions de son anima, sans même être effleuré par l'idée qu'il est impossible pour quiconque de s'identifier valablement à un complexe autonome, ce fait qui est un malentendu se retrouve dans la psychologie féminine dans une mesure, si faire se peut, plus grande encore. »

« Pour décrire en bref ce qui fait la différence entre l'homme et la femme à ce point de vue, donc ce qui caractérise l'animus en face de l'anima, disons : alors que l'anima est la source d'humeurs et de caprices, l'animus, lui, est la source d'opinions ; et de même que les sautes d'humeur de l'homme procèdent d'arrière-plans obscurs, les opinions acerbes et magistrales de la femme reposent tout autant sur des préjugés inconscients et des a priori. » (C.G. Jung, Dialectique du moi et de l'inconscient, Idées / Gallimard, 1973 p 179 et 181.)


RP
Du féminin et de quelques
figures féminines dans la Bible


Église protestante unie de France / Poitiers
Etude biblique 2014-2015
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
1) 14 & 16 octobre 2014 — Ève (PDF)


lundi 16 juin 2014

Le repos de la foi



Les mots grecs de la Bible des LXX traduisent souvent par cessation : κατάπαυσίς, ἀνάπαυσις / re-pos, plusieurs mots hébreux qualifiant le repos. La LXX viserait donc à qualifier comme cessation la notion — liturgique — de shabbat / cf. Genèse 2, v. 2 où le même mot - κατάπαυσίς - traduit en grec l'hébreu shabbat.

Psaume 92:1 (91:1) Cantique pour le jour du sabbat. — LXX : εἰς τὴν ἡμέραν τοῦ σαββάτου / shabbat.

Psaumes 55:6 (54:7) Je dis : Oh ! si j’avais les ailes de la colombe, Je m’envolerais, et je trouverais le repos ; κατάπαυσίς — שׁכן

Psaumes 95:11 (94:11) Aussi je jurai dans ma colère : Ils n’entreront pas dans mon repos ! κατάπαυσίς — מנוחה

Psaumes 116:7 (114:7) Mon âme, retourne à ton repos, Car l’Eternel t’a fait du bien. ἀνάπαυσις — מנוח

Psaumes 122:6 (121:6) Demandez la paix de Jérusalem. Que ceux qui t’aiment jouissent du repos ! ἀνάπαυσις — שׁלה

Psaumes 132:4 (131:4) Je ne donnerai ni sommeil à mes yeux, Ni assoupissement à mes paupières. ἀνάπαυσις — תנומה
Psaumes 132:8 (131:8) Lève-toi, Eternel, viens à ton lieu de repos, Toi et l’arche de ta majesté ! ἀνάπαυσις — מנוחה
Psaumes 132:14 (131:14) C’est mon lieu de repos à toujours ; J’y habiterai, car je l’ai désirée. κατάπαυσίς — מנוחה

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Genèse 2, 2 Dieu acheva, le sixième jour, ses œuvres, les œuvres qu'il avait faites ; et il se reposa / cessa le septième jour de ses travaux, de tous les travaux qu'il avait accomplis. κατάπαυσίς — שׁבת / shabbat.

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« En Marc 2, 27 Jésus est rapporté avoir dit: "Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat". Cette parole a une force peu commune. Jésus ne renverse-t-il pas toute la loi juive pour mettre l’être humain au centre ? Voilà qui est révolutionnaire ! Le passage semble justifier l’idée d’un Jésus qui dresse sa propre autorité contre celle de la Torah. Toutefois, il convient de noter que le dit de Jésus trouve un parallèle étroit dans le Midrash de la Mechilta, un commentaire juif sur les lois de l’Exode codifié peu après la rédaction du Nouveau Testament. Au cours d’une discussion des circonstances qui permettent la transgression du sabbat (p. ex., quand il s’agit de sauver une vie humaine), Rabbi Simon ben Menasya s’exprime ainsi : "C’est à vous que le sabbat est donné et non vous au sabbat". Le dit s’apparente étroitement à celui de Jésus, et sur le plan du style, et sur le plan du contenu. Or, le rabbin ne prétend certainement pas s’opposer à la Torah. Au contraire, il s’inspire de la loi. En effet, il tire son idée d’un verset de la Bible, Exode 31,14, où il est écrit : "Observez le sabbat, car il sera saint pour vous" ; le sabbat est donc "pour vous". Il est probable que Jésus aussi ait élaboré sa sentence sur le sabbat à partir de sa lecture de l’Ancien Testament. » Jan Joosten, Colloque FPF des 1er et 2 octobre 2010, "Foi protestante et judaïsme", in Foi et Vie déc. 2011, p. 5

*

Hébreux 3, 7 – 4, 11
7 C’est pourquoi, selon ce que dit le Saint-Esprit : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix,
8 N’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de la révolte, Le jour de la tentation dans le désert,
9 Où vos pères me tentèrent Pour m’éprouver, et ils virent mes œuvres Pendant quarante ans.
10 Aussi je fus irrité contre cette génération, et je dis : Ils ont toujours un cœur qui s’égare. Ils n’ont pas connu mes voies.
11 Je jurai donc dans ma colère: Ils n’entreront pas dans mon repos !
12 Prenez garde, frères, que quelqu’un de vous n’ait un cœur mauvais et incrédule, au point de se détourner du Dieu vivant.
13 Mais exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire : Aujourd’hui ! afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché.
14 Car nous sommes devenus participants de Christ, pourvu que nous retenions fermement jusqu’à la fin l’assurance que nous avions au commencement,
15 pendant qu’il est dit : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de la révolte.
16 Qui furent, en effet, ceux qui se révoltèrent après l’avoir entendue, sinon tous ceux qui étaient sortis d’Egypte sous la conduite de Moïse ?
17 Et contre qui Dieu fut-il irrité pendant quarante ans, sinon contre ceux qui péchaient, et dont les cadavres tombèrent dans le désert ?
18 Et à qui jura-t-il qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient désobéi ?
19 Aussi voyons-nous qu’ils ne purent y entrer à cause de leur incrédulité.

1 Craignons donc, tandis que la promesse d’entrer dans son repos subsiste encore, qu’aucun de vous ne paraisse être venu trop tard.
2 Car cette bonne nouvelle nous a été annoncée aussi bien qu’à eux ; mais la parole qui leur fut annoncée ne leur servit de rien, parce qu’elle ne trouva pas de la foi chez ceux qui l’entendirent.
3 Pour nous qui avons cru, nous entrons dans le repos, selon qu’il dit: Je jurai dans ma colère : Ils n’entreront pas dans mon repos ! Il dit cela, quoique ses œuvres eussent été achevées depuis la création du monde.
4 Car il a parlé quelque part ainsi du septième jour : Et Dieu se reposa de toutes ses œuvres le septième jour.
5 Et ici encore : Ils n’entreront pas dans mon repos !
6 Or, puisqu’il est encore réservé à quelques-uns d’y entrer, et que ceux à qui d’abord la promesse a été faite n’y sont pas entrés à cause de leur désobéissance,
7 Dieu fixe de nouveau un jour - aujourd’hui - en disant dans David si longtemps après, comme il est dit plus haut : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs.
8 Car, si Josué leur eût donné le repos, il ne parlerait pas après cela d’un autre jour.
9 Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu.
10 Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses œuvres, comme Dieu s’est reposé des siennes.
11 Efforçons-nous donc d’entrer dans ce repos, afin que personne ne tombe en donnant le même exemple de désobéissance.




Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent
le règne, la puissance et la gloire
aux siècles des siècles.
Amen.



RP
Une prière qui engage

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2013-2014
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
8) Mardi 17 & jeudi 19 juin 2014 - Le repos de la foi — « Qui dites-vous que je suis ? ». Ou : devant Dieu par la prière de Jésus (PDF)


lundi 19 mai 2014

Des Psaumes au « Notre Père »



Les cinq livres des Psaumes sont reçus dans le judaïsme comme correspondant aux cinq livres de la Torah — chacun des livres des Psaumes à un de ces livres d'enseignement de la liberté. Les Psaumes prient ainsi l'espérance de la délivrance de la captivité, de toutes les captivités, l'espérance de la Terre promise.

Le Notre Père en serait-il comme un condensé ? Le Notre Père aussi, comme en écho aux cinq livres de la délivrance de la captivité et de l'esclavage, et comme en écho aux cinq livres des Psaumes, se déploie en cinq demandes (chez Luc — dont deux sont dédoublées chez Mathieu : les cinq demandes en devenant donc sept, ou cinq dont deux dédoublées).

Le Notre Père est lui aussi une demande de délivrance adressée au Dieu dont la sainteté de son Nom (1ère demande / cf. Ézéchiel 36) sera ainsi dévoilée, par la venue de son Règne (2ème demande), jusqu'à la délivrance totale du mal (5ème demande / 7ème chez Mathieu).

« Que ton Règne vienne » peut ainsi rassembler l'espérance de l'Exode, deuxième livre des Psaumes (qui pour le judaïsme correspond au livre de l'Exode) — qui se clôt par le Psaume 72...


Psaume 72
1 De Salomon.
Dieu, confie tes jugements au roi,
ta justice à ce fils de roi.
2 Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
et tes humbles selon le droit.

3 Grâce à la justice, que montagnes et collines
portent la prospérité pour le peuple !
4 Qu’il fasse droit aux humbles du peuple,
qu’il soit le salut des pauvres, qu’il écrase l’exploiteur !

5 Que l’on te craigne,
tant que soleil et lune brilleront, jusqu’au dernier des siècles !

6 Qu’il descende comme l’averse sur les regains,
comme la pluie qui détrempe la terre !
7 Pendant son règne, que le juste soit florissant,
et grande la prospérité, jusqu’à la fin des lunaisons !

8 Qu’il domine d’une mer à l’autre,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !
9 Les nomades s’inclineront devant lui,
ses ennemis lécheront la poussière.
10 Les rois de Tarsis et des Îles enverront des présents ;
les rois de Saba et de Séva paieront le tribut.
11 Tous les rois se prosterneront devant lui,
toutes les nations le serviront.

12 Oui, il délivrera le pauvre qui appelle,
et les humbles privés d’appui.
13 Il prendra souci du pauvre et du faible ;
aux pauvres, il sauvera la vie :
14 Il les défendra contre la brutalité et la violence,
il donnera cher de leur vie.

15 Qu’il vive ! On lui donnera l’or de Saba,
on priera pour lui sans relâche, on le bénira tous les jours !

16 Qu’il y ait dans le pays, au sommet des montagnes, des champs de blé
dont les épis ondulent comme le Liban, et de la ville, on ne verra qu’un pays de verdure.

17 Qu’il se fasse un nom éternel, qu’il le propage sous le soleil,
afin qu’on se bénisse l’un l’autre en le nommant et que toutes les nations le disent bienheureux.

18 Béni soit le SEIGNEUR Dieu, le Dieu d’Israël,
le seul qui fasse des miracles !
19 Béni soit à jamais son nom glorieux !
Que toute la terre soit remplie de sa gloire !
Amen et amen !

20 Fin des prières de David, fils de Jessé.

*

… Un Psaume, une prière, qui nous dit l’espérance universelle de la justice — et qui promet la justice universelle. Un Psaume qui nous rejoint au cœur de notre désespérance de ce que cette promesse semble ne jamais advenir.

Quand on sait que les Psaumes étaient les prières de Jésus, on ne peut s'empêcher de penser que Jésus pleurant sur Jérusalem le faisait en écho à ce Psaume — Jérusalem ville du Messie, roi de justice, qui semble ne voir jamais advenir la justice remise par Dieu pour la ville et pour la terre entière à ce roi de justice espéré.

Cette espérance dont on désespère, celle d'un règne universel de la justice, d'un règne où tout est repris de ce que font les empires et leur paix universelles imposées par la force et la violence, par le viol de la justice. Ici la paix universelle viendra par la justice. Lécheront la poussière, de honte, ceux qui s'y opposés par la violence, tandis que les ressources et les biens, les traditions et les richesses de tous les peuples serviront avec joie ce règne de justice, apportés comme pour une offrande, comme reconnaissance de ce qu'il ne peut y avoir de règne universel que dans la justice.

Au temps de Jésus, cela n'est jamais advenu en sa plénitude, Jésus en pleure sur Jérusalem ; depuis Jésus, ce n'est non plus jamais advenu au sein des nations, pas même celles sur lesquelles son nom pourtant a été invoqué. Mais celui qui a porté cette espérance et qui en donne la promesse est plus vrai que nos désespérances, puisqu'il a vaincu jusqu'à la mort même. Christ ressuscité ne meurt pas. Avec nous jusqu'à la fin du monde, il est celui qui nous envoie — nous nourrissant de sa promesse qui a vaincu toutes les désespérances.

*

« Enseigne-nous à prier », ont demandé les disciples. « Voici comment vous devez prier : quand vous priez, dites... Père... », répond Jésus. Voilà qui nous place dans l’intimité de Dieu — Père / « Abba », selon ce que rapportent de l’araméen Marc (14, 36 : Jésus au Gethsémané) et Paul (Romains 8, 15 ; Galates 4, 6). Intimité : souvenons-nous que Matthieu précise : « entre dans ta chambre, ferme la porte. » Où l’on reçoit du Père la loi clamée publiquement de la chaire, déjà au Sinaï, après en avoir reçu un nom. Et en écho la prière liturgique publique, le « Notre Père », donc. « Toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom du Père », rappelle l'Épître aux Éphésiens (3, 14-15).

« Que ton nom soit sanctifié », sanctifié c'est-à-dire mis à part, considéré avec un respect infini, jamais prononcé en vain, et donc, au fond, reconnu comme indicible. «Que ton nom soit sanctifié». D'autant plus que négliger le nom du Père, nous qu'il adopte comme ses enfants, c'est ne pas percevoir l’ouverture d'avenir qui s’y trouve. « Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre » dit la Loi. D'emblée donc, la prière du Seigneur nous ouvre tout un programme, et un avenir, ce qui fait rejoindre un des thèmes de cette sanctification du Nom dans les livres prophétiques : cet aspect qui concerne l’avenir : la venue du Royaume — du Règne où Dieu sanctifie lui-même son nom en accomplissant sa promesse.

*

Et effectivement cette première demande est suivie de la demande de la venue du Règne de Dieu, par l’accomplissement de la volonté de Dieu jusque sur cette terre en désordre.

Les disciples ne savent pas qu'ils viennent de poser à Jésus une question très délicate, aux conséquences périlleuses pour eux-mêmes. Mais c'est par là, par cette prière, que viendra le Royaume, le Règne de Dieu. En cinq demandes. Sept chez Matthieu — la troisième et la septième de Matthieu étant une extension de la seconde et de la sixième demande («que ton règne vienne» s'y commente en « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » et « ne nous soumets pas à la tentation » s’y commente en « délivre-nous du mal »).

Cinq demandes donc, qui risquent fort si nous y prenons garde, de nous mener où nous ne voudrions pas, à savoir au Règne de Dieu dont nous demandons pourtant qu'il vienne. Aller où nous n'aurions pas prévu, ou du moins d'une façon que nous n'aurions pas prévue, comme Pierre à la fin de l'évangile de Jean (21, 18) : « un autre te mènera où tu ne voudras pas ».

*

« Donne-nous, chaque jour, notre pain pour ce jour »… ? L'abondance à laquelle tous aspirent vient de Dieu seul. Lui seul est riche : des biens spirituels, du pain du ciel, et du pain qui nourrit le ventre de façon à ouvrir les oreilles. Cela dit, le pain de ce jour pour lequel nous prions est plus que la simple nourriture périssable. Le terme choisi l’indique clairement. Il est la manne. Il est la nourriture éternelle qui est d'être pardonné et accepté, d'avoir trouvé un père... Notre Père, disent les disciples.

Arrêtons-nous donc sur la plus troublante de ces cinq demandes : celle concernant le pardon : «pardonne-nous nos péchés, comme nous pardonnons aussi à qui nous offense».

Ce mot rendu dans Luc par « péché », ou « offense », ou « manquement » peut aussi être rendu par « dette », selon le parallèle de Matthieu — le sens « péché » étant une dimension spirituelle de la dette. En ce sens, le mot peut relever non pas tant de la faute que de la création : même sans faute, nous sommes en dette envers Dieu comme on l'est à l'égard d'un père (ou d’une mère) — «Notre Père» — sans lequel nous ne serions pas, celui par qui nous sommes, non pas tant parce qu'il a donné la semence qui nous origine, mais parce qu'il nous a donné un nom, son nom. Cette dette-là ne peut être payée : son prix est infini. Le reconnaître entraîne une attitude de pardon, de remise des dettes. La remise des dettes est donc effectivement incontournable ; elle est la condition de la prolongation de nos êtres jusqu'à la venue du Règne, en lien étroit avec la demande précédente, celle du don du pain de ce jour. Si le plus puissant, le Père, exige le remboursement de la dette, il en vient à terme à écraser l'enfant.

Mieux qu’un père, Dieu donne ce qui est bon à ses enfants. L'instauration de son Règne est une remise de dettes par Dieu à notre égard. D'autant plus, au fond, que la dette est donc trop infinie pour être remboursée.

C'est sur cela qu'est établie l'institution biblique de la loi du Jubilé, par lequel s'inaugure le Royaume. Rappelons-nous que le Jubilé est ce que prévoit la Torah : cette remise des dettes obligatoire tous les cinquante ans. Jésus (cf. Luc 4) inaugure son ministère messianique par la proclamation du Jubilé. Cette libération, remise des dettes par Dieu, se signifie dans nos remises de dettes. C’est le sens du « comme nous remettons ». Nous sommes appelés à la suite du Christ à faire un don gratuit de nous-mêmes, n’aurait-il en retour que de l'ingratitude.

*

Précédée de la demande du pain, lieu par excellence de la dette à Dieu, la prière pour la remise des dettes et le pardon des offenses est suivie de : «Ne nous laisse pas entrer en tentation» — «ne nous expose pas dans l'épreuve». Pourquoi Dieu se tait-il face aux prières de son peuple, pourquoi tarde-t-il à instaurer son Règne ?

Face au silence céleste, ce silence qui dure, où Dieu qui est censé être notre Père nous apparaît pourtant si dur, impitoyable, nous donnant essentiellement une Loi, alors qu'on ne voit pas venir de consolation, et à plus forte raison la consolation du Règne de Dieu — on sera tenté de dire : ces maux qui nous adviennent, fussent-ils de notre faute, ne sont-ils pas le signe que Dieu se désintéresse de nous ? Où l'épreuve dont nous demandons que nous n'y sombrions pas devient tentation de se dire que ce Dieu est finalement méchant. Et que de fois l'a-t-on entendu à propos du Dieu dit « de l'Ancien Testament », oubliant que c'est ce Dieu que Jésus appelle son Père ? Tentation de rejeter ce Dieu qui donne la Loi, et avec elle son silence. Or c'est là son rôle de Père : donner la Loi et nous apprendre à patienter, à recevoir le plaisir plus tard. Se séparer un jour du plaisir immédiat du sein maternel. Le père disant la loi et privant ainsi du plaisir immédiat.

C'est de la sorte que Dieu nous conduit au Règne qui lui appartient avec la puissance et la gloire, ce Règne qui vient pour nous à la mesure où nous recevons avec joie la volonté de Dieu, sa Loi.

C'est le temps d'un passage douloureux, celui de l'apprentissage, qui précède la liberté et la joie. C'est encore la leçon de Paul : comme pour la douleur d'un enfantement, Dieu a soumis la Création à la vanité et à la douleur, avec une espérance : sa libération, comme la naissance (Romains 8, 20-22). La tentation serait de se laisser abattre et de se dire que face à une telle situation, une telle douleur, celle qui est la nôtre, le Royaume ne viendra pas, la naissance n'aura pas lieu. C'est face à cette tentation que Jésus appelle à la persévérance dans la confiance en Dieu qui nous délivre du mal.

*

Face à ce présent lourd, accablant, ou face à notre mauvaise volonté, — il s’agit de persévérer, de requérir la justice de la foi, prête à se manifester, dans sa splendeur et sa liberté ; il n'est qu'à exiger ce que Dieu promet, exiger son Règne. Persévérer dans la prière, comme l'ami qui demande du pain. Dieu finira par répondre, autrement que prévu peut-être, par le don imprévu de l'Esprit saint, qui mène au Royaume par des chemins auxquels l’on ne s'attend pas. Persévérer dans la prière est dangereux : c'est risquer de se voir transformé, dépossédé de soi et de ses biens, de sa vision du monde — qui sait ? Persévérer dans la prière transforme.

Apprendre à regarder le monde par les yeux de Dieu. Et explorer tous les possibles des chemins de son Règne... Car c’est « à toi qu’appartiennent le Règne,… » dès aujourd'hui.


RP
Une prière qui engage

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2013-2014
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
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7) Mardi 20 & jeudi 22 mai 2014 - Des Psaumes au « Notre Père » (PDF)


lundi 12 mai 2014

En vue de ce qui vient




Dernières recommandations : Hébreux 12,14 – 13,25.


Hébreux 12, 14-17
14  Recherchez la paix avec tous, et la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur.
15  Veillez à ce que personne ne se prive de la grâce de Dieu; à ce qu’aucune racine d’amertume ne produise des rejetons et ne cause du trouble, et que plusieurs n’en soient infectés.
16  Veillez à ce que personne ne soit débauché ni profanateur comme Ésaü, qui pour un seul plat vendit son droit d’aînesse.
17  Vous savez que plus tard, quand il voulut hériter de la bénédiction, il fut rejeté, car il ne trouva pas moyen d’amener son père à changer d’avis, bien qu’il l’ait cherché avec larmes.


Ce n’est pas le moment de se décourager. L’auteur vient de le dire. Au contraire, sur la base de la promesse, sur la certitude la fidélité de Dieu, il faut se serrer les coudes et supporter les dernières épreuves du chemin de l’Exode vers le Royaume.

Parole appuyée par les références aux promesses messianiques des prophètes. Ici (ch. 12, v. 12-13) l’évocation d’Ésaïe est sensible : « le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. Des eaux jailliront dans le désert, des torrents dans la steppe. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif en sources jaillissantes. Dans le repaire où gîte le chacal, l’herbe deviendra roseau et papyrus. Là on construira une route qu’on appellera la voie sacrée » (És 35, 6-8a). Et de même : « Réconfortez, réconfortez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et proclamez à son adresse que sa corvée est remplie, que son châtiment est accompli, qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR deux fois le prix de toutes ses fautes. Une voix proclame: "Dans le désert dégagez un chemin pour le SEIGNEUR, nivelez dans la steppe une chaussée pour notre Dieu. Que tout vallon soit relevé, que toute montagne et toute colline soient rabaissées, que l’éperon devienne une plaine et les mamelons, une trouée ! » (És 40, 1-4).

Autant de textes dont on sait la signification quant à la promesse du Royaume et de la paix. La dimension du Royaume est clairement collective : la paix bien sûr, et la sanctification, c’est-à-dire la consécration à Dieu de chacun, qui a valeur pour tous : « la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur ». Ici encore le peuple croyant est présenté comme l’avant-garde l’humanité en marche vers sa paix, vers son héritage.

La grâce, la faveur de Dieu, est le fondement de ce qui vient et qu’annonce la communauté par son comportement jusqu’au cœur de la persécution.

Seulement cet avenir, cette promesse, ne doivent pas être perdus de vue. Il s’agit donc de ne pas abandonner, ne pas abandonner l’héritage promis — comme l’avait fait Ésaü —, car il n’y a nul salut hors cela.


Hébreux 12, 18-24
18  Vous ne vous êtes pas approchés, en effet, d’une montagne qu’on pouvait toucher et qui était embrasée par le feu, ni de l’obscurité, ni des ténèbres, ni de la tempête,
19  ni du retentissement de la trompette, ni d’une clameur de paroles telle que ceux qui l’entendirent demandèrent qu’on ne leur adresse pas un mot de plus.
20  Car ils ne supportaient pas cette injonction: Même si une bête touche la montagne, elle sera lapidée.
21  Et le spectacle était si terrifiant que Moïse dit: Je suis épouvanté et tout tremblant.
22  Mais au contraire vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades d’anges;
23  de la réunion et de l’assemblée des premiers-nés inscrits dans les cieux; de Dieu, juge de tous; des esprits des justes parvenus à la perfection;
24  de Jésus, médiateur d’une nouvelle alliance; et du sang de l’aspersion qui parle mieux que celui d’Abel.


Comme le Tabernacle terrestre est l’image du Tabernacle céleste et éternel, la montagne du Sinaï est une réalité terrestre qui en signifie une autre, céleste et éternelle : la Sion spirituelle, celle de la Jérusalem céleste, cité du Dieu vivant.

La mise en parallèle du Sinaï et de Sion pour mettre en Lumière la distinction entre le fait terrestre et son fondement spirituel et éternel est en quelque sorte un classique, déjà utilisé par l’Épître de Paul aux Galates.

Cette distinction signifie ici à quel point le but, l’accomplissement de la promesse est en vue. La réalité éternelle promise depuis Abraham est à portée de main. Réalité céleste qui fonde jusqu’à la Révélation du Sinaï.

L’Épître rappelle alors la dimension redoutable et sainte de la Révélation du Sinaï, avec toute la pédagogie qui entoure l’exigence de respect de cette sainteté : les signes terrifiant, la proximité de la mort qui vaut jusque pour les bêtes. On a vu précédemment que le thème - figuratif - de la lapidation avait fonction pédagogique : dire la gravité et le sérieux de ce qui est vaut en théorie la sanction de la lapidation (qui, du fait de l’imperfection de la sainteté de quiconque, n’avait pas à être appliquée littéralement !).

L’auteur reprend cela pour dire le poids de ce qui s’approche, la réalité céleste, quand l’image de cette réalité, au Sinaï, a eu un tel poids.

La réalité éternelle, infiniment proche de nos êtres qu’elle fonde, est en effet à présent dévoilée comme telle par Jésus, médiateur de cette alliance éternelle, d’une justice plus significative encore que celle du juste assassiné, Abel. Ainsi, les portes de la Cité éternelle, certes redoutables, sont ouvertes toutefois, éternellement infiniment proches. Nos intelligences peuvent le savoir pleinement désormais.


Hébreux 12, 25-29
25  Prenez garde! ne repoussez pas celui qui vous parle. Car si ceux qui repoussèrent celui qui sur la terre les avertissait, n’ont pas échappé, à bien plus forte raison ne pourrons-nous échapper nous-mêmes, si nous nous détournons de celui qui, des cieux, nous avertit.
26  Sa voix ébranla alors la terre, et maintenant il nous a fait cette promesse: Une fois encore, je ferai trembler non seulement la terre, mais aussi le ciel.
27  Ces mots: Une fois encore montrent que les éléments ébranlés seront mis à l’écart, en tant que créés, afin que subsiste ce qui n’est pas ébranlé.
28  C’est pourquoi, puisque nous recevons un royaume inébranlable, ayons de la reconnaissance, en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte.
29  Car notre Dieu est aussi un feu dévorant.


Une réalité fragile, qui passe, la réalité créée, celle dans laquelle nous cheminons. Et une réalité éternelle, inébranlable, qui n’est pas de cette création, et qui procède de Dieu.

Voilà la dualité dans laquelle nous place l’Épître aux Hébreux, nous permettant à la fois de ne pas nous étonner des épreuves et des malheurs qui adviennent, fût-ce la destruction du cœur symbolique du monde, le Temple. Cela est inéluctable puisque relevant de ce qui passe. Cela est donc, de ce fait, perçu comme autant d’avertissements dont les menaces, comme celles d’un « feu dévorant », se réalisent. C’est la voix même de Dieu qui porte les avertissements prophétiques concernant un monde propre à être ébranlé, à trembler, de par sa nature-même — et cela jusqu’aux cieux créés.

Fragilité évidente des choses créées d’un côté, éternité inébranlable en laquelle nous sommes invités à placer notre confiance de l’autre — mais non pas comme en un arrière-monde de toutes sortes d’illusions souhaitées, mais comme en une réalité dont le point d’ancrage est au cœur de la fragilité même qui nous atteint et que le Christ a partagée.

L’humanité trouve le cœur de sa réalité non pas dans quelque évanescence éthérée, mais dans sa nature passagère-même qui en désigne la profondeur et la vérité où le Christ nous a rejoints. C’est de la que se célèbre le culte de Dieu qui lui est agréable.


Hébreux 13, 1-14
1  Que l’amour fraternel demeure.
2  N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges.
3  Souvenez-vous de ceux qui sont en prison, comme si vous étiez prisonniers avec eux, de ceux qui sont maltraités, puisque vous aussi, vous avez un corps.
4  Que le mariage soit honoré de tous et le lit conjugal sans souillure, car les débauchés et les adultères seront jugés par Dieu.
5  Que l’amour de l’argent n’inspire pas votre conduite; contentez-vous de ce que vous avez, car le Seigneur lui-même a dit: Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas!
6  Si bien qu’en toute assurance nous pouvons dire: Le Seigneur est mon secours, je ne craindrai rien; que peut me faire un homme?
7  Souvenez-vous de vos dirigeants, qui vous ont annoncé la parole de Dieu; considérez comment leur vie s’est terminée et imitez leur foi.
8  Jésus Christ est le même, hier et aujourd’hui; il le sera pour l’éternité.
9  Ne vous laissez pas égarer par toutes sortes de doctrines étrangères. Car il est bon que le cœur soit fortifié par la grâce et non par des aliments, qui n’ont jamais profité à ceux qui en font une question d’observance.
10  Nous avons un autel dont les desservants de la tente n’ont pas le droit de tirer leur nourriture.
11  Car les corps des animaux, dont le grand prêtre porte le sang dans le sanctuaire pour l’expiation du péché, sont brûlés hors du camp.
12  C’est la raison pour laquelle Jésus, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert en dehors de la porte.
13  Sortons donc à sa rencontre en dehors du camp, en portant son humiliation.
14  Car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous sommes à la recherche de la cité future.


Les recommandations morales finales de l’Épître aux Hébreux s’inscrivent dans le cadre de la certitude qui la traverse : « nous n’avons pas ici-bas de cité permanente ».

En revanche, « Jésus Christ est le même, hier et aujourd’hui; il le sera pour l’éternité ».

Notre comportement s’établit à l’aune de ces deux certitudes. Hors du monde, en quelque sorte, puisque étant au fait de ce que nous sommes de passage, immigrants en ce monde. Cela fonde une éthique, en résonance à celle du premier immigrant de cette même foi, Abraham. D’emblée l’allusion est claire : « Que l’amour fraternel demeure. N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges ».

Abraham : fidélité de Dieu aussi, qui fonde nos fidélités, depuis la fidélité conjugale jusqu’à la fidélité à Dieu en passant par les égards envers ses porte-paroles.

Statut passager qui vaut persécution aussi, avec nécessaire solidarité avec les emprisonnés. Statut passager qui veut défiance envers les valeurs passagères, depuis les idoles religieuses, jusqu’à l’idole monétaire, l’argent.

C’est cela aussi être en route vers la rencontre du Christ, « en dehors du camp, en portant son humiliation », « à la recherche de la cité future ».


Hébreux 13, 15-25
15  Par lui, offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom.
16  N’oubliez pas la bienfaisance et l’entraide communautaire, car ce sont de tels sacrifices qui plaisent à Dieu.
17  Obéissez à vos dirigeants et soyez-leur dociles; car ils veillent personnellement sur vos âmes, puisqu’ils en rendront compte. Ainsi pourront-ils le faire avec joie et non en gémissant, ce qui ne tournerait pas à votre avantage.
18  Priez pour nous, car nous avons la conviction d’avoir une conscience pure avec la volonté de bien nous conduire en toute occasion.
19  Faites-le, je vous le demande instamment, afin que je vous sois plus vite rendu.
20  Que le Dieu de la paix qui a fait remonter d’entre les morts, par le sang d’une alliance éternelle, le grand pasteur des brebis, notre Seigneur Jésus,
21  vous rende aptes à tout ce qui est bien pour faire sa volonté; qu’il réalise en nous ce qui lui est agréable, par Jésus Christ, à qui soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen!
22  Frères, je vous engage à supporter ce sermon! D’ailleurs, je ne vous envoie que quelques mots.
23  Apprenez que notre frère Timothée a été libéré. S’il vient assez vite, j’irai vous voir avec lui.
24  Saluez tous vos dirigeants et tous les saints. Ceux d’Italie vous saluent.
25  La grâce soit avec vous tous!


Le Temple détruit, que l’on se console, par le Christ crucifié, sacrifié, le sacrifice à Dieu devient « le fruit de lèvres qui confessent son nom ».

Un non qui se « confesse » aussi, autre forme de « sacrifice », par les actes de solidarité.

Solidarité aussi avec ceux qui accomplissent d’autres tâches, à commencer par les dirigeants ; à soutenir plutôt qu’à dénigrer ! — ce qui d’ailleurs tournerait au tort de chacun !

Solidarité aussi dans la prière.

La bénédiction finale donne explicitement la parole de la résurrection du Christ, sous-jacente dans toute l’Épître dans la conviction de sa préexistence. En lui est fondé ce qui se réalise au nom de Dieu, en lui est fondé tout avenir. Après la mention la communauté d’où écrit l’auteur, en Italie, ultime parole de confiance en guise de dernière salutation : « La grâce soit avec vous tous ! »


RP
Une lecture de l’Épître aux Hébreux

Étude biblique 2013-2014
Église protestante unie de France / Poitiers
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
8) Mardi 13 & jeudi 15 mai 2014 | VII. La charité : 12,14 – 13,21. | Billet d'envoi : 13,22-25. (PDF).


samedi 5 avril 2014

La foi - "substance des choses qu’on espère"



sickpage: shuttermaki
(photo ici)

La foi - dans l’Épître aux Hébreux : 11,1 – 12,13.


Hébreux 11, 1-7
1  [...] La foi, c’est l’assurance des choses qu’on espère, la démonstration de celles qu’on ne voit pas.
2  C’est à cause d’elle que les anciens ont reçu un bon témoignage.
3  C’est par la foi que nous comprenons que le monde a été formé par la parole de Dieu, de sorte que ce qu’on voit ne provient pas de ce qui est visible.
4  C’est par la foi qu’Abel offrit à Dieu un sacrifice de plus grande valeur que celui de Caïn; par elle, il fut déclaré juste, Dieu lui-même rendant témoignage à ses offrandes; et par elles, quoique mort, il parle encore.
5  C’est par la foi qu’Hénoch fut enlevé, de sorte qu’il ne vit pas la mort; et on ne le trouva plus, parce que Dieu l’avait enlevé. Car avant son enlèvement, il a reçu le témoignage qu’il plaisait à Dieu.
6  Or, sans la foi, il est impossible de lui plaire; celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent.
7  C’est par la foi que Noé, divinement averti de ce qu’on ne voyait pas encore et saisi d’une pieuse crainte, construisit une arche pour sauver sa famille; c’est par elle qu’il condamna le monde et devint héritier de la justice qui s’obtient par la foi.


L’Épître aux Hébreux nous a conduits jusqu’à ce ch. 11 dans sa conviction que si notre temps passager est en train de passer, si ce passage risque même de se faire dans la douleur, ce monde qui passe a un fondement inébranlable que le Christ est venu dévoiler.

Et cela de façon telle qu’ayant vécu la réalité de l’humanité, et cela jusqu’à la mort, il l’a conduite aussi, à travers ce passage de sa propre mort à son fondement éternel. Et cet accès n’est le fait que de la foi, de la foi seule, « substance des choses qu’on espère », « substance » littéralement selon le mot grec employé ici. Ce mot désigne le fondement de ce qui est, en dessous, ce qui se tient en dessous ; ici, ce qui se tient en dessous, ce qui fonde ce que l’on espère et que le Christ a dévoilé.

Rappelons que l’auteur de l’Épître tient là à ses lecteurs un propos visant à leur consolation dans un temps de détresse où ce qui tient lieu de cœur du monde et de sa relation avec Dieu, le Temple, est en proie à la violence de l’armée romaine, à la veille de sa destruction : la foi est la substance de ce que l’on espère. La foi, et rien, pas même l’Église où cette parole doit être proclamée. Comme le rite du Temple, seul rite biblique, symbolise une réalité éternelle, le rite de l’Église a fonction symbolique et la parole qu’elle porte désigne ce fondement éternel.

Les Églises et leurs rites relèvent du provisoire. Le Christ ne se confond pas avec une Église. La réalité éternelle sur laquelle il ouvre relève de la foi seule. L’auteur témoigne ainsi, malgré les différences notables qui l’en distinguent, de sa proximité d’avec Paul, avec lequel on l’a parfois confondu.

Ainsi, ce n’est pas celui qui a fait montre de puissance, Caïn que Dieu justifie, mais celui qui a foi, Abel. Ou encore, Hénoch qui selon la Genèse a accédé à la réalité éternelle par une élévation est le signe de la foi comme substance fondamentale. Noé qui selon la Genèse a traversé la destruction du monde par la foi en est un autre. « La justice s’obtient par la foi ».


Hébreux 11, 8-22
8  C’est par la foi qu’Abraham, obéit à l’appel (de Dieu) en partant vers un pays qu’il devait recevoir en héritage; et il partit sans savoir où il allait.
9  C’est par la foi qu’il vint s’établir dans la terre promise comme en un pays étranger, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers avec lui de la même promesse.
10  Car il attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur.
11  C’est par la foi aussi que Sara elle-même, malgré son âge avancé, fut rendue capable de donner le jour à une descendance, parce qu’elle tint pour fidèle celui qui a fait la promesse.
12  C’est pourquoi d’un seul homme—et d’un homme déjà atteint par la mort—sont issus (des descendants) aussi nombreux que les étoiles du ciel et que le sable qui est au bord de la mer et qu’on ne peut compter.
13  C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises, mais ils les ont vues et saluées de loin, en confessant qu’ ils étaient étrangers et résidents temporaires sur la terre.
14  Ceux qui parlent ainsi montrent clairement qu’ils cherchent une patrie.
15  Et s’ils avaient eu la nostalgie de celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu l’occasion d’y retourner.
16  Mais en réalité ils aspirent à une patrie meilleure, c’est-à-dire céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu; car il leur a préparé une cité.
17  C’est par la foi qu’Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac. C’est son fils unique qu’il offrait, lui qui avait reçu les promesses
18  et à qui il avait été dit: C’est par Isaac que tu auras une descendance qui porte ton nom.
19  Il comptait que Dieu est puissant, même pour faire ressusciter d’entre les morts. C’est pourquoi son fils lui fut rendu: il y a là un symbole.
20  C’est par la foi qu’Isaac bénit Jacob et Ésaü en vue de l’avenir.
21  C’est par la foi que Jacob, au moment de mourir, bénit chacun des fils de Joseph, et qu’il se prosterna en s’appuyant sur l’extrémité de son bâton.
22  C’est par la foi que Joseph, proche de sa fin, fit mention de l’exode des fils d’Israël, et qu’il donna des ordres au sujet de ses ossements.


L’Épître rappelle à présent que le peuple hébreu, auquel l'auteur s’adresse en quelque sorte à travers ses lecteurs fidèles du Temple, a été fondé sur la foi en une promesse concernant quelque chose qu’il ne voyait pas encore.

Pour cela, l’Épître remonte aux racines patriarcales, aux premiers temps de la constitution du peuple, d’Abraham à l’exil égyptien.

Aucun de tous ceux-là, d’Abraham à Joseph, qui n’ait cheminé par la foi sur les routes de la promesse.

Il n’est pas jusqu’aux passages les plus concrets qui n’aient été traversés par la foi, puisque sans la foi de Sarah, devenue trop âgée pour enfanter, Isaac n’aurait pas vu le jour indispensable pour qu’advienne la réalisation de la promesse !

Pas de retour possible vers une nostalgie d’un passé qui ne reviendra pas. Nous voilà « étrangers et résidents temporaires sur la terre. » En marche vers une autre patrie, « c’est-à-dire céleste ». La transposition, pratique typique de l’Épître aux Hébreux, est ici remarquable. Transposition immédiate. La promesse est au fond, en vérité, celle de la rencontre du fondement éternel de ce temps passager : la Cité céleste.

Promesse de résurrection : il n’est pas jusqu’à la ligature d’Isaac par Abraham qui ne soit lue à la lumière de la foi à la résurrection, qui s’est à présent approchée dans le Christ préexistant dans ce monde de la résurrection et venu la dévoiler dans notre temps passager.

C’est ainsi, qu’au moment même de la mort, au moment même de la sépulture, les gestes et rites de Jacob et de Joseph, depuis l’exil d’Égypte, signifient dans la foi la certitude de l’accomplissement de la promesse.


Hébreux 11, 23-40
23  C’est par la foi que Moïse, à sa naissance, fut caché pendant trois mois par ses parents; car ils virent que l’enfant était beau et ne craignirent pas l’édit du roi.
24  C’est par la foi que, devenu grand, Moïse refusa d’être appelé fils de la fille de Pharaon
25  aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que d’avoir la jouissance éphémère du péché.
26  Il estimait en effet que l’opprobre du Christ était une plus grande richesse que les trésors de l’Égypte; car il regardait plus loin, vers la récompense.
27  C’est par la foi qu’il quitta l’Égypte sans craindre la fureur du roi; car il tint ferme, comme voyant celui qui est invisible.
28  C’est par la foi qu’il fit la Pâque et l’aspersion du sang, afin que l’exterminateur ne touche pas aux premiers-nés des Israélites.
29  C’est par la foi qu’ils traversèrent la mer Rouge comme une terre sèche, tandis que les Égyptiens qui en firent la tentative furent engloutis.
30  C’est par la foi que les murailles de Jéricho tombèrent, après qu’on en eut fait le tour pendant sept jours.
31  C’est par la foi que Rahab la prostituée ne périt pas avec les non-croyants, parce qu’elle avait accueilli pacifiquement les espions.
32  Et que dirais-je encore? Car le temps me manquerait si je passais en revue Gédéon, Barak, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes
33  qui, par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions,
34  éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l’épée, reprirent des forces après avoir été malades, furent vaillants à la guerre et mirent en fuite des armées étrangères.
35  Des femmes retrouvèrent leurs morts par la résurrection. D’autres furent torturés et n’acceptèrent pas de délivrance, afin d’obtenir une résurrection meilleure.
36  D’autres éprouvèrent les moqueries et le fouet, bien plus, les chaînes et la prison.
37  Ils furent lapidés, mis à l’épreuve, sciés, ils furent tués par l’épée, ils allèrent çà et là, vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dénués de tout, opprimés, maltraités—
38  eux dont le monde n’était pas digne! errants dans les déserts, les montagnes, les cavernes et les antres de la terre.
39  Et tous ceux-là, qui avaient reçu par leur foi un bon témoignage, n’ont pas obtenu ce qui leur avait été promis.
40  Car Dieu avait en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne parviennent pas sans nous à la perfection.


Après les patriarches et le début de l’exil en Égypte, la revue des pères de la foi se poursuit avec Moïse et l’Exode et avec l’entrée en Canaan.

Moïse donné comme préfiguration du Christ par cette phrase célèbre et remarquable : « Il estimait en effet que l’opprobre du Christ était une plus grande richesse que les trésors de l’Égypte ». Le cœur de la vérité de l’humain est donné dans cette formule choc qui permet de saisir combien l’alternative à l’exil spirituel, le remède à la douleur de l’exil présente au fond des consciences, n’est pas dans une évasion éthérée, mais dans un regard sans concession sur la réalité de notre condition.

C’est aussi cela que symbolise le rite de la Pâques évoqué ici, où « l’aspersion du sang » sauve de « l'exterminateur ».

La contact avec le fondement éternel de nos êtres se fait dans la profondeur de la réalité, fût-elle douloureuse, pas dans sa fuite.

Il en est de même pour les triomphes évoqués ensuite :

Viennent alors les héros — ces anciens dirigeants du peuple que sont les juges —, les rois et les prophètes. Tous leurs combats ont été ceux de la foi en regard d’une promesse pour laquelle ils ont supporté toutes les persécutions, et dont la substance a été dévoilée dans le Christ : non pas de simples lendemains qui s’éloignent toujours et déchantent toujours, mais le fondement préexistant et inébranlable de ce qui passe — fondement qui en est la perfection.

La perfection. Ce qui « nous » a été accordé : « Dieu avait en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne parviennent pas sans nous à la perfection ». Communauté de combat, communauté de foi : la parole qui fonde éternellement le projet de Dieu s’est approchée, dévoilée par le Christ.


Hébreux 12, 1-13
1  Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée,
2  les yeux fixés sur Jésus, qui est l’auteur de la foi et qui la mène à la perfection. Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a supporté la croix, méprisé la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu.
3  Considérez en effet celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition contre sa personne, afin que vous ne vous fatiguiez pas, l’âme découragée.
4  Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang en combattant contre le péché.
5  Et vous avez oublié l’exhortation qui vous est adressée comme à des fils: Mon fils, ne prends pas à la légère la correction du Seigneur, Et ne te décourage pas lorsqu’il te reprend.
6  Car le Seigneur corrige celui qu’il aime, Et frappe de verges tout fils qu’il agrée.
7  Supportez la correction: c’est comme des fils que Dieu vous traite. Car quel est le fils que le père ne corrige pas?
8  Mais si vous êtes exempts de la correction à laquelle tous ont part, alors vous êtes des enfants illégitimes et non des fils.
9  Puisque nous avons eu des pères selon la chair, qui nous corrigeaient et que nous avons respectés, ne devons-nous pas, à plus forte raison, nous soumettre au Père des esprits pour avoir la vie?
10  Nos pères, en effet, nous corrigeaient pour peu de temps, comme ils le jugeaient bon; mais Dieu nous corrige pour notre véritable intérêt, afin de nous faire participer à sa sainteté.
11  Toute correction, il est vrai, paraît être au premier abord un sujet de tristesse et non de joie; mais plus tard elle procure un paisible fruit de justice à ceux qu’elle a formés.
12  C’est pourquoi redressez les mains abattues et les genoux paralysés.
13  Que vos pieds suivent des pistes droites, afin que ce qui est boiteux ne dévie pas, mais plutôt soit guéri.


Puisque Jésus est au fondement et au terme de la foi par laquelle advient le salut et le monde de paix espérés, reste à garder « les yeux fixés » sur lui en considérant que toutes les épreuves traversées, et toutes les épreuves qui s’annoncent, il les a connues.

Toujours cette exhortation à ne pas céder à la tentation de se décourager. D’autant plus que le combat n’est pas terminé. D’autres persécutions s’annoncent.

Ici l’auteur reprend le thème classique dans la Bible hébraïque de la persécution comme épreuve. L’image biblique classique pour cela est celle du creuset affinant l’or par le feu. Ici la comparaison est celle de la correction — à l’époque châtiment corporel par les verges. L’illustration est donc parlante. Elle dit beaucoup concernant la dimension extrêmement désagréable de ce que vivent les lecteurs de l’Épître.

Elle suggère aussi que le désagrément est partagé par Dieu. Non seulement en ce que le Christ nous a précédés dans l’épreuve, mais aussi — tout parent lecteur de l’Épître le comprend, et cela vaut aussi pour une époque où la pratique n’est plus aux châtiments corporels ! — le parent corrigeant son enfant en partage la souffrance : mais croit cependant devoir le faire pour son avenir.

Le propos de l’Épître n’est pas de dire la légitimité ou pas de la correction paternelle (et surtout pas du châtiment corporel !) — mais de fournir une théodicée (justification de Dieu) auprès de lecteurs qui doivent bien être tentés d’en vouloir à Dieu dont ils attendent la délivrance immédiate. Et loin de voir la délivrance, c’est la persécution qui sévit et s’amplifie. C’est cela que Dieu nous envoie tandis que nous persévérons ?

Voilà alors que l’auteur fait donc des lecteurs, via ce thème du châtiment, l’avant-garde de la purification du monde. Ils subissent par leur douleur, le prix de la solidarité avec le monde où ils cheminent — comme le Christ lui-même est venu en solidarité.

Le monde de violence qui est le nôtre, sort de cette violence dans la souffrance — que subissent les persécutés. C’est là la façon dont Dieu conduit le monde à sa perfection — hélas, on voit peu de délivrances face à l’oppression qui ne prennent pas un terme à travers des souffrances et des épreuves, souffrances dès lors décrites ici comme correction. En vue du « paisible fruit de justice à ceux qu’elle a formés ».

Gardons donc « yeux fixés sur Jésus ».

Ce n’est pas le moment de se décourager. L’auteur vient de le dire. Au contraire, sur la base de la promesse, sur la certitude la fidélité de Dieu, il faut se serrer les coudes et supporter les dernières épreuves du chemin de l’Exode vers le Royaume.

Parole appuyée par les références aux promesses messianiques des prophètes. Ici l’évocation d’Ésaïe est sensible : « le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. Des eaux jailliront dans le désert, des torrents dans la steppe. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif en sources jaillissantes. Dans le repaire où gîte le chacal, l’herbe deviendra roseau et papyrus. Là on construira une route qu’on appellera la voie sacrée » (És 35, 6-8a). Et de même : « Réconfortez, réconfortez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et proclamez à son adresse que sa corvée est remplie, que son châtiment est accompli, qu’elle a reçu de la main du SEIGNEUR deux fois le prix de toutes ses fautes. Une voix proclame: "Dans le désert dégagez un chemin pour le SEIGNEUR, nivelez dans la steppe une chaussée pour notre Dieu. Que tout vallon soit relevé, que toute montagne et toute colline soient rabaissées, que l’éperon devienne une plaine et les mamelons, une trouée !" » (És 40, 1-4).


RP
Une lecture de l’Épître aux Hébreux

Étude biblique 2013-2014
Église protestante unie de France / Poitiers
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
7) Mardi 8 & jeudi 10 avril 2014
VI. La foi : 11,1 – 12,13. (PDF)
.


dimanche 16 mars 2014

Présence de Dieu et force de l’humilité



Psaume 8
2 SEIGNEUR, notre Seigneur,
Que ton nom est magnifique
par toute la terre !
Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur !
3 Par la bouche des tout-petits et des nourrissons,
tu as fondé une forteresse
contre tes adversaires,
pour réduire au silence l'ennemi revanchard.
4 Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu as fixées,
5 qu'est donc l'homme pour que tu penses à lui,
l'être humain pour que tu t'en soucies ?
6 Tu en as presque fait un dieu :
tu le couronnes de gloire et d'éclat ;
7 tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ;
tu as tout mis sous ses pieds :
8 tout bétail, gros ou petit,
et même les bêtes sauvages,
9 les oiseaux du ciel, les poissons de la mer,
tout ce qui court les sentiers des mers.
10 SEIGNEUR, notre Seigneur,
que ton nom est magnifique
par toute la terre !


Une tout autre cosmologie que celle d’aujourd’hui, mais déjà l’intuition des infinis…

Cf. au début de l’ère moderne, post-galiléenne, Pascal (Pensées, Fragment 72) — non sans rapport probable avec sa méditation du Psaume :

« Disproportion de l'homme. — Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.
Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est ; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix.
Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ?
Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ses jambes, du sang dans ses veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ses humeurs, des vapeurs dans ces gouttes ; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours ; il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinité d'univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné ; et trouvant encore dans les autres la même chose sans fin et sans repos, qu'il se perde dans ses merveilles, aussi étonnantes dans leur petitesse que les autres par leur étendue; car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l'égard du néant où l'on ne peut arriver ?
Qui se considérera de la sorte s'effraiera de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles ; et je crois que, sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption.
Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti.
Que fera-t-il donc, sinon d'apercevoir quelque apparence du milieu des choses, dans un désespoir éternel de connaître ni leur principe ni leur fin ? Toutes choses sont sorties du néant et portées jusqu'à l'infini. Qui suivra ces étonnantes démarches ? L'auteur de ces merveilles les comprend. Tout autre ne le peut faire.
Manque d'avoir contemplé ces infinis, les hommes se sont portés témérairement à la recherche de la nature, comme s'ils avaient quelque proportion avec elle. C'est une chose étrange qu'ils ont voulu comprendre les principes des choses, et de là arriver jusqu'à connaître tout, par une présomption aussi infinie que leur objet. Car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une présomption ou sans une capacité infinie, comme la nature. […] »



A fortiori dans le cadre de l’astrophysique actuelle…

On estime aujourd’hui que l'Univers observable compte quelques centaines de milliards de galaxies de « masse significative », c’est-à-dire contenant quelques centaines de milliards d’étoiles. Ce nombre n’est toutefois pas limitatif, puisque le nombre d’étoiles des galaxies dites « naines », c’est-à-dire ne comptant « que » quelques millions d'étoiles, est difficile à déterminer du fait de leur masse et de leur luminosité « très faibles », et qu’en outre d’autres, trop lointaines, échappent à notre observation. L’Univers dans son ensemble, dont l'extension réelle n'est pas connue, est susceptible de compter un nombre immensément plus grand de galaxies.

Bref, quelques centaines de milliards de galaxies de masse significative sans compter les galaxies moins grandes, et donc plus difficilement observables, et les autres qui nous échappent !

Notre galaxie, la Voie lactée, est une des centaines de milliards de galaxies observables, et de masse dite « significative ». La Voie lactée a une extension de l'ordre de 100 000 années-lumière. C’est-à-dire que l’on perçoit les étoiles lointaines de notre seule galaxie comme elles étaient il y a 100 000 ans. Et notre galaxie est donc une seule de ces galaxies de quelques centaines de milliards d'étoiles.

Le soleil est une des centaines de milliards d’étoiles de cette galaxie, elle-même une parmi quelques centaines de milliards de galaxies semblables observables. Le soleil est donc l’étoile de notre système solaire, autour duquel tourne la terre — sur laquelle nous nous questionnons sur tout cela aujourd’hui.

Voilà qui met les choses en perspective, et qui est fondé à nous donner le sens du vertigineux en regard de nos préoccupations !

Troublant en un sens, car on pourrait se dire, en considérant les choses que je viens d’essayer de résumer très brièvement, que tout ça est le fait du hasard, un mini-bouillon de culture hasardeux dans l’Univers.

Qu’est-ce que l’homme… ? (Psaume 8)


Un « Laboratoire » ?

Tsimtsoum

- Le tsimtsoum ou retrait (plutôt contraction) : retrait partiel de Dieu pour laisser place à un vide où par l'intermédiaire d'un rayon Il procédera à la création en alimentant dix réceptacles appelés sefirot qui seront à l'origine de la vie et de la création.
- La chevirat hakelim ou brisure des vases : à cette création parfaite initiale fut ajouté un rayon en ligne droite appelé homme primordial que ne purent contenir les réceptacles de la lumière divine. Ils se brisèrent donc libérant la lumière divine sous forme d'étincelles, de copeaux qui se répartirent dans le monde.
- Le tiqoun ou réparation : c'est à l'homme qu'incombe la tâche de réparer les vases. Pour ce faire, l'homme doit agir à l'intérieur de lui même pour faire le tri, rassembler les étincelles, et que le peuple d'Israël répare la brisure originelle.


Extrait du livre "L'Arbre de Vie" du Cabaliste le ARI (Isaac Luria) - traduction Nelly Baron © (Cf. aussi) :

« Sache qu'avant la création, seule existait la lumière supérieure
qui, simple et infinie,
emplissait l'univers dans son moindre espace.
Il n'y avait ni premier ni dernier, ni commencement, ni fin,
Tout était douce lumière harmonieusement et uniformément équilibrée
En une apparence et une affinité parfaites,
Quand par Sa volonté furent créés le monde et Ses créatures,
Dévoilant ainsi Sa perfection,
- source de la création du monde -,
Voici qu'Il se contracta en Son point central,
Il y eut alors restriction et retrait de la lumière,
Laissant autour du point central entouré de lumière
Un espace vide formé de cercles.
Après cette restriction, d'En-haut vers En-bas
Un rayon s'est étiré de la lumière infinie
Puis est descendu graduellement par évolution dans l'espace vide.
Épousant le rayon, la lumière infinie dans l'espace vide est alors descendue,
Et tous les mondes parfaits furent émanés.
Avant les mondes, il n'y avait que Lui,
Dans une Unité d'une telle perfection,
Que les créatures ne peuvent pas en saisir la beauté,
- car aucune intelligence ne peut Le concevoir,
Car en aucun lieu Il ne réside, Il est infini, Il a été, Il est et Il sera.
Et le rayon de lumière est descendu
Dans les mondes, dans la noire vacuité,
Chacun de ces mondes étant d'autant plus important
Qu'il est proche de la lumière,
Jusqu'à notre monde de matière, au centre situé,
A l'intérieur de tous les cercles, au centre de la vacuité scintillante,
Bien loin de Celui qui est Un, bien plus loin que tous les autres mondes,
Alourdi à l'extrême par sa matière,
Car à l'intérieur des cercles il est,
Au centre même de la vacuité scintillante... »



Tsimtsoum – Chevirat – Tiqoun // Création – Chute – Rédemption

Tsimtsoum (retrait de Dieu en vue de la Création) :
humilité de Dieu & Prière du vide –> un projet / sephirot (vases)
Chevirat (brisement des vases) :
// imaginaire : big-bang / galaxies / etc.
Tiqoun (réparation) :
prière vers la vie –> laboratoire –> / humilité (contre la frénésie)


… Et en regard de la microphysique contemporaine

L’objet infime de notre observation est modifié par l’observateur…

« Lorsque nous observons un objet, nous le percevons à travers notre regard. Le regard n’est pas neutre. Il agit comme un filtre et sélectionne les éléments en fonction de sa sensibilité. Il ne retient que ce qu’il peut percevoir à la manière d’une pellicule photographique qui s’imprègne d’une image en fonction de sa propre capacité réceptive. Ainsi, le monde entier passe au crible de nos sens. Que voyons-nous vraiment ? En fait, nous ne percevons que ce qui correspond à notre façon de voir. Et inversement, de quelle nature sont les phénomènes que nous ne saisissons pas ? À cela, il ne peut y avoir de réponse, puisque, par définition, nous n’en avons aucune idée. […]

Quid de la science objective ? Selon les termes mêmes du physicien allemand Werner Carl Heisenberg (1901-1976) : « ce que nous observons n’est pas la nature elle-même, mais la nature exposée à notre méthode d’investigation (…) L’objet de la recherche n’est donc plus la nature en soi, mais la nature livrée à l’interrogation humaine et dans cette mesure, l’homme ne rencontre ici que lui-même » (Werner Heisenberg, La Nature dans la Physique contemporaine, Folio essais, p. 137). D’une certaine façon, on serait tenté de dire que dans ses derniers chapitres consacrés à la microphysique, le livre de la nature se referme sur son lecteur. » (
Henri-Marc Becquart, L’épopée de l’univers, p. 12 & 17)

Où la science contemporaine bouscule jusqu’à la logique aristotélicienne, qui continue pourtant de fonctionner au plan quotidien, au plan du sens commun, tout comme la gravitation continue d’être à l’ordre du jour, et comme l’expérience sensorielle nous maintient dans le géocentrisme : nous voyons bien que « le soleil et lève et se couche » — … nous concevons même toujours, à l’instar des hommes de l’époque de l’invention de l’Écriture, la terre comme un espace d’accueil de la vie ! Nous comptons toujours nos jours, sept jours, en regard des sept planètes du monde ancien géocentrique et nos mois en douze cycles que les anciens retrouvaient en symboles dans la sphère des étoiles fixes… L’humain reste un être de signes et de symboles…

*

Humilité

La pensée de l’homme apparaît comme signe de la présence de Dieu. Pensée et étonnement comme mystère et signe personnel de Dieu.

Apparaît alors le rapport entre la figure messianique idéale et l’Homme comme figure primordiale, expression du Fils de l’Homme des Apocalypses.

Nous voilà au point où la grandeur de l’homme apparaît en ce qu’il pense — roseau pensant — son humilité radicale d’être du temps, où il se révèle fondé en éternité.

Pascal à nouveau (Pensées, Fragment 397) :

« La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable.
C'est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. […]
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. »



… Où pour ne pas basculer à nouveau dans l’orgueil face à l’univers, l’on est mis face à la nécessité de l’oubli — où l’humilité se rappelle comme racine du mot « homme » : l’homme concret, au plus concret l’enfant (Ps 8, 3) ancrant la louange du Dieu présent dans la distance entre lui-même (tout petit) et l’idée éternelle de lui-même pensé par Dieu (Ps 8, 5), face à laquelle il est fondé. Force hors mesure face à toute adversité !


RP
Une prière qui engage

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2013-2014
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
6) Mardi 18 & jeudi 20 mars 2014 - Présence de Dieu et force de l’humilité (PDF)


lundi 10 mars 2014

Offrande unique




Offrande unique du Fils : ch. 10, 1-39


Hébreux 10, 1-18
1  Ne possédant que l’esquisse des biens à venir et non l’expression même des réalités, la loi est à jamais incapable, malgré les sacrifices, toujours les mêmes, offerts chaque année indéfiniment, de mener à l’accomplissement ceux qui viennent y prendre part.
2  Sinon, n’aurait-on pas cessé de les offrir pour la simple raison que, purifiés une bonne fois, ceux qui rendent ainsi leur culte n’auraient plus eu conscience d’aucun péché?
3  Mais, en fait, par ces sacrifices, on remet les péchés en mémoire chaque année.
4  Car il est impossible que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés.
5  Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit: De sacrifice et d’offrande, tu n’as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps.
6  Holocaustes et sacrifices pour le péché ne t’ont pas plu.
7  Alors j’ai dit: Me voici, car c’est bien de moi qu’il est écrit dans le rouleau du livre: Je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté.
8  Il déclare tout d’abord: Sacrifices, offrandes, holocaustes, sacrifices pour le péché, tu n’en as pas voulu, ils ne t’ont pas plu. Il s’agit là, notons-le, des offrandes prescrites par la loi.
9  Il dit alors: Voici, je suis venu pour faire ta volonté. Il supprime le premier culte pour établir le second.
10  C’est dans cette volonté que nous avons été sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus Christ, faite une fois pour toutes.
11  Et tandis que chaque prêtre se tient chaque jour debout pour remplir ses fonctions et offre fréquemment les mêmes sacrifices, qui sont à jamais incapables d’enlever les péchés,
12  lui, par contre, après avoir offert pour les péchés un sacrifice unique, siège pour toujours à la droite de Dieu
13  et il attend désormais que ses ennemis en soient réduits à lui servir de marchepied.
14  Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie.
15  C’est ce que l’Esprit Saint nous atteste, lui aussi. Car après avoir dit:
16  Voici l’alliance par laquelle je m’allierai avec eux après ces jours-là, le Seigneur a déclaré: En donnant mes lois, c’est dans leurs cœurs et dans leur pensée que je les inscrirai,
17  et de leurs péchés et de leurs iniquités je ne me souviendrai plus.
18  Or, là où il y a eu pardon, on ne fait plus d’offrande pour le péché.


Les cultes sont du temps, l’éternité est de l’éternité. Les rites, tous les rites, sont symboliques. Il s’agit d’en venir au cœur de la réalité, qui n’est pas soumise aux fluctuations du temps. À nouveau, la « suppression du premier culte » ne consiste pas à un remplacement par un autre rituel ! — mais à l’ouverture sur l’éternité céleste, sur la réalité dont tout rite est le symbole.

Selon l’auteur, c’est au cœur de la réalité que le Christ a conduit. C’est le sens de la citation de la Bible (prise dans les Psaumes et Jérémie) : « tu n’as pas voulu de sacrifice ou d’offrande, tu m’as façonné un corps ». Sacrifice et offrande ont valeur symbolique. Le Christ préexistant revêtant le corps que Dieu lui « a façonné », y dévoile la réalité éternelle. Il y dévoile ce que les sacrifices et rites symbolisent et ne font que symboliser, avant comme après sa venue.

Tel n’est pas le cœur du rite. Le cœur de la signification du rite est dans ce que le Christ accomplit et manifeste. « Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie ». Il n’y a d’entrée dans la présence de Dieu que par le don total : là se réalise le projet de l’Alliance. C’est là ce que le Christ seul a accompli, et que dès lors il a accompli pour nous. Plus d’offrande pour le péché quand on accède à la réalité céleste, qui est au-delà du péché. Pâque définitive où se dévoile la vérité de l’Alliance et de sa promesse. On retrouve les prophètes : Jérémie, cité, Ézéchiel aussi (ch. 37). On entre dans le domaine central de l’Alliance, au cœur où elle se scelle : dans l’intériorité, en deçà du rite : la Loi inscrite dans les cœurs. Cela ne dispense pas du rite, de ses symboles. Mais cela les met à leur place : pour nous, pour notre enseignement, et non pas pour Dieu ! Le rite a fonction pédagogique, avant comme après la venue du Christ.

La vérité de l’Alliance elle, se scelle dans les cœurs et les pensées.

*

Allons un pas plus loin, pour percevoir plus précisément quel est le bouleversement qu’initie Jésus en matière de sacrifice qui met fin au cycle du péché et de la culpabilité. Je m’en référerai à ce qu’a écrit René Girard sur le sacrifice en rapport avec le mimétisme (l’imitation les uns des autres) et à son lien avec la violence, et le péché et la culpabilité qu'il nourrit.

Si deux individus désirent la même chose, dit René Girard, il y en aura bientôt un troisième, un quatrième. Le processus fait facilement boule de neige. Il suffit d’observer la naissance d’une querelle chez des enfants au sujet d’une queue de cerise, ou d’un jouet publicitaire dans une boîte de lessive, par exemple. Il suffit qu’il y en ait un pour deux, et que l’un des deux l’ait trouvé intéressant pour que s’amorce une querelle. Qu’est-ce d’autre que le fait d’être plusieurs à le convoiter tel métal jaune — ce désir partagé qui lui donne tant de valeur ? Et on reconnaît là le point de départ de toute querelle, ce que René Girard appelle le « mimétisme », l’imitation les uns des autres dans le désir — ce qui fait que le fautif n’est pas celui qui commence (en fait on ne sait jamais qui c’est), mais celui et ceux qui continuent.

L’objet de la querelle est vite oublié, tandis que les rivalités se propagent, et le conflit se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, « la guerre de tous contre tous » (ce que Girard appelle la «crise mimétique») — fruit du péché, qui nous poursuit ensuite par la culpabilité.

Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ? Ici, les hommes ont trouvé « l’idée » d’un « bouc émissaire » (le terme fait référence à l’animal expulsé au désert chargé symboliquement des fautes du peuple selon la Bible).

Où on retrouve bien sûr, l’idée de sacrifice. C’est ainsi, précisément, qu’au paroxysme de la crise de tous contre tous peut intervenir ce «mécanisme salvateur» du groupe : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un (ou une minorité), qui n’a d’ailleurs même pas de rapport avec le problème de départ ! Si le report sur un «bouc émissaire» ne se déclenche pas, c’est la destruction du groupe. Pourquoi « mécanisme » ? C’est que sa mise en marche ne dépend de personne mais découle du phénomène lui-même.

Plus les rivalités pour le même objet s’exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier ce qui en fut l’origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres. À ce stade de fascination haineuse la sélection d’antagonistes va se faire de plus en plus instable, changeante, et c’est là qu’il se pourra qu’un individu (ou une minorité) polarise l’appétit de violence.

Que cette polarisation s’amorce, et par un effet boule de neige, elle s’emballe : la communauté tout entière (unanime !) se trouve alors rassemblée contre un individu unique (ou une minorité).

Ainsi la violence à son paroxysme aura tendance à se focaliser sur une victime et l’unanimité à se faire contre elle. L’élimination de la victime fait tomber brutalement l’appétit de violence dont chacun était possédé l’instant d’avant et laisse le groupe subitement apaisé et hébété. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme l’origine de la crise et la responsable de ce miracle de la paix retrouvée – par une sorte de « plus jamais ça ». Elle devient sacrée, c’est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. C’est la genèse du religieux selon Girard, du sacrifice rituel comme répétition de l’événement violent fondateur.

Mais l’illégitimité de cette violence va déboucher sur une sorte de réhabilitation des victimes. Pour un « plus jamais ça ».

« Plus jamais ça » ! Eh bien c’est précisément ce cycle infernal vers un «plus jamais ça» que les sacrifices rituels mettent entre parenthèse tandis que Jésus y met fin en ne s’y prêtant pas, en ne répliquant pas, en mourant, donc.

Une seule solution contre le cycle sans fin de la violence : le pardon, déjà dans nos relations quotidiennes. Ce qui suppose l’acceptation de la violence contre soi — pour la stopper. Jésus acceptant la croix : c’est là sa mission. Peu dans l’histoire ont compris cela, même après Jésus.

Jésus est venu pour mettre fin à un cycle infernal qui est tout simplement ce qui empêche l’avènement du Royaume : il est venu stopper le cycle de la violence qui empêche la venue du Royaume.

Il se fait lui-même, qui est innocent, la victime qui met fin aux sacrifices par lesquels on détournait provisoirement la violence. Voilà ce que dit, en ses termes à elle, l’Épître aux Hébreux.

*

Hébreux 10, 19-31
19  Nous avons ainsi, frères, pleine assurance d’accéder au sanctuaire par le sang de Jésus.
20  Nous avons là une voie nouvelle et vivante, qu’il a inaugurée à travers le voile, c’est-à-dire par son humanité.
21  Et nous avons un prêtre éminent établi sur la maison de Dieu.
22  Approchons-nous donc avec un cœur droit et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de toute faute de conscience et le corps lavé d’une eau pure;
23  sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.
24  Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux œuvres bonnes.
25  Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour.
26  Car si nous péchons délibérément après avoir reçu la pleine connaissance de la vérité, il ne reste plus pour les péchés aucun sacrifice,
27  mais seulement une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui doit dévorer les rebelles.
28  Quelqu’un viole-t-il la loi de Moïse? Sans pitié, sur la déposition de deux ou trois témoins, c’est pour lui la mort.
29  Quelle peine plus sévère encore ne méritera-t-il pas, vous le pensez, celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura profané le sang de l’alliance dans lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce?
30  Nous le connaissons, en effet, celui qui a dit: A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai! Et encore: Le Seigneur jugera son peuple.
31  Il est terrible de tomber aux mains du Dieu vivant.


Résistance à la tentation de tout abandonner quand apparemment, non seulement le salut promis par Jésus n’apparaît pas de façon ostensible, mais quand par-dessus le marché, tout semble au contraire partir à vau l’eau. La menace romaine sur le Temple, la persécution…

Alors face à la tentation de l’apostasie (c’est bien ainsi que l’auteur l’interprète), les arguments classiques reprennent du service. Arguments des plus sévères : du jugement à la Loi de Moïse sur la lapidation ! « Quelqu’un viole-t-il la loi de Moïse? Sans pitié, sur la déposition de deux ou trois témoins, c’est pour lui la mort » ! Qu’on se rassure, la menace est livresque.

La tradition rabbinique nous permet de savoir que les lapidations envisagées par la Torah n’ont pas à être appliquées ! Elles ont valeur pédagogique : dire la gravité de la faute, mettre en garde contre le péril que fait courir à la société de tels dérapages. C’est dans cette tradition que Jésus s’inscrit en dénonçant la proposition de lapidation de la femme adultère (Jean 8). Et il le fait avec les mêmes arguments que les rabbins talmudiques. « Pour qui se prend le lapidateur, au fond non moins suspect que sa victime, pour la mettre à mort ? » Et Jésus, qui lui, est présenté comme le saint par excellence, de conclure en disant à la femme : « moi non plus, je ne te condamne pas, va et ne pèche plus ».

On est dans ce genre de menace pédagogique contre la gravité de tout abandonner, au moment où de plus, la victoire est à portée de main, au cœur même de la menace romaine. Malgré la menace le Christ a triomphé et apporté le salut définitif. Quelle stupidité que d’abandonner l’espérance et sa parole proclamée dans les assemblées (avec en grec un mot qui parle de « Synagogues ») que certains sont tentés d’abandonner !


Hébreux 10, 32-39
32  Mais souvenez-vous de vos débuts: à peine aviez-vous reçu la lumière que vous avez enduré un lourd et douloureux combat,
33  ici, donnés en spectacle sous les injures et les persécutions; là, devenus solidaires de ceux qui subissaient de tels traitements.
34  Et, en effet, vous avez pris part à la souffrance des prisonniers et vous avez accepté avec joie la spoliation de vos biens, vous sachant en possession d’une fortune meilleure et durable.
35  Ne perdez pas votre assurance, elle obtient une grande récompense.
36  C’est d’endurance, en effet, que vous avez besoin, pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation de la promesse.
37  Car encore si peu, si peu de temps, et celui qui vient sera là, il ne tardera pas.
38  Mon juste par la foi vivra, mais s’il fait défection, mon âme ne trouve plus de satisfaction en lui.
39  Nous, nous ne sommes pas hommes à faire défection pour notre perte, mais hommes de foi pour le salut de nos âmes.


L’exhortation à la persévérance s’appuyant sur l’appel à l’endurance, sur le rappel des combats passés et l’inopportunité de perdre leur bénéfice, n’est pas sans péril par rapport au fondement du salut : « Mon juste par la foi vivra » — citation d’Habacuc 2, 4.

Telle est la nuance que l’auteur de l’Épître apporte lui-même à son propos antécédent, expliquant en ces termes ce qu’il a voulu dire à travers ses menaces d’un côté et sa mise en exergue de la récompense à saisir de l’autre : nous sommes hommes et femmes « de foi pour le salut de nos âmes ».

C’est cette foi, seul fondement du salut, qu’il s’agit de ne pas abandonner. (Il n’a pas voulu dire à travers l’alternance de menaces et de promesses de victoire proche qu’il s’agirait de mesurer les acquis précédents de la foi.) C’est bien le fondement qu’il s’agit de ne pas lâcher, la foi. Il s’agit de ne pas faire défection par rapport à la foi qui tient à portée, déjà là, le triomphe espéré…


RP
Une lecture de l’Épître aux Hébreux

Étude biblique 2013-2014
Église protestante unie de France / Poitiers
Chaque 2e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 2e mardi à 20 h 30
6) Mardi 11 & jeudi 13 mars 2014
V. Offrande unique du Fils : 10,1-39. (PDF)
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